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Le relai mixte français domine la concurrence européenne dans le North Lanarkshire

Léonie Periault, Pierre Le Corre, Cassandre Beaugrand et Dorian Coninx ont remporté la médaille d'or au Strathclyde Country Park, au large de Glasgow

Du Strathclyde Country Park, Motherwell (Écosse)

La France du triathlon repart de Strathclyde les sacs pleins. Avec trois médailles, dont deux en or de Pierre Le Corre et du relai mixte, la délégation tricolore a fait mieux que ses attentes. Lancée jeudi après-midi par la médaille de bronze de Cassandre Beaugrand, les Bleus ont connu la belle histoire de la montée au sommet de Pierre Le Corre, vainqueur de son épreuve loin devant le double champion olympique Alistair Brownlee (4e). La France prépare, dans les faits, déjà ses prochains Jeux Olympiques à Tokyo en 2020 et cela promet...

Le quatuor français n'a pas déçu: (de gauche à droite) Dorian Coninx, Pierre Le Corre, Cassandre Beaugrand et Léonie Periault ont remporté l'or au Team Relay de Strathclyde. © leMultimedia.info / Oreste Di Cristino [Strathclyde]

Pratiquement la même. L’Équipe de France a aligné à un relayeur près sa même formation qui fut sacrée championne du monde à Hambourg en juillet dernier. Seul Pierre Le Corre – qui était alors malade en Allemagne mais qui a remporté l’or européen vendredi après-midi au Strathclyde Country Park – a succédé à Vincent Luis. Il y a, quoi qu’il en soit, dans cette équipe de France le courage du talus, la bravoure de l’affrontement physique et mental. Alignés les deux derniers jours en individuel sur un parcours olympique particulièrement exigeant, notamment sur 40km de vélo sur un terrain parfaitement vallonné, les deux filles Léonie Periault, Cassandre Beaugrand et le désormais champion d’Europe à Glasgow, ont réalisé une course parmi les plus solides du plateau ce samedi après-midi dans le North Lanarkshire. De plus, fort revancharde – elle, qui a dû abandonner son championnat individuel jeudi après-midi après une chute en voulant éviter un plot et une adversaire –, Léonie a réalisé une première partie de course sans fausse note pour donner le relai à Pierre Le Corre en tête après une vingtaine de minutes (19’10). Sortie dans un groupe de tête très élargi du lac, après 250 mètres d’efforts, elle est également arrivée en première position à la seconde transition. Preuve, qu’au-delà de la casse matérielle de son vélo, la jeune femme de 24 ans, originaire de Clamart dans les Hauts-de-Seine, n’a pas subi le moindre affect psychologique lors des relais. Cela traduit aussi la puissance particulière de la triathlète tricolore, tout comme Pierre Le Corre qui, 24 heures après son titre en solitaire, a longuement contribué à la réussite de son équipe; premier à la nage, il a toutefois connu une baisse de régime sur le cyclisme et la course à pied rendant le témoin à Cassandre Beaugrand en troisième position derrière la Belgique et l’Espagne (36’58). « Le relai est une course très tactique. En étant dans une position de chassé, cela a été plus difficile de jouer avec les poursuivants qui ne sont pas très loin – nous expliquait-il alors juste après avoir tapé dans la main de sa coéquipière en pleine course – J’ai donné le maximum pour donner le relai le plus près de la tête de course à Cassandre [Beaugrand]. »

« Ma course de jeudi m’a énormément impactée et je n’ai pas fait beaucoup de distance olympique cette année, c’était mon second après Yokohama »

Cassandre Beaugrand, médaillée de bronze européenne

Il faut dire, qu’à un jour d’intervalle entre les divers événements, la récupération s’y fait toujours plus laborieusement, lentement. Médaillée de bronze derrière la championne européenne suisse Nicola Spirig jeudi après-midi, Cassandre Beaugrand a eu beau se livrer à une course de plus courte distance, les muscles lui étaient encore passablement souffrants. « J’ai eu du mal à récupérer après ma course, avec des douleurs musculaires notamment. Je savais parfaitement Pierre [Le Corre] me donner le maximum d’avance possible pour ménager, en quelque sorte. Je pensais pourtant qu’il serait plus loin que cela et j’ai eu du mal à m’organiser avec le groupe de devant », avouait-elle alors après son passage de témoin après 56’37 minutes de course. « Ma course de jeudi m’a énormément impactée aussi parce que je n’ai pas fait beaucoup de distance olympique cette année, c’était mon second après Yokohama [ndlr, le 12 mai dernier] donc je n’ai pas encore pris l’expérience nécessaire cette saison sur ce genre de parcours aussi exigeant. » Il faut dire que le plus grand risque de la France sur ce parcours venait, à tous égards, de la Suissesse Nicola Spirig, véritable dominatrice sur la route; en 9’16, la triathlète de 36 ans, originaire de Bülach, dans le canton de Zürich a par ailleurs été la plus rapide de son groupe sur les 3km de vélo, concluant pour plus encore son avance sur Beaugrand sur le 1,6km de course à pied (à 8 secondes). « Le but était de mettre la Suisse le plus loin possible. Nous savions que [Nicola] Spirig nous aurait rattrapés en vélo – aiguillonnait-elle alors avant de poursuivre – Spirig est partie dans la bosse et personne ne l’a forcément suivie, mais de manière générale, au vélo, ça tournait mal. J’ai donné mon maximum à la course à pied mais j’étais un peu déçue de ne pas donner le relai en première position à la France. »

