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Résilience et persévérance de mise au marathon des Mondiaux de Doha

La Kényane Ruth Chepng'etich a remporté le marathon de Doha au bout d'une longue soirée enfiévrée par l'humidité et la chaleur

Envoyé spécial à
Al Corniche, Doha (Qatar)

Au marathon mondial de Doha, lieu peu adapté aux records, sinon aux titres, Ruth Chepng’etich l’a emporté en 2h32’43”, devant la championne sortante Rose Chelimo et la Namibienne Helalia Johannes. La course s’est tenue dans des conditions dantesques et sous une chaleur étouffante – 29,5 degrés et 73,3% d’humidité (selon la Wet Bulb Globe Temperature, principal indicateur de température privilégié par l’IAAF, la Fédération internationale d’athlétisme). Soit un climat par lequel le staff médical de la Fédération recommande des mesures strictes de sécurité. Par chance, elles ont toutes été dûment appliquées, et ce d’autant plus avec l’abandon successif de 28 athlètes sur les 69 en lice. Une énormité, en réalité.

La Kényane Ruth Chepng'etich a remporté le marathon de Doha dans des conditions dantesques. En 2h32'43”, elle a devancé la tenante du titre de Bahreïn Rose Chelimo et la Namibienne Helalia Johannes. Sa compatriote Edna Kiplagat (39 ans) a terminé quatrième, alors que les trois Éthiopiennes engagées ont toutes abandonné après la première heure de course sur la Corniche. © leMultimedia.info / Oreste Di Cristino [Doha]

Physiologiquement, l’épreuve s’apparentait – et s’apparente toujours – à l’une des plus relevées jamais disputée dans des championnats du monde ; dans la nuit qatarie, sur un tracé en circuit fermé – une première particularité pour les 42, 195km de parcours calculé entre le centre-ville de Doha et les 7km de Corniche longeant le Golfe Persique –, les 69 meilleures marathoniennes au monde se sont élancées dans une course de résistance, où le versant tactique est venu geler toute prétention de chrono historique. Physiologiste australien, Ned Brophy-Williams assurait d’ailleurs le premier : « L’on n’est pas en mesure d’attendre un record du monde battu sur les routes de Doha, ce serait certainement trop en demander à la résistance des athlètes. » Ce à quoi rétorquait pas plus tard que jeudi après-midi, lors des premières conférences de presse de la Fédération suisse d’athlétisme (Swiss Athletics), Julien Wanders : « Sans doute, mais Eliud Kipchoge est assez fou pour cela. Il a jusqu’ici réussi ses paris et est sans doute sur le point de réussir son prochain. » Mais, dans le fond, rien n’est plus juste ; en 2h32’43 – en termes numériques uniquement – l’on est bien entendu en-deça des meilleures marques mondiales, loin des 2’20”57, record des championnats de la Britannique Paula Radcliffe à Helsinki en 2005. L’on est même plus lent que le chrono de la Chinoise Zhou Chunxiu qui avait établi, le 9 décembre 2006, le record du marathon à Doha en 2h27”03. Et cela reste normal, compte tenu des circonstances.

Car, certes, faut-il dire ; impossible de faire un effort physique – même minime – à Doha fin septembre sans suer à grosses gouttes. Les ingénieurs pionniers d’un système d’air conditionné au sein du Khalifa International Stadium n’ont de là pas (encore) trouvé la méthode juste (à savoir si cela reste dans l’ordre de l’utopie dans un futur même proche) pour climatiser un tronçon de route entier pour y faire disputer les épreuves de longues distances. Et puis à quoi bon, finalement ; pourquoi toujours viser l’impossible alors qu’il suffit simplement de retrancher quelques heures au sommeil nocturne de la population locale ? Nuisible à l’équilibre précaire des sportifs de haut niveau, au demeurant. « La solution, dans les dernières semaines cruciales de préparation, a été de s’entraîner dans de rudes conditions thermiques, quitte à préparer les corps dans des lieux de très hautes températures, dans les spas chauds et saunas », a convenu Ned Brophy-Williams.

