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Le blues chez les Burnside, l’égard pour les devanciers

Cedric Burnside et son cousin Kent ont célébré l'héritage familial avec pudeur au 10e Blues Rules Crissier Festival

10 jours que le Blues Rules a fermé les portes de sa 10e édition au Chateau de Crissier. 10 jours que la fièvre bleue est retombée. Mais 10 jours que l'histoire des Burnside continue d'ajouter des chapitres au récit bientôt séculaire du Hill Country Blues, initié il y a plus de 70 ans par un inimitable guitariste d'Oxford (Mississippi), R.L. Burnside. Les petits-fils Kent (après sa venue en 2014) et Cedric (après son set hypnotique à 1h du matin en 2016) ont réinvesti à nouveau la scène ensemble pour les 10 ans du festival. L'histoire n'en est ressortie que plus belle...

Cedric Burnside est revenu au Blues Rules ce printemps pour la dixième édition du Festival. Après 2016, il est réapparu cette année avec son cousin Kent (déjà venu personnellement en 2014). © leMultimedia.info / Oreste Di Cristino [Crissier]

Il en reste de ces anciens lanciers de la garde mississippienne, hollowbody plaquée sur les reins et riffs en branle-bas. Ces hommes de maigre fortune ont, en réalité, tout construit de la musique moderne, ce blues inspiré et conspiré par de sagaces combattants de la vie et de la misère humaine, draftés par l’unique force de la nature. Ces accords de basse incessants, ces compositions à pleine redites, cette transe à peine fardée; le blues de ceux que l’on découvre au sein même d’un hameau de petite taille (à l’échelle US s’entend) – Holly Springs – a tout d’un fiévreux voodoo. Chez les Burnside, l’on retrouve tout cela: un picotement animiste, un éréthisme né de cordes de guitare pincées, une percussion finaude. Ce bleu de musique – qui n’est pour certains rien d’autre qu’une variante élégante du bleu de travail – retient toute une touche (parfois très appuyée) de subtile matoiserie. L’on gronde, l’on gueule, l’on s’égosille, dévergonde toute forme de règle préétablie, tout autant que l’on récite, raconte – conte surtout –, l’on narre et l’on dépeint une réalité vraie. C’est surtout que, dans ce récit, se cache un héritage fieffé, celui des ancêtres. Mais avant tout celui d’un ancêtre.

Lire également: Le Blues Rules Crissier Festival rendra hommage à Junior Kimbrough pour sa huitième édition

Chez les Burnside, comme chez les Kimbrough, l’on n’oublie pas le travail des devanciers. Celui de ces deux grands-pères amis dans quelques uns de ces barrelhouses du nord du Mississippi, entre Oxford, Holly Springs et Senatobia. Ni tsars, ni starets de la vieille époque, les deux dévots eurent toutefois tout de parfaits gurus à la guide d’une forme de prêtrise séculaire; ce qui fut nommé autrefois – et perdure depuis – le Hill Country Blues. Du rythme sans pétulance excessive, du moins. Parfois même, tant chez Junior que Robert Lee, l’on y trouva une forme de nostalgie atemporelle, loin de tout ilotisme mais un peu pedzouille – éloigné des usages présagés de la ville. Et pourtant, si R.L. Burnside vécut un temps dans l’ancienne Chicago, il a toujours maintenu un esprit simple et agreste, proche des typiques bocages nord mississippiens, à Oxford (MS) bien particulièrement. Venons-en, par ailleurs, à cet aparté dans la vie du guitariste, cet instant où, quelques années après la séparation de ses parents, il quitte sa Mississippi natale pour l’Illinois au début des années 1940 pour y espérer vivre moins chichement. Il y rejoint son père et ses frères auprès d’un homme – son cousin par alliance en réalité – qui vient d’achever ses premiers enregistrements, balancé sa guitare acoustique et adopté, tel un compagnon de pure fortune, une guitare électrique ainsi qu’un harmonica. À Chicago, R.L. Burnside, en plein dans le teenage, évolue auprès d’une légende qui s’ignore encore alors, un certain Muddy Waters. Mais le jeune homme ne jouait pas encore de cet instrument qui le révèlera plus tard; il s’élevait simplement à l’écoute de la musique des Morganfield, McKinley en étant le talent prodige. Chaque vendredi soir, il allait l’entendre jouer de son Delta blues – ce que l’on tâchera de nommer plus tard le Chicago Blues dont Muddy était le fondateur – dans un endroit typique de la métropole nommé “Zanzibar”. Une boîte à musique, un juke joint ma foi des plus réputés de la banlieue ouest. Ceci quelques temps avant que Muddy Waters eût intégré le groupe de production Chess Records qu’il sua sang et eau pour rejoindre vers le début des années 50’s.

