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Des retrouvailles au goût de revanche entre la Suisse et la Côte d’Ivoire

Joueur emblématique, Silvère Tian (38 ans), frère de l'ancien Servettien Arthur Gildas, a marqué l'effectif ivoirien

L'Équipe de Suisse a fièrement combattu au centre sportif de Vessy à l'occasion d'un match amical tenu face à la Côte d'Ivoire. Quelque 365 jours après avoir battu ces mêmes Éléphants 30-27 au Stade Marius Berthet à Hermance, dans un contexte parfaitement similaire – à en omettre le synthétique flambant neuf de Vessy –, les hommes d'Olivier Nier ne sont, cette fois, pas parvenus à débloquer un résultat campé plus d'une mi-temps durant sur un décharné 6-6. Mais cette rencontre permit à tout Genevois présent aux alentours du terrain de connaître une histoire plus profonde du rugby international; la Côte d'Ivoire est une nation simple et déterminée, dont les objectifs se révèlent relevés pour les prochains mois. De leur sélectionneur Edgar Babou (48 ans) à leur emblématique trois-quart Silvère Tian (38 ans) – ancien joueur d'Olivier Nier à Oyonnax –, la communauté ivoirienne présente en Suisse ce week-end ne fut rien d'autre, en réalité, qu'une séance de retrouvailles entre anciennes connaissances. Le récit vaut le détour.

La sélection ivoirienne de rugby est à l'aube d'une grande révolte. Les Éléphants souhaitent retrouver l'élite du rugby africain cet été lors de la Silver Cup. © leMultimedia.info / Oreste Di Cristino [Vessy]

Le match en lui-même ne fut vraiment pas un festival offensif (6-6); livrés en première période à une bataille de pénalités interposées entre Gaëtan Hirsch (17e et 31e) et Jonathan Lo (27e et 35e), les deux équipes ont contenu leur folie dans un défi qui a rapidement tourné à l’anhélation physique. Les mêlées, nombreuses et onéreuses, abattant la confrontation dans un strict défi de supériorité musculaire, ont haché les moindres instants de relâche. Les ailiers, Louis Baudouin et Florian N’Gbala ont chacun eu leurs opportunités de verser la rencontre dans un meilleur rythme sur quelques déterminées chevauchées mais, ici aussi, la qualité de défense des deux formations eut raison des velléités adverses. Au final, aucun essai mais une revanche fraternelle entre les deux pays qui s’étaient quittés il y a tout juste un an sur une victoire helvétique 30-27 à Hermance.

Lire également: Le XV de l’Edelweiss domine la Côte d’Ivoire à Hermance (30-27)

Pourtant d’aucuns considèrent le match comme combattu; il l’était en effet. Plaisant et hommasse à souhait, la rencontre, tavelée par la carrure et le gabarit des protagonistes, délitait tout ce qu’il restait de la dynamique habituelle du rugby à XV. Aucune arrache au forceps, la seconde mi-temps est restée muette. Et pourtant abondantes furent les occasions pour désenclaver la parité au score. De part et d’autres, en situations arrêtées, Suisses et Ivoiriens préférèrent battre en touche plutôt que de tenter la pénalité. Une tactique mal ajustée – mais signe de grande combattivité – qui n’aura finalement permis à aucune des deux formations d’en ressortir triomphatrice. Nouvel entraîneur des Éléphants, ayant succédé à André Adopo en mars 2018, Edgar Babou (48 ans) l’expliquait avec le flegme qui est le sien: « Il nous a effectivement manqué de justesse tactique. Nous aurions souhaité prendre des points mais, vous savez, le jeu appartient aux joueurs. Ce sont eux qui décident du sort du match. Ainsi, si ils préfèrent tenter d’aplatir plutôt que de convertir une pénalité, c’est leur choix et l’entraîneur se doit de le respecter. »

