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Stade Lausanne rate l’occasion d’un titre, presque 10 ans après

Déjà promu en LNA, le RC Avusy a remporté la Coupe de Suisse et soigne une invincibilité de près d'un an

Avusy, le petit poucet qui domine le favori lausannois ? Cette lecture est celle du commentateur non observateur. Quelques jours après la finale de Coupe de Suisse remportée par les Genevois (9-13) au stade Juan Antonio Samaranch de Vidy, l'invincibilité d'Avusy laisse le monde du rugby sous le charme tout autant qu'elle questionne l'issue d'une finale qui (logiquement peut-être) est revenue à l'équipe la plus expérimentée, celle qui avait le plus de métier. Au travers de ce match, l'on y voit sans doute le reflet d'un long travail mental et psychologique mené – et à mener encore – auprès de ces jeunes lausannois encore cruellement en manque de cran dans les instants décisifs. Bilan.

Si le sport de haut niveau admettait une formule arithmétique dans les compétitions importantes, il y aurait eu une forme de logique à y voir triompher Stade Lausanne ce samedi; à la place, la grandeur d'Avusy a joué son va-tout, une troisième fois d'affilée cette saison. Mario Bucciarelli [au centre], entouré des joueurs du Stade Lausanne, désolé au terme de la rencontre. © leMultimedia.info / Oreste Di Cristino [Lausanne]

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Depuis la création de la FSR et la première édition de la Coupe de Suisse – remplaçant la Coupe Jaquier qui avait vu triompher Stade Lausanne en juin 1970 –, jamais un club de seconde division nationale n’était parvenu à remporter le titre dans un format certes nettement plus abordable que le championnat majeur. Le RC Avusy, promu cet été en LNA, devient ainsi le premier club de l’escadron inférieur à rompre une tradition vieille de 48 ans. Dans l’autre sens, la symbolique n’aurait pourtant pas été moins belle. La décennie qui sépare le club lausannois de ses deux derniers titres en Coupe de Suisse a un quelque chose de remarquable, même si relativement imparfait; le parcours du club lausannois jusqu’à cette dernière étape de grâce ne manque pas de bosselures. En dix ans, Stade Lausanne a connu des phases mémorables dans l’élite du rugby suisse, au sein de laquelle le club a toujours éventé – avec succès – un statut de parfait outsider. Si bien que depuis leur promotion en 2008, les Stadistes ont connu deux demi-finale de championnat en 2010 et 2012, une finale en 2011 et – point de défaillance – une relégation en 2014, immédiatement épongée par leur titre en LNB la saison suivante. Autrement dit, depuis leur double coup de force en Coupe, il y a 10 ans, Stade Lausanne s’est souvent distingué sans plus triompher.

« À ce niveau, il n’est pas à douter que Stade Lausanne triomphera dans un futur proche. Ces jeunes qui se sont battus [samedi] ont le potentiel de remporter des titres »

André Pharaony, vice-Président du Stade Lausanne Rugby Club

Il est un joueur qui aura vécu cette manche finale avec une sensibilité à fleur de peau. Le numéro 8 Andreas Dahinden vient de terminer sa carrière à Lausanne, 10 ans – justement – après avoir figuré sur la feuille de match de la dernière Coupe de Suisse remportée par son club à Vidy. Dans sa représentation, sur le terrain du stade Juan Antonio Samaranch ce week-end, il y avait une sorte de circularité presque parfaite; une envie de “boucler la boucle” avec toute la symbolique qui en incombe, naturellement. « C’est assez inimaginable d’être à nouveau ici [ndlr, à Vidy], dix ans après, mais de ne pas être capable d’y ressentir les mêmes émotions de joie », exprime-t-il alors aussitôt la finale perdue. « Ma première au Stade remonte à une victoire en finale de Coupe de Suisse en 2010. Ma dernière est au même endroit. Il y avait un quelque chose d’idéal de terminer sur un titre. Mais cela n’a pas été le cas malheureusement. » Le garçon, faut-il dire, a tout vécu au sein du club lausannois; capitaine lors de la culbute en LNB en 2014, il reste l’un des joueurs emblématiques du contingent, l’un des plus expérimentés également.

