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Le XV de l’Edelweiss aboutit un match tout en maîtrise face aux Tchèques

Une rencontre remportée avant tout sur le plan mental par les hommes d'Olivier Nier (17-5)

L'Équipe de Suisse a assuré une première victoire d'importance face à la République Tchèque samedi après-midi à Yverdon-les-Bains, à l'occasion de son premier match de deuxième division européenne, l'Europe Trophy. Défaits il y a six mois 17-13 face à cette même équipe, le XV de l'Edelweiss a su jouer sur ses nombreux atouts pour venir à bout à l'usure des hommes de Daniel Beneš. Un match tout en maîtrise qui aura su parfaitement compter sur ses jeunes pousses et ses joueurs évoluant en LNA suisse, en l'absence de plusieurs cadres retenu par leurs championnats français respectifs qui n'ont opéré à aucune halte ce week-end. Costaud.

Le capitaine Cyril Lin a assuré une causerie d'après-match très sensible au terme de la rencontre face à la République Tchèque samedi après-midi à Yverdon-les-Bains. Preuve que cette équipe de Suisse sait miser sur ses jeunes talents formés en Suisse. © leMultimedia.info / Oreste Di Cristino [Yverdon-les-Bains]

Voir également: les 100 images du succès suisse face à la République Tchèque à Yverdon

La Suisse vise un somptueux Top-3 et le talent y est, certainement. Les hommes d’Olivier Nier ont frappé un grand coup samedi après-midi à Yverdon-les-Bains dans l’un de leurs matches les plus aboutis depuis leurs dernières sorties la saison passée. Inscrivant le premier essai très tôt – et quel essai! – sur un service chirurgical du pied de Simon Perrod, aplati par Sylvain Hirsch sur un splendide plongeon qui a pris de court l’ailier tchèque Tomáš Forst (5e), la Suisse a pris la tête presque instantanément dans le fil de la rencontre pour ne plus jamais se laisser rejoindre. Forts sur leurs lignes, les Suisses ont parfaitement su contrôler la puissance adverse au milieu de terrain ne laissant l’ombre d’aucun espoir à la République Tchèque. Ici même, menant timidement 8-0 à la pause, les tirs au but du demi d’ouverture du RC Drancy Simon Perrod – à qui l’on doit pratiquement l’intégralité du score suisse au tableau d’affichage – ont valu de l’or. Malgré que sa transformation ait échoué sur le poteau gauche (5e), Simon Perrod n’a accusé qu’un très faible taux de conversion sur ses pénalités; une première réussie à la 37e, une seconde de retour des vestiaires (47e) puis vient le régal. L’ouvreur de Drancy, en Fédérale 2, rate une première tentative aux 35 mètres à l’heure de jeu (59e). Tenace, pourtant, il s’y reprend – favorablement cette fois-ci – trois minutes plus tard pour permettre au XV de l’Edelweiss de mener 14-0 à vingt minutes du terme (62e). C’était encore sans compter que le buteur s’y prenne de toujours plus loin; après sa pénalité réussie aux 35 mètres, Simon Perrod en réussit une dernière huit minutes plus tard sur la ligne des 40 mètres (70e, 17-0). Du grand art. « Durant l’ensemble de la seconde mi-temps, l’objectif était de jouer constamment dans leur camp et nous l’avons parfaitement réalisé. Les trois joueurs qui ont joué dans la charnière ont été bons dans la gestion du jeu et c’est qui nous vaut cette belle victoire aujourd’hui », précise alors le sélectionneur Olivier Nier. C’est sans doute cette capacité de conquête persistante qui aura manqué aux XV féminin une heure plus tôt face à leurs homologues tchèques, battues sur le fil 5-10 à la dernière seconde de la rencontre.

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« Nous avons eu beaucoup de chance avec le vent, nous avions tiré au sort pour jouer contre le vent en première mi-temps, c’était très important dans les qualités qu’avait l’équipe adverse. Nous avons donc parfaitement géré les conditions de jeu avant de bien gérer sur le versant stratégique et le plan de jeu », continue alors le coach suisse qui rappelle les précédentes erreurs stratégiques commises fatalement lors de leur dernière confrontation en République Tchèque il y a de cela six mois (17-13): « Nous avions eu un match difficile en République Tchèque. Nous pensions vraiment avoir les moyens de gagner et nous étions tombés contre une équipe extrêmement solide, comme aujourd’hui. La différence, alors, était que nous n’avions pas su jouer dans les bonnes zones de jeu. Nous avons su retenir la leçon – ce qui rend notre équipe d’autant plus intelligente – et nous nous sommes assurés de développer notre jeu dans des zones plus dynamiques, où nous pouvions davantage les prendre de vitesse. »

« Nous étions contraints de trouver très rapidement des automatismes dans ce contingent. Cela a été rendu possible grâce au travail de joueurs qui se définissent en très grands leaders de cette équipe nationale et qui ont la capacité naturelle de transmettre leur expérience »