Tout compte fait, lors d’un match amical, l’audace reçoit souvent bel accueil; la rencontre de Vessy – plantée sur le synthétique new gen et flambant neuf du complexe – était en effet un terrain d’entente et de mise en pratique unique à l’approche des grandes échéances que les deux équipes s’apprêtent à négocier ces prochains mois. C’est pourquoi, outre les regrets du match nul, « nous nous devons de notifier les points positifs qui en résultent. Il y eut de très bons enchaînements, malgré une faiblesse indéniable: nous étions en difficulté l’ensemble de la seconde mi-temps en ne parvenant pratiquement jamais à ressortir de notre camp et nous nous mettions en danger tout seuls », précisait alors le sélectionneur suisse Olivier Nier. « Les conditions étaient parfaites. Nous avons vu la Suisse plus rodée que nous, c’est une équipe qui dispense de qualités offensives extraordinaires. Nous manquions de repères mais la détermination de mes joueurs a prévalu, en déployant une intensité variable mais qui ont donné vie à des séquences offensives intéressantes en deuxième mi-temps », a alors poursuivi son homologue ivoirien au terme de la partie. Puis – élément non négligeable –, aucune des deux équipes n’a déploré la perte de quelques individualités sur blessure, conjurant ainsi le “désastre” de l’année précédente, lorsque Louis Baudouin s’était gravement blessé au genou.

« Avec la multiplication des rendez-vous, les matches de préparation se révèlent indispensables pour les joueurs des clubs suisses »

Olivier Nier, sélectionneur du XV de l’Edelweiss

Faut-il préciser, en tout début d’année, les temps ne sont pas les plus prospères pour bon nombre d’équipes nationales qui tentent, tant bien que mal, à insuffler un rythme nouveau au sein de leurs groupes respectifs. Dans le cas de la Suisse, tant la victoire maîtrisée face à la République Tchèque fin novembre (17-5) à Yverdon-les-Bains que la défaite en déplacement à Amsterdam (36-15) témoignaient d’une très belle remise en perspective collective. Pourtant, année après année, même son de cloche: la synchronisation bouffie et fortement imparfaite de la préparation entre les joueurs évoluant à l’extérieur (à l’exemple des nombreux pensionnaires des divisions Fédérales françaises) et les natifs de la LNA nationale crée un paradoxe à la limite du surmontable pour le staff de l’équipe nationale. « Depuis le début de l’année, nous n’avons pu organiser qu’un seul entraînement avec le groupe, sans compter que nous attachons beaucoup d’importance à l’intégration de nouveaux joueurs et que nous facilitons, de la même manière, le retour d’anciennes individualités blessées ou indisponibles pour quelques temps », confie toujours Olivier Nier, renforçant la voix d’une systématisation durable des matches amicaux dans le courant du mois de février. « Avec la multiplication des rendez-vous [ndlr, match contre le Portugal le 16 mars à Nyon et contre la Lituanie le 13 avril à Schaffhouse], les matches de préparation comme celui disputé contre la Côte d’Ivoire se révèlent indispensables pour les joueurs des clubs suisses. » Et logiquement, les pensionnaires du premier championnat suisse furent nombreux – 16 sur 23 – ce dimanche après-midi à Genève, la plupart en provenance de Nyon (6) et Zürich (5). Sans compter certains jeunes néophytes en équipe nationale, à l’image de Sofiane Bouteiller qui n’a connu que très peu de temps de jeu avec la réserve du Servette Rugby Club [lire encadré].

La Côte d’Ivoire sur le chemin de la reconnaissance continentale

Pour les Éléphants, la situation n’est guère meilleure. Ratant leur objectif de promotion dans l’élite des nations africaines en juillet dernier, terminant deuxièmes de leur zone en Silver Cup (battus par l’Algérie 13-23), les hommes d’Edgar Babou ont été contraints de retourner à leurs études, une année supplémentaire au moins. Pourtant, aussi talentueuse que puisse être l’équipe, les conditions dans lesquelles la compétition africaine s’est déroulée, n’a de loin pas favorisé les meilleurs auspices; la Silver Cup ayant eu lieu en France et non sur territoire africain, comme la coutume aurait voulu. « La tenue de la compétition en France nous a quelque peu pénalisés puisque 8 joueurs de notre effectif n’ont pas pu faire le déplacement, limitant considérablement notre marche vers le Groupe A [ndlr, la ligue première des nations africaines] », constate alors Edgar Babou, lequel espère définitivement remporter la promotion en Gold Cup au mois de novembre 2019. Ceci même que la tenue de la zone dans laquelle figurent les Éléphants (avec le Sénégal, l’île Maurice et le Rwanda) aura lieu en… Côte d’Ivoire. Soit à domicile. « Nous avions posé notre candidature pour recevoir les matches de notre zone et Rugby Afrique nous l’a accordée », précise toujours le jeune sélectionneur ivoirien. « C’est une excellente nouvelle pour notre Fédération, laquelle fait tout pour donner les moyens de nos ambitions. Nous effectuons actuellement une supervision de notre championnat national afin, certainement, d’impliquer davantage de joueurs évoluant dans notre pays dans les matches de l’équipe nationale. »