« L’on n’est pas en mesure d’attendre un record du monde battu sur les routes de Doha, ce serait certainement trop en demander à la résistance des athlètes »

Ned Brophy-Williams, physiologiste auprès Athletics Australia

C’est qu’en même temps, il est parfois difficile de s’imaginer pareilles scènes de liesse à l’arrivée, dans un décor inhabituel, un climat à la limite du délétère (quand bien même adouci des 42 degrés ressentis en journée malgré ses 80% d’humidité) et surtout à une heure où l’on accorderait davantage aux athlètes de haut niveau l’heure du repos plutôt que celui de l’effort – il en va également de la même constatation concernant le 50km marche dont l’arrivée est prévue aux alentours de 4h du matin un dimanche. Or, c’est bien à minuit (23h59 pour la précision des détails techniques), détaillant bien déjà toute la particularité aride de la tenue de ces Mondiaux d’athlétisme, que le départ a été donné. Plus qu’une preuve d’originalité, ce fut avant tout un défi de taille pour tout un monde ; en terme de programme pour les organisateurs, de préparation physique et mentale pour les athlètes, d’observation constante pour les délégués médicaux de l’IAAF, de choix éditoriaux drastiques pour les professionnels accrédités, sans compter l’indisponibilité volontaire d’une foule qui n’a pu, par sacrifice, vraiment s’amasser sur les abords des routes jusqu’au petit matin, sinon quelques groupes de supporters kényans combattant la nuit chaude de Doha. Du jamais vu (ou presque). Cela laisse sans doute s’échapper certains souvenirs mémorables de finales de marathon disputées au tomber de la nuit ; aux Jeux Olympiques de Rome en 1960 – avec la victoire de l’Éthiopien Abebe Bikila auprès de routes éclairées à coup de torches enflammées – ou, plus récemment, aux Mondiaux d’Edmonton (Canada) en 2001. Mais dans la totalité des cas, jamais un athlète spécialisé s’est retrouvé à franchir la ligne d’arrivée peu après deux heures du matin. C’est donc bien cela, du jamais vu.

À son tour, délégué médical de la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF), Stephane Bermon s’est assuré – jusqu’au dernier moment (son dernier communiqué parvenant en main des médias à 13h06 vendredi) – que les conditions cadre de sécurité étaient assurées et respectées pour la tenue de l’épreuve. Dans leur communication, l’IAAF s’était même parée de toute critique éventuelle ; après avoir maintenu une communication active avec les Fédérations nationales membres ces six derniers mois, augmenté le nombre de points de rafraîchissement sur le tracé de course, dopé leur effectif médical sur place et recruté des experts médicaux spécialisés en la matière, sans oublier la programmation tenue exceptionnellement à minuit plutôt qu’en début de soirée, les équipes du Président réélu Sebastian Coe n’ont manqué de forcer leur admiration pour leur redoutable efficacité. Il fallait bien ça, pour le Qatar. Et par ailleurs, même, l’on est plus à cela près, à Doha. Après la tenue du tout premier Grand Prix nocturne de MotoGP à Lusail en début d’année – à quelques kilomètres du centre-ville de la capitale – et l’attribution contrastée à l’Émirat de la Coupe du Monde de football en 2022 (à condition que l’organisation de celle-ci voie le jour en hiver, durant les mois “frais”), c’était bien au tour de la Fédération Qatarienne d’Athlétisme (QAF) d’innover dans le fantasque. Et elle y parvient plutôt bien, sans pour autant véritablement porter atteinte à son centre économique incontournable. Si l’entier de la péninsule vit au rythme de ces championnats du monde (les premiers du genre au Moyen-Orient), la capitale Doha semblait à peine métamorphosée les quelques heures précédant la cérémonie d’ouverture. D’étranges structures de phares ont certes bien été montées sur les allées centrales de la Corniche, le Khalifa International Stadium a été pris en barricades sécuritaires, le Villaggio Mall attenant est légèrement plus animé qu’en milieu d’été et le trafic routier s’est quelque peu densifié mais, disons-le, c’est bien assez peu comparé aux défis qui attendent probablement l’Émirat à la réception des fans éberlués des 32 pays qualifiés pour la Coupe du Monde en 2022. C’est qu’en ce mois d’octobre, la capitale se teste, se réserve pour plus tard et tente de bien se faire voir.

L’innovation avant tout ?

Sur le plan sportif – ce qui compte bien évidemment le plus, si l’on en tient bien éloignées les interrogations liées à la santé physique des fondeurs en pareilles circonstances –, seule une habituée locale semblait apte à accepter physiologiquement les contraintes de la compétition ; si bien qu’à y regarder de près, les athlètes de la région furent les premières à rendre crédible leur potentiel de podium (notamment par la tenante du tire bahreïnie Rose Chelimo), au-delà de l’évidente prépondérance sur la discipline, cette année et les précédentes, des Kényanes (rappelons le triplé de Daegu en 2011) et des Éthiopiennes. Aussi, dans le marathon d’une telle portée, en réalité, le succès doit beaucoup à la perception lucide et inaltérée que possible de ses propres ressources physiques. Comme dans toute endurance, il est bien sûr question de gestion, ce à quoi peuvent pourtant venir s’ajouter d’inconvenants effets mirages, facteurs de tromperie tant physique qu’émotionnelle. Courir dans la nuit profonde, à une heure de faible activité humaine, s’apparente justement à l’un de ces nombreux facteurs nébuleux ; si l’athlète n’a plus le contrôle de ses émotions et de son ressenti (ou pense ne plus l’avoir), il (ou elle) se risque immanquablement à un dérèglement de rythme dans sa course, souvent fatal sur les longs parcours. C’est pourquoi, selon certains, la prétention d’un quelconque statut de favori(te) perdait d’emblée de sa relevance au beau milieu des nombreux gratte-ciels colorés du centre de Doha. Vraiment ?

