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Warhaus : « J’ai toujours dit que faire de la musique me gardait en dehors de l’agitation »

On se laisse volontiers engourdir, happé par cette ambiance sensuelle et désinvolte, le temps d’une heure

Maarten Devoldere est un artiste qui ne s’arrête jamais. Cela fait maintenant quelques années que le frontman de Balthazar s’est lancé dans un projet solo, Warhaus. Avec un premier opus en 2016, le Belge a enchaîné avec une seconde galette en 2017. Prolifique, ce dandy-crooner n’en a pourtant pas fini avec Balthazar puisqu’un nouvel opus devrait pointer le bout de son nez dans quelques mois. Avant son concert au Paléo, le song-writter de Warhaus a bien voulu revenir sur son parcours, ses influences, et son rapport à l’écriture.

« J’ai déjà joué [au Paléo] avec mon autre groupe Balthazar, il y a deux ou trois ans. Donc je connaissais déjà le festival et j’en ai gardé de bons souvenirs, je suis vraiment content de pouvoir y revenir. » Maarten Devoldere alias Warhaus s'est confié à leMultimedia.info en marge de son concert au Paléo Festival. © leMultimedia.info / Oreste Di Cristino [Nyon]

Ce n’est pas la première fois que tu viens en Suisse. Tu as joué dans pas mal de salles cette année et dans le passé, comme l’année dernière où tu étais au Montreux Jazz Festival. Que penses-tu du public suisse ?

J’ai déjà joué ici avec mon autre groupe Balthazar, il y a deux ou trois ans. Donc je connaissais déjà le festival et j’en ai gardé de bons souvenirs, je suis vraiment content de pouvoir y revenir. J’aime donner des concerts en Suisse. C’est vraiment beau, surtout quand on voyage en voiture : les montagnes, les lacs… Il y a tellement de festivals au bord des lac. La foule est vraiment enthousiasmée et réceptive. Cela fait plaisir. La Suisse fait partie de mes destinations préférées en Europe.

Si tu as mis six ans pour sortir ton premier album (“We Fucked a Flame into Being”), ta deuxième galette (“Warhaus”) était prête en moins d’une année. Est-ce que cette différence s’explique par le fait que tu avais besoin de prendre plus de temps pour te lancer dans ce nouveau projet, une prise de confiance nécessaire ?

Je pense qu’il s’agissait d’une réaction à cela. J’ai mis beaucoup de temps à écrire le premier album. Je voulais en faire un second qui soit plus spontané. J’ai trouvé mon propre flow, et je voulais juste continuer sur cette base. J’ai commencé ma tournée avec le premier album et ça a créé de nouvelles énergies, en jouant les titres en live avec les musiciens. Du coup, j’ai écrit beaucoup de nouveaux titres, pour les jouer en live. Nous l’avons enregistré très vite et c’était bien.

Le projet Warhaus permet d’aborder des sujets plus personnels que chez Balthazar. On sent que les titres sont plus introspectifs. Préfères-tu écrire seul ?

Avec Balthazar, nous sommes plusieurs à écrire. Mais nous écrivons toujours d’abord de notre côté puis après on compare nos idées. L’écriture est vraiment quelque chose de solitaire. Comme Warhaus est un projet solo, c’était une bonne occasion d’explorer, d’aller au plus profond de mon âme pour les chansons. Je pense que dans un projet solo l’on peut s’intéresser à des choses plus personnelles ; l’on est à part. Quand tu fais partie d’un band, l’on regarde les thèmes communs, et l’on travaille surtout là-dessus pour les chansons.

Lorsque la presse parle de toi sur le net, on te compare beaucoup à Cohen et Cave. Je ne sais pas si tu acceptes cette filiation. Si tu prends un peu de distance et que tu regardes rétrospectivement, comment tes idoles ont influencé ta musique ?