« Mon grand-père a ouvert la porte du blues à toute la famille Burnside, nous devons honorer le grand héritage qu’il a laissé derrière lui »

Cedric Burnside, petit-fils de R.L. Burnside

En parallèle, R.L. Burnside vit des moments incommodes et rudes les premiers mois à Chicago. Son pari de l’exil à quelques 600 miles (près de 1’000 km) de ses terres chut drastiquement. Sa situation financière n’étant guère meilleure, il subira en outre la fatalité d’un triste destin. Son père, deux frères et deux oncles seront assassinés dans l’intervalle d’une dizaine de mois. Cinq membres d’une famille qu’ils ne constituaient presque qu’exclusivement; seuls une mère, une sœur et un autre frère lui restaient. Ainsi, son attache à Chicago décrut abruptement. C’est alors qu’à l’âge passé de 20 ans, trois années après son départ, R.L. prend le pas de revenir sur ses terres, dans le Mississippi, auprès des siens. C’est alors qu’il prit avec grande conviction sa guitare, la fit hurler, tempêtant toute la hargne – et par là également tout son spleen, créateur d’avenir et trait de légende – qu’il contenait jusqu’alors. Il joue de ses inspirations, instantanément. Naturellement. Il s’employa brièvement à imiter ses plus grandes références de l’époque avant d’initier son propre blues, son propre style, sa propre empreinte musicale; et à ce titre, tant Muddy Water que Fred McDowell trouvaient souvent place dans son répertoire. Ce dernier qui n’était autre qu’un savant riverain de son temps à Oxford, alors que le jeune Burnside n’était âgé que de sept ans. Mais à cet âge, R.L. avait sans doute déjà tout compris du talent voisin: ses manies, ses rituels riffés, sa basse surabondante, sa flûte enchanteresse, son flegme artistique. Ainsi 14 ans plus tard, en 1947, le voilà déjà paré pour se produire en public dans le juke joint du coin, accompagné de Fred McDowell mais également de Ranie Burnette, un bluesman de toujours, atypique mais dont les premiers enregistrements connus ne remontent qu’aux années 1970 alors que l’homme était déjà âgé de 57 ans. C’est ainsi auprès de ces deux mentors, les masters d’un blues postchicagoan de son époque, que R.L. grandit dans les contrées d’Holly Springs, où il se mariera en 1949. Il s’exporte aussitôt pour quelques temps dans les grandes villes de proximité, entre le nord du Mississippi et le sud frontalier du Tennessee, à Memphis notamment (lieu de naissance de son petit-fils Cedric en 1978), où il s’approchera de deux autres grands noms du Delta Blues: Robert Lockwood Jr. et Aleck Miller (plus tard connu sous le nom de Sonny Boy Williamson II), tous deux Arkansasais d’adoption.

Regarder également sur R.L. Burnside: “You See Me Laughin'”: the last of the Hill Country bluesmen (Mississippi Blues documentary - 2002)

