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Julien Wanders se révèle enfin stratège sur les 5000 mètres à Athletissima

Qualifié pour les 5000 mètres à Doha, le Genevois attend encore de valider son entrée sur les 10000m pour les Championnats du Monde

S'il fallait pointer un élément embarrassant et perturbant dans la préparation de Julien Wanders pour les Mondiaux de Doha, cela serait très certainement la difficile mainmise sur les minimas mondiaux des 10'000 mètres. Nécessitant un temps de qualification inférieur à 27'40 minutes, la mesure est pleinement atteignable pour le prodige suisse mais c'est toujours sans compter sur les petits imprévus de la vie d'athlète: une course à Stockholm “décevante” fin mai (où il a tout de même établi le nouveau record de Suisse dans des conditions gâtées) et une qualification à repasser pour un cheveu (27'44”36). En résulte alors un agenda quelque peu bouleversé, car recourir de force un 10'000m s'apparente à un véritable goulet d'étranglement dans le programme estival préfixé par le jeune talent de 23 ans. Mais l'étape lausannoise ce vendredi soir semble lui avoir ouvert la voie à une deuxième partie de saison totalement relâchée. Tant mieux!

Comme il en a pris l'habitude depuis quelques années maintenant, en marge de compétition – au nombre toujours assez limité –, Julien Wanders [au centre] respecte un calendrier assez précis: en juillet et août, par exemple, il entraîne le court en Suisse, et principalement à Saint-Moritz – le reste du temps le passant sur l'argile des haut plateaux d'Iten au Kenya. © leMultimedia.info / Oreste Di Cristino [Lausanne]

À Lausanne: le relâchement, en toute décontraction, avec le véritable plaisir de quitter la Pontaise avec le sourire des grands soirs. Julien Wanders (23 ans) a établi vendredi soir sa meilleure performance en carrière sur les 5000 mètres, avec un cran tactique qu’il avouerait ne jamais avoir eu auparavant. En 13’13”84, il manque de justesse les minimas pour les Jeux Olympiques de Tokyo en 2020 pour 34 centièmes. Mais ce n’est pas ce petit versant de déception qui viendra canaliser ses très belles sensations sur la piste de la Pontaise. « Pour moi, c’est la meilleure course que j’ai faite sur piste. C’est la course que j’attendais depuis très longtemps », lâchait-il aussitôt en zone mixte avant de poursuivre: « C’est peut-être l’expression de toute la rage que j’ai accumulée depuis longtemps; Ça me donne des énergies positives et c’est ce qu’il fallait à cet instant de la saison. Même si les 10’000 mètres sont ma distance de prédilection, cela prouve que j’ai fait d’énormes progrès sur 5000m. L’état d’esprit, ce soir, était bon et cela faisait quelques mois que je n’avais plus ressenti pareilles sensations. J’ai retrouvé le même mental libéré de Ras Al Khaimah [ndlr, Arabie Saoudite, où il a établi, le 8 février, le record d’Europe du semi-marathon en 59’13]. J’ai réussi à me motiver, à finalement pouvoir courir pour le plaisir. » Deux ans, au vrai, qu’il attendait un tel sursaut d’orgueil devant le public lausannois mais tant en 2017 (abandon) qu’en 2018 (mauvaise endurance), il n’était parvenu à se satisfaire de cette étape “à la maison”. Sans compter, que depuis le début de la saison printanière, il vit des instants mitigés pour son retour en piste. Et pour mieux le comprendre, il faille sans doute replonger un peu plus tôt dans la saison.

Voir également: Les impressions de Julien Wanders à la veille du 44e Athletissima

En clair, tout semble commencer (et, de fait, recommencera) à Hengelo, une petite commune (pas si petite en réalité) de la province d’Overijssel à l’est des Pays-Bas. Au stade Fanny-Blankers-Koen – un jumeau qui s’ignore du stade de la Pontaise –, le fondeur du Stade Genève y a décroché avec brio son tout premier minima mondial en carrière pour les championnats planétaires de Doha. Les 5000 mètres des FBK Games, le 9 juin dernier, Julien les avait avalés en 13’19”79, un temps qui le propulsait déjà automatiquement dans l’entry list des Mondiaux qatariens. Les conditions – climatiques en aval de celles sportives –, de fait, étaient excellentes. La compétition était féroce et en bon 8e, il s’était révélé trois secondes plus rapide que les 13’22”50 requis par l’IAAF.

