Nouveauté

Alice in Chains, bain d’acide mousseux

Une belle complicité semble lier Cantrell et DuVall, harmonieux sur les grands classiques du groupe

Attendue comme le reliquat d’une époque révolue, la formation étiquetée « grunge » a livré aux fans venus en nombre un « special evening ». Dans la même veine que son mémorable « Unplugged » deux décennies plus tôt, Alice in Chains proposait, pour sa première venue sous les palmiers montreusiens, une version acoustique de ses plus grands tubes sans oublier quelques titres récents. Sous la ferveur et l’émotion d’une salle comblée par la présence de ses idoles qui contraste quelque peu avec un set plutôt minimaliste, Cantrell et sa bande livrent une belle prestation intimiste.

Alice In Chains en deuxième et dernière partie de soirée au Montreux Jazz Lab. © 2018 FFJM - Lionel Flusin

Des années quatre-vingt-dix, âge d’or de l’étiquetage pot-pourri « grunge », l’histoire a sanctifié Nirvana. Les frasques de son front main Kurt Cobain tout comme son intégration au « Forever 27 club » aux côtés de Robert Johnson, Hendrix ou encore Joplin ont participé à l’établissement de la légende du groupe originaire de Washington. Contemporain de cette montée en puissance des futures idoles des adolescents américains puis mondiaux ainsi que de la théorie psychologique de l’“effet Werther”, la côte ouest est également le lieu de naissance d’une autre formation : Alice in Chains. Rapidement catégorisée comme formation grunge – il faut dire que c’était le credo de l’époque à Washington DC – les Alice sont pourtant d’avantage influencé par le heavy metal que le punk. Un son froid, digne héritage de Joy Division, mêlé à une exaltation de l’immondice, d’un mal-être inexorable sous des râles graveleux. Alice ne brise jamais ses chaînes. Elle ne se purge pas. Elle exalte, sous des riffs lourds, saturés et étouffant un malaise qui ne saurait disparaître définitivement, sinon se magnifier un instant. À l’instar de Layne Staley, voix historique du groupe : même démons que Cobain, même fin tragique qui surviendra quelques années plus tard, en 2002. La mort de Staley marque une longue pause pour le groupe qui ne réapparaîtra qu’en 2005, avec William DuVall au chant. Deux albums naîtrons du retour du groupe, The Devil Put Dinosaurs (2013) ainsi que Black Gives Way to Blue (2000). Une renaissance ? L’expression galvaudée sied pourtant aux natifs de Seatle. DuVall, venu de nulle part, a su s’intégrer dans la continuité d’un groupe au passé compliqué, avec le risque de faire un flop. En emmenant le groupe vers des horizons nouveaux, sans chercher à prendre la place d’un frontman aussi mystique qu’irremplaçable. Cela se perçoit également sur scène, où une belle complicité semble lier Cantrell et DuVall, harmonieux sur les grands classiques du groupe tant que sur les titres des derniers albums. Quand on sait le soin apporté par le groupe à l’harmonie des voix, cela n’est pas négligeable.

Après cette piqûre de rappel sur l’héritage qui pèse sur le groupe, difficile d’imaginer une version acoustique de leurs plus grands succès… D’autant plus que contrairement à la version enregistrée à New York pour le compte d’MTV, le groupe semble avoir quelque peu relégué la batterie, bien que Sean Kinney brille par son éternelle tenue flegmatique. Pourtant, c’est dans une ambiance cosy, avec pour seul élément de décor des lampes de chevet à l’ambiance western que le groupe prend place, bien aligné sur l’ensemble de la scène, sous les acclamations du public. Une mise en scène simple mais conviviale, qui donne l’impression d’assister à un enregistrement studio. C’était sans compter sur le public qui a porté ses idoles pendant la petite heure du concert : si l’on s’attendait à une bonne ambiance à l’occasion de pousser la chansonnette sur les plus gros succès du groupe comme « Down in a Hole », « Dam the River » ou encore « Heaven Beside you », force est de constater que dès les premières cordes grattées de chaque titre joué, le parterre du Lab prend un malin plaisir à reconnaître le répertoire des Alice en clamant sa joie. N’allez pas croire que le public était composé de la fan base quarantenaire venant retrouver sa madeleine de Proust adolescente : multigénérationnel, d’un enthousiasme hétérogène, les spectateurs étaient vraisemblablement heureux de cette venue montreusienne, ce qui a d’ailleurs ravi le bassiste Mike Inez, tout sourire derrière son chapeau melon. Point négatif de la soirée, il est dommageable que le groupe termine sa prestation sur un « Dirt » enflammé, venant sonner le glas d’une petite heure de prestation. Avec la discographie qu’on leur connaît, et pour rendre un tant soit peu l’amour sans borne de la foule, un rappel n’aurait pas été cher payé. Il en reste une belle performance des Alice, moins encanaillés qu’à l’accoutumée mais soucieux d’offrir un beau moment à ses fans.

About Fanny Agostino (35 Articles)
Étudiante en bachelor à l’université de Lausanne en français moderne et en histoire et esthétique du cinéma, je m’intéresse aux diverses manifestations culturelles dans la région. Rédactrice “Culture” pour leMultimedia.info.

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