Nouveauté

Du documentaire à la comédie: une programmation hétéroclite au GIFF

La variété de la programmation fait du festival un rendez-vous incontournable pour les cinéphiles

Samedi pluvieux, samedi heureux. Pour sa dernière journée, le Geneva International Film Festival (GIFF) proposait une sélection de longs-métrages aux antipodes les uns des autres. Sur les traces du cinéaste subversif Carlos Reygadas en passant par les méandres de l’Histoire chilienne jusqu’aux sphères parisiennes boboïsées de Saint-Germain-des-Prés. Revue d’une journée dans la cité de Calvin.

Photo: Stella Falcoz.

Passer l’imposante porte de la maison communale de Plainpalais, c’est pénétrer dans une sphère bien gardée. Alors qu’à l’extérieur la ville est dans son ébullition du samedi après-midi, la bâtisse pensée par l’architecte Joseph Marschal fait, au milieu de toute cette agitation, office d’écrin. Un écrin qui prend une coloration cinéphilique pour une semaine. L’ancien festival Tous Ecrans, rebaptisé GIFF cette année, a pris ses quartiers. Les salles Pitoëff 1 dans laquelle le doux vrombissement du tram genevois se fait sentir ainsi que sa jumelle, au deuxième, accueillent les spectateurs.

Por Carlos Reygardas

Le marathon du jour débute sous de très bons hospices avec le documentaire Por la libertad de Laurence Garret (non, il ne s’agit pas d’un énième documentaire sur le Che !). Intégré dans la collection Cinéma de notre temps – regroupant des longs-métrages évoquant des cinéastes ou des questions relatives à la pratique cinématographique – c’est le réalisateur aussi adulé que contesté Carlos Reygardas qui fait l’objet de cet épisode. Garret suit le cinéaste chez lui au Mexique, dans sa vie comme sur ses tournages. Reygardas qui aime se dédouaner de toute explication interprétative concernant ses films évoque sa carrière, ainsi que la réception critique de son dernier film en date Post Tenebras Lux (2012) primé à Cannes. Si le documentaire évoque les films de Reygardas, c’est toujours in abstentia. Ce sont les archives personnelles du réalisateur sulfureux (repérages, auditions d’acteurs non professionnels) couplé au pèlerinage de la réalisatrice sur les traces des figurants qui guident le documentaire. La bande sonore des œuvres fictionnelles faisant office de marquage vient délimiter l’objet du discours des interviewés, posée sur des plans fixes où ces derniers fixent la caméra. À noter, le morceau de bravoure du long-métrage : un drone s’élève pour filmer la forêt mexicaine au crépuscule avant d’amorcer sa descente, vers l’équipe de tournage du documentaire ainsi que Reygardas et ses assistants. La même séquence étant donnée à voir par l’œil de Garret. Malgré la fréquente sortie des spectateurs pendant la projection, le film donne envie de découvrir Reygardas et permet un nouveau regard sur son œuvre.

Le roi fou, le fou des rois

Attention : œuvre éminemment poétique à venir. Difficile d’accès, Rey de Niles Atallah explore l’histoire du Chili à travers Antoine de Tounens (Rodrigo Lisboa), avoué français amateur d’expéditions. Le film présente le voyage de cet homme aux allures christiques, dans sa quête folle de fonder le royaume de Patagonie avec la collaboration du chef militaire mapuche. Là où la mise en scène classique de l’histoire par la fiction aurait fait du film un objet conventionnel, Atallah divise son film en plusieurs parties avec des unités de temps multiples. Pour certaines scènes comme celle du procès, les acteurs se parent d’un masque à leur propre effigie. Par la mise en abîme, le cinéaste propose une réflexion sur le cours de l’histoire ; les personnages jouant leur propre rôle à travers la fiction. La pratique témoigne également de la constitution d’une histoire nationale et de ses blancs. Ces oublis apparents, embrasant des questions coloniales, sont ainsi colmatés par le cinéma. L’utilisation d’archives documentaires est aussi à relever : à rebours de la tendance actuelle, le cinéaste abîme la pellicule de ses prises de vues afin de leur attribuer un aspect désuet et va jusqu’à les intégrer magistralement au sein même de certaines archives. Ces dernières constituent une grande partie du projet inaugural puisque la réalisation, pour des questions d’accès à ces documents, s’est étalée sur sept années. La dernière partie du film embarque le spectateur dans un délire psychédélique, dont les redondances se font sentir. On retiendra la force poétique du film et l’excellente photographie amenant le spectateur dans une dimension parallèle.

La comédie au degré zéro

Rien de mieux qu’une comédie pour clôturer cette belle journée, en théorie. Venue des réalisateurs oblige, c’est au Cinérama Empire que la projection de Jalouse des frères Foenkinos avait lieu. Autant l’avouer tout de suite, aucun miracle n’était à prévoir. L’écrivaillon de la Délicatesse (Gallimard, 2009) nous laissait peu d’espoir… et anéantissait sèchement toute forme d’empathie au bout d’une demi-heure. Karin Viard, dans le rôle d’une enseignante passionnée de littérature en khâgne (elle adore Bovary et son appartement du 6e arrondissement est un dédale de bibliothèques…) entretient une jalousie maladive vis à vis de sa fille « parfaite » (celle-ci fait de la danse classique, rentre avant minuit et son petit ami est noir, ce qui constitue une preuve de tolérance implicite dans le film). Toute la comédie est un ramassis de clichés : du mari quittant sa femme pour une jeunette écervelée (mais gentille quand même), des copines quadra aimant siroter un cosmopolitan accoudées au bar d’un palace (Sex and the City s’est pourtant terminé en 2004) en passant par le nauséabond : alors que la mère s’apprête à acheter un livre à une de ses élèves, elle réplique à sa fille présente que si elle n’est pas douée en littérature, au moins, elle n’est pas asiatique (rires dans la salle). Le romancier nous dévoile également une drôle conception de la littérature: la mère termine l’un de ses cours sur les Confessions par l’affirmation suivante : « Rousseau a-t-il bien traduit ses sentiments pour en faire de la littérature ? » On espère que Jean-Jacques ne se retourne pas dans sa tombe à chaque projection. Outre les dialogues plats et insipides, la mise en scène est inexistence : l’ensemble des plans se résument à des champs-contrechamps scolaires et à des plans fixes (bénéficiant parfois d’un travelling latéral, parce que les librairies parisiennes, c’est esthétique).

Si cette journée se clôt par une déception pourtant annoncée, il n’est aucunement question d’en tenir rigueur au GIFF. La variété de la programmation, qu’il s’agisse de longs métrages ou de séries, fait du festival un rendez-vous incontournable pour les cinéphiles, que l’on se réjouit d’ores et déjà de retrouver l’année prochaine.

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About Fanny Agostino (20 Articles)
Étudiante en bachelor à l’université de Lausanne en français moderne et en histoire et esthétique du cinéma, je m’intéresse aux diverses manifestations culturelles dans la région. Rédactrice “Culture” pour leMultimedia.info.

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