Plongés alors dans les prémices de la seconde moitié du XXe siècle, 30 années de blues s’ensuivirent – même 40 – sans pour autant que R.L. n’accède à une véritable reconnaissance nationale. Les années 1960 sont belles mais tumultueuses à plusieurs égards. Il est d’abord accusé de meurtre et passe plusieurs années à la prison agricole de Parchman Farm, dans un secteur du Mississippi non constitué en municipalité. À sa sortie, il continuera à jouer le blues de ses influences mais sa santé financière ne lui permettra pas pour autant d’en vivre pleinement. Il accumule les emplois de fortune (métayer ou prêcheur) avant de finalement trouver une première ouverture en 1967 en enregistrant six premiers titres en guitare acoustique contenus dans un disque partagé avec le bluesman Mississippi Joe Callicott. C’est le label blues-folk Arhoolie qui lui offrit alors ce premier opus Mississippi Delta Blues, Volume II qui, sans contredit, le mène à une meilleure notoriété; il commence à tourner aux États-Unis mais aussi au Canada, à Montreal, en 1969. C’est à cette occasion qu’il rencontra, pour la première fois, d’autres figures historiques du style John Lee Hooker et Lightnin’ Hopkins. Quelques années plus tard, il découvre même l’Europe, d’abord en solo – une série de concerts pour une modique somme de 200$ par semaine – puis à nouveau avec ses fils, vers la fin des années 1970, avec lesquels il enregistra même des titres à Groningue pour le label local Swingmaster Records. Avec Joseph et Daniel à la basse et à la guitare électriques et son beau-fils Calvin Jackson (père de Cedric), il lance le Sound Machine Groove, deux pleines décennies avant qu’il n’atteigne le statut de véritable célébrité sous le label Fat Possum dans le années 1990, avec lequel il enregistrera 16 albums – le premier en 1994 Too Bad Jim, le dernier en septembre 2004, accompagné du duo The Black Keys et autres légendes du Delta Blues, T-Model Ford et Kenny Brown – et par lequel il figurera également sur le documentaire Deep Blues de Robert Mugge (1991). La reconnaissance de l’artiste vint alors à cet instant, R.L. étant pourtant déjà proche des 70 ans. L’héritage indivis du blues et de la légende ainsi constituée allait également s’opérer. Maintenant. Maintenant que Cedric Burnside, son petit-fils, allait entrer avec passion dans la ronde des représentations. « Mon grand-père a ouvert la porte du blues à toute la famille Burnside, nous nous devons d’honorer le grand héritage qu’il a laissé derrière lui. Et je sais que je jouerai de cette musique jusqu’au jour où je quitterai ce monde », assurait-il à Crissier fin mai, où il figurait au programme du 10e Blues Rules Festival.

 

[Découvrir] Cedric Burnside et Kenny Brown ensemble sur « Goin’ Down South » au 10e Blues Rules Crissier Festival.
Les deux ont grandi ensemble dans le Hill Country Blues hérité du “Big Daddy” R.L. Burnside. © leMultimedia.info / Oreste Di Cristino [Crissier]


 

Cedric Burnside, entre Holly Springs, l’Europe et l’Australie

C’est en 1998 que Cedric Burnside enregistre pour la première fois auprès de son grand-père, au sein de l’album de remix Come On It. Il a alors 20 ans et figure en tant que batteur sur un tiers des titres de l’opus. Son père, Calvin Jackson est, du reste, également présenté en tant que batteur sur le titre Just Like a Woman. Si ce n’est alors le début d’une véritable succession entre l’expérience du grand R.L. et la dextérité des fils héritiers – celle-ci s’est vraisemblablement opérée dans le courant des années 2000 –, il n’empêche que chez les Burnside, le monde du blues venait instantanément de contaminer l’ensemble de cette nombreuse famille aux liens artistiques quasi-mystiques. Ensemble – le grand-père, le beau-fils, le petit-fils et l’oncle d’adoption (Kenny Brown) – ont avant tout assuré des sets extatiques, exaltés, presque spiritualistes dans leur colline au nord du Mississippi: au “Burnside Palace”, leur juke joint à Holly Springs, à “The Hut” le juke joint des Kimbrough à Senatobia, à Clarksdale ou encore à Greenwood, lieu où le légendaire Robert Johnson mourut mystérieusement dans un bar après un concert en 1938. Et quand bien même Calvin Jackson décida, en 1991, de s’exporter aux Pays-Bas pour y vivre une nouvelle opportunité de carrière, Cedric Burnside resta auprès de son grand-père. Celui-ci l’élèvera dans le modèle hétérodoxe du Hill Country Blues qu’il a lui-même inventé dans les années post-Seconde Guerre Mondiale.

Lire également: Kenny Brown: « Tout a commencé avec Joe (Callicott) » [juin 2015]

À ses côtés, siéra un grand ami de la famille; Kenny Brown – plus tard fondateur en 2006 du North Mississippi Hill Country Pic Nic – est entré jeune dans l’entourage des Burnside. Né sur la base aérienne de Selma dans l’Alabama en 1953, il a d’abord été très proche de Mississippi Joe Callicott, dont il était le voisin à Nesbit (MS) entre ses 12 et ses 15 ans. Au décès du chanteur et guitariste, Kenny Brown a ensuite appris les principes sibyllins du blues du Delta auprès de Robert Lee vers la fin des années 1960. Depuis, ils ne se sont plus quittés; R.L. Burnside et Kenny Brown se sont élevés en parallèle, côte à côte pendant plus de 50 ans.

