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Kumbia Boruka, de la cumbia des sixties à l’ère de l’électrique

« La cumbia, tout comme le reggae, restent, dans leurs principes, une musique du peuple pour le peuple »

Le tournant électrique n'a pas échappé à Hernan Cortés, natif de Monterrey, grandi avec la cumbia dans les années 1980, devenu chanteur et accordéoniste du collectif Kumbia Boruka, fondé par la collaboration de genres avec le Lyonnais Bob Sikou. Kumbia Boruka se résume par le mélange de la cumbia des années 1960, revue à l'ère de la naturelle modernité où les batteries, guitares électriques et basses font s'élever le vent de nouvelles traditions. Aussi, de la cumbia colombienne originaire et du reggae made in la colline française de Croix-Rousse, dans les alentours de Lyon, naît un projet fédérateur, par les styles et les provenances nationales de nombreux musiciens, venus de Chili, Colombie, Mexique et donc France. De l'intérêt grandissant, à l'écoute des divers sets que le collectif a faits tout au long des journées de vendredi et samedi au Village du Monde du 42e Paléo Festival de Nyon. Retour en immersion, dans le nord de la plaine de L'Asse.

Le chanteur Bob Sikou (à droite) et le guitariste Andres Segura du groupe Kumbia Boruka sur la scène du Dôme vendredi soir au 42e Paléo Festival. © Oreste Di Cristino / leMultimedia.info

C’est un jeune groupe, Kumbia Boruka, adepte de cumbia mais aussi de reggae. Enfin, ce sont les deux piliers d’une musique qui aime mélanger les styles, les origines variées de leur musique, la provenance multiple de leurs créations – tant de la Colombie, du Chili, du Pérou, du Mexique – mais aussi de leurs influences élargies empreintes dans le patrimoine culturel et génétique de chacun des membres du collectif. Une seule logique collective dans le mouvement: l’énergie utilisée pour déhancher la foule – patrimoine connu de la musique latino-américaine –, dansante et emportée par le flow attendrissant tout autant que prolifère du chant de Bob Sikou, de son vrai nom Boris Curien. À propos, Bob n’est pas issu d’une carrière lointaine, dans la profonde Colombie, emportée par le vent de la cumbia, ni même d’une Jamaïque dont le reggae plutôt inspirant l’accaparerait dans un univers connu et reconnu. Bob Sikou est français, issu de la scène reggae lyonnaise, sur le quartier de colline de la Croix-Rousse, où il a varié ses tendances musicales avec son précédent projet “Bawajafar’n Free”, avant de rejoindre Kumbia Boruka, il y a de cela, quelque deux ans. Depuis, l’alliance de genres se confond plutôt bien, où la traditionnelle cumbia des années 1960 rencontre la scène ouverte du reggae européen. Et face à sa forme d’origine, en Jamaïque, le reggae de Boris Curien est sans doute personnalisé par la cadence qu’il en tire dans ses chansons. « Il y a peut-être cette différence dans le flow du chant, la manière de prendre les phrasés – lâche Bob Sikou, en interview dans les loges de la scène du Dôme au Paléo Festival, avant de poursuivre – Mais la cumbia, tout comme le reggae, restent, dans leurs principes, une musique du peuple pour le peuple. De ce fait, en France ou ailleurs, l’attrait du style me fait sentir toujours comme à la maison. »

« L’on trouvait par ailleurs dommage de ne pas retrouver de cumbia en France »

Hernan Cortés

C’est donc un véritable croisement de parcours qui enracine les bases de la fondation du groupe, il y a un peu plus de deux ans et demi. Un destin presque tracé avec le voyage long courrier de Monterrey à Lyon pour Hernan Cortés, deuxième moitié créatrice du projet, qui s’en va explorer, au tournant des années 2000, d’autres horizons musicaux outre l’Atlantique. Il tâte du pied la région lyonnaise avant de croiser le chemin de Boris Curien avec qui il partage ses expériences reggae – parce qu’il en a aussi depuis ses bases acquises au Mexique – tout en l’initiant à la culture locale de la cumbia, la musique du peuple infusée dans les quartiers populaires de Monterrey dans lesquels il a grandi depuis les années 1980. « La cumbia est une musique qui s’écoute partout en Amérique latine, depuis le sud de l’Argentine jusqu’au nord du Mexique – débute Hernan, dont les paroles corrèlent celles précédemment partagées par Boogát en début de semaineC’est de la cumbia, certes revue dans des styles divers – la péruvienne, la mexicaine, la colombienne –, mais qui se partage dans un vaste territoire étendu sur l’ensemble du continent. Avant de véritablement créer le groupe, nous parlions avec Rodrigo [ndlr, Bastidas, bassiste de Kumbia Boruka] notamment, puis avec les autres membres de la cumbia que bien sûr tous connaissent depuis leur tendre enfance. L’on trouvait par ailleurs dommage de ne pas la retrouver en France, d’où vient Bob. Il y avait beaucoup de salsa, beaucoup de reggaetón mais pas de cumbia. » Une belle occasion de partage qui aboutit quelques temps plus tard à l’élaboration d’un projet qui verra la diversité des genres rayonner sur les scènes françaises et européennes, tremplin unique de la musique du collectif qui garde aujourd’hui une identité latine, sinon celle de la Mexique natale de Hernan Cortés.

