À Nairobi, la prise de pouvoir féminine de Muthoni Drummer Queen

Le 5 mars dernier, la reine du rap kényan Muthoni Drummer Queen (36 ans) a sorti son dernier clip vidéo “Power”, entièrement réalisé par la Nyonnaise Mei Fa Tan. Un court-métrage poignant, riche en symbolique, qui met la femme – dans sa splendeur, sa nudité et son courage – au cœur de l’argument artistique. Sans oublier que, dans le titre chanté, la puissance des mots égale hautement celle du message socio-politique qu’ils souhaitent traduire. « Le rap est une technique qui place le texte et les mots au centre de l’attention. C’est de la poésie mouvante. Par le rap, l’on peut se permettre de créer une escalade de niveaux, jouer avec les métaphores et se sentir vraiment fort en les prononçant. » Dans le contexte, cela s’avère parfaitement adapté.

Elle avait terminé l’année 2019 chez elle, en postproduction. Avant de repartir en tournée au renouveau 2020 – en tournage surtout à Marrakech, à Abu Dhabi, puis à Londres au moment même où son appel en retour d’interview nous parvient quelques heures avant la sortie officielle de son nouveau clip vidéo. Mei Fa Tan ne s’arrête plus. C’est bien l’un de ces projets réalisés loin de l’arc lémanique, loin même des frontières suisses, que la jeune réalisatrice nyonnaise a dévoilé le 5 mars dernier. 10’000 kilomètres plus au sud, c’est à Nairobi en février 2020, que la jeune femme retrouve la lauréate de son propre concours Picture My Music qui, depuis 2013, offre à l’artiste élu le droit de voir produire l’une de ses pièces maîtresses musicales en véritable clip – parfois parlerons-nous même de court-métrage – de promotion. Un tremplin d’une ampleur certaine qui dévoile, par sa portée, l’ensemble du crédit porté à l’ensemble d’une identité et d’une « intention » artistique choisie d’entre plus de 160 dossiers. Ainsi, au Kenya – et sans nul doute par ailleurs –, l’œuvre et le défi furent restés loin de toute schématique professionnelle, bien distanciés de la plus pure image d’Épinal. Si le rendu trait à une revigorante simplicité, il s’en retrouve d’autant plus récompensé du lourd tribut accordé à une production taille monstre. « Que l’on ne se mente pas; nous sommes assurément partis sur une prod’ ambitieuse », nous confirme Mei Fa, dont le sourire transparaît même au bout du fil. « Nous étions une vingtaine dans l’équipe, tant Suisse que Kenyanne, ce qui en fait indubitablement le plus gros tournage jamais réalisé, avec un ensemble de questions administratives et logistiques qui se posaient alors. » C’est que Muthoni (rappeuse confirmée de 36 ans) incarnait la valeur d’un véritable projet d’intention, et profond.

Lire également les articles consacrés aux précédents lauréats de Picture My Music:
[2017] “No Sour Days”, le nouveau clip de l’artiste Mourah
[2018] Fabe Gryphin, la “petite fleur” grandissante des Hivernales de Nyon
[2019] Avec son nouveau clip “Angry”, Yael Miller devine la nature consumériste du monde humain

