ELISABETH ALLI
Ph. D – Journaliste, auteure & réalisatrice

Mes impressions sur les athlètes de la génération Z

À la fin du mois d’octobre, European Athletics, la fédération européenne d’athlétisme, a décerné le titre de meilleur athlète de l’année 2022 à trois jeunes étoiles montantes. Il s’agit de la Néerlandaise Femke Bol (classe 2000), spécialiste du 400 mètres haies, du Suédois Armando Duplantis (classe 1999), roi incontestable du saut à la perche, et du Norvégien Jakob Ingebrigsten (classe 2000), spécialiste du 1500 et du 5000 mètres.

Le communiqué de presse de la fédération souligne que le trio a réussi la prouesse de s’adjuger neuf titres majeurs pendant la saison, dont six médailles aux récents championnats d’Europe d’athlétisme à Munich.

En Allemagne, Femke Bol a remporté le titre sur 400 mètres plat, 400 mètres haies et dans le relais 4×400 mètres. Elle a remporté le pari exceptionnel de ramener trois médailles d’or, et cela moins d’un mois après avoir terminé deuxième aux Championnats du monde de Eugene, devancée uniquement par la recordwoman du 400 mètres haies Sydney Maclaughlin (classe 1999). Le palmarès du Norvégien Jakob Ingebrigsten n’en est pas moins impressionnant avec un titre de champion du monde sur 5000 mètres, la place de vice-champion du monde sur 1500m, et le doublé européen sur 1500 et 5000 mètres. Armando Duplantis, champion du monde et d’Europe du saut à la perche a, quant à lui, battu à trois reprises le record du monde de sa discipline en 2022, une fois en plein air et deux fois en salle.

Les disciplines de Femke, Jakob et Armando n’ont pas (ou peu) de points communs entre elles, tout comme celles de Carlos Alcaraz (classe 2003) – devenu en septembre 2022 le plus jeune numéro 1 de l’histoire du tennis – et de Max Verstappen (classe 1997), champion du monde de Formule 1. Ailleurs, Eileen Gu (2004), qui a choisi la nationalité de sa mère, a fait vibrer la Chine tout entière lors des derniers Jeux Olympiques de Pékin en remportant une médaille d’argent et deux médailles d’or en free style, devenant la plus jeune championne olympique de l’histoire dans la discipline.

Chez nous, les exploits sportifs signés par des toutes nouvelles figures sportives ne manquent pas non plus. Ricky Petrucciani (classe 2000), vice-champion d’Europe du 400 mètres plat, Ditaji Kamboundji (classe 2002), médaillée de bronze à Munich sur 100 mètres haies ainsi que Noè Ponti (classe 2001), vice-champion d’Europe à Rome sur 100 mètres papillon, se sont aussi illustrés cette année.

Porte-drapeaux du changement de paradigme dans l’univers sportif, ces jeunes athlètes font partie de la nouvelle génération Z. Identifiée entre 1997 et 2010, cette tranche d’âge a côtoyé internet, les réseaux sociaux et l’online avant d’apprendre à courir. La crise sanitaire n’a qu’intensifié leur connivence avec les données quantiques et les géants de l’industrie digitale ont conçu à tour de bras des engins qui outre à monitorer, exposer et exalter leur vie privée, ont contribué à la mesurer en long et en large.

Sur le plan sportif cela s’est traduit par une codification extrême de leur prestation. En effet, leurs entraînements ainsi que leurs performances ont été analysés, numérisés et paramétrés. Les données ainsi récoltées ont été mises au service d’une science sportive de plus en plus avant-gardiste et en mesure de développer ce que d’aucuns nomment aujourd’hui l’athlète quantifié. Soit une figure sportive dont le poids, la hauteur, la force, le rythme ainsi que les réactions ont été scannés par des ordinateurs qui deviennent toujours plus capables de prédire le jour et l’heure précis du pic de leur forme.

Étant née pendant une période de récession économique, cette génération a développé un nouveau rapport au monde professionnel. Elle travaille pour vivre et pas l’inverse. De plus, elle serait plus incline à chercher une occupation parmi ses passions et moins en relation à un salaire élevé. Dès lors, le défi majeur de cette jeunesse sera de conserver la motivation sur le long terme et la résilience nécessaire dans les périodes de dur.

À ce sujet, l’entraîneur de Femke Bol, Laurent Meuwly avait confié à la presse que l’objectif de remporter trois médailles d’or dans un même championnat d’Europe avait été étudié pour, justement, la motiver, lui trouver un défi de taille. En même temps, Max Verstappen déjà assuré du titre mondial de la discipline, le dernier dimanche du mois d’octobre a continué d’écrire l’histoire de la Formule 1 en devenant le pilote avec le plus de victoires dans une même saison. Armando Duplantis, quant à lui, se pose à chaque compétition, qu’il remporte en sautant une barre vingt centimètres plus élevée (en moyenne) de celle de ses adversaires, l’objectif de battre le record du meeting, avant de s’attaquer au record du monde. Et tout cela porté par l’enthousiasme du public.

Un public prêt sans doute à s’investir et à soutenir cette cohorte d’athlètes quantiques, même s’il faudra le faire avec un tout nouvel état d’esprit. Les fans, comme les sponsors, bercés par les athlètes du temps (désormais) passé – Roger Federer ou Serena Williams, qui ont marqué deux décennies de sport -, devront peut-être s’attendre à ce que la nouvelle génération d’athlètes « Z » n’ait pas la même durabilité. Ni la même longévité.

Emma Piffaretti, de la polyvalence sur les pistes comme dans la vie

À 18 ans, Emma Piffaretti est déjà une sportive pleinement accomplie. Championne de Suisse U18 sur 100m et 200 mètres, vice-championne d’Europe U18 au saut en longueur à Györ (Hongrie) et double vice-championne suisse Élite de la discipline, la jeune Tessinoise s’est révélée au meilleur niveau ces deux dernières saisons. En 2018, elle s’est classée […]

> Emma Piffaretti, fille d’Elisabeth Alli, appartient à la génération Z d’athlètes.

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