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De Lausanne à Tokyo, course serrée aux JO 2020 pour les triathlètes suisses

Faut-il s'attendre à une délégation suisse puissante aux Jeux Olympiques de Tokyo à l'été 2020 ?

Les signaux sont éminemment positifs; en août dernier à Lausanne, à l'occasion de l'ITU Grand Final, les triathlètes suisses ont montré pattes blanches devant leurs résultats résolument et éminemment positifs. Il en est allé de leur saison tantôt compliquée, marquée de défis pluriels et de mise en jambe graduelle sur les routes fort vallonnées de la capitale olympique. Il en va aussi désormais de comprendre comment les Top 15 d'Adrien Briffod et Andrea Salvisberg et les prestations en dent de scie de Sylvain Fridelance puissent s'avérer perfectibles à quelques mois seulement des Jeux Olympiques de Tokyo pour lesquels ils s'évertuent à décrocher une qualification nullement acquise d'office.

Au classement olympique toutefois, les écarts se meuvent et l'ordre n'y est plus établi comme pensé; Max Studer, au prix d'un travail de fond entrepris depuis l'hiver dernier, est désormais le triathlète du pays le mieux à même de figurer dans les bons papiers de Swiss Triathlon, devançant notamment Adrien Briffod (au centre) et Sylvain Fridelance (à droite). © leMultimedia.info / Oreste Di Cristino [Lausanne]

C’est que pour pratiquer l’art du tri- (parfois sélectif entre les 1500 mètres de nage dans l’eau tiède des lacs, 40 kilomètres de route dévalée sur un deux roues adapté et 15km de course à pied sous une chaleur étouffante), il faille faire preuve de doses palpables de courage et de résilience. Certains le démontrent surtout en compétition, d’autres en font – carrément – une raison de vie. Mais à vrai dire, à ce niveau – lors d’un Grand Final de l’ITU, où les meilleurs disciplinaires de la planète se retrouvent –, il s’avère que les champions, les vice-champions, les talents olympiques alignés ont tous fait du triathlon leur mode d’existence, souvent si peu éloigné du routinier triathlon populaire : métro, boulot, dodo.

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Certains jouent dans cette catégorie de perfection programmée, où tout est une question de nanoréglages et de gestion énergétique minutieuse. Chez les hommes, il y a ces autrement “jeunes” garçons – certains, par-delà le lac, s’enthousiasmeront d’une réelle passation de pouvoir – entre l’Espagnol Mario Mola (29 ans) et le Français Vincent Luis (30 ans). Ce dernier, titré lors de la dernière étape du calendrier estival à Lausanne, a littéralement survolé l’exercice saisonnier. Si bien que son sacre a retenti dans la globosphère de la discipline ; plus qu’une révélation, Vincent Luis s’est affirmé en l’homme incontournable d’un écosystème où les Tricolores ont pratiquement toujours excellé, sans pour autant ne jamais décrocher le moindre titre mondial. Vincent Luis, la trentaine, est bien le premier. Au niveau européen, depuis le sacre de Pierre Le Corre à Glasgow en août 2018 et la médaille d’argent française dans le Team Event mixte, le triathlon mondial suit donc la lignée de cette nouvelle coqueluche des circuits variés. « Le but, ce n’était pas de faire le héros [ndlr, de remporter la manche lausannoise définitivement acquise au mérite du Norvégien Kristian Blummenfelt en 1h50’47] mais d’être champion du monde en assurant une cinquième place », a-t-il notamment affirmé, de retour en France. Dans les faits, avec la seconde place de son rival Mola, Luis aurait même pu s’offrir le “luxe” de terminer deux rangs plus loin ; qu’importe, ses sensations – malgré quelques coups de chaud sur la fin du parcours – témoignent à elles seules ô combien le garçon sait être résistant. Bien qu’en tête du classement depuis le mois d’avril et l’épreuve des Bermudes (où il a terminé 4e), rien n’a semblé acquis pour autant ; il aurait pu tout perdre au dernier moment, sur le parcours vallonné et sinueux de la capitale olympique. Puis, ajouté à cela : la proximité entre la Suisse lémanique et la France n’a pas manqué d’ajouter un mole de pression. « C’était sans doute aussi un home crowd pour lui aussi, ici à Lausanne ; toute la France s’est certainement déplacée en nombre ici. Il y avait beaucoup de monde et c’est dire si c’était incroyable », lâche pour sa part le natif de Rüegsau Andrea Salvisberg, bon 14e (et premier Suisse) de cette étape finale.