À en croire la durée de tournage – trois jours d’intenses séances –, il en reste que les dispositions accordées au projet étaient limitées en temps et en espace car, de par le lieu de tournage (au sein de l’illustre bibliothèque McMillan), il en allait d’une remarquable capture symbolique. Ce bâtiment, érigé à la faveur des colons, n’avait jusqu’alors subi aucune transformation intérieure depuis son édification en 1931. Ce n’est que tout récemment que les travaux de rénovation dans ce lieu empreint d’une histoire fort figurative ont reçu l’aval de la municipalité. C’est l’organisation indépendante Book Bunk qui se chargera de redonner vie à une entière collecte d’archives reproductives de l’histoire du Kenya, en anglais et swahili. La bibliothèque Mcmillan sied ainsi dans un quartier réputé de la capitale, le seul où résident encore des architectures représentatives du temps où le pays était, entier, protectorat du royaume du Commonwealth. L’ère du shilling est-africain y reste imprégnée, entre ces édifices de pierre brune et ces colonnades de granit baguées à un entier devoir de mémoire. Le cadre idyllique pour y tourner “Power”, un clip qui se prête à une véritable ode à l’intellect et à la prise de pouvoir – symbolique autant que réelle – des femmes dans cette région d’Afrique orientale. « Ce travail est offert comme un mémorial vivant pour celles ayant contribué avec courage au développement de la société Kenyane et africaine. Grâce à elles, les nouvelles générations peuvent poursuivre une vie digne et tournée vers l’avenir », déclame un communiqué. Un mémorial dédié ainsi aux mères de prisonniers politiques réprimés par la violence que le règne arap Moi réservait à la dissidence, de pair à un onéreux musellement des élites culturelles, des défenseurs des droits humains et de l’Environnement. Militante écologiste et biologiste de formation – future Prix Nobel de la Paix en 2004 –, Wangari Muta Maathai faisait notamment partie des personnalités dont les combats moraux furent purement ravalés.

« C’est assurément un film musical intéressant, où l’on retrouve un mélange de cultures prospère. Il y a ce rapprochement entre la Suisse et le Kenya que j’avais déjà repéré »

Mei Fa Tan, réalisatrice de “Power”

Le clip “Power”, enfin, est aussi un mémorial aux femmes entrepreneuses, aux athlètes sportives qui dominent la concurrence dans leur discipline sans aucune aide financière ou naturelle du gouvernement, et en totale transgression à un imaginaire de puissance autrefois réservé au sexe opposé. “Power” s’attaque ainsi également aux mythes, ancestraux et contemporains; c’est bien à l’émancipation féminine que le texte rappé et le fil graphique du clip prêtent leur force de représentation [Lire plus bas, au chapitre “Au plus loin des procès d’intention”]. « Nous avons tenu nos trois jours de tournage, avec la difficulté certaine de représenter tout un ensemble de personnages différents et d’acteurs différents. C’était un challenge de créer quelque chose de cohérent, j’ai eu beaucoup de remises en question. Et sans nul doute, je suis sortie de ma zone de confort », assure ainsi Mei Fa Tan. La complexité du projet s’est, de fait, révélée telle une bienheureuse et faste mise au défi pour la jeune réalisatrice, où chaque choix signifiant retenait un détail d’importance. « C’est assurément un film musical intéressant, où l’on retrouve un mélange de cultures prospère. Il y a ce rapprochement entre la Suisse [ndlr, Muthoni collabore avec les producteurs suisses GR! et Hook, tous deux romands] et le Kenya que j’avais déjà repéré en concert à différentes reprises. En ayant désormais travaillé au plus près d’eux, je me rends d’autant plus compte du style véritable et de l’identité visuelle que rapporte leur projet. C’est un univers riche qui se traduit par un clip très graphique. » C’est une analyse, autant qu’une réussite avouée. Déjà nominée dans la catégorie du Best Swiss Video Clip aux Journées de Soleure en 2019 pour son clip “PTTFLR” de Fabe Gryphin, Mei Fa Tan a surtout décroché le Prix du Jury et le Prix du Public au Tourne Film Festival de Lausanne l’année dernière, grâce à la candidature du clip “Angry” – réalisé à la faveur de l’ancienne co-leadeuse du groupe Orioxy, Yael Miller. Cette année, autant que possible, c’est avec un véritable court-métrage d’auteur que la Nyonnaise illustrera son travail de grande profondeur, achevé dans le Nairobi Central.

Le plateau de tournage aux abords de la bibliothèque McMillan au centre de la capitale kényane. © Gideon Gathungu [Nairobi]

