Les Foxes de Pully-Lausanne repartent de plus bas pour (ré)écrire leur histoire

Trois ans après leur fusion, les Foxes de Pully et Lausanne ont été contraints à l’abandon en LNA. Portés en premier lieu par leurs recrues étrangères, l’équipe fanion de la région lausannoise ne survivait plus sans une base formatrice unie et homogène. « Être Foxes ne signifiait pas grand chose pour bon nombre de joueurs. Certains ne communiquaient pas entre eux et le partage d’expérience entre les pros et leurs cadets était inexistant. Il faut que l’on apprenne à former une génération de jeunes basketteurs qui porteront, à vie, la marque “Foxes” », admettait Pierre Rivereau, ancien joueur du club reconverti. Le club entier a alors décidé cet été de repartir d’un échelon plus bas pour tenter de rebâtir sereinement une structure portée par la jeunesse du club. Un renouveau signe de renaissance.

 « Je ne parle plus de pression. Les joueurs n’ont pas à l’avoir ; la pression des résultats, je la considère bien dérisoire aujourd’hui. » Randoald Dessarzin joue de son bon pragmatisme. Pour un club de basket-ball à la hauteur de celui des Pully-Lausanne Foxes, l’importance est moindre quand il s’agit de tergiverser sur l’immédiateté des résultats que quand il s’agit de bâtir une solide perspective pour un futur viable. Maintenue en LNA pendant trois saisons, depuis la fusion entre les clubs historiques de Pully et de Lausanne en 2017, l’équipe devenue phare du canton manquait, en réalité, cruellement de ressources. De ressources humaines principalement. « J’étais à Pully depuis sept ans avant que l’on fusionne avec le BBC Lausanne. Tout s’est fait trop rapidement. Tout est allé beaucoup trop vite », admet d’emblée son capitaine respecté Andrés Rodriguez.

Le plus patent relevait, en premier lieu, d’un fossé cohésif entre les structures pulliéranes et lausannoises; depuis la fusion, chaque club s’est engagé de manière préemptive pour la marque “Foxes” mais sans véritablement chercher à faire correspondre leur vision commune du basket dans cette région gorge d’une histoire continentale dans le monde de ce sport. En 2017, fraîchement regroupés en une seule et même entité sportive, les clubs de Pully et Lausanne prirent (précipitamment selon tous) la décision d’évoluer en Ligue Nationale A à la recherche de succès précieux… qui n’arriveront, en réalité, que trop difficilement. Pendant trois saisons, les Foxes subissent le contrecoup d’un club sans véritable âme, dont les réussites sur le parquet reposaient sur les prouesses personnelles des joueurs étrangers recrutés pour l’économie générale des résultats et du classement. Mais derrière, le néant sied; les Foxes perdent toute une structure liante entre sa base et son équipe première, réel cancer pour un projet sportif d’envergure. « En LNA, nous ambitionnions d’être professionnels sans avoir une moindre structure professionnelle au derrière; jeune club sans repères ni public », explique Pierre Rivereau, ancien responsable du scouting, reconverti intendant du club.

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Ainsi, pour débroussailler ce qu’il reste de cette chienlit, la direction du club s’est laissée porter vers une décision aussi téméraire qu’inéluctable; l’abandon de l’élite pour permettre à la jeunesse de faire ses armes en LNB constitue, aujourd’hui, la meilleure parade à l’enlisement d’un club en perte manifeste d’identité. « On survivait le couteau à la gorge en LNA, cela n’avait rien d’une situation confortable. Il a donc fallu prendre la décision radicale d’abandonner. Il faut parfois savoir faire un pas en arrière pour se réorganiser en profondeur », continuait Andrés Rodriguez. Dans l’histoire, le commandant en chef ne sera nul autre que Randoald Dessarzin, dont l’échappée en solitaire lui aurait fait cruellement défaut si les Foxes persistaient sur la voie des faux succès. Mais il n’est pas besoin de ces victoires à la Pyrrhus pour reconstituer une équipe au plus soudée possible.