« Depuis qu’il a changé son groupe d’entraînement et qu’il est parti auprès de Filliol, Vincent Luis a vraiment changé quelque chose. Il nage très rapidement, il fait le show à vélo et limite les dégâts à pied »

Adrien Briffod, triathlète suisse

Le Veveysan Adrien Briffod, 15e de sa véritable étape locale, abonde : « Il a clairement été le plus régulier de la saison, malgré qu’il n’ait eu qu’une seule victoire sur le circuit WTS [ndlr, à Yokohama le 18 mai]. Mais c’est celui qui a tout le temps été classé dans le Top 5 ; son plus mauvais score est un Top 6 ou Top 7. » Pour autant, la véritable passation de pouvoir, en attendant, n’est pas là ; elle se dissimule dans la très grande amitié qui se voue entre le Français et ses poursuivants espagnols, Mola et Javier Gomez Noya (troisième mondial). Son changement d’encadrement en juin 2018, auprès de la “JFT crew” de Joel Filliol – en compagnie de son acolyte Mola justement – lui aura été des plus bénéfiques. « Vincent Luis, depuis deux ans, est vraiment en train de performer en tant que meilleur triathlète de la planète », assure toujours Briffod. « Depuis qu’il a changé son groupe d’entraînement et qu’il est parti auprès de Filliol, il a vraiment changé quelque chose. Il nage très rapidement, il fait le show à vélo et limite les dégâts à pied. » Et plus qu’un entraîneur, il a surtout rejoint des compères d’entraînement au palmarès reconnu. En plus de Mario Mola, s’y trouvent également l’Australien Jacob Birtwhistle, roi de la discipline en Océanie (numéro six mondial ; 26e au Grand Final de Lausanne) ou encore l’Américaine Katie Zaferes, sacrée championne du monde cette année à Lausanne (première au général et au Grand Final). Et puis, depuis, il semble voyager à travers le monde – encore plus ; des proches Pyrénées au mois d’avril au désert de l’Arizona en juin. Toujours avec son encadrement, au plus professionnel que possible (et voulu). Et à ce titre, les seuls instants où il en est séparé, c’est pour les bonnes raisons ; absent pour repos du Test Event à l’Odaiba Marin Park de Tokyo, en vue des Jeux Olympiques 2020, les 15 et 16 août derniers, il a surtout profité du voyage en éclaireur de son entraîneur Joel Filliol pour y obtenir les informations utiles sur la chaleur, l’humidité et la dureté du climat estival au Japon. « Ainsi, je pense avoir autant d’infos sur le parcours et les paramètres de course ainsi, que si j’y avais vraiment été pour y disputer la course », assurait le trentenaire de Vesoul.

Lausanne, Test Event virtuel pour Tokyo 2020 ?

Durant l’étape lausannoise du 30 août dernier, l’ambiance était par ailleurs telle que le round d’observation avant les Jeux – en terme de pression extérieure et de soutien moral d’un public aux aguets – s’est joué. À en croire la championne du monde américaine Katie Zaferes, le semblant olympique fut aussi palpable à Lausanne. Si bien que son Test Event à Tokyo – terminé le nez cassé et le vélo fracassé après un violent impact contre une barrière de sécurité – ne lui avait pleinement permis de livrer l’entier de son potentiel sur le parcours d’essai des JO. Rien de bien grave, après une année de travail intensif, elle s’impose en maîtresse de discipline sur les routes vallonnées de la capitale olympique, cueillant ainsi – avec le titre mondial – le statut de favorite pour les prochaines Olympiades. « Je savais que physiquement, j’avais les capacités pour m’imposer mais les doutes persistaient sur le mental, si bien que sur le parcours à vélo, j’ai dû lutter contre de mauvais démons », assurait-elle alors. Le même sentiment jaillissant de l’Italienne Alice Betto, deuxième du dernier Test Event olympique: « La course à Lausanne était une véritable épreuve de mental; ces mêmes parcours où, au sortir de l’eau, il te faut faire quelques tours à vélo avant de prendre un véritable rythme. En cela, nous ne sommes vraiment pas loin de la sorte de parcours qui nous attend à Tokyo. »

