Franjo, bientôt son rodage au Point Virgule à Paris

De Paris (France)

Franjo, c’est moins drôle que François-Joseph. Pourtant, c’est le nom de scène d’un humoriste parisien de 29 ans. Depuis trois ans et demi, il a fait ses preuves sur le web en cumulant des millions de vues et s’attèle désormais à la création de son premier spectacle. En effet, un rodage est prévu le 1er mars au Point Virgule, une salle culte de l’humour dans le Marais. Pour cette interview, le rendez-vous est fixé avec l’intéressé au Paname Art Café après son… cinquième plateau de la soirée. Il vient d’y tester deux ou trois nouvelles blagues en vue de sa future échéance et se présente un peu fatigué, mais non sans plaisir, pour répondre à quelques questions. En effet, sa dernière vidéo sur le coronavirus interpelle.

Ton passage sur le coronavirus a-t-il plus buzzé que le reste de tes vidéos ?

Pas plus, mais c’est monté très vite. C’est l’actu, ça va vite et ça stagne.

Voulais-tu montrer la connerie humaine ou vraiment faire réfléchir, sérieusement, sur les peurs liées au coronavirus ?

Je n’aime pas me prendre au sérieux, je suis surtout là pour faire rire. Après, je donne quand même mon avis et je dis qu’on nous affole. Quand on voit que dans les symptômes, il y a notamment tousser et avoir mal à la tête, je me dis « Allô ! On est en janvier et il fait -1 ». Sur ces critères, tout le monde a le coronavirus.

Tu as parlé de la possibilité que cela provienne des chauve-souris. Quelques médias ont en effet mis cette piste en avant, en se basant sur l’avis de scientifiques chinois.

Aujourd’hui, on fait l’interview, mais la vidéo a été tournée il y a 10 jours. La première info, c’était sur les chauve-souris et il n’y avait pas le démenti sur les serpents qu’il y a eu depuis. Mais même aujourd’hui, on ne sait pas encore si c’est vraiment lié aux chauve-souris… J’aurais pu en parler, mais il n’y avait pas plus d’information.

Pour aller plus loin, lire l’article:
« Il n’est pas prouvé que le coronavirus provienne des serpents ou de la chauve-souris »

Dans le passage, je montre qu’on juge les gens qui mangent des chauve-souris. Alors qu’en France on mange des escargots ce qui peut choquer les chinois. Je joue sur la différence de culture.

 

Tu n’as pas parlé de fond en comble du virus et du buzz médiatique autour. Ce qui est souvent “idéal” pour ne pas perdre le spectateur [ndlr : et rester “grand public”]. Que penses-tu des autres humoristes qui, au contraire, rentrent dans des précisions, décryptent un good ou bad buzz, citent des médias, des experts ou des personnalités publiques qui prennent la parole sans trop s’y connaître ?

Il y a un maître en la matière, c’est Haroun. En cinq jours, il aura un sketch de cinq minutes très bien écrit, très intelligent. Il surfe souvent sur une vague d’actu brûlante, ça le met en avant.

C’est le genre d’humoriste qui a même fait un spectacle sur les élections en 2017 ! C’est probablement rare de faire un spectacle sur un événement d’actu. Toi, je crois que tu évoques l’actu de temps en temps, par exemple avec une chanson sur Manuel Valls en 2017.

J’avais trouvé le filon. J’essayais de trouver des choses cools, et la chanson parodique, ce n’est pas si commun. A l’époque cette vidéo sur Valls a cartonné. Quatre millions de vue en 48 heures, c’était parmi mes plus gros buzz. Ça marchait, mais ça me menait sur une carrière plutôt radiophonique sur Rires et Chansons ce qui me plaisait moins. Marie Reno, qui est ma sœur, en fait aussi beaucoup. Sa dernière vidéo a cartonné. Moi, au bout d’un moment ça me pèse. C’est Monika, la gérante du café Oscar qui m’a alerté sur le fait que j’étais davantage en train de me prédestiner une carrière radiophonique. Et depuis je me suis dit que j’ai plus envie de faire de la scène et même du cinéma.

 

D’où les vidéos ?

Oui, pour faire du court-métrage et après du long-métrage.

Tu en vis ?

Oui, j’en vis bien. J’ai des bonnes statistiques, c’est très visible et je suis contacté par des marques. Sur Facebook, je fais des vidéos au nom d’une marque pour sa page, ou alors le partenariat est annoncé dans une vidéo. Et sur YouTube, je touche de l’argent. Aujourd’hui un million de vues pour une vidéo monétisée rapporte 250 euros, sans compter que je suis aussi dans la troupe du Jamel Comedy Club.

Au début, c’était plutôt 1 000 euros le million de vues sur YouTube via le système preroll (des pubs avant la vidéo).

Oui, c’est fini ça ! Aujourd’hui, ça varie encore et c’est plutôt 250 euros.

Pourtant tu n’as toujours pas de spectacle après trois ans et demi de scène ?

J’ai fait beaucoup de scène, mais je suis perfectionniste et depuis peu je réécris. En plus, jusqu’à l’année dernière, une vidéo par semaine était prévue. Ça me prenait beaucoup de temps.

Le 1er mars, tu rodes ton spectacle au Point Virgule. Tu appréhendes ?

Je travaille beaucoup pour cette heure. Je la fais tardivement par rapport à d’autres mais chacun son parcours.

Quelles sont tes références dans le métier ?

Haroun, que j’ai déjà cité. Artus, plutôt par ce qu’il fait actuellement que l’époque d’ONDAR (ndlr, “On n’demande qu’à en rire”, une émission de France 2 entre 2010 et 2016) et qui se fiche totalement du politiquement correct. Gad Elmaleh aussi, c’est une référence notamment de l’époque où j’ai débuté, malgré toute l’affaire autour du plagiat l’année dernière. C’est un excellent comédien.

Un mot sur le stand up à Paris ? Question façon Yann Barthès ! [Rires]

Ce n’est pas rapport à Paris mais il y a une phrase qui résume bien le stand up : « Ce n’est pas parce que ce n’est pas sérieux qu’il ne faut pas le faire sérieusement ». Faire rire les gens ne parait pas sérieux mais pour le faire, il faut vraiment l’être.

Dans la même série, lire (bientôt) la story de Redouane Bougheraba et son rôle remarqué dans le film “La Vie Scolaire”