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Nox Orae : Entre rétro-pop délurée et fougue irlandaise

Digne de sa réputation, c’est sur une touche narcissique qu’Ariel Pink fait son entrée; l’arrivée de l’artiste sur la scène unique du Nox Orae se veut grandiloquente et décalée.

Pour sa première soirée, la cuvée 9e édition du Nox Orae invitait ses festivaliers à tourner définitivement la page du dernier mois estival de la plus belle des manières. La programmation concoctée aux petits oignions par Maude Paley et Joël Bovy s’est voulue surprenante par les contre-points qu’elle engageait : si le psyché dominait le début de soirée avec les Brésiliens de Bike et le retour de Ripley Johnson avec Whooden Shjips, les deux formations ont livré des prestations peu similaires. Peu après, dans des styles très différents, Ariel Pink et Fontaines D.C. ont réchauffé l’ambiance sous un ciel nuageux. Retour sur ces deux prestations, entre pop imagée et rock fiévreux.

Ariel Rosenberg, alias Ariel Pink, était – pour la co-organisatrice Maude Paley bien particulièrement – la tête d'affiche de la neuvième édition du Festival Nox Orae. [Photo: Nox Orae]

Lire également: Maude Paley : « Je pense que chaque festival doit avoir son identité, même si c’est souvent difficile à définir »

Nous n’irons pas dire qu’il s’agit d’une tradition, mais plutôt d’un parcours bien jalonné, un petit pèlerinage du rock qui s’installe aux fils des éditions. D’abord, grimper dans le régional en gare de Lausanne à l’heure où les pendulaires défilent, légèrement hébétés par les ultras du Lausanne-Sport. Qu’importe, le tumulte ordinaire est déjà secondaire… Puis, à l’arrivée à La Tour-de-Peilz, il y a ce petit trajet qui vous sépare du bord du lac, comme une invitation à basculer dans l’ailleurs : battre le pavé dans le parc central, passer sous la voûte de l’Église évangélique – approbation suprême – et enfin contourner le château pour allègrement se retrouver au bord du lac. Silence. Le calme est de mise. En tout temps, le Jardin Roussy et ses alentours conservent cette atmosphère sereine, un peu paranormale, aussi : la pluie s’est arrêtée et, malgré un ciel gris, la lumière filtrante imprègne le lac, dans un décor placide. Dans cet environnement si paisible, Le badaud peu averti ne pourrait se douter qu’à quelques mètres seulement, l’un des derniers festivals de la période d’été s’apprête à ouvrir ses portes. Si Ariel Pink ne commençait son set que quelques heures plus tard, aux alentours de minuit, il n’y a pas d’ambivalence sur la scène : le cocon, l’écrin qu’offre la scène du Nox Orae est, sur le papier, une caisse de résonance parfaite pour la pop délurée de l’Américain. Avant-gardiste, l’homme l’est assurément : depuis une vingtaine d’années il s’évertue à composer des morceaux empruntant tant aux Seventies qu’à la syntpop des années 1980, avec une tendance à la compression aussi foutraque que magistrale. Ariel Rosenberg s’évertuerait à faire revivre un âge doré ? Ce serait mal connaître le personnage. Non sans y apporter une touche de décadence, mais aussi de dépression en brusquant les rythmes, l’interprète prend un malin plaisir à triturer, à décomposer ses titres pour en faire des pièces évoquant des univers aussi biscornus que fantastiques. Glam, lo-fi, country ou encore rock : sa palette artistique dépasse la simple pop-music.

Memento mori, Ariel

Digne de sa réputation, c’est sur une touche narcissique qu’Ariel Pink fait son entrée. L’arrivée de l’artiste sur la scène unique du Nox Orae se veut grandiloquente et décalée. Lancée tout azimut, l’introduction d’Ainsi parlait Zarathoustra et ses tambours convoquent la foule : il est l’heure de pénétrer dans un univers bubble-cosmique. Ne faisant pas honneur à son patronyme, c’est en pantalon cuir et t-shirt qu’il prend place. Seule l’imposante ceinture cloutée contraste avec cet accoutrement noir et sobre. Faut-il chercher, dans son dernier album, une explication ? Avec pour fil rouge un hommage à une star du rock déchue dans Dedicated to Bobby Jameson (2007) de manière implicite, Pink sonde, à travers une sorte d’alter ego, son propre reflet : si dans ses précédents opus on trouvait déjà une forme d’angoisse dans les dérèglements hallucinogènes de ses titres, force est de constater que l’Américain évoque des questions existentielles dont il n’était pas forcément coutumier : appréhension de la mort « Time to meet your God », symptôme de la mélancolie quadragénaire « Another Weekend » peur de l’oubli « Bubblegum Dreams ». Seule vraie excentricité de la soirée, une massue qu’il brandira pendant son show. Pour le reste, Ariel Pink bien qu’en dehors du monde, aligne sa set-list en toute sérénité, exactement comme notre quête de fin d’après-midi. Une impression quelque peu en décalage avec nos attentes. Comme il l’avait débutée, Pink s’offre une sortie kubrickienne avec la Neuvième Symphonie. Une fin un peu en queue de poisson, qui laissait le doute sur un éventuel rappel, avant que le public ne se disperse.

Le quintuor, aux airs d’Irlande, Fontaines D.C. Ils ont emboité le pas d’Ariel Pink sur la scène du festival Nox Orae vendredi soir à La Tour-de-Peilz. [Photo: Nox Orae]

Fontaines D.C. l’Irlande dans tous ses états

Succédant à l’univers pop d’Ariel Pink, on ne pouvait pas trouver mieux que des irlandais pour faire honneur au temps si glummy de la soirée. Les Fontaines D.C., ce sont cinq gars tout droit venus de Dublin avec leur rock garage bien nerveux, et cette petite touche de neuf qui sort la formation des sentiers battus empruntés par tant de groupes avant eux. Riffs entêtants et belle prestance scénique ont enthousiasmé les festivaliers en cette deuxième partie de soirée. Le frontman, Grian Chatten, ressemble à s’y méprendre à feu Ian Curtis : chemise blanche et coupe soignée, la comparaison à Joy Division pourrait s’arrêter là. Seulement, notre interprète semble être également touché par la grâce pendant son live : alors qu’il adopte une attitude quelque peu renfrognée dans les temps morts – il ne cesse de tirer sur ses manches entre deux titres – il se transforme, comme possédé lorsqu’il saisit le micro. La relève de la scène irlandaise est entre de bonnes mains !

About Fanny Agostino (40 Articles)
Étudiante en bachelor à l’université de Lausanne en français moderne et en histoire et esthétique du cinéma, je m’intéresse aux diverses manifestations culturelles dans la région. Rédactrice “Culture” pour leMultimedia.info.

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