« Kenny est comme un oncle pour moi; il était si proche de mon grand-père depuis qu’il a 14 ou 15 ans. Il est incontournable auprès des Burnside »

Cedric Burnside, petit-fils de R.L. Burnside

« Kenny occupe vraiment une place importante dans ma vie », raconte Cedric. « C’est un homme qui m’a vu grandir tant au niveau personnel dans la vie – il venait me chercher à l’école, il m’accompagnait dans les moments importants de ma jeunesse –, tant au niveau musical. C’est comme un oncle pour moi; il était si proche de mon grand-père depuis ses 14 ou 15 ans. Il est incontournable auprès des Burnside. » Substantiellement, en outre, alors que R.L. dévoile un album 12 titres en live au titre évocateur Burnside on Burnside en 2001 – dans lequel il revit la quintessence du style désigné du Hill Country Blues –, Cedric se tente timidement à la guitare, probablement même sur une ancienne Fender de son grand-père. Connu sur scène en batteur hérité de son père, le jeune vingtenaire se laissait dès lors aller à une curieuse détente, initiée là aussi par les masters dévoués de son entourage. « En réalité, j’ai commencé la guitare, il y a 13 ou 14 ans en arrière, mais je l’ai sérieusement admise sur scène à mes côtés il y a 7 ans de cela », explique Cedric paré de la pluie dans les tentes du jardin de Crissier. « Il a bourlingué avec nous parce que son grand-père m’avait assuré qu’il jouait pas trop mal de la batterie », précise Kenny Brown. « Et il a pratiquement éclipsé son père en tournée! Il y a quelques années, il a souhaité se mettre à la guitare avec envie mais sans garantie de changer définitivement d’instrument et il s’avère qu’il est aujourd’hui l’un des meilleurs guitaristes du Mississippi. Il y a là quelque chose de grand. » La preuve, sans doute, que tous les deux proviennent bien du même logis artistique: « Nous partageons certainement le même héritage Cedric et moi. Nous sommes tous les deux allés à la même école, celle de R.L. Burnside. C’est en réalité cette musique, ce blues que j’ai joué toute ma vie. Il y a une symbiose irréfragable dans notre relation. »

 

Kenny Brown, parrain du Blues Rules Festival, est venu pour la troisième fois au Château de Crissier. © leMultimedia.info / Oreste Di Cristino [Crissier]


 

Au vrai, les tournées outre-Atlantique et Pacifique de Cedric Burnside ont toutes été initiées par Kenny Brown qui s’est instinctivement fait le garant de l’héritage de R.L., le descendant appert d’un patrimoine musical inestimable. Si bien que dès lors que Cedric dévoilait ses premiers disques quelques mois après la mort de son grand-père en 2005 – Burnside Exploration – The Record en 2006, Juke Joint Duo en 2007 et 2 Man Wrecking Crew en 2008 avec Lightnin’ Malcolm –, Kenny Brown, lui, achevait une nouvelle tournée européenne, la première avec son groupe et sans le “Big Daddy”. C’est par ailleurs à Paris – lors des Nuits de l’Alligator en février 2006 – que l’Alabamien rencontre Vincent Delsupexhe, futur cofondateur du Blues Rules Crissier Festival. Et à ce propos, il rappelait à Crissier: « Nous avons un besoin réel d’exposer notre blues, notre musique au monde. Et avec Vincent, j’avais trouvé une nouvelle porte d’entrée en Suisse. Je l’ai rencontré à Paris et j’ai su qu’il était dans le blues. Je lui ai alors dit que s’il souhaitait découvrir le vrai blues, il devait venir au Mississippi. Il est venu un an plus tard et a commencé à exposer plusieurs d’entre nous en Suisse et en France. Il n’avait fait aucune promesse à personne mais il a donné au blues du coin un spot incroyable que nous n’avions pas forcément. Du moins pas comme cela. » Le rappeler, ainsi, c’est immanquablement retracer le riche préalable d’une famille qui a continué à vivre du Hill Country Blues, même après la disparition de celui qui les avait tous initiés quelques années, décennies plus tôt. Depuis, Cedric – pour y revenir – a commencé à sillonner l’Atlantique pour ses propres projets dans le sillage ouvert par Kenny Brown. Il s’envole d’abord avec Lightnin’ Malcolm pour un tour de promotion à la sortie de Juke Joint Duo, avant de tourner avec le Cedric Burnside Project dès 2011. Ses nouveaux opus avec son projet familial (incluant son jeune frère Cody et son oncle Garry) voient le jour – à cela près – tous les deux ans: The Way I Am en 2011, Hear Me When I Say en 2013 et Descendants of Hill Country en 2015 avec la guitare supplémentaire de Trenton Ayers. En aparté, il a même sorti un disque en collaboration avec le Chicagoan Bernard Allison (Allison Burnside Express en 2014) qui rasera cependant davantage la terre.