Au Qatar, la perception de la fête est toute autre, elle n’est pas immuable, rigide, fixiste. L’engouement de l’instant présent – unique – a suffi à rassembler quelques téméraires sur le bord des routes ce samedi matin. Il y a, à coup sûr, un sens patriotique enfoui dans cette joie partagée. À 2h40 du matin, il y eut une réelle scène de liesse pour les habitants de la région qui voient pour la première fois leur ville métamorphosée dans l’orbite de l’attention mondiale. Au Qatar, et donc à Doha, cela n’a par ailleurs jamais été une habitude. C’est pourquoi, en lancement phare des Mondiaux d’athlétisme, il est convenu à tout le monde de propulser le marathon féminin au devant des projecteurs des retransmissions globales. Manquent les chiffres réels – aux États-Unis, il est fort à parier que l’événement fut un succès, à une heure où les pendulaires entament joyeusement leur week-end. En Europe, sans doute un peu moins. Néanmoins, il est fort à parier que l’engouement sera le même aux JO de Tokyo, dont le programme des marathons est préagendé à une heure de faible chaleur durant la moisson, à six heures du matin. Et là aussi, on est loin d’une parfaite sinécure. Thomas Bach, Président du Comité International Olympique (CIO), présent à l’ouverture des festivités à Doha, l’assurait également en conférence de presse : « Le CIO est très intéressé par le travail fourni par l’IAAF à l’occasion de la tenue de ces Championnats du monde. Nous sommes particulièrement curieux des innovations tenues qui font que le sport vive et évolue. Les JO de Tokyo s’en inspireront. » « Nous avons eu une très large discussion avec Thomas [Bach], en ce que nos championnats du monde apparaissent être l’une des meilleures occasions pour améliorer les rapports entre nos deux institutions face aux nombreux challenges qui nous incombent », a pour sa part complété Sebastian Coe, Président de l’IAAF. « Il y a un large panel de thèmes et discussions en cours qui amorcent un changement radical du panorama de notre sport et le CIO est un partenaire important, notamment en ce qui concerne les relais et les événements de nuit. Pour parvenir à des réformes viables, il nous faudra absolument assurer un rapport de bonne gouvernance entre l’IAAF et le CIO. » De notre côté, en attendant, assurons-nous que ces réformes structurelles ou logistiques n’en viennent pas à desservir la cause.

« La préparation est le quotidien d’un athlète ; dans ce cas précis, en tous cas, je n’aurais jamais refusé de disputer le marathon mondial, seulement à cause du facteur chaleur. C’est un challenge et on l’accepte »

Julien Wanders, fondeur suisse du 5000m et 10’000m

Chez les athlètes, il y a ceux qui assurent également que l’épreuve ne donne pas lieu à des changements de programme d’entraînement radicaux, dès lors qu’il est nécessaire d’axer la préparation sur le renforcement physique et mental. « Nous nous sommes toujours entraînés le soir, entre cinq et huit heures, voir même neuf », assurait sur la chaîne du CIO, le double médaillé d’argent olympique du 10’000 mètres Paul Tergat. « C’est juste une question d’heures, en réalité. Peu importent aussi les conditions, à -5°C ou à 30°C, ce qui compte, c’est d’être prêt pour l’instant présent », ajoutait-il. Mieux, il serait “juste” question d’ajuster son corps à l’environnement local, si l’on en croit Patrick Sang, médaillé d’argent du 3000 mètres steeple aux JO de Barcelone en 1992 et ancien coach d’Eliud Kipchoge (qui visera dimanche matin un chrono sous les 2h00’00”, une première dans l’histoire). « Il est juste question de prérégler son horloge biologique », ajustait le Kényan. Chez le jeune spécialiste du fond auprès de la délégation de 22 athlètes que compte Swiss Athletics, Julien Wanders (lui aussi très implanté sur les sols du Kenya, à Iten), le ton abonde dans le même sens : « Personnellement, si je devais m’aligner sur le marathon ici à Doha, j’aurais fait le nécessaire pour venir m’y entraîner plus tôt. Les conditions sont si extrêmes qu’il faille avant tout se conditionner », assurait-il d’une voix décidée. « La préparation est le quotidien d’un athlète ; dans ce cas précis, en tous cas, je n’aurais jamais refusé de disputer le marathon mondial, seulement à cause du facteur chaleur. C’est un challenge et on l’accepte », a-t-il complété. Tout est cérébral, dans ce cas. Tout est dans la tête.