Les différences culturelles à l’entrain de la connivence artistique

Muthoni Ndonga est, en réalité, bien connue du public suisse; depuis sept ans, elle y dresse une affection particulière. C’est en 2013, en réalité, qu’elle fait la connaissance de Greg Escoffey (GR!) et Jean Geissbuhler (Hook), tous deux producteurs suisses avec qui elle a déjà enregistré deux albums “lourds”: MDQ (2014) – éponyme au regard de son nom de scène Muthoni Drummer Queen – et SHE (2018). C’est alors qu’elle se retrouve programmée par les festivals plus prestigieux du Kenya et de l’Europe entière, avec une apparition notamment au Paléo Festival en 2015, puis au Montreux Jazz Festival en 2017, autant qu’aux Vieilles Charrues à Carhaix, aux Transmusicales de Rennes ou encore à l’Eurosonic Noorderslag de Groningen aux Pays-Bas. Aux Hivernales désormais en 2020, elle aura eu le temps – juste – d’y produire un set haut en couleurs, annonciateur d’un troisième album au plus transcendant que possible. Elle, venue des quartiers modestes de Nairobi pour qui la musique ne lui était pas nécessairement destinée au regard des moyens financiers de ses parents. Face à de brillantes études en relations internationales et en philosophie, elle entre toutefois dans la ronde avec une détermination qui transpire dans chacun de ses textes savants. « Je chante depuis que je suis toute petite, à la maison, à la chorale de l’école, de l’église et je me suis longtemps versée à l’exercice des débats publics, sur scène et en présence de nombreuses personnes. J’ai vraiment expérimenté le devoir d’actrice car la représentation est la chose plus importante quand on souhaite séduire un public. J’ai vraiment grandi artistiquement au sein de plusieurs environnements, mais principalement à l’école et à l’église », nous explique-t-elle. Une réalité qui pourtant ne la différencie pas de ses plus proches amis suisses: « Mes collaborateurs font de la musique depuis leur adolescence, ayant eu accès aux meilleurs rappeurs de leur époque; Greg est parti en France affiner son style, Hook est un producteur qui a développé le sien depuis de nombreuses années. Eux, ont commencé le voyage très tôt, tout comme moi, mais dans un environnement différent, tout simplement. »

« Mon point de vue est bien sûr très africain mais je suis consciente qu’il existe plusieurs sociétés qui nous entourent et je me sens représentative d’une certaine communauté »

Muthoni Drummer Queen, rappeuse kényane

Les différences culturelles opèrent et la connivence artistique n’a rien de l’inavouable; si ses textes sont portés sur une réalité très locale – le Kenya –, son style et sa puissance se ressentent à l’échelle globale. « Mon point de vue est bien sûr très africain mais je suis consciente qu’il existe plusieurs sociétés qui nous entourent. Mais je rencontre plusieurs personnes qui semblent se reconnaître dans la réalité que je décris. Je me sens représentative d’une certaine communauté, de ce que m’en retournent plusieurs personnes provenant du Kenya ou de l’est africain. » On dit souvent que le talent est in fine passe-partout; Muthoni l’établit tout naturellement. C’est, par ailleurs, ce qui lui a valu le prix du Best Act Romandie aux Swiss Music Awards 2020 le 28 février dernier à Lucerne.

« Ce film a assurément un résonance globale », poursuivra-t-elle alors. Ce film n’est autre que le clip “Power”, fraîchement présenté à La Parenthèse à Nyon le 27 février dernier. Et c’est à cet instant que Mei Fa Tan entre dans la boucle: « Je l’ai rencontrée en fin d’année 2019. Je suis rentrée dans son bureau et nous avons discuté de ma musique, des concepts évoqués et de cette histoire que je souhaitais relater. Et des endroits vers lesquels je souhaitais me rendre pour donner plus de corps à cette histoire. Et dès le départ, elle s’est montrée très coopérative. Je me suis rapidement sentie rassurée par sa vision des choses et sa flexibilité car il y a eu beaucoup d’instants où j’ai changé mes idées initiales », assure l’artiste. Il faut néanmoins dire que la rappeuse de 36 ans a l’expérience et la connaissance parfaite de ses envies. Son clip “Power” n’est pas sorti droit du hasard; comme toujours – ou souvent –, l’artiste propose, la réalisatrice élabore et dispose. « Muthoni a, dès le début, posé un cadre d’action précis et des scènes très claires pour le tournage de son clip. De mon côté, c’est toujours une étape un peu délicate car il y a la peur de faire faux. D’autant plus avec l’expérience d’un tournage à l’étranger, les maladresses sont plus faciles à pointer, de pair avec l’incertitude du challenge que cela représente. » Mais du haut de son calme et de sa retenue, Mei Fa Tan sait surtout donner à chacun de ses projets une touche personnelle artistique et significative. Et c’est reconnu par l’ensemble des artistes qui eurent bénéfice de ses idées. « Elle a un talent indéniable pour donner sens aux images et au visuel », poursuit Muthoni. « Elle a écouté la chanson et l’a interprétée à sa manière. Et naturellement, elle a compris ma façon de penser, mes idées et a su parfaitement les traduire – et les synthétiser. Je suis très heureuse d’avoir pu la rencontrer. » À connaître l’intelligence artistique de Mei Fa, il est à parier que l’échange et le partage d’idées fut un moment délicieux.