Pur contraste, en revanche, d’une course – en mode fartleck – au Bauhaus Galan, à la Diamond League de Stockholm, où il s’était aligné le 30 mai (pour la première fois cette saison) sur les 10’000m. Des 27’40’00 requis (minimas mondiaux), il en laissa quelques miettes de trop: quatre secondes exactement (27’44”36), ce qui avait la force tout de même de composer le nouveau record national de la discipline. « J’en reste déçu mais je ne vais pas me lamenter. J’ai observé des séances d’entraînement durs début juin après la course et je sais avoir le temps nécessaire pour me qualifier », assurait plus tôt et avec tiédeur le jeune fondeur. Autrement dit, il semble remonter très loin le temps où un athlète du pays boudait de déception un propre record de Suisse, au prétexte d’une insuffisance encore notoire sur la scène internationale. Il faut pourtant nuancer ce que l’on admet aujourd’hui être une étape de préréglage; aligné sur un temps proche des 27’20 sur les cinq premiers kilomètres, Julien Wanders avait ensuite été emporté à une vitesse de croisière diminuée sur la deuxième partie de la course, perdant ainsi l’ensemble de son avance sur le chrono de référence. « J’étais persuadé de parvenir à établir les minimas [à Stockholm]. Or je ne pensais pas que les conditions seraient plus lourdes que sur route; j’ai couru 25 lignes droites avec le vent dans le dos et 25 autres avec une force de vent contraire. C’était l’équivalent d’une course de championnat et j’étais avec un groupe de coureurs qui me ralentissait, tout ce que je n’imaginais pas au départ. » Dans les faits, rien de bien grave, si ce n’est que le programme estival du jeune homme s’est vu foncièrement dérangé; recourir de force un 10’000m s’apparente à un véritable goulet d’étranglement dans le programme estival préfixé par le jeune talent de 23 ans. Il les disputera ainsi lors des trials éthiopiens de nouveau à Hengelo le 17 juillet, organisés par son entraîneur.

« Dans ma préparation, cela ne change pas grand chose mais je dois dire que j’aurais préféré me concentrer exclusivement sur les 3000 et 5000 mètres cet été »

Julien Wanders, fondeur suisse

« Dans ma préparation, cela ne change pas grand chose mais je dois dire que j’aurais préféré me concentrer exclusivement sur les 3000 et 5000 mètres cet été. » En Suède, il s’agissait en réalité de la première course en trois mois que Julien disputait. Soit depuis ses deux performances au rayonnement planétaire sur route – record du monde établi sur les 5km à Monaco et record d’Europe sur le semi-marathon de Ras Al Khaimah en Arabie Saoudite –, tous les deux établis dans la première moitié du mois de février. Depuis, comme il en a pris l’habitude depuis quelques années maintenant, en marge de compétition – au nombre toujours assez limité –, le jeune Genevois respecte un calendrier assez précis: en juillet et août, par exemple, il entraîne le court en Suisse, et principalement à Saint-Moritz – le reste du temps le passant sur l’argile des haut plateaux d’Iten au Kenya. Mais à chaque rentrée sur piste, depuis le début de son périple africain, il y a ce petit frein mental qui l’empêche encore d’exceller au niveau espéré, à ses attentes fort ambitieuses; il est, en effet, souvent apparu que l’athlète de 23 ans perde pied en fin de course à cause d’une défaillance psychologique, comme ce soir d’août 2018 au cours duquel il laissa filer, au dernier des 25 tours de pistes, une performance de choix en finale des 10’000 mètres aux championnats d’Europe à Berlin. Ce qui s’est révélé être l’assommoir d’une entière saison après une volée de coups à bas régime. Voilà pourtant qu’à Lausanne, ce vendredi soir, presque un an après la déconvenue continentale morale et après un début de saison en plein air bigarré, il semble avoir trouvé les ressources nécessaires pour se défaire de ses amples démons psychiques et spirituels. Pour une fois, il a joué d’une intelligence morale et tactique pour établir une marque “record”. « J’ai arrêté de regarder le chrono après 2’000 mètres, quand j’ai vu que la course partait sur un standard de 12’55 », raconte-t-il alors. « Puis, j’ai vu que le groupe dans lequel j’étais immergé commençait à ralentir. Alors j’ai pris la décision (importante) de les dépasser et de mener à la mi-course. Cela m’a, en conséquence, un peu affaibli sur les derniers 800 mètres, ce qui prouve que je manque encore un peu de caisse. Mais dans l’ensemble, je peux être satisfait de mon état d’esprit ce soir. La progression physique et mentale sont notoires. » En tablant sur l’éventualité, même, qu’elles puissent être convalidées dans un peu plus de 10 jours à Hengelo.

