“Mourons de plaisir”, une chanson dans l’ère du temps

Avec son nouveau titre “Mourons de plaisir”, le journaliste et auteur-compositeur-interprète valaisan Jonas Follonier souhaite faire l’éloge du plaisir, du partage et de la convivialité mais aussi dézinguer sous le mode de l’humour toutes les espèces possibles de rabat-joie. Doué au sens de la formule, le jeune homme de 24 ans établi aujourd’hui à Neuchâtel partage, sur papier, comme sur partition, l’ensemble des messages – de liberté et de joie, sur la vie comme sur la mort – qu’il souhaite faire passer à un monde qui parfois se barricade.

Jonas Follonier fait un bon amateur d’antiphrases. Comme lorsqu’il nous explique droit dans les yeux que “Mourons de plaisir”, son nouveau titre sorti le 15 février dernier, n’a aucune consonance avec le contexte pandémique actuel. Cela peut se concevoir; écrit au singulier, le terme de plaisir reflète davantage l’élan philosophique qu’incarne sa musique que la contradiction qu’elle renferme. Sa volonté est celle de revoir la vie triompher et de proposer un contre-projet aux discours rabat-joie, comme il l’écrit dans son communiqué de presse.

Ce titre, par ses textes et sa composition, avait déjà été écrit en janvier 2020. La période difficile qui s’en est suivie à partir du mois de mars lui ont ensuite permis de prendre le temps de la réflexion. Publié sous la forme d’un single simple, et non sous celle d’un album abouti, ce titre joue à la fois de l’autodérision et de la volonté de fédérer les gens. C’est la première fois que l’une de ses chansons est réalisée professionnellement, grâce à l’aide de l’artiste Bernard Léchot et de sa structure Vox&Verb, et déclinée dans un clip vidéo. Avant cela, Jonas avait conçu deux albums dix-titres en autoproduction qu’il a partagés de manière bien confidentielle. Ce répertoire, pour l’heure quelque peu intime, devrait lui permettre de réunir, dans quelques temps, un corpus musical qu’il saura échelonner sur la longueur. « Ce sont des musiques auxquelles je suis très attaché mais qui mériteraient un regard nouveau. Je veux me permettre de ciseler les mélodies et retravailler les harmonies », explique-t-il alors.

À côté de Bernard Léchot, Jonas Follonier a rejoint un univers qui lui correspond plutôt bien, fait de chanson française et de sonorités rock. © leMultimedia.info / Oreste Di Cristino [Neuchâtel]

Un morceau fait de rock et de chanson française

Les arrangements ont été enrichis par Bernard Léchot qui partage, avec Jonas, ce goût prononcé pour le touche-à-tout. Cet homme aux cheveux blanc neige, passionné par le verbe, est avant tout son propre producteur avant d’être celui de trois artistes émergents. Aux côtés de Jikaëlle, une auteur-compositrice-interprète et guitariste établie dans le Val-de-Marne, et avec qui Bernard a déjà produit trois albums, et en partie de Morgan Léchot (le fils), Jonas Follonier a rejoint un univers qui lui correspond plutôt bien, fait de chanson française et de sonorités rock. Mais il subsiste une divergence de styles; là où Bernard s’éprend pour les guitares saturées, Jonas, lui, préfère se pelotonner dans des teintes davantage folk. Toutefois piqué au vif, “Mourons de plaisir” – par ses touches de piano, d’orgue Hammond, de guitares, de basse et de batterie énergiques – est un curieux mélange d’univers, totalement assumé par son auteur. Une ballade qui n’en est plus une, qui se détache de sa structure initiale de guitare-voix et qui intègre des power chords (ajoutés dès le deuxième refrain sur une idée de son ami Max Moeschler) destinés à enrober encore plus le morceau dans des résonances rock.