« Mon XV de départ a été revu. Il a été rajeuni et rendu un peu plus frêle avec l’intégration de jeunes joueurs qui n’ont pas joué le trophée africain l’année passée »

Edgar Babou, sélectionneur de la Côte d’Ivoire

Il est vrai, actuellement, la plus large partie de l’effectif ivoirien arrivé en Suisse est alimenté par des joueurs réputés de Fédérale 2 et 1, ainsi que de Pro D2 – à l’image de Bakary Meité, pas présent ce dimanche à Vessy. Une fierté certes pour Babou, lequel souhaite pourtant aussi infiltrer davantage de joueurs du crû local. « C’est par une structure élaborée et travaillée que nous pourrons enfin atteindre le haut niveau africain. Et cela implique aussi de donner leur chance aux très bons éléments qui figurent dans nos championnats. Nous avons de forts bons joueurs en U20 qui méritent leur place », confie alors Edgar Babou. Ainsi, tout comme les Suisses, la Côte d’Ivoire s’est présentée à Genève – après une préparation samedi dans les alentours de Bourg-en-Bresse – avec un effectif rajeuni et doté de grands gabarits venus expressément d’Abidjan et alentours. « Mon XV de départ a été revu. Il a été rajeuni et rendu un peu plus frêle avec l’intégration de jeunes joueurs qui n’ont pas joué le trophée africain l’année passée. » Parmi eux, figurent notamment le pilier du Ta à Koumassi Henry Bladi et le 3/4 centre Yacouba Dembele, champion national avec le club de Yopougon, dans la banlieue de la capitale ivoirienne. Comme Dembele, ils furent autrefois nombreux à découvrir l’équipe nationale alors qu’ils n’étaient encore joueurs que dans le club abidjanais; pour n’en citer que quelques uns, le pilier Emmanuel Gbapo (30 ans, 130kg) et le deuxième ligne William Bolly-Yassi (grand gaillard de 2m13 pour 105kg) – aujourd’hui licenciés à Fleurance en Fédérale 1 – avaient auparavant connu pareil parcours. « Ce faisant, nous nous assurons la croissance de notre rugby tout en mesurant les enjeux inhérents pour le déployer dans les années à venir. »

En attendant, la priorité est à la remobilisation des cadres entre eux; rejouer en équipe nationale pour l’ensemble du 23 ivoirien est une chose qu’il n’ont plus pratiquée depuis l’été 2018. « Nous n’avions plus eu de rassemblement depuis juillet. Ainsi, nous vivons une période de rodage durant laquelle il est principalement question d’une remise à niveau et d’un gain d’expérience. Nous nourrissons toujours plus nos ambitions dans la promiscuité nationale. Il reste des ajustements, des réglages à faire, mais ce match nul contre la Suisse ne sera que partie remise », confirme alors le sélectionneur ivoirien, ancien joueur de Pro D2 avec l’Union Bordeaux Bègles en 2006.

« Je crois savoir qu’à Bordeaux, on lui avait retiré les clefs de la salle de musculation »

Gabriel Lignières, ancien coéquipier d’Edgar Babou à l’AC Bobigny 93

Ancien joueur et capitaine de l’Équipe nationale de Côte d’Ivoire, Edgar Babou est à l’image de son contingent. Il est jeune sélectionneur (48 ans, quelques années de moins que son prédécesseur au poste) et grand zig de muscles [lire encadré]. Coéquipier de Babou à Bobigny entre 2007 et 2008, l’actuel entraîneur du Servette Rugby Club Gabriel Lignières connaît bien le monsieur, décrit comme un homme aimable, serviable tout en préservant le strict et le sérieux de sa tâche dans le rugby. Ce n’est pas un gueulard, comme il est parfois de coutume parmi les grands leaders sportifs ivoiriens (à l’image du footballer Geoffroy Serey Dié, actuel milieu de terrain de Neuchâtel Xamax FCS, suspendu trois matches pour pétage de plombs). « Mais c’est un bon gars, autant qu’il était un bon joueur », salue ainsi Lignières. « C’est aussi un homme de devoir, consciencieux qui attache beaucoup d’importance à la discipline. » C’est aussi ainsi qu’il dirige sa nationale, dans un calme placide mais avec la sévérité de circonstance. Aussi car il connaît la visée de son travail à la tête des Éléphants; rendre sa stature de grande nation du rugby à la Côte d’Ivoire. Et ceci, quand bien même le rugby n’est pas majoritaire au pays. Et pour cela, l’homme fort de l’équipe sait pouvoir compter sur le très bon travail entrepris pendant des années par son prédécesseur André Adopo. « J’ai remis les pieds en équipe nationale grâce à André Adopo », rappelle alors Edgar Babou avant de poursuivre: « J’ai cherché à favoriser la continuité du projet qu’il avait mis en place pour l’équipe. Mais cela ne signifie pas qu’il n’y a pas d’évolution. André a réussi de grandes prouesses avec l’équipe nationale; il avait permis à la Côte d’Ivoire de passer du Groupe C [ndlr, Bronze Cup] au Groupe B [ndlr, Silver Cup] de la hiérarchie africaine. Aujourd’hui, je dois à la fois rendre hommage à son grand travail tout en poursuivant le même rêve. » « Il faut assurer la continuité, absolument », commente à son tour Silvère Tian (38 ans), joueur emblématique de l’équipe nationale, revenu auprès de la sélection cette année. « Adopo avait mis des choses en place. Cela ne doit pas être oublié mais au contraire, il faut que cela nous fasse évoluer. » Le partage d’expérience est ainsi en route à Abidjan.

