On avait ouï-dire la légende. Tel saint Thomas, on voulait la voir : on l’a touchée. Figure christique en costume trois pièces, Nick Cave accompagné de ses mauvaises graines ont transcendé le Stravinski, ce jeudi soir. Le rapport viscéral qu’entretient le sexagénaire avec son public n’a rien subtilisé à la décharge émotionnelle, délivrée pendant plus de deux heures, par un live au zénith de l’imaginable. Sauvagerie envoûtante, dégâts magnifiques, voluptuosité saturnienne… une intensité sans précédent pour le plus beau show de cette édition, si ce n’est d’une vie.

Point d’orgue de cette soirée dominicale, Josh Homme et ses compagnons ont fait mordre la poussière au Stravinski. Les Queens of the Stone Age ont rempli les attentes d’une des plus grosses soirées du festival : show généreusement rodé, jeux de lumières époustouflants et maestria à la hauteur du groupe californien. Seule ombre au tableau : une acoustique qui semble s’être calquée sur les open airs estivaux, oubliant les qualités inhérentes de l’Auditorium.

Les bracelets rouge vif en annonçaient la couleur : nuit d’été saignante au Stravinski. Le duo The Last Internationale, dont les titres ont une coloration politique marquée, a ouvert les hostilités, en première partie des Californiens de QOTSA. Poings levés, revendications pleinement assumées, les New-Yorkais n’ont rien fait à moitié et ont livré une performance solide. Retour sur ce baroud d’honneur de début de soirée.

Richard Bona, présent sur la scène du Montreux Jazz Club lundi à 1h du matin, lors du concert surprise du 85e anniversaire de Quincy Jones à Montreux, l’a toujours annoncé: il faut chanter avec ses racines, au plus près de ses origines. Sinon ? il n’y a pas de musique. Disons-le, au-delà de Richard Bona, cet auteur, musicien et chanteur camerounais, il y a de parfaits exemples d’artistes engagés dans la promotion de leur identité au travers d’une musique qui leur est propre. Il n’y avait qu’à jeter un coup d’œil à la Brazil Night de samedi soir à l’Auditorium Stravinski; Margareth Menezes, Mart’Nália et Gilberto Gil ont offert un récital de presque quatre heures et demi sur la scène cardinale du Montreux Jazz Festival avec, pour seule mission, vivre leur musique. De Bahia à Rio, l’on retrace volontiers les trois artistes qui ont donné, souvent de leur temps et de leur énergie, à la promotion et au développement de la culture dans leur pays, le Brésil.

Attendue comme le reliquat d’une époque révolue, la formation étiquetée « grunge » a livré aux fans venus en nombre un « special evening ». Dans la même veine que son mémorable « Unplugged » deux décennies plus tôt, Alice in Chains proposait, pour sa première venue sous les palmiers montreusiens, une version acoustique de ses plus grands tubes sans oublier quelques titres récents. Sous la ferveur et l’émotion d’une salle comblée par la présence de ses idoles qui contraste quelque peu avec un set plutôt minimaliste, Cantrell et sa bande livrent une belle prestation intimiste.

En première partie des intouchables Alice in Chains, le Kentucky était à l’honneur. On ne peut plus sobre, Emma Ruth Rundle est venue broyer du noir avec sa Dark folk. Malgré un public impatient et acquis à la cause des rois du grunge, la jeune chanteuse a su monopoliser l’attention du Montreux Jazz Lab. Entame de soirée lynchéenne en perspective.

Sortez les sabots ! Dr Martens et accessoires cloutés devraient largement dominer le 2M2C pour la 52e édition du Montreux Jazz Festival. Retour sur l’annonce du programme en musique et rencontre avec son investigateur Mathieu Jaton ainsi que Rémi Bruggman et David Torreblanca aux commandes du Jazz LAB et du Lisztomania (dont la programmation sera servie le 31 mai).

Ce sont sous les voix suaves de Tamino et Flèche Love, que l’assistance découvre les lines-up du 52e Montreux Jazz Festival. Destinés à un avenir prometteur, à l’instar des jeunes protégés du festival Rag’n’Bone Man ou encore Jamie Cullum – ces derniers programmés à l’Auditorium Stravinski les 1er et 13 juillet –, les artistes parfont leur relation avec le MJF. Et à ce titre, « plus que des découvertes, je préfère parler de coups de cœur », affirme le CEO Mathieu Jaton.