Le passage angulaire de la route à la piste

Sur la route, en parallèle, Wanders a excellé – encore cette année – à un niveau de reconnaissance mondiale. Mais pour cet athlète versatile, les performances de premier choix sur les asphaltes doit laisser place aussi pour de pareils exploits sur les pistes cendrées. Or, le passage de l’un à l’autre ne présage rien de réellement évident; à Stockholm, Julien Wanders avait été piégé par l’ensemble d’une dimension tactique qu’il n’avait pas nécessairement prise en considération. Tout ce qui ne fait pas réellement partie des compétences de base des fondeurs de route. Preuve que l’adaptation entre les deux nécessite un meilleur endurcissement stratégique. Et en cela, il s’avère que le Genevois n’est pas encore tout à fait au point. Du moins, il ne l’était pas vraiment avant que n’émerge le coup d’éclat lausannois ce vendredi. Et cela, ses coéquipiers au sein de la réputée NN Running Team le lui rappellent sous forme de vastes encouragements. « Il faut dire qu’il n’y a rien de bien particulier qui change entra la route et la piste. Il est seulement question d’état d’esprit. Si je me dis que je peux être performant sur les deux surfaces, je serai performant sur les deux surfaces. Et c’est le cas! », aiguillonnait l’Ougandais Joshua Cheptegei, champion du monde de cross-country en mars dernier à Aarhus (Danemark) et toujours vice-champion du monde en titre sur 10’000m.

« C’est d’athlétisme dont on parle, cela signifie qu’il faut savoir développer cette légèreté, cette vitesse qui fera la différence, sans occulter le versant stratégique de la course »

Joshua Cheptegei (UGA), vice-champion du monde en titre sur 10’000m

Le passage entre la route et la piste n’est – toutefois – assurément pas rectiligne. Il y a, dans le parcours de performance, des passes anguleuses, du relief et des cavalcades délicates. L’adaptation de l’un à l’autre s’y fait de manière souvent chaotique au début. Et pourtant, cela paraît si simple pour les grands expérimentés: « C’est une vaste question, certes. Mais c’est une question d’approche mentale », précise à nouveau Joshua Cheptegei. « S’il faut faire preuve de résistance – soit de force purement physique – sur la route, la piste requiert des capacités autres que la simple recherche de performance. C’est d’athlétisme dont on parle, cela signifie qu’il faut savoir développer cette légèreté, cette vitesse qui fera la différence, sans occulter le versant stratégique de la course. » Il y a pourtant dans ce discours de Joshua (qui a avoué vouloir s’attaquer prochainement au record du monde de la discipline), un côté à la fois visionnaire et rationnel; la stratégie c’est pour la gagne, tandis que la pure recherche de performance, c’est pour l’établissement d’un temps de premier choix. Et chez les professionnels africains, il est peu de fois où un athlète privilégie, dans les faits, le second au premier. Et à Lausanne, la preuve en a été cristalline; le groupe de tête que menait un temps l’Éthiopien Hagos Gebrhiwet était tellement porté sur la victoire finale qu’il en a totalement occulté le temps de référence. Éclatant en sprint lourd à 800 mètres de l’arrivée (pensant à tort qu’il s’agissait du dernier tour de piste), le médaillé de bronze olympique sur 5000m à Rio a levé le poing de la victoire… trop tôt. Le temps qu’il s’aperçoive de son erreur, il a finalement terminé la course à une difficile 10e place en 13’09”59. « Je n’avais, sur le coup, vraiment pas très bien compris pourquoi la course s’était d’un coup accélérée à deux tours de l’arrivée. Je n’avais pas les jambes pour attaquer d’aussi loin. Et tout cela – comptant aussi la faute de lucidité de Gebrhiwet –, prouve que les coureurs sont tous concentrés dans leur course et ne portent aucune attention au chrono », aiguillonnait alors Julien Wanders, qui sait devoir (et vouloir) retourner rapidement à l’entraînement.