Je suis un grand fan des deux. Bob Dylan est une célébration de mon amour pour les song-writter des Sixties. Il y en a beaucoup d’autres aussi comme Lou Reeds, Serge Gainsbourg… Je veux dire, je ne me comparerais jamais à ces légendes mais je pense que tout le monde a des influences. Les miennes vont plutôt vers ces grands classiques.

Si tu écoutes Gainsbourg, tu dois un peu parler le français ?

[En francais]: J’ai habité quelques années à Bruxelles. Mais mon français n’est pas… [Rires]

Pour ton deuxième album, tu t’es rendu au Kirghizistan où tu as vécu un mois avec les locaux. Tu as composé quatre morceaux là-bas. (“Mad World, Fall In Love With Me, Dangerous” et “Everybody”). Est-ce que t’écarter de ton quotidien, de l’agitation est nécessaire pour écrire ?

Ce n’est pas pour trouver l’inspiration mais c’est surtout pour que cela me donne une discipline quand j’écris. Le problème est que, dès que je suis chez moi, ma vie devient un bordel. J’ai toujours dit que faire de la musique me gardait en dehors de l’agitation. Sinon, je ne travaillais pas assez. Je sentais que quelque chose devait changer si je voulais finir cet album. Donc je me suis rendu à un endroit où il n’y aurait aucune distraction. Pas d’amis, pas de bars… pas de dealers [Rires].

Le clip de “Mad Word” est assez fou. Tu l’as enregistré en plein cœur de Magalouf, au milieu d’une grosse beuverie. Comment est venue cette idée ?

Mad World” parle des gens qui font des trucs fous pour s’envoyer en l’air. Magalouf est le lieu parfait pour exemplifier cela : les gens y viennent pour être complètement bourrés et baiser. On a discuté avec le réalisateur et on s’est dit : « Allons là-bas ! » mais on n’avait pas vraiment d’idée précise. Je me souviens que l’on se tenait dans cette rue et que l’on se disait : « Mais putain qu’est-ce que c’est que ça ! ». Sur cette chanson, tu peux claquer des doigts, elle a un côté panthère rose. Et du coup je me souviens que j’ai commencé à claquer des doigts puis à danser. On a eu l’idée de faire une seule prise et de juste voir ce qui allait arriver. Je pense qu’on a dû la faire au moins cent fois avant d’en avoir une bonne. Chaque fois c’était complètement loupé parce que les gens voulaient être en face de la caméra. Bien sûr, c’était un peu le but mais ce n’était pas utilisable car ils se mettaient en face de l’objectif et ne voulaient plus partir… Mais je crois que la 100e était la bonne ! Je suis vraiment très content de ce clip parce que c’est vraiment très spontané. Beaucoup de gens me demandent si ce sont des acteurs mais je pense que dans une telle situation, on ne peut vraiment pas diriger les gens… Il faudrait refaire des prises des milliers de fois pour avoir un résultat pareil ! J’aime cette spontanéité.

Ce contraste entre cette écriture isolée et ce clip fou dit quelque chose sur les thèmes que tu abordes. On évoque beaucoup l’amour mais il y a une part d’autodestruction aussi. Est-ce que c’est quelque chose qui hante ta musique ?

Je crois que j’ai beaucoup travaillé sur des choses que je ne comprends pas dans la vie. D’une certaine manière, des choses qui font que je me perds. Si j’écris des chansons d’amour pour une fille, cela va toujours être une fille qui a une certaine part de mystère que je ne comprends pas vraiment. Cela m’intrigue de savoir comment certaines choses sont telles qu’elles bousillent les gens. Cela ne fait pas de sens logiquement, mais c’est quelque chose que beaucoup ont en commun. D’une certaine manière, c’est superficiel parce que tu fais usage d’alcool mais c’est aussi quelque chose de pur, parce que tu arrêtes de penser, et c’est quelque chose que j’aime avec le flow. Donc je ne crois pas que je sois dans une telle situation dans ma vie mais je crois que c’est un concept intriguant qui mérite d’être réfléchi et de faire naître des chansons.