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Depuis 2015, toutefois, l’équipe lausannoise vit un parfait renouveau, auprès d’une jeunesse vraiment talentueuse. Au retour dans l’élite – toujours sous l’égide du Sud-Africain Andrew Cummins –, le club a accentué son projet à long terme auprès de jeunes licenciés de l’École de Rugby de Lausanne. L’entraîneur lausannois Bruno Pompilio avait d’abord lancé le club en LNA avec un objectif établi de maintien avant que l’Italien Mario Bucciarelli ne le reprenne avec des ambitions toujours plus tranchées. Ainsi, le retour de Stade Lausanne au premier plan fait désormais partie d’un jeu stratégique de très long terme, et la présence en finale de Coupe de Suisse samedi dernier à Vidy ne fait que le démontrer pleinement. Avec un championnat de LNA disputé dans la douleur mais avec des espoirs légitimes – à quelques journées de la fin de la saison régulière – de terminer parmi les quatre premiers, le parcours des Stadistes cette saison inspire – auprès de l’assistance spécialisée – un profond respect.

« Je sais prendre mes responsabilités. Nous voulions une fête et je n’ai peut-être pas réussi à faire baisser suffisamment la pression auprès de mes joueurs. Je n’ai malheureusement pas la machine du temps… »

Mario Bucciarelli, entraîneur du Stade Lausanne Rugby Club

Ainsi – à le présenter ainsi – si le sport de haut niveau admettait une formule arithmétique dans les compétitions importantes, il y aurait eu une forme de logique à y voir triompher Stade Lausanne ce samedi; à la place, la grandeur d’Avusy a joué son va-tout, une troisième fois d’affilée cette saison. Cette grandeur monstre est sans doute d’avoir répondu avec rigueur et détermination extrême à la culbute en LNB il y a un an tout juste. « Avusy avait sans doute moins à perdre que nous », lâchait l’entraîneur lausannois au terme de la rencontre. « Nos adversaires étaient sereins. Nous, nous ne l’étions pas. Avusy avait tout à gagner aujourd’hui [ndlr, samedi]. Nous, nous avions peut-être tout à perdre, à ne pas être à la hauteur chez nous, devant notre public. » Puis, il continue: « Je sais prendre mes responsabilités. Nous voulions que ce soit une fête et je n’ai peut-être pas réussi à faire baisser suffisamment la pression auprès de mes joueurs. Je n’ai malheureusement pas la machine du temps; je ne peux malheureusement pas retourner en arrière dans le fil des années et leur faire prendre de la maturité dans ces circonstances. »

Dans le discours de Mario Bucciarelli, il y a pourtant une ironie cocasse: celle d’être responsable de ne pas avoir la maîtrise du temps, en gros. La responsabilité d’être impuissant face à l’évidence, l’incontournable, l’irréfragable. Responsable d’une maturité omise chez ces jeunes – si jeunes – joueurs, incapables, dans les faits, de trouver les justes ressources mentales lorsqu’ils sont menés (même de peu) dans une finale d’importance. Il y a alors, dans cette situation, une cruelle limpidité: l’inexpérience des grands instants chez les joueurs de Stade Lausanne. Mais il y a aussi une curiosité intéressante: le sentiment de responsabilité de l’entraîneur lausannois dans une situation qui, à priori, est irrémédiable dans l’immédiat, seul le temps et l’entraînement étant en mesure de pallier à cette fragilité. Reste, pourtant, que le sentiment de responsabilité n’est pas sentiment de culpabilité; bien au contraire, il y a une connaissance parfaite du potentiel et du chemin accompli. Ces jeunes sont toujours en pleine phase d’apprentissage. Un apprentissage qui a su – et saura encore – être accéléré auprès du coach Bucciarelli. « À ce niveau, il n’est pas à douter que Stade Lausanne triomphera dans un futur proche. Ces jeunes qui se sont battus [samedi] ont le potentiel de remporter des titres. » Et c’est le vice-Président de 53 ans – et toujours joueur –, André Pharaony qui le dit.