Silvère Tian: « J’étais très heureux de retrouver Olivier Nier »

La priorité de la Côte d’Ivoire, cette année 2019, est d’autant plus précise qu’elle ne l’a jamais autant été les précédentes années. « Le groupe de notre zone en Silver Cup ne sera pas évident mais nous avons les capacités pour atteindre nos objectifs », assure Silvère Tian. Bientôt quarantenaire, l’ancien Top 14 avec l’US Oyonnax a l’expérience des grands rendez-vous. Une ressource non négligée par le nouveau sélectionneur Edgar Babou. « Je l’ai repris dans notre effectif pour amorcer plus de profondeur dans les trois-quarts. Il nous est très important, il traduit l’expérience à nos jeunes joueurs qui arrivent fraîchement avec l’équipe nationale. Pour l’instant, il est dans mon groupe et j’espère pouvoir compter sur son soutien pour la prochaine Silver Cup. » Et en effet, ce versant humain, Silvère Tian le dispose à toute occasion. L’actuel joueur de Nantua – préférant retrouver le monde amateur en Fédérale 2 après la fin de son contrat dans l’Ain en juin – est un véritable transmetteur. En Suisse, nombreux sont ceux qui le connaissent personnellement, à commencer par son frère Arthur Gildas, joueur à Servette il y a encore quelques mois, tout comme l’actuel sélectionneur de l’Équipe de Suisse Olivier Nier qui opérait également en tant qu’entraîneur adjoint pour les arrières à Oyonnax de 2007 à 2010 sous la direction de l’ancien champion de France Christophe Urios. Ainsi, ce dimanche après-midi à Vessy, l’heure était d’abord aux retrouvailles entre anciens collaborateurs et surtout amis. « Nous essayons en effet de nous voir souvent avec Silvère », lâcha alors Nier.

Parti pour jouer quelque dix minutes avec les Éléphants, le baroudeur d’Abidjan en a finalement joué quatre-vingts. « C’est à l’image de ce qu’il est et de ce qu’il démontre être sur le terrain: un combattant », précise alors Olivier Nier. Le numéro un du staff suisse parle, de fait, en toute connaissance de cause. En 2008, il fut bien l’homme qui permit l’arrivée de Silvère Tian à Oyonnax, alors que le club rhodanien œuvrait dans le haut du classement de Pro D2. « Je suis moi-même allé chercher Silvère Tian quand il jouait à Bourg-en-Bresse [ndlr, champion de Fédérale 1 en 2007] », raconte alors Olivier Nier avant de poursuivre: « Mon Président de l’époque m’assurait que jamais je n’arriverais à le dégoter à Oyonnax. Et pourtant il est venu et nous avons passé trois saisons extraordinaires avec lui. » Toutefois, jamais – lors du passage de Nier de 2007 à 2010 – le club n’était parvenu à valider une promotion en Top 14. Barragistes en 2009 et 2010, les Oyomen perdirent même la finale le 31 mai 2009 face à Albi (12-14). Ce ne sera finalement qu’en 2013 qu’Oyo parviendra à dominer le championnat cadet français, validant son accession en Top 14; Silvère Tian, lui, était toujours là. « C’est une individualité extrêmement douée. Il est même buteur des deux pieds. À gauche, il tire avec le pied droite; à droite, avec le pied gauche. Je n’avais, à l’époque, jamais vu ça. Puis, au-delà d’être doué, c’est un être généreux et incroyable. » Assez donc pour le redouter sur le terrain ce dimanche ? « Tout-à-fait! J’ai eu peur quand j’ai appris qu’il jouerait la rencontre. D’autant plus que, d’habitude, c’est lui qui débloque les matches. À 6-6, à quelques minutes de la fin, je me l’imaginais déjà valider un essai à la dernière minute [Rires]. Et puis, finalement, nous avons eu chaud et assuré le nul [ndlr, le demi d’ouverture Dov Kosse manqua une pénalité axiale à la 75e. Le coup de grâce pour la Côte d’Ivoire] », sourit alors Olivier Nier en fin d’après-midi.

