Nouveauté

Flèche Love : le singulier au pluriel

Amina Cadelli se façonne à travers une identité plurielle, pointe de l’iceberg d’une parolière et musicienne hors des sentiers battus : cible atteinte

Faut-il être nécessairement motivé par une tête d’affiche pour se rendre à un concert ? L’artiste suisse Flèche Love nous a donné un début de réponse, vendredi dernier au Montreux Jazz Lab. Généreuse dans ses textes comme à la scène, l’artiste genevoise s’est illustrée avec brio, avant de céder sa place à Angèle et Lomepal. Dernier coup de projecteur de cette 52e édition, sous de très bons auspices pour la scène romande.

Libérée de ses obligations chez Kadebostany, Amina Cadelli a brisé ses chaînes pour monter le projet solo Flèche Love. Depuis cette rupture, elle s’est forgée une solide carapace, nourrie de cette première expérience musicale ainsi qu’une signature artistique singulière. © 2018 FFJM / Lionel Flusin

Ovni helvétique en approche. Nous avions été initiés à son univers lors de la présentation du programme de cette cinquante-deuxième édition du festival, lors de laquelle elle avait notamment interprété son dynamique « Sisters » qui nous avait donné envie de voir l’artiste à l’œuvre sur la scène du Lab. Libérée de ses obligations chez Kadebostany, Amina Cadelli a brisé ses chaînes pour monter le projet solo Flèche Love. Depuis cette rupture, elle s’est forgée une solide carapace, nourrie de cette première expérience musicale ainsi qu’une signature artistique singulière. « Unusuna » titre signant sa récente collaboration avec le Parisien Rone, nouveau bijou de l’électronique, atteste que ce tournant dans la carrière de l’artiste de 27 ans a bien été négocié. Indéniablement pop-électro, la flèche de l’amour est agile, fringante. Avec la sortie prochaine d’un premier album très attendu qui devrait paraître début 2019, Amina Cadelli pourrait bien être lancée pour devenir la nouvelle étoile montante de la scène suisse romande. Une étoile aux branches métissées car si ses origines sont suisses et algériennes, la Genevoise s’est construit un personnage haut en couleur : ses cheveux tirés et sa grande cape lui donnent l’aspect d’une danseuse de flamenco, les tatouages qui recouvrent son corps des consonances hindouistes, une touche d’Orient pour les accessoires… Cadelli se façonne à travers une identité plurielle, pointe de l’iceberg d’une parolière et musicienne hors des sentiers battus : cible atteinte.

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Une outsider épatante

Expectatif, le parterre annoncé sold-out du Montreux Jazz Lab l’était. Il faut dire que d’autres stars émergentes gardaient la tête d’affiche du programme : la Belge Angèle Van Laeken et ses chansons pop aux consonances actuelles d’un côté, le Français Antoine Valentinelli, alias le roi du skate Lomepal de l’autre. En somme, deux artistes ayant le vent en poupe chez les adolescents, ambassadeurs du renouvellement de la chanson comme de la scène rap. L’arrivée des musiciens masqués de Flèche Love, sur une mélodie aérienne, laisse le public – d’une moyenne d’âge allant de 15 à 20 ans – abasourdi. Le pari n’était pas gagné pour notre Helvète : plutôt agités, les jeunes spectateurs ne semblaient pas enclins à se livrer à l’inconnu. Pourtant, il ne faudra à Flèche Love qu’une première démonstration de ses talents dansants et de ses sonorités qui invitent à entrer dans un monde parallèle pour convaincre et créer, comme elle l’expose au début de son set, cet « espace » dans lequel elle se veut « guide ». Telle la mante religieuse, elle tisse sa toile et parvient à capturer ce jeune auditoire dans ses filets. Flèche Love, passant habillement de l’anglais au français, provoque des remous enthousiastes sur les parties hip-pop de certains titres, redoublés par le discours engagé et féministe de l’artiste. L’hommage à Camille Claudel, prônant la nécessité de libérer et d’entendre la voix des femmes, trop longtemps écrasée par le patriarcat en est la figure de proue : « Nous sommes tous égaux. Ces couleurs se dérobent et rendent ma chair transparente. 30 ans d’enfermement, des choses intériorisées. On dit que la folie m’habite, qu’elle dîne avec moi chaque soir alors que c’est la raison qui m’éblouit, qui me brûle la rétine.» À l’apogée du show, le refrain de l’envoûtant « Sisters » sera repris en cœur par la salle, conquise par la découverte d’horizons nouveaux. Parfois, les outsiders se transforment en vrai protagonistes. Gageons que notre héroïne du soir nous reviendra dans une prochaine édition, et en grande pompe.

About Fanny Agostino (46 Articles)
Étudiante en bachelor à l’université de Lausanne en français moderne et en histoire et esthétique du cinéma, je m’intéresse aux diverses manifestations culturelles dans la région. Rédactrice “Culture” pour leMultimedia.info.

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