Nouveauté

The Last Internationale: la conscience du rock

Fureur revendicatrice des uns, magnificence spectaculaire chez les autres

Les bracelets rouge vif en annonçaient la couleur : nuit d’été saignante au Stravinski. Le duo The Last Internationale, dont les titres ont une coloration politique marquée, a ouvert les hostilités, en première partie des Californiens de QOTSA. Poings levés, revendications pleinement assumées, les New-Yorkais n’ont rien fait à moitié et ont livré une performance solide. Retour sur ce baroud d’honneur de début de soirée.

Delila Paz, cofondatrice et chanteuse de “The Last Internationale” sur la scène cardinale du Montreux Jazz Festival. © leMultimedia.info / Oreste Di Cristino

Venir applaudir la dernière internationale au sein du grandiloquent et luxueux Auditorium Stravinski après un verre de blanc consommé religieusement à l’extérieur de la prestigieuse enceinte serait-il un paradoxe ? Les plus cyniques seront tentés d’acquiescer un rictus narquois en voyant l’étendard de la formation américaine dépliée sur la grande scène de Montreux. La référence à l’Internationale n’est pas une feinte. Un drapeau composé de trois étoiles sur fond noir et rouge domine la scène. On aura reconnu le digne héritage de l’emblème socialiste libertaire. Formé en 2013 par Delila Paz et le guitariste blues Edgey Pirès suite à une rencontre dans une manifestation à Wall Street, le duo électrique s’est offert – épaulé par Tom Morello – les services d’un certain Brad Wilk (batteur des Rage Against the Machine) sur son premier album vindicatif, We Will Reign (2014). D’orientation rock folk, ce premier opus se définit comme engagé et engageant, d’une simplicité efficace propulsé par sa version live dans une autre dimension. Si l’on doutait encore des thèmes de prédilection du groupe de la Big Apple, le premier titre “Life, Liberty, and the Pursuit of Indian Blood” donne le ton : “We’ll burn the streets, / Regrow the forest, / We’ll rob the richest, / Give to the poorest”. Derrière ces revendications simplettes se cachent pourtant une force d’interprétation singulière et une conscience artistique vibrante. Récemment débarqué du groupe Sony et de ses contraintes, The Last Internationale est sur le point de sortir un deuxième album studio, Soul on Fire, dont le groupe a présenté un titre inédit. Plus mature et plus maîtrisé, il promet d’apporter un nouveau souffle, porté par une plus grande liberté dans les choix artistiques.

« No Fuck Boys Allowed »

Arborant un t-shirt où les portraits de Donald Trump et de King Jong-un figurent au sein d’un cercle barré autour duquel on pouvait lire le slogan : « No Fuck Boys Allowed », Edgey Pirès harangue sa foule. Avec une grande maîtrise de son instrument à quatre cordes et un usage intensif de l’effet delay, il livre au parterre du Stravinski des solos d’anthologie. À la batterie, pas de signe de Brad Wilk mais le nordique Andreas Brobjer à la longue chevelure blonde, tout à fait honorable. Il faut savoir que lors des premiers pas de The Last Internationale, les percussions étaient absentes. Or, on sent combien leur présence – les arrangements classe de Brendan O’Brien en studio y sont sans doute pour quelque chose – apporte une puissance nécessaire aux titres. Puissance magnifiée par sa frontwoman, Delila Paz. Brassard rouge au bras, la jeune femme, très expressive sait conduire son band, tout comme embarquer le public avec elle. Celui-ci a répondu présent pour cette première partie de soirée, et s’est vu mettre à contribution durant tout le set. Avant de s’offrir un petit plaisir en entamant une petite escapade au sein du parterre du Stravinski (« On est tout de même dans un festival de jazz ! », lance-t-elle), la jeune femme n’hésite pas à dédicacer ces titres les plus revendicateurs, notamment à « un homme méchant occupant la maison blanche ». Si Delila Paz ne porte pas les politiciens dans son cœur, elle a le mérite d’y porter son public, qui le lui a bien rendu. Au terme de cette première entame de soirée, les programmateurs du Montreux Jazz sont parvenus à mettre en place un bel équilibre : fureur revendicatrice des uns, magnificence spectaculaire chez les autres.

About Fanny Agostino (35 Articles)
Étudiante en bachelor à l’université de Lausanne en français moderne et en histoire et esthétique du cinéma, je m’intéresse aux diverses manifestations culturelles dans la région. Rédactrice “Culture” pour leMultimedia.info.

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