Edna Kiplagat (39 ans ce 28 septembre) a terminé à la quatrième place du marathon mondial de Doha. Elle aurait pourtant pu devenir la première femme à remporter trois médaille d’or dans un Championnat du monde. Elle aurait également, en cas de podium, été la première à glaner quatre breloques. Elle a été devancée par la Namibienne Helalia Johannes (à gauche) pour la troisième place. Mais elle tient bon; sa participation aux Mondiaux d’Eugene en 2021 (à presque 41 ans) est déjà dans sa tête. © leMultimedia.info / Oreste Di Cristino [Doha]

Ces bouts de femmes qui marquent de leur empreinte le marathon à (bientôt) 40 ans

L’avis de Julien Wanders est partagé par beaucoup, il faut dire. La Kényane de 39 ans Edna Kiplagat (double championne du monde à Daegu en 2011 et Moscou en 2013, quatrième cette année), arrivée à Doha sans la moindre préoccupation, persistait : « À chaque fois que l’on se prépare pour une course, il s’agit avant tout d’éviter les sursauts de notre mental. Cela vaut à la fois pour concourir contre nos concurrents que contre les conditions atmosphériques », expliquait-elle. « Le plus important relève de l’évidence, en réalité. Il s’agit surtout de rester en bonne santé jusqu’au jour de l’épreuve. » Si bien que le souvenir de 2017 à Londres, où elle avait manqué le titre à sept courtes secondes de la Bahraïnie Rose Chelimo, reste ancré dans sa mémoire. À complément, il faut dire que le Kenya dispose d’une délégation redoutable sur ce genre de circuit fermé, ce à quoi s’ajoute un engagement rassis. Ruth Chepng’etich – nouvelle championne du monde et championne en titre du marathon de Dubaï en 2019 (avec le troisième meilleur temps de l’histoire en 2h17’08”) – reste une familière du teamworking, aux côtés – justement – de ses compatriotes Edna Kiplagat (4e) et Visiline Jepkesho (15e). Elles se sont entraînées ensemble sur les 43km de routes reliant la colonie de Moiben à la ville d’Eldoret, point de rassemblement des marathoniens kényans, avant de rejoindre le Qatar dès lundi directement depuis Nairobi. « Je m’entraîne avec un groupe d’hommes et de femmes, nous sommes une vraie équipe nationale de marathon. Nous avons une telle organisation dans la team que nous arrivons à ménager nos forces et nos esprits pour parvenir à réaliser de telles courses abouties », déclarait la fraîche championne du monde, avant de poursuivre : « Mon coach m’a donné un programme intense et nous l’avons tenu sans aucun problème. Avec un groupe aussi discipliné, c’est nettement plus facile. C’était dur, certes, mais maintenant je suis une championne. »

« Je sais que Doha ne constitue pas la dernière étape de ma carrière, il y a toujours l’opportunité d’aller plus loin »

Edna Kiplagat, marathonienne kényane

Guidant l’ensemble de sa délégation (forte au Kenya de 45 athlètes) – et remerciant l’ensemble des stakeholders de sa fédération –, Kiplagat était pourtant arrivée forte d’une seyante confiance. En manquant de peu le podium cette nuit, elle aurait pu devenir la première marathonienne à remporter quatre médailles mondiales et la plus expérimentée à y parvenir, déclassant sa compatriote Catherine Nderaba, alors âgée de 35 ans et 43 jours lors de sa victoire à Osaka en 2007. Le tout dans une imparable élégance, loin des mirliflors de haute prétention. Ce qui ressort, plutôt, c’est le phare d’une belle humilité, sans artéfact. Ce petit bout de femme d’1,62 mètres est une franche résistante, si résiliente les années passant, que son rêve est d’être encore alignée à l’édition 2021 à Eugene (Oregon/USA)… à presque 41 ans. « Je sais que Doha ne constitue pas la dernière étape de ma carrière, il y a toujours l’opportunité d’aller plus loin », assurait-elle dix jours plus tôt.