On trouve beaucoup de percussions africaines sur ton dernier album. Pourquoi ce choix ?

Nous sommes quatre dans le groupe donc il y a beaucoup de sons de divers instruments dans l’album. Du coup, on a dû être créatif pour l’adapter en live. Les percussions africaines sont jouées par notre batteur sur un semper. En fait, ces instruments qui sont utilisés en live et en studio sont souvent liés à des coïncidences. Une fois, j’ai trouvé une trompette dans un magasin aux États-Unis et depuis je l’utilise dans mes albums. Un de mes amis avait des percussions africaines et il m’a dit : « Je n’en ai plus besoin, tu peux les prendre. » Depuis elles traînent dans un coin chez moi. Ça aurait pu être une harpe ou quelque chose d’autre. Je ne peux pas dire que tout est organisé autour d’un planning serré. Je construis avec ce qui vient. Il y a beaucoup de coïncidences et énormément de foi que les instruments me donnent.

Dans ta vie, tu as eu une période pendant laquelle tu as beaucoup lu. Si tu repenses à cette époque, quels titres t’ont marqué, personnellement ou musicalement ?

C’est une question difficile ! Quand j’étais jeune et que j’ai commencé à lire, je cherchais des réponses. Je me disais que tous ces gens intelligents allaient me donner des conseils sur comment mener ma vie. Après quelques années, je trouvais que c’était vraiment réconfortant de voir que des gens avaient les mêmes problèmes que moi ; des gens stupides [Rires]. Je me considère comme stupide. Bref, oui… mais je n’ai jamais écrit une chanson sur un livre.

Tu es toujours actif avec Balthazar. Est-ce que c’est facile pour toi de jongler avec les deux projets ?

Certainement parce que quand je joue avec un des deux groupes, j’écris pour l’autre. Du coup, c’est une rotation perpétuelle. Par exemple, là on est en train de finir le prochain album de Balthazar pendant que je tourne avec Warhaus. Avant le show de ce soir [ndlr, mercredi 18 juillet au Détour] on était à St-Gall et avant encore, j’étais en studio pour mixer le prochain Balthazar. C’est pourtant assez facile pour moi de passer de l’un à l’autre. Je ne serais pas capable de me dévoiler dans ce que j’écris si je faisais une année d’écriture puis une année de tournée par exemple. Je veux le faire les deux en même temps. Maintenant, je vais finir la tournée des festivals avec Warhaus puis finir cet album avec Balthazar et je pourrai commencer un nouvel album pour Warhaus. Pendant les tournées, on a tellement de temps à disposition. Je veux dire, on est tellement sur les routes, puis on attend… L’attente est assez importante et l’on peut donc s’investir dans quelque chose d’intéressant.

Trompette et sonorités africaines

Sous la moiteur du chapiteau de la scène du Détour, un petit air des sixties s’installe. Dylan viendrait nous siffloter « Blowin’in the Wind » pendant que Gainsbourg jouerait à Bonnie and Clyde… Pourtant, c’est bien Maarten Devoldere et son band, tout de noirs vêtus, qui s’emparent de la scène. Une voix grave et lancinante, un son sucré aux teintes jazzy… Warhaus, c’est une belle évasion, un hommage à la grande époque des grands songs-writers mais c’est aussi un jeu continuel, assemblage d’instruments inattendus. Les consonances africaines sur « Love’s a Stranger », la trompette sur « The Good Lie » – par ailleurs l’on regrette sur ce dernier titre l’absence de la muse de Marteen, Sylvie Kreush – apportent une rythmique innovante. On se laisse volontiers engourdir, happé par cette ambiance sensuelle et désinvolte, le temps d’une heure, un peu comme ces quelques ballons flottant au-dessus de nos têtes.

About Fanny Agostino (36 Articles)
Étudiante en bachelor à l’université de Lausanne en français moderne et en histoire et esthétique du cinéma, je m’intéresse aux diverses manifestations culturelles dans la région. Rédactrice “Culture” pour leMultimedia.info.

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