Il faut dire que Bernard Léchot est un excellent arrangeur; à la guitare acoustique, il a ajouté sa touche proprement électrique. Puis, en bon écrivain, journaliste et parfait communiquant, il a suggéré un raffinement du texte par-ci, par-là, effectué par Jonas. Il fallait bien, à coups d’aiguillons, raccorder la chanson à l’actualité. « Le résultat est vraiment satisfaisant; je me retrouve dans ces paroles, peu personnelles mais très rassembleuses, avoue Jonas. Parfois ce sont les autres qui sont en mesure de mettre le doigt sur ce que l’on veut vraiment soi-même. Bernard et Max, notamment, y sont parvenus, leurs inflexions ont permis d’améliorer le titre. »

Les paroles y sont toujours un peu piquantes mais jamais méchantes. Elles s’alignent sur l’univers oublié de Renaud, celui qui s’efforçait alors de ne jamais tomber dans le convenu. « Le but est toujours d’apporter du neuf, en alliant le surprenant avec l’accessible. » Comme il l’expérimente fermement depuis 2015 dans le journalisme, le diplômé de l’Université de Neuchâtel se révèle avant tout incarné mais jamais engagé, « sans jamais oublier les gens ordinaires », souvent peu mis en valeur selon lui et à qui il dédie son refrain.

Au cœur du texte, on retrouve aussi les touches délicates d’artistes de renom de la variété française. On y dépiaute l’harmonie et la musicalité des mots que l’on reconnaît volontiers chez Alain Souchon ou encore Michel Polnareff, dont il se révèle être un grand fan. Leurs vinyles d’ailleurs s’accordent parfaitement, sur les étagères de son couloir et de son séjour, à ceux de Michel Sardou et Johnny Hallyday. Les années 1960 et 1970 résonnent ainsi dans son tourne-disque: « Souchon et Polnareff ont, tous les deux, réussi le pari de faire résonner la langue française, explique le jeune artiste. La figure opposée que j’adore aussi, c’est Jacques Dutronc qui mise, lui, davantage sur le sarcasme des mots. Aucune inspiration ne tombe du ciel. Ces influences découlent de mes écoutes quotidiennes. »

Au cœur de “Mourons de plaisir”, on retrouve les touches délicates d’artistes de renom de la variété française, auxquels appartiennent bien Alain Souchon et Michel Polnareff. Un coup d’œil sur les ouvrages que contient sa bibliothèque vaut le détour. © leMultimedia.info / Oreste Di Cristino [Neuchâtel]

L’authenticité sans spontanéité

« D’habitude, c’est assis dans mon fauteuil que je m’inspire le plus des artistes que j’écoute sur mon tourne-disque. » Par là, Jonas Follonier dévoile l’artiste incarné qu’il est; méthodique, réfléchi et posé. Peut-être même un brin précautionneux. De son Valais d’origine, il reflète sans doute ce montagnard prudent qui met un pied devant l’autre sans perdre de vue le sommet. Dans sa manière de composer et d’écrire, le jeune homme ne peut s’empêcher de peser et soupeser le moindre mot, le moindre accord de sa création. Jonas s’efforce toujours à paraître vrai, sans pour autant tomber dans une spontanéité, qui – citant le philosophe Alain – peut être trompeuse. « Parfois, pour être vrai, il faut réfléchir. Quand on est trop spontané, on pense tellement ce que l’on dit, qu’on ne le pense plus. » Travailleur inlassable, l’artiste tente à chaque fois d’accéder à sa propre réussite en longeant le plus possible un long chemin personnel de réflexion.

Dans ses inspirations, il y a les musiciens et chanteurs qui l’ont influencé musicalement. Mais aussi ceux qui l’ont fait grandir en tant qu’homme; des personnalités, des valeurs incarnées qu’il ne peut oublier. Parmi eux, il se dit avoir été très touché par certaines rencontres advenues lors d’entretiens qu’il a menés en tant que journaliste. Des moments avec Christophe, par exemple, en décembre 2019, lors de son dernier passage en Suisse et pour ce qui était alors sa dernière interview pour la presse papier. « Un personnage très esthète, qui se lève le soir et vit la nuit. Des moments qui marquent au plus près de personnes vraies qui ont mille défauts mais qui sont tout aussi attachants par leurs qualités que par leurs travers ».

C’est sa personnalité – son aura – qui a tant marqué Jonas, plus que sa musique. Car lui, à 24 ans, aime bien séparer les deux, l’homme et l’artiste: dépeindre au mieux ces hommes libres, épicuriens, qui aiment les bonnes choses. Sur ce fil d’équilibriste, entre l’écrivain et le parolier, cette ligne de crête faite de cohérence mais aussi de divergences, Jonas semble avoir trouvé son chemin.