« Je suis dans l’optique de jouer la Silver Cup. J’ai envie que les plus jeunes aujourd’hui découvrent les belles expériences que j’ai vécues il y a quelques années »

Silvère Tian, trois-quart centre de la Côte d’Ivoire

En attendant, aussi central soit-il au sein de l’équipe nationale ivoirienne, Silvère Tian s’apprête à renfiler fièrement le maillot orange et vert cet été à l’occasion de la Silver Cup. « Je suis très heureux d’avoir pu jouer contre la Suisse. Et je m’attends en effet à être aligné pour la Silver Cup cette année. J’ai envie que les plus jeunes aujourd’hui découvrent les belles expériences que j’ai vécues il y a quelques années », explique-t-il, rappelant ses meilleurs années avec son équipe nationale. « J’ai déjà eu la chance de jouer dans le Groupe A [ndlr, Gold Cup]. Je sais ce que cela fait d’être au plus haut niveau. Et la Côte d’Ivoire mérite de retrouver sa place parmi les meilleures équipes africaines de rugby. » Le rôle de cette entière communauté ivoirienne, aperçue unie, soudée, déterminée sur le synthétique de Vessy, est celui-là même: rendre sa prestance à la Côte d’Ivoire. « C’est un pays qui mérite sa réussite. Mais qui doit aussi, et à chaque fois, se donner les moyens de la décrocher. En Côte d’Ivoire, le rugby est marginal derrière le football notamment. Nous devons absolument cueillir les occasions d’illuminer notre sport au niveau continental », avoue déterminé Silvère Tian. Et ainsi, pour retrouver l’élite africaine, les Ivoiriens ont passé cap en Suisse. « Nous y attendions quelques certitudes mais nous y attendions également beaucoup de plaisir. Nous devrons évidemment repasser sur beaucoup de déchets techniques et tactiques mais nous savons être compétitifs face à une équipe comme la Suisse. Nous savons désormais ce qu’il nous reste à améliorer pour le mois de juillet. » « Le Président Elvis Tano compte sur nous! La Gold Cup est la priorité de nous tous au pays », confiera même pour conclure Edgar Babou.

A.G. Tian: « En Côte d’Ivoire, l’on ne perd pas une occasion de se muscler »

Aussi bizarre qu’en conviennent les stéréotypes, certains n’en restent cocasses. Sélectionneur ivoirien depuis mars 2018, Edgar Babou (112kg pour 175cm) nourrit malgré lui l’image du rugby ivoirien. Car, à la mesure, le XV ivoirien – et pour ainsi dire son pack lors des mêlées – est très lourd. Avec des gabarits comme Bakary Meité, Emmanuel Gbapo, William Bolly-Yassi (cumulant à eux trois plus de 300kg de muscles) soutient largement la force physique dont les Éléphants sont dépositaires. Ainsi, Edgar Babou l’était aussi à son plus jeune âge; lorsqu’il évoluait en Pro D2 à Bordeaux, il ne manquait pas une occasion de travailler son fitness. « C’était une bête de muscles – aujourd’hui, il a perdu un peu de masse – mais avant… », plaisantait Gabriel Lignières, ancien coéquipier de Babou à Bobigny, tout en rappelant une cocasse anecdote: « Je crois même me souvenir qu’à l’époque où il évoluait à Bordeaux, on lui avait retiré les clefs de la salle de musculation. C’est dire le phénomène [Rires]. » Une réalité que l’on prête volontiers à l’ensemble des individualités qui composent l’équipe ivoirienne: « En Côte d’Ivoire, l’on ne perd pas une occasion de se muscler », rappelait alors pour sa part Arthur Gildas Tian, frère de Silvère et ancien Servettien.

