Nouveauté

Alexandre Astier dépoussière la recette de la potion magique de Panoramix

La deuxième adaptation d'Astérix et Obélix d'Alexandre Astier, “Les secrets de la potion magique” sort ce mercredi en salles

Quel lien entre les aventures des Chevaliers de la table ronde et celles d'Astérix et Obélix, sinon que leur auteur Alexandre Astier en ait recopié le trait presque à l'identique ? La réponse sied dans les coulisses d'un film d'animation qui calque la mécanique certaine qui fut celle de la série Kaamelott sur le petit écran. Des ressors humoristiques évidents au casting énonciateur – où Roger Carel a définitivement cédé la voix d'Astérix à Christian Clavier –, tout semble fonctionner selon la logique qui fut celle de la réussite du réalisateur, producteur, scénariste et compositeur lyonnais. De pair avec Louis Clichy, Alexandre Astier vient sans doute de signer un nouveau chef d'œuvre, quatre ans après avoir adapté une première fois en film d'animation les idées originales de René Goscinny et Albert Uderzo au cinéma. Ainsi, après avoirs cosigné Astérix: Le Domaine des Dieux (2014), le chef d'orchestre – créateur d'une véritable machine à réussir – sort Astérix: Le Secret de la Potion Magique ce mercredi dans les salles. Une pépite à ne pas manquer. ★★★

Panoramix (voix de Bernard Alane) cherche à qui confier le secret de sa potion magique. [A.Astier/L.Clichy - M6/2008]

C’est un pitch d’une trentaine de pages qui aura réussi à convaincre Albert Uderzo. Le créateur de la bande dessinée des aventures d’Astérix et Obélix n’a pas eu tant de mal à valider les idées novatrices, tout autant que innovantes d’Alexandre Astier. D’autant plus que les appropriations d’une mécanique nouvelle – par rapport aux précédentes histoires d’Uderzo et René Goscinny – sont bien visibles, du moins à en croire les confidences du compositeur, scénariste et réalisateur autrefois de la série Kaamelott (2006). À commencer par la base: les secrets de la potion magique n’ont jamais attisé la curiosité plus que d’accoutumée, à tel point que le sujet est resté jusqu’à ce jour inabordé; seul Astier aura eu l’exigence et les velléités d’en tirer une histoire aussi riche que passionnante, tout en sachant préserver la légèreté d’une intrigue digne d’un véritable film d’animation d’aventure, forçant toujours plus les contours d’une rivalité manichéenne entre ses personnages. Les ressors humoristiques en ressortent évidents, basés sur une bêtise aussi moderne que possible mais qui s’adapte tout aussi bien à la Gaule de l’époque de Jules César. À cela s’ajoute un script qui retient la même douceur dans les répliques déjà bien averties de sa série phare dédiée au roi Arthur; une mélodie dans les phrases, une sagesse dans l’utilisation des mots, une harmonie animée et rythmée dans les dialogues, un texte toujours aussi pêchu, ce qui fit bien là le succès des précédentes créations d’Alexandre Astier. Car le véritable secret magique de la réussite, seul ce Lyonnais surdoué semble en ménager les plus fins détails. Un talent pour la création, joint à un vice des plus malicieux: son perfectionnisme. Preuve sans doute qu’avec une oreille musicale, l’on parvient parfois – le plus souvent – à produire des compositions musicales, littéraires et cinématographiques issues d’un très grand art.

« Plus réussi est le méchant, plus réussi sera le film »

Alfred Hitchcock (1899-1980)

La nouveauté de cette seconde adaptation des histoires d’Astérix et Obélix par Astier – après une première réussie avec “Le Domaine des Dieux” (2014) –, apparaît aussi sous cette volonté inextricable d’adjoindre, au récit autrefois pensé par Uderzo et Goscinny, la figure d’un “méchant”: Sulfurix (dont la voix est prêtée par Daniel Mesguich). C’est bien ici que l’on discerne l’idée originale des deux coscénaristes, Alexandre Astier ayant travaillé de pair avec Louis Clichy (qui avait également été animateur pour le film “Là-haut” de Pete Docter et Bob Peterson en 2009). Si la rivalité entre Gaulois et Romains fut toujours évidente, il ne fait aucun doute que les deux coréalisateurs aient souhaité infiltrer, dans cette mythologie, la figure d’un puissant contradicteur aux plans du vieux druide Panoramix. En cela, le personnage de Sulfurix laisse superbement penser à celui de Méléagant dans la série de la légende arthurienne d’Astier, ce souffre évident dans la voix et dans les pensées, cette assurance certaine dans le paraître et cette envie inébranlable de destruction d’un ordre qui échappe manifestement à son contrôle. Il ne faut certes pas forcément aller chercher bien loin dans les méandres de l’histoire idéée par le Lyonnais, aussi car la figure cardinale du “méchant” – dans les plus grands films réalisés dans le courant du dernier siècle – est aussi celle qui dicte la qualité du récit et de la trame. Alfred Hitchcock l’assurait même dans les années 1950: « Plus réussi est le méchant, plus réussi sera le film », ce à quoi commentait volontiers le scénariste, écrivain et réalisateur français Pascal Bonitzer: « Il ne faut pas comprendre : plus méchant est le méchant… mais, au contraire, plus complexe il est, et plus il a de points communs avec le héros, au point d’être presque interchangeable avec lui, alors plus le film sera réussi… », lâchait-il en 2011 dans les colonnes de Télérama.

