«La capacité d’absorption de cette grande mécanique que sont les Jeux Olympiques est parfois un peu limitée»

François Werner, maire de la commune de Villers-lès-Nancy en Meurthe-et-Moselle. Licence CC

Villers-lès-Nancy, France

Le vice-président de la Région Grand-Est, délégué au Sport et à la Jeunesse, François Werner nous a reçus dans sa mairie de Villers-lès-Nancy, en Meurthe-et-Moselle, pour évoquer la préparation des Jeux Olympiques de Paris 2024 différemment. Quels engagements assume une région presque aussi large et peuplée que la Suisse aux confins de la région parisienne? L’homme politique, notamment passé par les cabinets ministériels de Nicolas Sarkozy en 1993 et de Guy Drut en 1995, avant de brièvement rejoindre le CIO entre 2000 et 2002, raconte la décentralisation et ses enjeux.

Quelles sont vos relations avec le comité d’organisation des Jeux Olympiques ?

Nous avons de très bons contacts avec le comité et Tony Estanguet, son président, est venu plusieurs fois dans la région. Je partage aussi de très bonnes relations avec Thierry Rey qui est la personne chargée des relations avec les territoires et qui fut sacré champion olympique de judo à Moscou en 1980. Thierry faisait partie de mon équipe lorsque je dirigeais le cabinet de Guy Drut au Ministère de la Jeunesse et des Sports en 1995. Nous avons de très bons rapports, et même fréquents pour nous assurer que tout va bien. Ceci étant dit, dans la mécanique en œuvre au sein du comité, les relations entre notre région et le comité auraient pu être encore plus étendues si la flamme olympique devait traverser notre territoire. Ce qui ne sera pas le cas.

Vous avez lancé dernièrement un appel à projet auprès des lycées pour que de jeunes lycéens puissent être davantage investis dans les Jeux Olympiques. À quoi cela correspond ?

C’est un projet global qui est piloté par le comité d’organisation à l’échelle de la France entière. Dans notre région, 100 lycéens – 50 garçons et 50 filles – seront sélectionnés pour mettre en œuvre des projets d’engagement (de leur choix) vis-à-vis des Jeux Olympiques. Ces projets, ils les auront pensés et réfléchis avec l’aide de leur professeur. Il faut savoir que ceux-ci ne seront pas de l’ordre du sportif – ces jeunes gens ne seront pas des athlètes de haut niveau. En revanche, ils permettront à la jeunesse d’être encore plus investie dans ce grand chamboule-tout que représente l’organisation de Jeux Olympiques dans notre pays.

Pourquoi seulement 100 et pas plus ?

Le choix du nombre est à la discrétion du comité d’organisation. Nous sommes effectivement un peu déçus du nombre, d’autant plus que nous aurions été prêts à participer au financement de ces projets. Mais, d’autre part, je comprends aussi que la capacité d’absorption de cette grande mécanique que sont les Jeux est parfois un peu limitée. En revanche, je suis convaincu que les deux jeunes lycéens qui seront sélectionnés dans leur lycée mettront le cœur à l’ouvrage et l’ouvrage sur le métier pour bâtir un projet de qualité et avec l’envie nécessaire.

« Il faut sortir le sport de sa stricte arène sportive »

Vous avez travaillé auprès de plusieurs Ministères à Paris, puis au CIO. Dans vos fonctions, on vous sent soucieux de faire plus que du sport avec le sport.

C’est évident. Je ne suis pas élu pour que trois gamins aillent pousser un ballon le dimanche matin. Du moins, mon mandat ne se résume pas à cela. Nous faisons du sport, non pas pour tirer dans un ballon, mais pour apprendre des règles, entrer en société, accepter les comportements de l’adversaire et du coéquipier et travailler le dépassement de soi, entre beaucoup d’autres. Tous ces dispositifs qui permettent de sortir le sport de la stricte arène sportive sont, pour nous, très importants. C’est pourquoi, il est aussi dans notre intérêt – autant qu’il est dans l’intérêt de Paris – d’animer dans nos régions le sentiment de célébration autour des Jeux.

Ce sentiment de célébration prend-t-il de façon satisfaisante dans votre région ?

Actuellement, nous sommes heureux du travail qui est dispensé dans ce sens. J’ai connu plusieurs Jeux Olympiques – par exemple ceux mitigés d’Atlanta en 1996 –, et je sens que nous sommes sur une très bonne voie pour rendre l’événement à la hauteur des espérances. Je sais bien que les grandes manifestations, comme les JO, font partie de ces événements qui sont en permanence réinterrogés et parfois remis en doute, surtout actuellement dans un contexte où les appels à la sobriété énergétique se multiplient. De façon générale, le gigantisme et l’emprunte carbone des JO en font un monstre à combattre. Il n’empêche que les prochains Jeux français respectent un certain nombre de critères en matière d’économies d’infrastructures et d’engagements en faveur d’une mobilité efficace et sûre. On le sait: Paris n’aura rien à voir avec Pékin. Elle n’aura aussi rien à voir avec les accusations qui sont actuellement proférées à l’égard du Qatar. Il y a un espoir certain, qui est de plus en plus partagé par les acteurs engagés dans les JO, que Paris 2024 réconcilie le public avec les Jeux Olympiques et les plus grands événements qui sont en constante évolution.