Le Servettien Sofiane Bouteiller connaît sa première avec la Suisse

Il est passé par l’ensemble des équipes junior (M16, M18) et espoir (M21) de Suisse: Sofiane Bouteiller vient de connaître, à 21 ans, sa première véritable sélection avec le XV de l’Edelweiss à l’occasion de la réception de la Côte d’Ivoire sur le nouveau synthétique de Vessy. Aligné pendant plus d’une heure, le jeunot connaît depuis le début de l’année un retour intéressant sur les terrains de rugby. Blessé pendant quatre mois, il n’a pu réaliser son retour que très récemment avec les espoirs du Servette Rugby Club en Honneur. « Mes attentes en 2019 étaient de trouver du temps de jeu en équipe première et avec l’équipe nationale », précisait-il. Pourtant, depuis son retour aux affaires, les minutes de jeu furent assez difficiles à trouver pour une raison particulière: dans le championnat Honneur des réserves, trois des cinq dernières équipes contre lesquelles Servette fut engagé en 2019 eurent déclaré forfait. Le dernier en date fut le club de Haute-Bresse au week-end du 17 février dernier, omettant ainsi du temps de jeu considérable pour les plus jeunes individualités du club Grenat. « J’assure ma mise en forme à l’entraînement surtout. Mais je souhaite désormais me faire valoir auprès de mon coach à Servette, tout comme en équipe nationale. » Pour ce jeune homme – arrivé au Servette Rugby Club il y a deux ans en provenance de Gex –, la réalité en club, autant qu’avec le XV de l’Edelweiss, témoigne d’une réalité (presque) commune; les deux tendent vers un niveau parfaitement professionnel. « Il est vrai que je découvre une structure similaire entre mon club et l’équipe nationale. Depuis que je suis arrivé à Genève, je me sens d’autant mieux préparé pour ce genre de rencontres. Mais pour ma première avec l’équipe nationale, j’appréhendais un peu ce premier match contre une équipe très costaude et des joueurs – à l’image de Silvère Tian – qui sont trois fois plus trapus que moi. » Mais comme tout novice, il a connu les conseils rassurants du capitaine Lin: « Cyril m’a assuré que c’était un match comme les autres. Alors je me suis un peu détendu. Connaître ce genre d’expériences, au niveau international, permet grandement de progresser. L’état d’esprit y sera toujours plus soutenu. »

Les faits de match:
Suisse v Côte d'Ivoire, 6-6 (6-6)

Composition de l'Équipe de Suisse:
1 Julien Gaillard, 2 Manu Ronza, 3 Benjamin Xhemaili, 4 Tim Vögtli, 5 Christian Rohrig, 6 Sébastien Millet, 7 Arnaud Kooger, 8 Cyril Lin ©, 9 Gaëtan Hirsch, 10 Donovan O'Grady, 11 Hugh Kisielewski, 12 Sofiane Bouteiller, 13 Pierre Charvat, 14 Louis Baudouin, 15 Sylvain Hirsch. Remplaçants: 16 Julien Rolaz, 17 Tim Sauty, 18 Tim Porter, 19 Ludovic Keller, 20 Nicolas Lugeon, 21 Alex Caviezel, 22 Nathan Thomas et 23 Roméo Vuadens. Sélectionneur: Olivier Nier.

Composition de la Côte d'Ivoire:
1 Stéphane Aka, 2 Youssouf Dosso, 3 Henry Bladi, 4 William Bolly-Yassi, 5 Diarra, 6 Quentin Poupeau, 7 Ouambourou Dosso, 8 Jean-Philippe Gori, 9 Jonathan Lo, 10 Dov Kosse, 11 Florian N'Gbala, 12 Silvère Tian ©, 13 Paul Lohoury, 14 James Zié, 15 Salif Touré. Remplaçants: 16 Christian Sahin, 17 Emmanuel Gbapo, 18 Kevin Brou, 19 Soare, 20 Yacouba Dembele, 21 Koudou, 22 Issac Coulibaly et 23 Paul Diallo-Dit-Peres. Sélectionneur: Edgar Babou.

Essais: Aucun.
Pénalités: 17e et 31e G. Hirsch / 27e et 35e Lo.

Notes: Centre sportif de Vessy, Genève.
Arbitres: Benoît Rousselet (FRA), Thibault Bourgade (assistant) et Nick Dobney (assistant) et Yann Benoît (4e officiel).
About Yves Di Cristino (494 Articles)
Rédacteur en chef et cofondateur de leMultimedia.info. Membre de l'Association Internationale de la Presse Sportive (AIPS). Doctorant à l'Université de Lausanne. Master en Sciences Politiques.

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