La nouvelle génération a déjà passé un palier

« C’est déjà un exploit majeur d’avoir pu nous qualifier en finale avec une équipe d’un peu plus de 20 ans de moyenne d’âge [ndlr, 23 ans en réalité] », assure pour sa part Andreas Dahinden avant de continuer: « Ce club est jeune et il saura se montrer intraitable quand il aura gagné en maturité d’ici deux ou trois ans. » Si l’on en croit la réalité des choses, Stade Lausanne s’était fixé deux grands objectifs cette saison: le maintien en LNA et la victoire en Coupe à domicile. Et à s’en méprendre, il faille avouer que les deux cibles ont été parfaitement visées, car il y avait tout de même un côté cornélien à affronter Avusy, une équipe qui sait gagner – contrairement à Lausanne –, qui sait dominer – les Genevois sont invaincus depuis le 15 août 2018 en LNB et en Coupe, compétition au cours de laquelle ils ont battu trois équipes de l’étage supérieur – et surtout un contingent qui est dans la fleur de l’âge – une véritable jeunesse expérimentée. Voilà tout ce que n’a pas (encore) Lausanne, au vrai. Ainsi, contrairement à ce que l’on a pu entendre au travers des canaux traditionnellement basés sur le pur écart dans les catégories de référence – l’exploit d’un poids plume qui bat un poids lourd –, il faille grandement nuancer la différence de calibre entre les deux formations. Avusy était supérieur (mentalement et physiquement) à son adversaire; il a eu ce vice que ces jeunes Vaudois n’ont pas osé avoir, oubliant qu’une finale se remporte à force de caractère et d’intempérance. « La défaite à été celle d’une jeune équipe face à une autre plus expérimentée », résume alors Andreas Dahinden.

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« Nous sommes tombés dans leur piège, et on savait que c’était le risque », précise pour sa part André Pharaony avant de poursuivre: « Il y a eu, c’est indéniable, plus de métier dans le camp adverse. La vraie différence est que nous devons apprendre à gagner face à des équipes qui sont censées être moins bonnes que nous. » Quant à l’entraîneur lausannois, il converge: « Il n’y a rien à reprocher à mes joueurs, ils ont joué comme il le devaient. C’est d’autant plus frustrant que la seule chose qui leur manquait, c’est la maturité du jeu. Personne ne s’est caché, personne ne s’est défilé. Nous ne voulions pas jouer à l’économie face à Avusy et je dois dire qu’à part quelques instants en première période, personne ne s’est réellement économisé durant la partie. »

« Ils ont réussi à nous énerver. Ils ont eu un côté très justement vicieux dans leur jeu. Ça s’appelle l’expérience. Et ça ne s’apprend pas à l’entraînement »

Andreas Dahinden, troisième ligne centre de Stade Lausanne

En l’admettant, néanmoins, Lausanne a eu le meilleur sur de nombreux aspects physiques du jeu: la vitesse, la stratégie, le physique. « Mais cela ne suffit pas toujours au rugby », aiguillonne le troisième ligne centre lausannois avant de continuer: « Il faut parfois savoir jouer avec les règles, avec l’arbitre aussi. Ils ont réussi à nous énerver. Ils ont eu un côté très justement vicieux dans leur jeu. Ça s’appelle l’expérience. Et ça ne s’apprend pas à l’entraînement. » En cela, les très nombreux cartons jaunes (et rouge, 55e) attribués aux Lausannois se font les témoins premiers de cette réalité; Lausanne s’est montré parfois timide, trop timide face à l’adversité. Mario Bucciarelli, le premier, en convient: « Les garçons ont peut-être étés timides, en effet. Ils l’ont été vis-à-vis de leur réel potentiel. Ils n’ont pas été en mesure de l’exploiter pleinement. Et c’est frustrant. »

Le bilan premier – ainsi – est celui d’une « occasion manquée », « une occasion de valeur symbolique ». Le second rappelle pourtant l’entier du chemin parcouru; à Lausanne, ne faudrait-il pas l’oublier: le Stade a joué une finale. « On a de l’avenir », assure André Pharaony. « C’est indéniablement le début de quelque chose, la nouvelle vague commence vraiment à se concrétiser. Elle commence à se montrer au niveau que nous espérions qu’elle se montre il y a quelques années. Nous pouvons être confiants pour la suite, cela fait deux ans que l’on observe avec Mario et Andrew une amélioration constante au sein de l’équipe. Ce n’est donc qu’une question de temps. Sans oublier que du sang neuf viendra s’ajouter la saison prochaine. » Parlons-en d’ailleurs… de la saison à venir. « J’allais annoncer ma retraite si l’on remportait cette finale. Or, là il n’en est pas question », plaisante le “vétéran” de 53 ans avant de conclure: « Je vais travailler sur mon physique pour faire une dernière saison à fond. » Ici donc sied le cran des plus grands, comme une invitation subtile à en prendre de la graine.

