Le rugby à Genève a sans doute été le plus résilient de Suisse; le plus ancien à coup sûr mais probablement aussi le plus résistant. Alors que plusieurs impressions liminaires laissaient penser que le rugby avait connu un coup de frein à la sortie de la Seconde guerre mondiale, il se peut, en réalité, que le RC Genève ait perduré de façon intensive durant la période courant de 1947 à 1960, voire même quelques années de plus. Et si le rugby à Genève n’avait en réalité jamais disparu ?

Sans accès aux vestiaires, dans le respect des mesures sanitaires, et dans un cadre d’entraînement retravaillé, l’école de rugby du Servette Rugby Club a été contraint de réadapter ses conditions d’entraînement à Genève. Toutefois, malgré moins de contact et avec des séances d’autant plus portées sur le respect de l’adversaire et de l’autre, le club tire profit d’une situation inédite pour davantage instruire des jeunes hommes et jeunes femmes avant de former des joueurs et joueuses de rugby. Une réalité exacerbée par la pandémie.

Promues en LNF-A cet été sur décision de l’Assemblée des délégués de la Fédération Suisse de Rugby, les Switzers ont parcouru un long chemin pour enfin réussir à s’imposer au plus haut niveau. Aussi, la préparation fut sérieuse; de leur stage de cohésion fin août à Isérables (VS) à leur première victoire dans l’élite face à l’Albaladejo ce week-end (7-10), leMultimedia•info a suivi l’équipe en immersion pleine ces quatre dernières semaines. Et le constat est édifiant.

Après deux saisons en LNA vécues en Entente avec le RC Yverdon, le club de rugby de Neuchâtel a pris la dure décision cet été de repartir de tout en bas pour se recentrer sur ses objectifs de formation. La décision, contestée par-ci, par-là en interne, a toutefois été rapidement entérinée au vote par les membres du club. Celui-ci repart ainsi de zéro; il renaît presque de ses cendres au contact de nouveaux entraîneurs et de joueurs fidèles au projet commun. Ancien coach de l’équipe en LNA, Gilles Cerede (49 ans) a même retrouvé ce week-end contre Palézieux son nom sur les feuilles de match. L’ambition en faveur de la relève (et des féminines) jouit donc d’un tout nouveau départ.

Depuis plus de trois mois, l’Association Cantonale Genevoise de Rugby (ACGR) s’est associée à leMultimedia.info dans le but de redécouvrir les origines du rugby en Suisse. L’année 2020 n’aura pas été prospère sur les terrains, sinon sur celui de l’étude historique. Sur ce plan, les premiers résultats se sont révélés prolixes, laissant imaginer un développement nouveau de ce sport sur nos terres romandes, mais aussi alémaniques. CEO de l’ACGR, Gianni Di Martino nous répond à mi-parcours des recherches menées.

À Lausanne,  le 9 mars 1894, l’on découvrait qu’un match de rugby avait déjà eu lieu entre deux formations du coin; Lausanne-Nord (quartier que l’on pourrait imaginer des actuelles Plaines-du-Loup et alentours) affrontait une formation de Lausanne-Sud (actuellement Vidy), couplée par des gaillards d’Yverdon. De ce match, l’on en avait succinctement rappelé la faiblesse des avants de la formation du nord qui s’était inclinée 4-16. Soit. Mais c’est bien pour rappeler que dans le canton de Vaud, l’on eut promu très tôt la vivacité d’un sport nouveau et juste ce qu’il faut de physique pour en tirer la pleine nature athlétique. Cela se révèlera d’autant plus marqué quelque 30 années plus tard, à l’époque où un certain Cécilien Marais, promoteur de la région du Havre, urgea la création du Stade Lausanne Rugby Club, puis celle du premier championnat suisse et enfin celle de la Fédération Suisse de Rugby (FSR). Au vrai, tout est vraiment parti de Lausanne. Mieux tout est vraiment parti de Stade Lausanne.

Un jour, au printemps 1890, le jeune Émile Fiala, étudiant à l’école professionnelle de Genève, reçoit de son père en cadeau un ballon ovale. Le garçon fait le malin auprès des siens, ce présent venait droit d’Angleterre où le rugby trouvait un bel essor. Et qui allait penser, qu’un jour, ce ballon un peu spécial serait le point de départ de la folle histoire du rugby en Suisse et d’un tel club (le F.C. de la Servette) à Genève. Et que 130 ans plus tard, l’on en parle encore! C’est peut-être pour ces belles histoires qu’on en vient à creuser dans les archives. Retour en arrière, épisode 2.