Sulfurix, un avatar qui a tout du parfait méchant de cinéma

Panoramix (Bernard Alane) se fait vieux et cherche activement qui peut le remplacer dans ses fonctions. La mission s’avère pourtant délicate alors que le vieux sage doive céder à son successeur la fameuse recette secrète de la potion magique. Or, le druide successeur se doit d’être intelligent, inventif, créatif, brillant et surtout… bienveillant. On tape dans le mille: Sulfurix, druide corné noir, a sans doute toutes les qualités requises, hormis la dernière. Il est, à tout croire, l’égal – sinon le semblable mal-pensant – de Panoramix, ce qui le rend légitime et lui dessine une identité qui se rapproche de très près du personnage du grand druide de village. C’est en cela que l’histoire écrite par Alexandre Astier détient son soupçon d’intelligence. La précision par laquelle le personnage noir de Sulfurix est mis en animation laisse présager la très belle réception de l’intrigue auprès d’un public jeune, et moins jeune. Et puis, l’œuvre de création du personnage de Sulfurix – une création intégralement imagée selon les envies d’Alexandre Astier – revêt l’ensemble de la parfaite panoplie du méchant de cinéma. L’anthropologue française Véronique Nahoum-Grappe écrivait par ailleurs en 2013: « Le méchant a souvent un visage sinistre, lorsqu’il est représenté couvant ses forfaits dans l’ombre. Pourtant, il rit, dans certaines situations bien précises. Le moment du « rire du méchant » inscrit dans une certaine situation se répète si souvent qu’il est devenu un court stéréotype sonore (et postural) que l’on peut voir rejoué dans les cours d’écoles primaires » (Le rire du méchant, Esprit, octobre 2013, p. 126). La caractéristique du rire de Sulfurix n’est par ailleurs jamais omise; voix grave, rire forcé, et script grinçant, l’œuvre de ce druide contradicteur rappelle les codes les plus élémentaires du méchant typique de film et de dessin animé: une réussite implacable pour le film d’animation qui est celui d’Astier.

La figure du “méchant” de l’histoire, Sulfurix (voix de Daniel Mesguich). [A.Astier/L.Clichy – M6/2008]

De Christian Clavier à Guillaume Briat, la réplique de Kaamelott

Au-delà des nombreux clins d’œils artistiques à ses précédentes œuvres, Alexandre Astier a aussi – et surtout – reproduit aux micros l’ensemble de la classe de comédiens qui ont ou eurent figuré dans les moments clefs de sa série Kaamelott. Des gens, des artistes qu’il aime et qu’il a naturellement choisi pour composer le casting de ce nouvel opus des aventures d’Astérix et Obélix. À commencer par Christian Clavier, l’acteur officieusement admis dans la représentation d’Astérix au cinéma (Astérix et Obélix contre César, 1999 et Astérix et Obélix: Mission Cléopâtre, 2002). Le Francilien – assurant, ici, de son timbre fort reconnaissable la doublure vocale du protagoniste moustachu – a alors succédé à l’historique voix d’Astérix de la seconde moitié du XXe siècle, Roger Carel (huit doublures vocales de 1967 à 2006). Carel avait alors accepté d’assurer une dernière fois le rôle à la sortie du premier numéro d’Astérix: Le Domaine des Dieux d’Alexandre Astier en 2014, après lequel il décida de prendre une méritée retraite à l’âge de 87 ans. Il y a de cela donc quatre ans.

« Je m’entoure de gens que j’ai déjà vu jouer quelque part. Je ne fais pas de casting pour Kaamelott »

Alexandre Astier (2006)

Christian Clavier est aussi l’un des proches du coscénariste lyonnais; l’acteur de 66 ans avait déjà assuré l’un des rôles phares du cinquième livre de la série Kaamelott en interprétant le rôle du jurisconsulte, tout comme bon nombre d’acteurs figurant dans la classe de la sortie cinéma qui nous occupe en ce premier mercredi de décembre. Les parents d’Alexandre Astier, lui-même, ne sont par ailleurs jamais bien loin; Lionel, le père, assure la voix grave de Cétautomatix, alors que la mère Joëlle Sevilla, quant à elle, assure une doublure plus secondaire, celle de Lelosubmarine (on aura compris la référence aux Beatles). Franck Pitiot, le personnage mythique de Perceval dans Kaamelott, est aussi bien présent dans la doublure vocale du soldat romain Humérus, tout comme Serge Papagalli qui n’a pas manqué, une nouvelle fois, de tenir le premier des seconds rôles. Figure du paysan agricole Guethenoc dans les aventures des Chevaliers de la table ronde, Papagalli a, cette fois-ci, prêté sa voix au chef du village Abraracourcix. Et si l’on ajoute les voix d’Élie Semoun (Cubitus), François Rollin (Grotadefrix) et – non des moindres – Guillaume Briat (Obélix), l’on se rend rapidement compte qu’Alexandre Astier s’est, une nouvelle fois, entouré de personnes qu’il connaît (parfaitement) bien. Si Guillaume Briat, justement, faisait partie des quelque trois acteurs à avoir passé un casting pour l’interprétation du roi Burgonde dans les livres de Kaamelott, force est de constater que le courant est passé avec le chef d’orchestre Astier, à tel point que l’adage est resté le même depuis lors: le “boss” ne retient que des personnes qu’il a déjà vu jouer ou côtoyées par le passé. Le succès passe assurément par une dose certaine de stabilité et Alexandre Astier est resté fidèle à lui-même.

About Yves Di Cristino (454 Articles)
Rédacteur en chef, membre actif de l'Association Suisse des Journalistes Indépendants (CH-Media) et de l'Association vaudoise de la presse sportive (AVPS). Titulaire de la carte AIPS. Étudiant en Master de Sciences Politiques à l'Université de Lausanne. Prépare un mémoire en histoire internationale focalisé sur les relations de Guerre Froide et de post-Guerre Froide.

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