Écouter le dernier album de Cedric Burnside: “Benton Conty Relic” (2018)

C’est après des années de blues teinté, trempé, immergé dans le funk, le R&B et la soul – initiée par son frère Cody, décédé prématurément en 2012 – que Cedric Burnside en revient en 2018 vers un style plus délayé, plus indigent mais aussi plus vrai. Il y reste cette minime pointe de soul mais elle s’en retrouve instantanément ravagée par cette lame de fond d’Afrique noire. On y reflue vers ce vaudou galérien, cette transe ostensible initialement convoyée par les métayers de l’ancienne époque ségrégationniste. Il y a de tout cela dans le titre We Made It ou encore dans Typical Day, arrachant tout ce qu’il reste de cette hypnose cataleptique. Autrement dit, l’on se fige dans la misère ou l’on se déchaîne dans un ultime souffle d’orgueil. Mais il n’y aura jamais voie à l’entre-deux. Dans Benton County Relic (l’opus dévoilé l’année dernière), il y est ainsi fait référence à l’écorchure passée (I’m Hurtin) tout autant qu’à un appel sordide à entrer dans une ronde tant chamanique que maraboutique (Give It To You et Call On Me). L’on y retrouve une modernité à la Black Keys arrosée de ce qui reste inéluctable, un semblant de vieille école, entre ce qui fut une fois partagé entre Fred McDowell, Joe Callicott et R.L. Burnside lui-même. Tous revus sous les riffs de guitare si rémanente qu’insubmersible.

Découvrir: le cover “All Night Long” de Junior Kimbrough par Cedric Burnside au 10e Blues Rules Crissier Festival

Aujourd’hui, c’est avec ce 12 titres qu’il sillone le monde; en France, en Espagne, en Suisse – donc –, mais aussi en Australie. Début mai, peu avant son escapade au Blues Rules Crissier Festival, le guitariste et batteur de 41 ans a passé plusieurs jours entre Auckland (Nouvelle-Zélande), Castlemaine, Melbourne, Sydney, Gold Coast et Brisbane – « Very great tour, sold-out every show » – avant d’enchaîner trois jours en Espagne avant le rendez-vous de Crissier, où il est arrivé le samedi matin. « Un peu tôt pour ce qui a été l’heure du levé », plaisantait même Vincent Delsupexhe qui l’a accueilli à son arrivée. Son tour se poursuivra tout le mois de juin en Europe du nord – entre l’Angleterre, les Pays-Bas, la Belgique et l’Allemagne – avant de retourner aux États-Unis début juillet.

 

[Découvrir] Kent Burnside interprétant “Poor Black Mattie” de son grand-père au 10e Blues Rules Crissier Festival.
Kent Burnside, petit-fils de R.L. et cousin de Cedric a également fait sa seconde apparition au Blues Rules Crissier Festival après s’y être déjà produit en 2014 lors de la 5e édition. © leMultimedia.info / Oreste Di Cristino [Crissier]


 

Kent Burnside, l’autre cousin qui égruge l’anonymat

« Notre grand-père nous a élevés dans un étrange mais incroyable cercle musical, dans lequel il nous suffisait d’être dans le groove, de garder à tout prix le groove pour se sentir apaisés et sereins. Nous n’avions pas de grande fortune mais nous vivions au rythme du Hill Country Blues. C’est celui qui nous portés dans la vie et nous a emmenés tourner au-delà des frontières américaines. Il nous suffisait d’être honnête avec nous-même pour produire la musique que nous aimions. » Il y a un sens de grande poésie dissimulée dans l’enthousiasme affiché de Kent Burnside. Il nous regarde passer, sourire aux lèvres, grugeant les mauvais aléas (la pluie) et revivant sans arrière-pensée les musiques qui furent celles de “Big Daddy”. Sur scène, à Crissier, il y eut ces instants de délicatesse poursoufflée dans le rythme étourdissant des compositions de R.L. Burnside; comme à cet instant où il entonne de sa guitare caressée “Poor Black Mattie”, un titre de son grand-père autrefois enregistré par George Mitchell en 1968. À cela près que l’acoustique de l’époque a laissé place à l’électrique, la Fender de l’héritier rhabillant le titre flétri de l’ancêtre.