« C’était si chaud à un moment donné que j’ai cru devoir m’arrêter, mon corps ne se mouvant plus naturellement. J’ai toutefois prié pour pouvoir terminer »

Rose Chelimo, vice-championne du monde du marathon (Bahreïn)

Cette résilience aux conditions atmosphériques n’avait bien évidemment rien de vaporeux, il n’y a qu’à voir le dégât causé chez les Éthiopiennes ; Ruti Aga, Roza Dereje et Shure Demise ayant toutes été contraintes à l’abandon après une heure de course, tout comme vingt-cinq autres athlètes du peloton de départ. La désormais vice-championne du monde Rose Chelimo (30 ans) confessait également y avoir songé durant le dernier tour de course (après environ 37km parcourus) : « C’était si chaud à un moment donné que j’ai cru devoir m’arrêter, mon corps ne se mouvant plus naturellement. J’ai toutefois prié pour pouvoir terminer. » De même, il en est une, plus particulièrement, qui a réussi à dominer les limites de son corps, à 41 ans et mère de trois enfants. L’Américaine Roberta Groner s’est classée sixième du marathon des Mondiaux cette nuit et le résultat est, en soi, déjà une marque remarquable de solidité mentale, encore plus que physique. « C’était vraiment une course mentale et je me sens vraiment bien à l’arrivée. Les loops – en circuit fermé – ont passablement aidé, je dois dire. Dans ces conditions, la seule chose que je souhaitais, c’était de terminer la course et de faire attention à ne pas exagérer sur les limites du corps humain. Y parvenir est déjà une si belle réussite », assurait en zone mixte à 3h du matin la native de Pittsburgh. Un tel accomplissement, que la longue résistance à laquelle les athlètes ont été contraintes de se soumettre a été intraitable pour beaucoup. En exemple explicite, l’Israélienne (d’origine kényane) Lonah Salpeter, championne d’Europe du 10’000 mètres à Berlin en août 2018 (dont elle détient également le record d’Europe depuis cette année) a littéralement chuté peu après 32km de course, alors qu’elle était sur le point de combler son retard sur les quatre filles de tête. Cinquième à 30 minutes du terme de la course, elle manque ainsi la qualification directe pour le Jeux Olympiques de Tokyo, de quoi abattre ce qu’il restait de la solidité psychologique de la jeune femme (30 ans). Face à la chaleur émanant de l’asphalte et un foehn venant droit du Golfe Persique, la longévité de l’épreuve fut harassante, si bien que le rythme de course a considérablement baissé après les trois premiers tours (environ 20km). « À partir du quatrième tour, nous avons tous souffert davantage. C’était vraiment très dur à suivre un rythme unique sur l’entier du circuit », précisait la seconde Américaine du peloton, Carrie Dimoff (13e, 36 ans). Sur l’endurance, beaucoup ont alors perdu pied vers la mi-parcours, donc. D’autres sur la toute fin de l’épreuve. « Ce qui a fait la différence entre les athlètes relève sans doute du niveau de préparation ; je sais personnellement avoir donné l’essentiel à l’entraînement et m’être conditionnée très sévèrement pour parvenir à terminer le marathon au Qatar », poursuivait Dimoff. « Quitte même à partir courir dès six heures du matin, au frais », s’est empressée d’ajouter Groner.

En somme, Roberta Groner a tenu bon, « pour ses trois enfants », dont l’aîné a déjà 15 ans. « C’est un rêve de pouvoir faire montre d’autant de rigueur et d’obstination face à eux, j’ai réussi à prouver que la dure labeur paie toujours. Et j’en suis fière », assurait-elle au bord des larmes. « Le plus important est de ne jamais abandonner, peu importe l’âge. Ce n’est pas le titre mondial ou la qualification pour les JO qui comptent le plus, mais bien la connaissance d’être allée jusqu’au bout de l’épreuve. Je veux dire : à 41 ans et dans de telles conditions, je goûte déjà pleinement au bonheur d’être à Doha pour représenter mon pays. » Il lui incombe, comme pour toutes, quelques semaines de franc repos désormais ; quitte à ce que la jeune femme retourne à son footing quotidien sur les routes de Manhattan. N’oublions pas qu’elle reste la troisième femme américaine seulement à être parvenue (à passés 40 printemps) à courir la distance en moins de 2h30’00” à Rotterdam (Pays-Bas). L’ordre du remarquable y est pleinement établi.

About Yves Di Cristino (496 Articles)
Rédacteur en chef et cofondateur de leMultimedia.info. Membre de l'Association Internationale de la Presse Sportive (AIPS). Doctorant à l'Université de Lausanne. Master en Sciences Politiques.

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