Avusy, un titre et prompt retour en LNA

Une invincibilité courant depuis le 15 août, tant chez les réserves que l’équipe première. Cela fait bizarre à le préciser; Avusy a tenu une saison entière (de LNB) sans même perdre un seul match. Un bilan à faire jalouser le voisin servettien, presque. Sans oublier que le parcours en Coupe de Suisse a frôlé de très près l’héroïsme: Après le LUC et Hermance, les “Bulldogs” se sont offerts le scalp d’une troisième équipe de première division (LNA) en finale, où l’expérience de jeu a très limpidement eu son faire-valoir. « Nous avons deux, trois joueurs d’expérience, il est vrai », précise l’entraîneur français d’Avusy, Jean-Michel Millet. « J’ai toujours pensé qu’il était nécessaire d’avoir quelques papas au sein d’une équipe plus jeune. Ils donnent de l’impulsion dans les moments clefs et ouvrent souvent la voie du succès. Ils ont aussi le pouvoir de ressouder une équipe dans les moments plus difficiles. Tout est finalement une question d’envie. »

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L’envie, tout ce qui fait l’étalage du rugby aux Athénaz cette saison, tant chez le filles que chez les garçons. Il y a, il est vrai, de la volonté auprès des “oranges”, une détermination sagace et profonde qui tend à faire la différence. À Vidy, le XV des Athénaz s’en sera encore servi. « Il y a eu des temps de jeu qui pouvaient faire tourner le match en faveur de Lausanne. Mais notre force collective est celle qui nous a permis de défendre cinq minutes pleines en fin de match alors que nous étions dangereusement à portée d’essai du Stade. Nous avons su faire la différence à cet instant. »

Toutefois, il n’est pas question de baisser la garde. « La saison prochaine en LNA sera nettement plus compliquée que cette saison. Nous l’avons vu aujourd’hui [ndlr, samedi dernier à Vidy]; il sera pratiquement impossible de jouer avec une telle intensité tous les matches. Mais là est mon challenge et je l’accepte. »

Finale de Coupe de Suisse
Stade Lausanne Rugby Club v Rugby Club Avusy, 9-13 (3-8)

Composition du Stade Lausanne Rugby Club:
1 Johnny Missue, 2 Seonghoon Choi, 3 Rolando Portillo, 4 Zaccarya Shili, 5 Guillaume Graf, 6 Alex Ludunge, 7 Arnaud Thiébaud, 8 Andreas Dahinden, 9 Louis Pharaony, 10 Kieran Collis, 11 Paul Torriglia De Altol, 12 Pierre Charvat ©, 13 Axel Goudet, 14 Hugo Winterstein, 15 Fabio Venturelli. Remplaçants: 16 Orlando Parmigiani, 17 Stelio Parmigiani, 18 André Pharaony, 19 Olivier Mantion, 20 Matias Azpiroz De Achaval, 21 Maxime Lugeon, 22 Noah Mayor et 23 Nicolas Angama Effa. Entraîneur: Mario Bucciarelli.

Composition du Rugby Club Avusy:
1 C.Ecuvillon, 2 L.Jaquier, 3 C.Ramos, 4 J.Jotterand, 5 F.Pinget ©, 6 J.Fessy, 7 B.Moritz, 8 L.Martina, 9 L.Charpilloz, 10 J.Verdier, 11 A.Pauthe, 12 F.Lebert, 13 S.Chaigneau, 14 D.Derfert, 15 L.Divert. Remplaçants: 16 J.Saez, 17 P.Fortuna, 18 J.Renaud, 19 L.Lagriffoul, 20 A.Gigliotti, 21 A.Lahore, 22 S.Brette et 23 G.Panchaud. Entraîneur: Jean-Michel Millet.

Essais: - / 20e Derfert; 43e Panchaud.
Transformations: Aucune.

Pénalités: 10e, 49e et 62e Venturelli / 31e Verdier.

Notes: Stade Juan Antonio Samaranch, Lausanne.
Cartons jaunes pour Fabio Venturelli (31e), Guillaume Graf (40e), F.Pinget (62e).
Carton rouge pour Johnny Missue (55e).
Arbitre: Yann Benoît.
About Yves Di Cristino (483 Articles)
Rédacteur en chef, membre actif de l'Association Suisse des Journalistes Indépendants (CH-Media) et de l'Association vaudoise de la presse sportive (AVPS). Titulaire de la carte AIPS. Master de Sciences Politiques à l'Université de Lausanne. Mémoire: “Les États-Unis sont-ils réellement responsables du Coup d'octobre 1965 en Indonésie ?”.

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