Champions du monde et d’Europe tournés vers Tokyo 2020

La récupération des énergies et les différentes stratégies d’engagement sont alors aussi ce qui construisent les victoires. Et à ce titre, il n’est surprenant de voir l’Échirollois de 24 ans Dorian Coninx terminer la dernière phase du relai, malgré que le garçon n’ait jamais été dans la peau du finisher, une position particulièrement plus exigeante des précédentes. « Nous avons toujours remarqué que quand nous sommes forts dans les épreuves individuelles, généralement, il n’y a pas de surprise sur les relais. Les relais peuvent donner lieu à différentes stratégies, certes, mais courir en deuxième ou quatrième position, cela nous change pas grand chose. Nous avons décidé de mettre Dorian en quatrième notamment parce qu’il était frais, il n’avait pas couru hier, et sur les courtes distances, l’effort est difficile à récupérer », aiguillonnait alors encore Pierre Le Corre, particulièrement calme à course engagée. Et pourtant, le calme avant la compétition ne va pas nécessairement de soi. Il faut dire que ce même relai mixte – à quelqu’un près – avait déjà surpris la concurrence mondiale le mois dernier à Hambourg, remportant le titre aux championnats du monde de la discipline, qui ont également coïncidé avec le meeting des World Series qui eut lieu également au même instant. « Nous avions pas mal de pression après Hambourg. Nous avons fait tous une très belle course », lâchait au terme de sa course Léonie Periault. La pression de confirmer, de réitérer, ce qui s’avère volontiers être le plus dur, à vrai dire même si les Championnats d’Europe retiennent une moindre intensité dans la compétition au regard des rendez-vous du triathlon mondial. « Être champions du monde fait immanquablement que nous soyons attendus sur le papier. Mais sur des courses comme celles-ci, en Championnat d’Europe, il y a moins de densité et cela change un peu les choses. Il faut faire attention à ne pas nous laisser surprendre inutilement », convenait alors Cassandre Beaugrand.

« Nous avons une très belle équipe: quatre sont présents aujourd’hui, mais il y en a d’autant plus en France qui méritent d’être mentionnés pour leur talent, à l’image de Vincent Luis, Léo Bergere ou Sandra Dodet qui peuvent figurer dans le relai également »

Pierre Le Corre, champion d’Europe du triathlon en solitaire et en relai mixte

Dans les faits, enchaîner les succès, à quelques mois d’intervalle entre les mondiaux et les Championnats Européens, il en va aussi des statuts préparatoires en vue des Jeux Olympiques d’été de Tokyo, dans deux ans, en 2020. Sans nul doute, les résultats dépêchés à Hambourg, puis Glasgow entreront en compte dans l’attribution des quotas olympiques. Dans les faits, la plupart des nations engagées se voient bénéficier de trois dossards d’entrée correspondant aux trois triathlètes présélectionnés par les fédérations respectives. Seulement, privilège des meilleurs, les nations appartenant au Top 7 mondial bénéficient d’un dossard supplémentaire, ce qui permet alors à deux triathlètes masculins et autant féminins à s’aligner au Japon en 2020. Autant dire que dans le cas de la France, la question se veut nettement moins en suspens: « Il faudrait une catastrophe monumentale pour que l’on ne soit pas dans les sept premiers en 2020 », rappelait alors Benjamin Maze, directeur technique national (DTN) de la Fédératrion Française de Triathlon (FFTRI). L’équipe de France figure, pour plus, parmi les plus redoutables du circuit, avec des triathlètes qui ont déjà été distingués dans plusieurs autres disciplines athlétiques, à l’aune de Léonie Periault et Cassandre Beaugrand – toutes deux, licenciées au Poissy Triathlon et s’entraînant avec au Pôle France de Montpellier – qui furent également championnes France de Cross-Country, une épreuve que la première dispute notamment tous les hivers. Voilà donc que Tokyo 2020 apparaît déjà en grosses lettres, aussi bien dans les mémoires que dans les bons papiers de ces grands triathlètes. « Cela fait depuis l’année 2000 que le triathlon est aux Jeux. Je pense que dans deux ans, nous entrerons en lice également dans la peau des favoris et nous devrons honorer notre position », précise alors Léonie Periault, se retirant dans son espace dédié aux athlètes au Strathclyde Country Park.