De la côte américaine des Caraïbes à l’horizon

Le berceau mexicain de la musique de Kumbia Boruka est le halo basique de leur musique, même si la cumbia partagée sur scène a indubitablement trait, comme depuis le début de la semaine au Village du Monde du 42e Paléo Festival, de l’arc caribéen du continent américain. Les lumières rougeoyantes et verdoyantes qui se partagent la scène des les premières notes du collectif jouées sur la scène du Dôme vendredi soir (22h30) et samedi après-midi (17h15), en référence à l’étendard mexicain ne sont qu’une manière d’amorcer la couleur unanime du patrimoine latino-américain rendu grassement par le groupe de Bob et Hernan. Le tout conduit par les rennes d’une cumbia nouvelle génération, presque révolutionnaire, qui garde un pied dans le traditionnel tout en étant remodernisée à l’aune du virage électrique – et électronique. Une tendance de renouvellement du style naturelle, selon les protagonistes, qui suit l’ère d’un temps nouveau. « Je pense que ce sont des choses naturelles. La musique évolue sans cesse, sans même que certains groupes ne cherchent véritablement à changer l’ordre établi – explique Hernan avant de continuer – Depuis que l’on a commencé à travailler avec Bob – que je connais depuis dix ans – dans son groupe de reggae en France, le destin nous a amenés à collaborer de manière très intéressante avec les fruits de son projet et Kumbia Boruka. C’est quelque chose qui s’est fait tout naturellement tout comme le mélange de nos influences respectives; Bob vient de la scène reggae française, Andres [ndlr, Segura, le guitariste du groupe] de Colombie, Hadrien [ndlr, Santos à la batterie] et Rodrigo du Chili… »

« Tant la cumbia que le reggae ont des racines noires »

Hernan Cortés

Rien dans la musique de Kumbia Boruka ne se retranche à un simple patrimoine national, le mélange de provenances balayant le peu de réduit propre à un territoire ou à un pays particulier. Et cela n’est rendu possible qu’à l’image d’une expression partagée et permise à l’ensemble des membres du groupe: « Nous sommes tous libres, à défaut de réellement participer à la composition-même des chansons, de proposer notre identité dans l’interprétation de nos musiques. Personne n’est bridé au sein du projet et chacun est libre de s’exprimer comme il le veut », rappelle Bob. Mais dans les faits, dans l’histoire même de la musique latine sur les territoires du centre du continent américain, il y est une origine qui plante la substruction commune des styles partagés – tant de la cumbia que du reggae – au sein du collectif: « La base de notre musique est la cumbia colombienne et mexicaine et avec Bob, nous avons essayé d’y mélanger son style, le reggae. Les deux partagent, tant en Colombie qu’en Jamaïque, des racines noires. Donc c’est un mélange naturel, celui de deux musiques d’esclavage », observe Hernan. Une racine noire, indigène qui rappelle notamment les fragrances d’une musique typiquement africaine largement répandue sur le continent lors du siècle passé. Kumbia Boruka en a par ailleurs consacré un titre – “El Din Dun” – en particulier sur leur premier album La Vida Se Vive, sorti le 7 avril 2017. Un morceau qui retrace grandement la génétique indigène particulière de leur entier répertoire: « Ce titre est l’œuvre surtout de James Stewart [ndlr, le trempé des goûts tropicaux au sein du groupe, aux congas sur scène] qui est un DJ reconnu pour les musiques africaines. C’est surtout lui qui nous a insufflé cette tendance plus africaine, nous faire travailler avec des racines plus profondes qui sont présentes dans la cumbia mais pas toujours divulguées. “El Din Dun” est véritablement son petit bébé à lui. Nous l’avons laissé faire et nous avons ensuite travaillé ensemble pour monter le titre », témoigne Bob.