« Depuis tout petit, j’ai toujours voulu leur ressembler, jouer m’habiller du blues comme eux étaient capables de le faire. J’ai alors commencé à prendre une guitare et à gratter »

Kent Burnside, petit-fils de R.L. Burnside et cousin de Cedric

Il y a – encore et probablement toujours – chez Kent cette admiration incompressible, pour l’heure quasiment insurmontable pour ses aînés: R.L. et son “oncle” Kenny. « Mon oncle [ndlr, Kenny Brown] et mon grand-père ont tous les deux ouvert la voie », raconte-t-il alors à Crissier. « Depuis tout petit, j’ai toujours voulu leur ressembler, jouer m’habiller du blues comme eux étaient capables de le faire. J’ai alors commencé à prendre une guitare et à gratter. Cela fait désormais 39 ans que je suis auprès d’eux, toujours à côté de Kenny avec lequel j’ai vraiment eu 39 ans d’expérience intense. » Et à la comparaison avec son cousin; si Cedric avoue vouloir se défaire de son image de ”(petit-)fils de…” – « au-delà d’être de sa lignée Burnside, je sais que j’ai une identité propre à défendre. Je veux être connu avant tout par moi-même plutôt qu’au travers de mon grand-père » –, Kent lui reste encore plus réservé: « J’ai certes envie d’être connu en tant que Kent mais je dois dire qu’il est toutefois difficile d’éclipser réellement ce que mon grand-père a réalisé les dernières années de sa vie. Je dois encore m’inspirer de lui et de tous ces musiciens exceptionnels qui m’entourent avant de m’ouvrir réellement. »

« Ce nouveau disque me rend heureux. Heureux de pouvoir enfin raconter également mon histoire à ma façon »

Kent Burnside, petit-fils de R.L. Burnside et cousin de Cedric

Et si l’artiste a, pour l’heure, une discographie assez secrète – avec un premier disque titré “Never Again” au sein duquel il a collaboré avec ses nombreux cousins et oncles (Cedric, Dan Joseph, Jr. et Garry) et un second “My World is so Cold” (2014) où il donne voix également à David Gray Kimbrough (petit-fils de Junior) à la batterie et JJ Holiday (des The Imperial Crowns) à la guitare –, il s’apprête à en sortir un nouvel album dans les deux prochains mois. Celui de la maturité, serait-on en mesure de penser très maladroitement. « Ce nouveau disque me rend heureux. Heureux de pouvoir enfin raconter également mon histoire à ma façon », confiait-il alors à Crissier.

Le mot de Cedric Burnside:
« Si la Suisse, cette Suisse, est très réceptive au blues, c'est aussi le mérite à de grands programmateurs qui le mettent en avant. Vince est un gars génial pour cela. Il a toujours fait du Blues Rules un spot pour le blues du Mississippi (Hill Country Blues, Delta Blues et tout autre blues présent dans nos régions). C'est définitivement quelque chose que nous ne pouvons qu'apprécier: cette passion qui lui permet et nous permet de garder notre blues en vie. »
About Yves Di Cristino (484 Articles)
Rédacteur en chef, membre actif de l'Association Suisse des Journalistes Indépendants (CH-Media) et de l'Association vaudoise de la presse sportive (AVPS). Titulaire de la carte AIPS. Master de Sciences Politiques à l'Université de Lausanne. Mémoire: “Les États-Unis sont-ils réellement responsables du Coup d'octobre 1965 en Indonésie ?”.

1 Comment on Le blues chez les Burnside, l’égard pour les devanciers

  1. Vu RL en live (avec Cedric) au Bataclan dans les années 90,dn première partie du puissant Blues Explosion de Jon Spencer. Grand souvenir.

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