« Pour aller à la guerre, l’on ne peut pas se présenter avec des cure-dents en guise de lances. Il nous faut un arc et des flèches. La préparation est le nerf de la guerre et c’est ce qu’il ne faut surtout pas négliger mais le mental est l’élément définitif qui permettra de passer le cap des grands rendez-vous »

Paul Chelimo (USA), médaillé de bronze sur 5000m aux Mondiaux de Londres

C’est que le jeune Suisse sait avoir une préférence tranchée: « Sur la route, il faut être préparé. On ne peut pas s’y présenter sans un bon état de forme. Quand on l’a, on sait que l’on peut réussir de grandes choses. Sur la piste, c’est encore plus compliqué; on peut être en forme mais déchanter parce qu’on n’arrive simplement pas à lire le rythme et l’allant de la course. C’est pourquoi, j’ai tendance à dire que la route me correspond mieux, parce qu’on y a moins à réfléchir. » Sauf que, quand il s’agit de réfléchir, c’est aux ressources mentales que l’on fait automatiquement appel. Un défaut inhérent que semblent partager de nombreux athlètes suisses et qu’il n’est que difficilement résorbable en séances d’entraînement.

Lire également: Sarah Atcho, sa guerre psychologique pour enfin l’emporter face aux meilleures mondiales

« Disons, l’entraînement compte beaucoup. Pour aller à la guerre, l’on ne peut pas se présenter avec des cure-dents en guise de lances. Il nous faut un arc et des flèches. La préparation est le nerf de la guerre et c’est ce qu’il ne faut pas négliger si l’on souhaite parcourir la distance dignement. Mais, derrière l’ensemble, le mental est l’élément qui définitivement permettra de passer le cap des grands rendez-vous », assurait pour sa part Paul Chelimo, médaillé d’argent aux derniers JO de Rio en 2016 et de bronze aux Mondiaux de Londres l’année suivante. Et cela, l’athlète américain l’illustrait limpidement en sortie de sa précédente course à la Diamond League de Stanford (Californie) dimanche dernier. Engagé sur les 2 Miles – une course d’environ 3’220 mètres remportée par Cheptegei devant Chelimo justement –, ce dernier expliquait sa deuxième place avec lucidité: « À Stanford, la course était très lente, comme la plupart des autres courses cette année par ailleurs. Mais c’est ce qui m’a fait perdre le fil dans le final; je ne me suis pas assez concentré sur la vitesse, alors que j’ai misé sur une performance de force. Un héritage qui me vient de la route assurément. C’est tout ce que je devrai corriger d’ici à Doha, où j’attends mon pic de forme. » En attendant, c’est de la bouteille qu’il faudra engranger, pour Julien Wanders.

De Iten (Kenya) à Saint-Moritz, la pratique sur les hauts plateaux

À Iten, où il retournera après les championnats suisses de Bâle les 23 et 24 août prochains, sur les hauts plateaux qui permettent de se confronter à un climat semblable à celui de Doha – avec température haute (entre 30 et 40 degrés) et un climat très sec –, Julien Wanders parfera les derniers réglages de sa saison. Car, au Qatar, les conditions risquent d’être rudes. « Au début cela constituait un motif d’inquiétude pour nous [ndlr, son entraîneur et lui-même]. Mais comme le stade sera climatisé, il semble que l’on aura des conditions plus clémentes lors des courses. Mais il ne faut simplement pas négliger les intercourses sur les terrains annexes du stade qui, eux, ne seront pas climatisés. » En effet, la température au sein du Khalifa International Stadium – où des courants d’air, parfois froids, y sont appuyés – contrastent hautement avec la température extérieure, si bien qu’une différence maximale de 20 degrés pourrait y être observée, une immensité pour la thermique des athlètes; un peu moins peut-être pour le “Kényan blanc”, lequel sait se confronter aux climats chauds et fort peu humides des highlands kényans.