“La Vida Se Vive”, de l’expérience à sa matérialisation

Dans les faits, de cette très jeune formation, montée en l’état il y a quelque deux ans et demi, le travail sur les styles, la personnalité et les ressentis de leur musique a fini par aboutir par la matérialisation de leur premier album La Vida Se Vive au début du mois d’avril dernier. Une première concrétisation qui retient les origines de chacun, et surtout de l’accordéoniste Hernan Cortés, dont les gammes travaillées dans sa Monterrey natale, aux côtés de Celso Piña, reflètent la teneur traditionnelle du disque. « Celso Piña est la pionnier de la musique colombienne au Mexique et j’ai eu la chance de travailler avec lui dans les années 2000. J’ai pas mal tourné avec lui et inévitablement il fait partie des influences que nous avons souhaité garder au sein de notre groupe. Cela fait partie intégrante de la musique que l’on écoute depuis petit à Monterrey au Mexique et qu’on a voulu un peu moderniser dans notre premier album La Vida Se Vive », rappelle Hernan. Celso Piña qui a par ailleurs foulé les scènes du Village du Monde du 42e Paléo Festival en la journée de mercredi: « Nous étions présents au concert de Celso Piña et nous avons trouvé un public, ici au Paléo, très chaleureux et très réceptif. C’est très important pour nous. Et nous sommes heureux de voir qu’il ne désemplit pas d’enthousiasme face aux autres groupes qui sont venus au Village du Monde comme Panthéon Rococó, Boogát, Systema Solar ou encore La-33. C’est une très belle programmation qui donne vraiment un très bel aperçu de ce qui est actuellement présenté en Amérique latine », continue l’accordéoniste – qui est aussi chanteur – du collectif.

« Nous nous sommes laissés guider par nos pulsions »

Bob Sikou

Quoi qu’il en soit, l’année 2017 marque la première résultante d’un collectif qui connait l’ensemble des directions qu’il suit depuis plusieurs mois. Avec La Vida Se Vive, Kumbia Boruka lance son premier opus expérimental, dont les créations ne reflètent, en vrai, que la personnalité profonde de chacun des membres composant le groupe: « C’est une première matérialisation de ce que l’on a fait depuis nos débuts. Nous nous sommes laissés guidés par nos pulsions, notre vague. Nous n’avons pas nécessairement réfléchi à ce que l’on faisait. Nous n’avons pas mis de barrière à notre volonté », explique Bob en interview quelques heures avant de présenter ce premier disque au public du Dôme vendredi soir. Aussi, la prochaine étape sera de développer toujours plus le fortin musical qui leur est propre, à l’image d’un sound system personnalisé, comme le firent les aguerris Systema Solar avec la “Berbenautika”. « On a une version sound system que nous développons petit à petit. Ça va venir. Nous l’avons déjà et elle est de plus en plus marquée au fil des semaines et des mois que nous travaillons et tournons tous ensemble. C’est en train de se transformer pas mal », conclut Bob Sikou en loge. Une bonne raison de garder un œil aux compositions qui émanent des instruments variés du collectif, de l’accordéon aux congas, passant par la Guacharaca, les cuivres trompette et trombone et les électriques batterie, guitare et basse. Du beau mélange en tous les cas.

La teinture plus acoustique sur la scène de l’Escale

Aussi, avant de fouler la scène du Dôme vendredi soir (22h30), Kumbia Boruka s’est illustré dans un version sensiblement plus acoustique sur la scène de l’Escale (19h): « Jouer en acoustique, c’est plus détendu que la version plus électrique, et disons classique avec la batterie, que nous présenterons sur la scène du Dôme », explique Bob. Mais l’acoustique a-t-elle en réalité un place dans la musique du groupe, tenant du mélange entre la cumbia des années 1960 et l’électrique ajoutée ? « C’est la base de Kumbia Boruka, puis avec la batterie de Hadrien Santos, les cuivres de Yacha Berdah et Jean Crozat et Bob au chant, nous entrons certainement dans une dimension différente. Mais nous tenons aussi une grande satisfaction à jouer de manière plus acoustique, soit présenter une version plus traditionnelle – la formule originale de Kumbia Boruka – de nos créations mais toujours avec la pêche », résume à son tour Hernan. Un capital riche que le groupe continuera à présenter tout au long de sa tournée européenne.

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About Yves Di Cristino (358 Articles)
Rédacteur en chef, membre actif de l'Association Suisse des Journalistes Indépendants (CH-Media) et de l'Association vaudoise de la presse sportive (AVPS). Étudiant en Master de Sciences Politiques à l'Université de Lausanne. Prépare un mémoire en histoire internationale focalisé sur les relations de Guerre Froide et de post-Guerre Froide.

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