Capitaine réputé des Foxes depuis plusieurs années, Andrés Rodriguez fait bien sûr partie du renouveau. À Pully depuis 2008, il connaîtra, pour la première fois, douze ans plus tard, un changement profond de mentalité dans son rôle à jouer au sein du club. Son rôle de capitaine prendra également un virage en angle droit; gérer l’économie générale d’une équipe professionnelle est autrement plus alambiqué qu’apprendre aux plus jeunes du contingent – qui découvriront pour la première fois la LNB – à se préparer, physiquement et mentalement, pour le match de la semaine. © leMultimedia.info / Oreste Di Cristino [Pully]

Nul besoin de ces victoires à la Pyrrhus

Randoald Dessarzin est un coach qui a de l’ambition. Il est surtout animé par des valeurs sportives et humaines indéniables. Formé “à l’Américaine” et inspiré par Michael Jordan, il a développé de son court passage en Oklahoma au début des années 1980, une culture sportive de la gagne par la passion telle qu’on l’a progressivement découverte en Europe plusieurs décennies plus tard. C’est ce qui fait de l’homme un singulier, à défaut d’être, dans son genre, unique. « Je suis atypique comme coach, mais cela je le dois aux qualités humaines des gens qui m’ont entouré pendant toutes ces années de basket. » Il embrasse effectivement très tôt, dès 29 ans, une carrière d’entraîneur qui lui forge une solide personnalité. Passé par le BC Boncourt de 1993 à 2007, il a su propulser le nom de cette petite commune frontalière du Jura sur la carte de l’Europe ; double champion de Suisse en 2003 et 2004, il a également remporté la Coupe de Suisse en 2005, la Coupe de la ligue suisse en 2005 et 2006, s’est qualifié en quart de finale de l’EuroChallenge en 2005 et s’est incliné en finale de la Conférence ouest et centrale de l’EuroCup Challenge la même année.

« Réussir au plus haut niveau suisse est une bonne chose, à condition seulement qu’il existe un partage entre l’équipe première et le reste de notre formation »

Randoald Dessarzin, entraîneur des Pully-Lausanne Foxes

Ce succès quasi-total sur la scène helvétique était bien sûr mû par beaucoup plus qu’une qualité certaine de grand stratège. Sa réussite, il la doit à la fois à une vision d’ensemble du développement d’un club autant qu’à son amour pour le basket. Autrement dit, d’une part, il dispose d’une conception structurelle, structurante et structurée sur les réalités (et les difficultés) entrepreneuriales d’un club dans le monde du ballon orange. D’autre part et de par ses qualités humaines certaines, il répond présent de son rôle affectif de paternel auprès de l’ensemble de ses joueurs, dont il s’avoue être assurément proche. De ces constats, pour Randoald, il n’y a, dans cet univers très américanisé, pas de place pour l’à peu près ; soit l’on est engagé au mieux de ses capacités, soit l’on s’accorde pour dire que d’ambition, la valeur est nulle. Et aux Foxes, justement, ce n’est pas tant que l’on considère qu’il n’y a aucune motivation à grandir. La voie vers une forme de rédemption après la fusion immédiate de 2017 est même multiple. Mais il reste encore maintenant un problème de communication, tant interne qu’externe. Le sentiment que tout le monde ne tire pas encore à la même corde est pugnace et c’est ce qui a considérablement ralenti l’élan du club ces trois dernières années, bien que l’équipe première, forte de plusieurs individualités d’exception, était parvenue à se maintenir en première division suisse trois saisons durant. Or, cela n’est paradoxalement pas le but premier. « Réussir au plus haut niveau suisse est une bonne chose, à condition seulement qu’il existe un dialogue, un échange, un partage entre l’équipe première et le reste des équipes de notre formation. Jusqu’à aujourd’hui, cet échange d’expérience n’a presque jamais opéré et c’est là qu’il y a un problème majeur à régler », précise le coach de 56 ans.

C’est, paradoxalement, une réalité – qui se veut donc constat d’un blocage – qui apparaît plus auprès des clubs néo- ou récemment promus dans l’élite. Celle-ci est sans doute motivée par la recherche de stabilité et d’humilité incontournables dans les relations humaines entre les différentes individualités de l’équipe, sceau d’une équipe qui va de l’avant par ses propres moyens, endogènes et parfois même en vase clos. En décembre 2019, une situation similaire avait conduit le BBC Nyon à se séparer de son meilleur joueur venu tout droit de Columbia dans le Missouri, Jordan Stevens, car pas assez initié, dans sa jeune carrière et à 26 ans tout de même, à un jeu au plus pur collectif possible. Ainsi, dans une volonté de développer la jeunesse nyonnaise et le club en tant qu’entité formatrice, le Président Xavier Paredes et son entraîneur Alain Atallah s’étaient accordés à mesurer l’impact d’une telle décision: courageuse, au précédent nécessaire. « Je préfère gagner moins mais rester fidèle à nos valeurs », expliquait en décembre le coach. Il était pourtant de ceux, en octobre 2019, à avoir poussé pour l’engagement de Stevens au BBC Nyon. Preuve qu’en deux mois seulement, l’on reste capable, dans ces petites structures de bonnes valeurs, de se remettre en question.