Olivier Nier, sélectionneur principal de l’Équipe nationale Suisse

Se montrer intelligents dans le jeu, dans la stratégie et dans l’économie générale de la rencontre, ce n’est pas une qualité parmi les moins utiles dans ce genre de situations. En effet, au vue de la situation compliquée que vivent actuellement les hommes de Daniel Beneš – deux défaites en deux rencontres avant leur match programmé à Yverdon-les-Bains ce samedi après-midi (22-41 à Zlín face à la Pologne fin septembre, puis 30-10 en Lituanie le 13 octobre dernier) –, l’heure de réaction tardait à apparaître dans les rangs tchèques. Une situation peu recommandable pour équipe en manque de références de jeu et d’automatismes (comme la Suisse). « Les Tchèques ce sont des guerriers, ils savaient qu’ils étaient dos au mur après avoir perdu leurs deux premiers matches », assurait alors Sylvain Hirsch, auteur du seul essai helvétique de la rencontre. « Nous nous attendions à lutter aujourd’hui, d’autant plus que nous avions perdu il y a six mois en République Tchèque [ndlr, 17-13]. Nous avions également perdu il y a deux ou trois ans à Nyon, preuve que c’est indéniablement une équipe imprévisible. Leur essai en toute fin de match (74e) est également une preuve de leur détermination; ils ne lâchent jamais rien. Nous devions absolument tenir sur la durée. » « Une des difficulté de cette compétition vient aussi du caractère inconnu qui entoure le premier match », aiguillonne alors Olivier Nier avant de poursuivre: « Il est toujours difficile de se situer et de se jauger dans les premières rencontres. La République Tchèque, elle, sortait de deux matches – même si les deux ont été perdus – et ont eu l’occasion de jouer ensemble ces derniers temps, ce qui n’a pas été notre cas. Nous étions contraints de trouver très rapidement des automatismes dans ce contingent. Cela a été rendu possible grâce au travail de joueurs qui se définissent en très grands leaders de cette équipe nationale et qui ont la capacité naturelle de transmettre leur expérience. Avec un tel amour du maillot de la part de ces joueurs-ci, c’est l’ensemble du groupe qui s’y met et joue à 100%. C’est ce qui a fait la différence. » C’est probablement cela, savoir puiser dans ses qualités internes.

Une fierté: 10 joueurs sélectionnés jouant en LNA suisse

Cette victoire toute en maîtrise face à la République Tchèque est d’autant plus remarquable que le contingent suisse comptait dans ses rangs pas moins de dix individualités issues du championnat de première division suisse, dont quatre furent titulaires samedi après-midi. Au-delà du capitaine Cyril Lin (RC Nyon), Tim Vögtli et Sylvain Hirsch (Grasshopper Zürich), ainsi que Sébastien Millet (Hermance) ont naturellement composé les rangs du XV de départ d’Olivier Nier. Et, fait d’autant plus marquant, la majorité de ces dix sélectionnés proviennent des deux premiers clubs au classement de la LNA: 5 sont issus du club nyonnais, 4 des Grasshopper et un dernier en provenance de Hermance donc. Une preuve nouvelle que les hautes sphères du rugby suisse atteignent un niveau de compétitivité élevé, également au niveau international. « C’était une grande fierté aujourd’hui. Cela a fait l’objet de la majeure partie du discours d’avant-match: avoir neuf joueurs qui jouent dans le championnat suisse. Ce sont neuf joueurs qui ont pris leur plus grand plaisir de jouer avec l’équipe nationale. Cela les fait progresser, ça les met au contact des autres et c’est à l’image de l’état d’esprit qui anime cette équipe de Suisse. C’est bien notre très grande force sur le plan mental et psychologique », assure alors Olivier Nier. « Nous devions montrer notre caractère, au vue des conditions de jeu et de la situation présente en Europe Trophy. Nous devions nous démarquer également du fait que beaucoup de titulaires habituels étaient absents, en raison de la non-interruption du championnat français. Nous avons énormément compté sur les joueurs issus de la LNA, ce qui fait plaisir et nous nous sommes battus pour ne rien lâcher en défense parce qu’ils ont le gabarit qu’il fallait pour nous renverser – ce sont de véritables golgots, il faut dire. Nous devions assurer une grande pression pour les faire lâcher le ballon et ce n’est ni plus, ni moins ce que nous avons réussi à accomplir dans cette rencontre », a ajouté pour sa part l’ailier formé à Plan-les-Ouates Sylvain Hirsch. Certes, la continuation du championnat français aura sans doute privé la Suisse de quelques unes de ses meilleures individualités, notamment sur les avants à l’image de Ludovic Perruisset ou encore Jonathan Wullschleger. Mais cela n’a pas empêché non plus la disponibilité de plusieurs cadres servettiens à l’aune de Marius Chapel, Mathias Bernath-Yendt, Florian Escoffier et Liam Kavanagh, ni même du trois-quart centre de l’US Oyonnax Jeremy To’a, tous titulaires. Sans oublier le demi de mêlée de réserve Jules Porcher, évoluant au Racing 92, entré dans le courant des dix dernières minutes de la rencontre à la place de Donovan O’Grady (70e).