« Je sais devoir m’entraîner avec sérieux et c’est pour cela que je retourne dans mon pays natal. Et en cela, c’est incroyable d’observer ô combien un mois d’entraînement là-bas [au Kenya] peut être porteur dans une carrière »

Paul Chelimo (USA), médaillé de bronze sur 5000m aux Mondiaux de Londres

Se retourner au Kenya apparaît aujourd’hui être un choix de rêve pour de nombreux fondeurs nord-européens. Julien Wanders s’y était établi après avoir terminé son travail de maturité à Genève, en 2014. Depuis, il y a été admis au sein de l’émérite NN Running Team et y vit comme chez lui auprès de sa compagne. Son talent, il en a fait un atout de poids, reconnu par plusieurs de ses pairs; « il y a plus de respect au Kenya, je le sens, depuis que j’ai couru le semi-marathon en 59 minutes (59’13) », expliquait jeudi matin le Genevois de 23 ans, arrivé à son hôtel d’Ouchy. En cela, auprès de ses congénères, il y a nourri les bienfaits de l’entraînement quotidien auquel il se prête sur les routes du comté rocheux et très montagneux d’Elgeyo-Marakwet. Avec Joshua Cheptegei et, parfois même, Paul Chelimo, ils y trouvent l’écrin parfait pour la pratique de l’endurance. « J’ai grandi à Iten et à chaque fois que j’y retourne, j’en viens à m’entraîner avec le groupe. C’est un ami qui m’a, il y a peu, amené à rejoindre le groupe d’entraînement au sein duquel s’entraînait déjà Julien. Il faut dire que celui-ci est très compétitif et très motivant », assurait alors l’Américain Paul Chelimo. « Je sais devoir m’entraîner avec sérieux et c’est pour cela que je retourne dans mon pays natal. Et en cela, c’est incroyable d’observer ô combien un mois d’entraînement là-bas peut être porteur dans une carrière. Je n’ai pas eu des résultats très satisfaisant en début d’année après la naissance de ma fille [ndlr, en janvier]. Et j’ai expliqué à ma femme pourquoi je me devais de retourner au Kenya pour y suivre un bloc de travail solide et appliqué. Et c’est sans doute grâce à ce voyage en Afrique que j’ai pu me reprendre au Prefontaine Classic de Stanford, où j’ai donc terminé deuxième du 2 Miles. J’y ai même rencontré Faith Kipyegon qui, après avoir passé des mois en maternité, est revenue pour remporter les 1500m avec autorité. C’est la preuve que la performance est aussi une question de choix et pas seulement de condition. »