« Mes résultats actuels me portent bonne confiance, ils ramènent des points et une amélioration dans le ranking olympique ; ça me permet de me rapprocher du Top 45, ce qui est l’un des objectifs pour être qualifié aux JO »

Adrien Briffod, triathlète suisse

En réalité, les conditions de course entre l’exigence des 14 montées lausannoises et les conditions suffocantes de la capitale japonaise ne sont pas tout-à-fait comparables. Cependant, il y eut eu une touche d’olympisme dans le parcours pensé par les autorités lausannoises, ne serait-ce que dans l’impulsion donnée aux triathlètes de penser au surpassement des propres limites du corps. Le parcours de l’Odaiba Park ayant dû être revu à la baisse à cause des très fortes chaleurs et de la très haute humidité en période de moisson au Japon, c’est finalement sur ce dernier grand rendez-vous de l’année que les meilleurs se sont alignés dans les conditions cadres de leurs prochaines Olympiades. Et les Suisses s’y sont (plutôt) bien démenés. « Mission réussie, j’ai vraiment souffert durant la course à pied où j’ai perdu six places dans le dernier tour. J’avais ma place dans le Top 10, c’est comme ça. C’est les choix du sport ; heureusement qu’il y avait un public incroyable pour me soutenir dans ces derniers instants de course », saluait Adrien Briffod, satisfait d’une saison qui ne lui assure toutefois pas encore sa qualification pour les JO, son vice seyant avant tout en natation. À Lausanne, 15e donc, il avait pourtant réussi une belle passe dans le Léman: « J’ai limité les écarts en natation, je pensais avoir manqué beaucoup mais finalement je n’avais que 35 secondes de retard. C’était inespéré. J’ai vraiment essayé de faire le travail dans les trois premières montées à vélo pour rattraper le premier groupe, c’est ce que j’ai fait dès le deuxième tour. C’était mon objectif pour me reposer un peu plus par la suite. » Le faire – y parvenir donc – laisse entrevoir la nature du potentiel du jeune Veveysan de 25 ans. « Mes résultats actuels me portent bonne confiance, ils ramènent des points et une amélioration dans le ranking olympique ; je vais désormais être autour du 70e rang, ça me permet de me rapprocher du Top 45, ce qui est l’un des objectifs pour être qualifié aux JO. » Ou sinon, il y a un autre moyen; atteindre le quota numérique des places, soit réaliser deux Top 10 sur les parcours à distance olympique. « Ou alors deux victoires en Coupe du Monde sur distance olympique, ce qui constitue un véritable objectif pour moi. Je vais faire la saison d’automne en Coupe du Monde, en Chine avant la Corée du Sud et le Japon. Et peut-être en République Dominicaine », annonçait-il alors à la fin de l’été. Et c’est ce qu’il a fait; aligné à Weihai (Chine), il n’a pu faire mieux qu’une fort encourageante 20e place, jouée avant tout et à nouveau – vis-à-vis de ses prédécesseurs – sur le kilomètre et demi de nage et une gestion encore saccadée sur les 10km de course à pied. Mais il a rempilé, plus fort, à Tongyeong (Corée du Sud) le 19 octobre en établissant son premier Top 10 de sa saison automnale, suivi d’une très belle quatrième place à Saint-Domingue. Actuellement proche du Top-50 au classement olympique, le garçon semble bien parti pour valider le pass au soleil levant. Et il n’est pas le seul dans ce cas-ci; Andrea Salvisberg (14e à la finale de Lausanne) est, lui aussi, toujours à la chasse d’un double Top 10 olympique. Mais passée l’échéance de Weihai le 21 septembre dernier, où il n’a pas concouru, il semble concentrer ses efforts sur les parcours qui semblent lui convenir davantage: « On peut essayer de marquer un Top 6 à Abu Dhabi [ndlr, en mars prochain]. Je sais que c’est une compétition qui est peut-être faite pour moi. On va voir, je donnerai tout mon possible et je travaillerai beaucoup dans l’hiver », assurait-il alors.