En Suisse, le référendum sur la tenue des Jeux Olympiques à Sion a sonné le glas des ambitions suisses pour 2026. En France, comment l’adhésion de la population est mesurée ?

De façon structurelle, dans le cadre d’une candidature pour l’organisation de Jeux Olympiques, le comité en charge du dossier doit être en mesure de démontrer, par le biais de sondages sérieux et au fil de l’évolution de la candidature, le degré d’adhésion de la population. Et là apparaît le premier garde-fou: une candidature est d’emblée disqualifiée si le degré d’adhésion est inférieur à 50%. De mémoire, la candidature française se situait, il y a quelques années, dans la moyenne haute; aux alentours des 65%. De nos jours, il est difficile de monter plus haut. Le bon score de Paris pour l’édition 2024 s’expliquait d’une part en raison du statut symbolique des Jeux de Paris qui fêtaient leur centenaire après la dernière édition tenue en 1924. D’autre part – et là c’est plus un ressentiment d’égo national –, parce que les Français n’aiment pas perdre des concours. La candidature de Paris avait autrefois été écartée en 1992, en 2008 ou encore en 2012. Et ça, chez nous, ça passe difficilement.

Et qu’en est-il de l’opinion de la population de la région Grand-Est ?

C’est justement sur ce plan-ci que nous pouvons encore travailler. Les régions n’ont pas droit au référendum et elles ne sauraient d’ailleurs pas vraiment comment s’y prendre. En revanche, nos outils de mesure sont souvent remis aux mains des instituts de sondage. À notre échelle, deux questions peuvent se poser. Puis-je engager l’argent de la région pour venir animer les festivités liées à la tenue des JO à Paris si la population s’oppose à la manifestation ? Puis, si la population consent à vibrer au rythme des JO, comment le ressenti populaire évolue-t-il au fil que les préparatifs s’intensifient ? Dès lors que nous n’organiserons aucune épreuve, il n’y a aucune raison de réaliser un grand show régional autour des JO. Notre engagement est dès lors plus un engagement de capillarité; à savoir comment chaque club de sport de nos différents départements peut tirer profit des Jeux.

« Nous devons absolument nous assurer que les meilleurs éléments de notre région restent des licenciés du Grand-Est et ne partent pas prendre leur licence ailleurs »

Dans quelle mesure la région peut-elle favoriser la recherche de performances sportives de ses propres athlètes ?

La recherche de performance reste, in fine et malgré tout le reste, le point prioritaire de notre action. Nos engagements pratiquement sont tournés vers l’objectif de stimuler et soutenir la puissance sportive de nos athlètes. Le sport d’excellence se conçoit à tous les niveaux – comprenez, sans le soutien du politique, le monde du sport resterait grandement pénalisé. Nous n’avons pas réalisé un grand résultat aux derniers Jeux Olympiques de Tokyo organisés en 2021; six médailles, plus quatre conquises durant les Jeux Paralympiques – c’est un peu maigre, voire très insuffisant.

Le Président de la République Emmanuel Macron a émis le rêve de 50 médailles pour la France lors des Jeux de Paris – c’est donc exagéré ?

Je n’aime pas les déclarations présidentielles de ce genre. Je ne les partage vraiment pas. En revanche, il est vrai que nous avons un vrai objectif d’excellence basé sur notre potentiel. Notre travail est d’augmenter le soutien aux sportifs déjà identifiés qui en ont besoin et d’aller chercher à renforcer la croissance de nos sportifs espoirs qui nourrissent une vraie ambition au plus haut niveau, comme le sprinteur strasbourgeois Jeff Erius que d’aucuns considèrent comme le futur radieux du sprint français. Sous l’impulsion de mon collègue Bob Tahri, nous avons donc sélectionné un groupe d’athlètes de très bon niveau de la région que nous allons suivre et soutenir de la façon dont ils le souhaitent – et surtout quand ils le souhaitent. Il est pour nous important, à titre d’exemple, que ces jeunes gens ne soient pas forcés de quitter leur région pour aller perfectionner leurs entraînements ailleurs. Nous devons absolument nous assurer que les meilleurs éléments de notre région restent des licenciés du Grand-Est et ne partent pas prendre leur licence ailleurs. C’est pour cela qu’il est fondamental de maintenir vive l’animation sportive et les pôles d’excellence dans nos territoires.