D’autre part, il sont nombreux, au sein du Stade Genève, à espérer tenter un jour l’escapade dans la vallée du Rift, au derrière du Mont Kenya, à 150 kilomètres du Lac Victoria. « Julien Lyon, Ilias Hernandez et Sullivan Brunet sont également venus au Kenya et je reçois plein de messages de jeunes qui voudraient tenter l’expérience », explique dès lors Julien Wanders. Julien Lyon, par exemple, n’a, sur les radars de l’IAAF, pas encore disputé d’épreuve cette année. En réalité, mis à part sa participation sur les 10 Miles du Grand Prix de Berne en mai 2018 et ses abandons successifs aux marathons de Zurich et de Düsseldorf, le Genevois – bientôt trentenaire – n’est plus réapparu sur les route et les pistes depuis 2016. Des problèmes de santé (pour lesquels il s’est résigné à subir plusieurs opérations aux pieds pour y dominer une excroissance osseuse qui enflammait ses tendons) l’ont contraint à s’éloigner des compétitions pendant quelques temps, ce qui ne signifie de loin pas qu’il y mettra un terme à sa difficile carrière avant les Jeux Olympiques de 2020 pour lesquels il espèrera décrocher les minimas requis. Il a repris le footing en décembre dernier et s’est assuré de pouvoir retourner à Iten en ce début d’année, dans le but de retrouver pas à pas la forme de cet été 2016, où il terminait à une belle 15e place aux Européens de semi-marathon à Amsterdam. Il a donc désormais deux ans pour prouver que sa résilience et force de persévérance prendront le pas sur les nombreux écueils que sa carrière ait connu. Quant à Ilias Hernandez, il a effectué son premier stage de sept semaines à Iten en 2016, à régime entier; dix entraînements par jour et programme de remise en forme complet auprès de l’encadrement de Julien Wanders. Et depuis, il y retourne chaque année à la même période (en janvier). « Quand on voit le nombre d’athlètes qui à Iten progressent et deviennent très fort mondialement ça donne envie de tenter sa chance. En plus l’an dernier, j’ai vraiment vu une différence en rentrant à Genève quand sur les courses sur route j’étais un niveau au dessus par rapport à l’année précédente », expliquait-il dans une interview pour son club du Stade Genève. « La plupart des gens sont des athlètes et donc on est entre coureurs. L’on y est bien focalisé sur l’entraînement, ce qui facilite la récupération contrairement à Genève où l’on a toujours des choses à faire à coté. » « Notre équipe est très internationale et en cela, elle est très efficace. Il y règne une bonne ambiance et si nous continuons à travailler ensemble de la même manière, il est sûr que nous parviendrons à accomplir de grandes choses », assure pour sa part l’Ougandais Joshua Cheptegei. Preuve qu’au Kenya, tout est mis à disposition pour parfaire une progression accélérée auprès des meilleurs fondeurs du monde.

Le marathon après les Jeux Olympiques de Tokyo ?

Pour Julien Wanders, dès lors, il ne semble manquer le marathon à l’escarcelle de ses meilleures performances sur la scène mondiale. Il est pour quand alors ? Pas avant 5 ans, bottait-il en touche il y a quelques mois encore. Mais l’heure de sa première participation pourrait advenir plus tôt que prévu: « Je n’ai pas envie de disputer un marathon maintenant. Je pense avoir déjà assez en programme entre la route et la piste qu’il faille savoir trancher et ne pas se perdre inutilement. Je pense qu’il puisse être un bon moment pour essayer les 42km après les Jeux Olympiques de Tokyo en 2020. J’aurais sans doute un meilleur entraînement d’ici là. » Pour l’heure, on l’aura compris, d’ici le départ pour Doha, il concentrera ses efforts sur les pistes et sur les distances (très) courtes.

Lire également: Sur le plus court, Julien Wanders a encore de l’expérience à prendre [2018]

Comme l’année dernière, il disputera également le format en sprint long des 1’500 mètres aux championnats suisses à Bâle fin août, une distance de réglage qui puisse lui permettre d’entraîner au mieux le final des courses sur 10’000m: « Terminer un 10’000 demande certaines capacités à courir un sprint court qui ressemble davantage à un 1’500, voire un 800 mètres. Il est certainement important de se positionner face aux meilleurs suisses à Bâle sur ces distances de transition », assurait-il alors lors de la traditionnelle conférence de presse de Swiss Athletics le 3 juin dernier. Comme quoi, aussi longues soient les distances à parcourir, l’on n’échappe jamais à la dure épreuve du sprint. C’est ce que Julien s’attellera à perfectionner avant Doha.

About Yves Di Cristino (484 Articles)
Rédacteur en chef, membre actif de l'Association Suisse des Journalistes Indépendants (CH-Media) et de l'Association vaudoise de la presse sportive (AVPS). Titulaire de la carte AIPS. Master de Sciences Politiques à l'Université de Lausanne. Mémoire: “Les États-Unis sont-ils réellement responsables du Coup d'octobre 1965 en Indonésie ?”.

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