Lire également: Max Studer s’est illustré au niveau mondial à Lausanne

Au classement olympique toutefois, les écarts se meuvent et l’ordre n’y est plus établi comme pensé; Max Studer, au prix d’un travail de fond entrepris depuis l’hiver dernier, est désormais le triathlète du pays le mieux à même de figurer dans les bons papiers de Swiss Triathlon. Premier suisse du classement pour les JO à 23 ans – devant Adrien Briffod, Andrea Salvisberg et Sylvain Fridelance, qui paie une mauvaise passe en cette fin d’année –, il remercie l’extraordinaire parcours de compétence dispensé depuis sa toute première participation à une épreuve WTS (World Triathlon Series) à Edmonton début août 2018. Absent des Championnats d’Europe en Écosse, il avait joui d’une nouvelle fraîcheur pour s’établir à quelques secondes d’un Top 10 lors de l’étape de Coupe du Monde à Lausanne (11e), toujours l’année dernière. Une étape clef dans son ascension progressive car, depuis, il a accumulé les performances notoires sur le circuit. Dans la foulée, il avait remporté l’épreuve de Coupe du Monde en Corée du Sud (à Tongyeong), ce qui lui vaut – encore aujourd’hui – un quota de 400 points dans l’établissement du ranking, auxquels s’ajoutent ses 462,50 points de sa deuxième place à Weihai en septembre et les 395,73 points de sa quatrième place à Saint-Domingue, ses deux (seuls) Top 10 à ce jour sur une distance classique (donc, encore une fois, olympique). Et cela n’est pas anodin pour ce jeune triathlète qui a commencé à s’établir au plus haut niveau il y a encore si peu. Le niveau suisse, en tous cas, est assuré. Mais il devra s’améliorer ces prochains mois, aussi car la concurrence hors-européenne n’est pas en berne non plus; l’Américain de 27 ans Matthew McElroy est, à ce jour, le meilleur performeur sur le circuit depuis le début de l’automne. Depuis le Grand Final de Lausanne (où il avait terminé 28e), l’homme (18e au classement olympique) a remporté les trois dernières épreuves de Coupe du Monde à Tongyeong, Miyazaki et Saint-Domingue, devançant même – le 10 novembre dernier dans les Caraïbes – deux de ses compatriotes Kevin McDowell et Morgan Pearson. Pas banal.

Le grand saut de Julie Derron, sur les pas de Nicola Spirig

Il ne semble plus s’agir de contester la présence de Nicola Spirig à Tokyo; à Lausanne, faisant montre d’une grande résilience, elle a terminé l’épreuve à une très honorable 10e place, quatre mois en demi seulement après avoir donné vie à son troisième enfant. Une place dans le Top 5 lui aurait même été accessible si les paramètres de la course avaient été autres. C’est que, dans son sillage, une jeune et prometteuse triathlète – 23 ans – force le destin national; après avoir remporté, en octobre 2018, un double titre continental (personnel et avec le relai national) lors des Européens U23 à Eilat (Israël), Julie Derron a confirmé son grand potentiel en 2019 pour sa première saison dans la catégorie reine. Dans l’ensemble des étapes de Coupe du Monde disputées cette année – Miyazaki 2018, Madrid et Cagliari 2019 – elle n’est jamais sortie d’un Top 30, y compris lors du Grand Final à Lausanne le 1er septembre dernier (27e), deuxième Suissesse derrière Nicolas Spirig. Il faut dire que la jeune femme sort d’un été fastueux marqué par une nouvelle médaille d’or lors des championnats d’Europe de sprint tenus à Kazan (Russie) le 27 juillet; une réussite qui la porte toujours aussi bien depuis le début de la saison de Coupe du Monde cet hiver, lors de laquelle elle a déjà cueilli une victoire sur la première étape à Weihai, en Chine, devançant notamment l’Espagnole Miriam Casillas Garcia et l’Italienne Verena Steinhauser (appartenant toutes les deux au Top 15 du classement olympique). Autrement dit, la Zürichoise renverse déjà la hiérarchie, du haut de ses 23 ans – désormais révolus. À Saint-Domingue, enfin, le 10 novembre, elle a terminé à la 24e place.

About Yves Di Cristino (498 Articles)
Rédacteur en chef et cofondateur de leMultimedia.info. Membre de l'Association Internationale de la Presse Sportive (AIPS). Doctorant à l'Université de Lausanne. Master en Sciences Politiques.

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