« Il y a bien 40 joueurs sélectionnables dans cette Équipe de Suisse, dont la moitié évolue dans le championnat français. Voir que le quart de joueurs que représentent les pensionnaires de LNA se démarque dans un match international est bien un indice que le championnat suisse est en pleine évolution »

Sylvain Hirsch, ailier de l’Équipe de Suisse

Ceci dit, c’est la capacité d’adaptation qui surprend dans cette Équipe de Suisse. Face à un concurrent parmi les plus tenaces, le groupe helvétique d’Olivier Nier a passablement su jouer sur ses points forts; sa très bonne défense, et sa résilience surtout. D’autant plus que pour de très jeunes talents que sont Marius Chapel, Vincent Vial, Sébastien Millet ou encore le demi de mêlée Donovan O’Grady, comptant tous moins de cinq sélections avec l’Équipe de Suisse mais titulaires samedi après-midi, la rencontre s’est révélée être une grande épreuve de caractère. Depuis leur tout premier match amical conclu par une victoire face à la Côte d’Ivoire, la plupart de ces jeunes pousses nationales ont gagné en expérience et cela s’est vu. « Il nous fallait nous adapter. Nous sommes un groupe élargi; il y a bien 40 joueurs sélectionnables dans cette Équipe de Suisse, dont la moitié évolue dans le championnat français. Parmi ce groupe, voir que le quart de joueurs que représentent les pensionnaires de LNA parvient à se démarquer dans un match de niveau international est vraisemblablement un indice certain que le championnat suisse est en pleine évolution », ajoutait Sylvain Hirsch. Mais l’on peut aller plus loin; en comptant le très grand travail de formation dispensé par le Servette Rugby Club, club genevois, l’on peut aisément assurer un futur prometteur au rugby suisse. Le XV de l’Edelweiss ne manque de le prouver à chaque sortie, la prochaine aux Pays-Bas le 24 novembre prochain à Amsterdam.

Les faits de match:
Suisse v République Tchèque, 17-5 (8-0)

Composition de l'Équipe de Suisse:
1 Marius Chapel, 2 Maxime Luçon, 3 Vincent Vial, 4 Edgar Alber, 5 Mathias Bernath-Yendt, 6 Tim Vögtli, 7 Sébastien Millet, 8 Cyril Lin ©, 9 Donovan O'Grady, 10 Simon Perrod, 11 Florian Escoffier, 12 Jeremy To'a, 13 Liam Kavanagh, 14 Sylvain Hirsch, 15 Erwan Meudic. Remplaçants: 16 Dominique Gorman, 17 Julien Gaillard, 18 Julien Rolaz, 19 Ludovic Keller, 20 Jules Porcher, 21 Romeo Vuadens, 22 Hugh Kisielewski et 23 Benjamin Xhemali. Sélectionneur: Olivier Nier.

Composition de la République Tchèque:
1 David Jaroš, 2 Ondřej Kutil, 23 Martin Havlíček, 4 Robert Trefný, 5 Jiří Frank, 6 Vojtěch Havel ©, 7 James Faktor, 8 Dan Hošek, 9 Zbyněk Schütz, 10 Petr Čížek, 11 Tomáš Forst, 12 Karel Berounský, 13 Jan Kučera, 14 Jakub Žalud, 15 Martin Cimprich. Remplaçants: 16 Adam Leitmančik, 17 Matouš Hodek, 18 Štěpán Pekař, 19 Marek Loutocký, 20 Radim Hutník, 21 Albert Froněk, 22 Jakub Čížek et 24 Lukáš Plocar. Sélectionneur: Daniel Beneš.

Essais: 5e S.Hirsch / 74e Žalud.
Transformations: Aucune.

Pénalités: 37e, 47e, 62e et 70e Perrod / -.

Notes: Stade municipal, Yverdon-les-Bains. 2'000 spectateurs.
Carton jaune pour James Faktor (31e).
Arbitre: Maxime Burlet (BEL).
About Yves Di Cristino (454 Articles)
Rédacteur en chef, membre actif de l'Association Suisse des Journalistes Indépendants (CH-Media) et de l'Association vaudoise de la presse sportive (AVPS). Titulaire de la carte AIPS. Étudiant en Master de Sciences Politiques à l'Université de Lausanne. Prépare un mémoire en histoire internationale focalisé sur les relations de Guerre Froide et de post-Guerre Froide.

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