Le plateau de tournage aux abords de la bibliothèque McMillan au centre de la capitale kényane. © Gideon Gathungu [Nairobi]

Au plus loin des procès d’intention

La figure de la femme vit dans les textes et les mots chantés par Muthoni. Il s’en ressent par ailleurs dans la simple – quoique quelque peu complexe – histoire de son prénom. « Dans ma communauté des Kikuyu au Kenya, on a tendance à appeler les filles par le nom de la mère de la mère. Or, pour différentes raisons culturelles, mon père n’a pas pu me donner le prénom de ma grand-mère et a opté pour Muthoni, qui est un titre honorifique au Kenya. C’est un honneur que je porte également dans ma musique. » “Power” est ainsi une ode réelle à la puissance – physique et morale – de la gente féminine africaine, aux mythes généralisés de la soumission des femmes à la tentation, autant qu’à ces ancêtres oubliés qui ont fait de la lutte égalitaire une priorité éternelle de ces minorités genrées.

Scène symbolique de cette reconnaissance historiquement profonde, Muthoni choisit de reproduire l’une des périodes les plus figuratives de la Présidence autoritaire de arap Moi (récemment décédé le 4 février dernier à l’âge de 95 ans). En février 1992, prise de puissance solennelle du Président kényan – fraîchement réélu pour la quatrième fois à la tête du pays qu’il a dirigé de 1978 à 2002 –, Nyayo (de son nom en swahili) assoit davantage sa répression continuelle envers les dissidents politiques. Emprisonnés au sein de chambres de correction, au sous-sol du bureau des migrations de Nairobi, ces derniers se voient instantanément défendus – par le corps et l’âme – par leurs mères. « C’est une période importante de l’histoire du Kenya où les femmes – mères surtout – protestaient contre la police et la machine étatique », rappelle l’artiste. « C’est une illustration, parmi tant d’autres, de la tentative permanente des femmes de s’opposer à l’establishment. Et ces scènes montrent aussi où et comment les femmes sont parvenues à trouver le succès dans leur combat de tous les jours, en s’unissant et en créant un mode de financement communautaire grâce aux matatus [ndlr, petits minibus, transport en commun le plus fréquent apparu en 1992]. C’est surtout l’histoire d’une coopération entre femmes pour survivre le procès d’intention qui leur était toujours réservé. »

« On rappelle fort peu la contribution des femmes en faveur des affaires publiques de tous les jours, on crédite très peu les femmes dans l’histoire africaine »

Muthoni Drummer Queen, rappeuse kényane

« On rappelle fort peu la contribution des femmes en faveur des affaires publiques de tous les jours. On crédite très peu les femmes dans l’histoire africaine. Or leurs mouvements socio-politiques et leur aide au développement économique au Kenya méritent d’être énoncés, toujours plus. » De par sa méthode, ainsi, Muthoni n’est-elle pas en train de forger une nouvelle voie en faveur de l’émancipation féminine auprès de sa communauté ? « Je ne pense pas être en train de creuser un nouveau sentier, je ne fais peut-être que le prolonger. Beaucoup de femmes se sont déjà battues pour leur vie et leur reconnaissance. Ce que je fais ici, c’est surtout de rendre compte de leurs efforts. Personnellement, je soutiens la cause en utilisant le média – soit la musique et les clips – qui me corresponde le mieux. Je ne fais, en réalité, que très peu au rapport des luttes infernales qui ont déjà été menées précédemment en mémoire de celles qui méritent d’être rappelées. Je sais qu’il y a beaucoup de jeunes femmes et jeunes hommes au Kenya qui n’imaginent même pas les difficultés qui ont été celles de milliers de femmes face à la violence d’État en 1992. Et pourtant, c’est l’un des moments décisifs qui ont permis la naissance d’une véritable – ou, du moins, meilleure – démocratie au Kenya. Et cela n’est pas forcément raconté à l’école; c’est une histoire qui appartient davantage au folklore mais pas encore à l’histoire naturelle d’un pays en pleine guerre civile », raconte-t-elle alors.