Pierre Le Corre, ce champion d’Europe que l’on n’attendait pas (vraiment)

Il était affiché, en réalité, que la délégation française de la voix d’un de ses responsables – le DTN Benjamin Maze en personne – n’envisageait, dans le plus clair, pas plus de deux médailles. Il en est allé que la France en a acquises trois, dont deux en or. Et à ce titre, Pierre Le Corre est l’homme qui a joué des surprises. En devenant champion d’Europe vendredi après-midi devant l’Espagnol Fernando Alarza et le Belge Marten Van Riel, le natif de Vannes, licencié au Montpellier Triathlon, a donc succédé à de prestigieux prédécesseurs, David Hauss (en 2015), Frédéric Belaubre (2005, 2006 et 2008) et Yves Cordier (1989). Grâce à Le Corre, la France peut désormais compter un cinquième titre européen sur le palmarès son histoire.

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Il en est, faut-il préciser, que Pierre Le Corre avait dominé sa course individuelle la veille de pied en cap. Sorti dans le groupe de tête à la natation, il a pris les commandes au vélo avant de confirmer son avance – voire de l’accroître à la course à pied. Une course où il n’a subi aucune difficulté physique déjouant même la forme du triple champion européen et double champion olympique Alistair Brownlee. Il a joué sa carte jusqu’au bout, dépassant ses limites jusqu’au terme d’une épreuve où il a eu la satisfaction finale de lever la banderole d’arrivée au Strathclyde Country Park. Ce samedi après-midi, toutefois, la forme était sensiblement – et logiquement – retombée. « Pierre s’est fait enflammer au vélo et n’a pas donné le maximum à la natation sachant qu’il y avait d’autant plus de bons nageurs derrière lui [ndlr, Beaugrand et Coninx] », précisait alors encore Benjamin Maze. Le relai, il est vrai, entre dans un différent registre de qualités physiologiques, précise-t-on encore. Mais peu importe; Pierre Le Corre subvient parfaitement aux besoins de sa Nation, lui délivrant ni plus ni moins deux médailles d’or continentales. Toujours est-il que son début de saison n’avait pas affiché pareille réussite. Pourtant après un stage de remise en forme en altitude, le Tricolore a su gérer sa saison d’une main de maître pour se faire valoir aux meilleurs moments, à Nottingham le 7 juin, où il finit sur le podium (3e) puis Leeds les 9 et 10 (4e) avant, bien évidemment, de briller dans ces Championnats Européens de Glasgow. « Je ne m’attendais pas à deux titres en deux jours, c’est vraiment un week-end exceptionnel pour moi », lâchait-il alors au terme des compétitions au large de la ville de Motherwell. « Il y avait beaucoup d’espoir en moi étant donné que j’étais le seul Français », aiguillonnait-il même la veille. Nul doute, Pierre Le Corre a surpris son petit monde à Strathclyde, dans le bon sens du terme.

« Je suis simplement tombé malade à Hambourg, ce qui m’a empêché d’être au top mais je suis revenu après un bon stage en altitude. Une belle saison qui se termine même si j’ai encore une course à Gold Coast pour la finale des championnats du monde »

Pierre Le Corre, champion d’Europe du triathlon en solitaire et en relai mixte

« Dans ma planification, j’avais misé pour une progression et un pic de forme pour Nottingham et Leeds. J’ai réussi à le faire; il faut dire que les saisons sont très longues au triathlon et il faut réussir à être au top au meilleur meilleur moment. C’est ce qui me fait être satisfait de mon début de saison, d’autant plus que je m’attendais à être dans une moindre forme sur les circuits mondiaux. Je suis simplement tombé malade à Hambourg, ce qui m’a empêché d’être au top mais je suis revenu après un bon stage en altitude », confiait-il alors en zone mixte avant de poursuivre – « Une belle saison qui se termine même si j’ai encore une course à Gold Coast [ndlr, Grand Final des World Triathlon Series de l’ITU du 12 au 16 septembre 2018] pour la finale des championnats du monde mais aussi les Grand Prix français avec mon club de Montpellier Triathlon. » Ceci dit, encore, le numéro 7 mondial selon le classement de l’ITU devrait encore monter en puissance d’ici les Jeux Olympiques de Tokyo du 24 juillet au 9 août 2020. Seul ? en équipe bien sûr! « Nous avons une très belle équipe: quatre sont présents aujourd’hui, mais il y en a d’autant plus en France qui méritent d’être mentionnés pour leur talent, à l’image de Vincent Luis, Léo Bergere ou Sandra Dodet qui peuvent figurer dans le relai également. Le vivier est important et je pense que l’émulation est telle que nous avons de grandes chances de médaille à Tokyo. Mais rien n’est joué jusqu’à la fin. » En attendant, il vient de remporter l’or à Glasgow et la réussite lui est pleine en ces instants de liesse nationale, la France fêtant bien ce samedi soir sa 36e médaille, 13e en or.

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About Yves Di Cristino (454 Articles)
Rédacteur en chef, membre actif de l'Association Suisse des Journalistes Indépendants (CH-Media) et de l'Association vaudoise de la presse sportive (AVPS). Titulaire de la carte AIPS. Étudiant en Master de Sciences Politiques à l'Université de Lausanne. Prépare un mémoire en histoire internationale focalisé sur les relations de Guerre Froide et de post-Guerre Froide.

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