« En LNA, nous ambitionnions d’être professionnels sans avoir une moindre structure professionnelle au derrière; jeune club sans repères ni public », explique Pierre Rivereau [à gauche sur l’image], ancien responsable du scouting, reconverti intendant du club. © leMultimedia.info / Yves Di Cristino [Lausanne]

Place aux jeunes, les élites de demain

Les hommes du renouveau, dans l’ombre éclairée de Randoald, sont ici les hommes de jeu d’hier, reconvertis en maîtres de formation pour les plus jeunes. Autrement dit, ceux qui évoluaient en vase clos en LNA il y a encore quelques mois, sans contact aucun avec la propre relève, sont aussi ceux qui assureront, aujourd’hui, la transmission des valeurs et des codes de jeu pour les nouvelles individualités de la première équipe renaissante. Capitaine réputé des Foxes depuis plusieurs années, Andrés Rodriguez fait bien sûr partie du renouveau. À Pully depuis 2008, il connaîtra, pour la première fois, douze ans plus tard, un changement profond de mentalité dans son rôle à jouer au sein du club. « Le but, depuis toujours, était de partir à la chasse aux succès en LNA, coûte que coûte, avec nos quatre joueurs étrangers. Désormais, il s’agira surtout d’intégrer progressivement les jeunes au sein de la première équipe », explique-t-il. Son rôle de capitaine prendra également un virage en angle droit; gérer l’économie générale d’une équipe professionnelle est autrement plus alambiqué qu’apprendre aux plus jeunes du contingent – qui découvriront pour la première fois la LNB – à se préparer, physiquement et mentalement, pour le match de la semaine.

Quoiqu’en cela, Andrés est sans doute l’homme de la situation; depuis trois ans, il a pris en charge les U9 du club. Et, en effet, cela n’aura rien de fondamentalement nouveau pour lui, si ce n’est que son rôle formateur, il l’exercera désormais aussi au plus haut niveau. On ne s’attendait d’ailleurs jamais de lui qu’il ait une vision stratégique en match. Au contraire, son caractère collait beaucoup plus à l’homme de terrain capable de donner ce regain d’énergie mentale quand tout était plus sombre que noir. Grandi au Tessin, il a notamment fait ses classes à Massagno en LNB avant de rejoindre la région lausannoise pour ses études. La deuxième division, ainsi, ce gaillard de 32 ans la connaît bien. Mais il la redécouvrira probablement avec une bien meilleure compagnie. Car, concrètement, l’effectif de l’équipe qui débutera son championnat de LNB au mois d’octobre comptera sur des joueurs d’une classe d’âge comprise entre 18 et 22 ans, dont la plupart jonglera aussi entre l’équipe U20 et la première. Autrement dit, la composition globale de cette équipe fanion a subi de plein fouet un décrassage palpable. « Avant, les jeunes n’avaient jamais l’occasion d’entrer dans le giron de la première équipe. Désormais, il auront le loisir de la découvrir concrètement. »

« Le côté pédagogique et architecte me plaît énormément et ce sont sous ces voilures qu’il faut repenser la structure du club »

Randoald Dessarzin, ancien entraîneur du BC Boncourt et du Dijon Basket

Naturellement versé vers l’accompagnement des plus jeunes adolescents, Randoald Dessarzin se laissera porter par une fonction au plus didactique et éducative possible: « Il faut savoir remettre l’ouvrage sur le métier et être d’accord, ensemble, sur nos objectifs de long terme. Si nos U15 et U17 représentent le futur des Foxes, alors c’est maintenant qu’il faut les intégrer au projet, en leur offrant un encadrement qui va au-delà de la réalité sportive. Ces jeunes joueurs au fort potentiel doivent avoir l’impression d’être impliqués dans leur club », précise-t-il. « Le côté pédagogique et architecte me plaît énormément et ce sont sous ces voilures qu’il faut repenser la structure du club. Jusqu’alors, il manquait une organisation structurelle qui permette au club de vivre et, en son sein, les joueurs. » Agir sur les consciences et retrouver un leadership constituent dès lors la base du renouveau réel. « La nouvelle histoire des Foxes trouvera sa genèse le jour où le club, en tant qu’entité formatrice, remontera en LNA », pointe Pierre Rivereau qui accompagnera, cette saison, le staff de l’équipe en LNB.