La championne de boxe kényane Judy Waguthii figure dans le clip vidéo de Muthoni Drummer Queen. Une ode à la performance physique. [Réal. Mei Fa Tan – 2020/Nairobi]

Au royaume des mots et du flow

Et puis, il y a les histoires plus confinées. Les histoires plus secrètes, moins en vue et moins politiques surtout. Quoiqu’en apparence seulement. La présence de la championne de boxe kényane Judy Waguthii dans le clip de Muthoni Drummer Queen ne ressemble pas qu’à un simple – ni populacier – clin d’œil aux sportives du pays. La référence est bien plus profonde que cela; on le dénote dans le mouvement du poing enfermé dans ce gant rouge aux plissures visibles, on le dénote dans le regard de la championne apposé sur l’objectif de la caméra. On le dénote, enfin, dans la courbure de l’échine de la jeune sportive. Le sport, ici, n’a rien du plus pur résultat compétiteur; il retient un entier mode de vie. Sinon de survie. « Je suis généralement intéressée au sport et particulièrement aux athlètes féminines comme Judy. En 2018, lors d’une rencontre, je l’ai trouvée puissante et encore plus quand j’ai découvert son histoire il y a de cela seulement trois mois, de par mes collègues. Cela m’a fait réaliser à nouveau à quel point le thème de l’émancipation féminine se ressent dans n’importe quel domaine du quotidien, que ce soit dans la sphère sportive, politique ou encore économique. Chacune est égale dans sa propre histoire, nous devons en rendre compte. J’ai moi-même appris des histoires sur des personnes que je connaissais déjà un peu. C’est une légende perpétuelle à (re)constituer. » Des athlètes africaines de renom, nous en connaissons. Des athlètes africaines battues par un uppercut du système régulier, nous en connaissons – hélas – aussi. La sud-africaine Caster Semenya (et son homologue kényane Margaret Wambui) en subissent actuellement quelques lourds frais. Ce sont, en réalité, de véritable tributs versés au sacrifice de leur condition. D’autres excellent – à l’image des Ivoiriennes Murielle Ahouré et Marie-Josée Ta Lou – en remportant des titres et des médailles, en représentant leur pays et leur continent dans les plus grands rendez-vous de l’athlétisme mondial et – surtout – en investissant économiquement et symboliquement au développement structurel de leur ville, de leur région et de leur communauté.

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« L’Afrique est joyeuse, il faut le dire », rappelle Muthoni. « On arrive à faire de notre quotidien, un réel moment de joie. Nos modes de vie et notre organisation communautaire sont pleinement fonctionnels, bien que nous soyons sortis du joug colonial. Mon travail est ainsi très versé sur cette réalité heureuse de l’Afrique, son succès optimiste et ses cultures profondes. Chacun est ainsi capable de trouver la lumière dans sa propre vie. » Aussi, Muthoni l’exprime à sa manière, usant indéfiniment de son art comme moyen percutant de communication. « Le rap est utile pour exprimer le profond de l’histoire que l’on souhaite raconter. Pour moi, en attendant, le rap reste une technique de chant, de transmission. Je ne me renferme pas dans la simple catégorie des rappeurs mais je rappe, autant que j’aime utiliser cette technique tant qu’elle m’apporte le moyen d’expression qui me correspond. Il est bien sûr nécessaire, pour un artiste, de se reconnaître dans une technique qui lui soit pleinement utile, lui fasse sens et qui lui permette d’exprimer au mieux ses émotions. » C’est pourquoi, Muthoni – du haut de ses 36 ans – règne avec grâce au royaume du mot et du flow.