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Rodolphe Gautier: « Ce n’est pas chaque année que l’on peut voir des trophées remportés définitivement »

Le président du Bol d'Or Mirabaud l'affirmera toujours; la manifestation maintiendra son ouverture à la plupart des évolutions technologiques

C'est une édition anniversaire au Bol d'Or cette année. La manifestation fête ses 80 ans, la première édition ayant vu le jour en 1939, créée par Pierre Bonnet est devenue, au fil des années, une régate accessible à nombre de plaisanciers du Léman tout autant qu'un théâtre nautique où l'évolution technologique est constante. Les innovations furent nombreuses au Bol d'Or depuis la première victoire de Fred Firmenich sur Ylliam IV en un peu plus de 23 heures. Cette année, quand bien même les conditions sur le lac seront très clémentes, l'on attend une course dont la durée devrait s'établir entre les 10 et les 12 heures, départ samedi matin à 10h30 depuis la rade de Genève. L'on en discute avec le Président Rodolphe Gautier.

Rodolphe Gautier l'affirme à leMultimedia.info: « La course ne sera pas la plus rapide mais peut donner lieu à des combats intéressants. » © leMultimedia.info / Oreste Di Cristino

Une 80e édition du Bol d’Or qui ne sera pas forcément le plus rapide, mais peut-être le plus exaltant ?

Alors pas le plus rapide, c’est certain. Le plus exaltant ? Je crois que – et c’est la beauté de la manifestation – chaque édition réserve son lot de surprise. Assurément, il y en aura cette année; nous avons un plateau étoffé, avec beaucoup de très bonnes équipes et des conditions de course particulièrement tordues avec des brises qui pourraient être chamboulées le développement de nuages sur les reliefs. Ce qu’il faut savoir avec les brises thermiques, c’est qu’elles respectent un schéma classique; l’on sait dans quelle direction ira le vent, avec quelle intensité, quelle force et surtout à quel moment de la journée. Tout cela est très précis dans ce type de régime. Là où c’est un peu particulier, c’est que pour chaque bateau participant, leur passage dans ces zones de brises sera différé, certains pourront se retrouver avec un vent favorable, alors que d’autres, arrivant légèrement plus tard, n’en bénéficieront pas. Et c’est justement ce qui rend la course magique; l’on peut se retrouver au même endroit, à trois heures d’intervalle et connaître une fortune complètement diverse. Certains auront des airs réguliers (même si légers) alors que d’autres n’auront simplement plus rien. L’inverse peut aussi se produire au retour, ou pour une autre catégorie de bateaux. Sans doute que c’est en cela que la régate puisse donner lieu à une course exaltante, d’autant plus si l’on rajoute à cela les particularités-mêmes du tracé. Il y aura beaucoup de chances et de passages à niveau [ndlr, comme chaque année, la sortie et l’entrée du petit lac est un passage crucial pour les concurrents], ce qui peut rendre la course d’autant plus technique. Voilà le Bol d’Or dans tout sa spécificité.

L’enjeu sportif est d’autant plus relevé que deux équipages pourraient remporter définitivement deux des trois Challenges mis à concours du Bol d’Or. Ladycat Powered by Spindrift Racing peut définitivement remporter le trophée de la catégorie reine, SYZ&CO de même sur le Challenge Bol de Vermeil, récompensant le premier monocoque franchissant la ligne de départ. Voilà qui rend cette 80e édition très spéciale.

Pour la régate, il est vrai que ce n’est pas chaque année que l’on peut voir des trophées remportés définitivement. Et cette années, ce sont donc deux des trois catégories phares qui sont concernées. Il y a le trophée récompensant le premier au classement général, le premier monocoque et le premier en temps compensé (toujours en monocoque), qui lui est remis chaque année. Pour obtenir le Challenge du Bol d’Or et celui du Bol de Vermeil, il faut le remporter trois fois en cinq ans. Et quand l’on connaît la concurrence qu’il y a parmi les bateaux qui peuvent gagner [ndlr, neuf D35 et plusieurs M1 qui pourraient tirer profit des conditions atmosphériques pour un total de près 560 bateaux participants], le challenge est d’autant plus grand et plus fort. Alinghi l’avait réussi une fois [ndlr, en 2001], Horace Julliard [ndlr, sur Marie-José II en 1963] aussi et Philippe Stern [ndlr, sur Altaïr XI en 1984] également. L’on en dénombre donc seulement trois en multicoques. Et [trois aussi] en monocoques; Raffica, à la fois sous sa version italienne [ndlr, en 1998] que hongroise [ndlr, en 2016 et Team Tilt en 2006] sur 80 ans d’histoire. Le fait que ces titres n’aient été remis définitivement que [six] fois sur 80 ans, l’on peut se faire au moins une vague idée de la difficulté de l’épreuve et de la tâche qui les attends encore cette année.

Suite à une modification sur le bateau, Ladycat ne concourt plus officiellement sur D35. Cela peut-il changer quelque chose ?

En réalité, c’est un D35 à l’origine qui est sorti de la jauge pour optimiser le bateau mais il fait toujours partie de la catégorie M1 [ndlr, la plus haute] au même titre que les D35 et nombre d’autres bateaux et concourra pour la victoire comme chaque année. La seule spécificité que l’embarcation a par rapport aux D35, c’est qu’il n’est plus rigoureusement identiques à eux.

Le Bol d’Or tend à être très populaire avec plus de 3’000 navigateurs et 122 Surprise; un engouement qui prend chaque année…

L’on parle souvent des grands bateaux, des multicoques et des flèches de carbone mais le Bol d’Or reste, à l’origine, un événement de tous les marins de la région, pas forcément ceux du dimanche mais qui sont toutefois appliqués dans leur tâche sans être pour autant des compétiteurs nés. Ce sont des plaisanciers qui, l’espace d’un week-end, s’alignent et ont décidé de faire de la compétition, en se faisant un point d’honneur de battre leur voisin de ponton qui a le même bateau qu’eux. Quand on voit ces quelque 125 Surprise qui vont prendre le départ, ce sont tous vraiment des bateaux identiques qui, de manière tout-à-fait respectable, vont concourir sur le lac et vont se battre sur chaque mètre car, en réalité, c’est la catégorie “reine” de la manifestation. Car quand l’on remporte le Bol d’Or en Surprise, l’on a vraiment fait un exploit d’importance. Une super performance.

D’ici 2020, peut-être même depuis 2019, les premiers TF35 seront mis à l’eau pour test, puis en lice dans certaines compétitions régionales. Puissent-ils, dans un jour prochain, concourir aussi au Bol d’Or Mirabaud ?

La rumeur dit qu’une première unité test sera à l’eau l’année prochaine pour concourir. Évidemment qu’elle fera partie de la catégorie des M1 et qu’elle pourra concourir au même titre que les autres. Maintenant, la difficulté – et on le voit encore cette année – est que se présenter avec un bateau typé “Foiler”, donc qui vole, laisse peu de chance de concourir dans de très bonnes conditions, dignement, s’il n’y a pas au moins sept, huit nœuds de vent. Donc s’ils se retrouvent dans des conditions comme celles que nous attendons ce week-end, cela peut être difficile et ça demanderait un gros travail de technologie pour arriver à les optimiser à la fois dans le petit et le gros temps. Mais l’on verra bien; c’est ce que souhaite le comité d’organisation, indépendamment des règles et des questions de sécurité qui sont majeures dans ce genre de projets, l’évolution fait partie du Bol d’Or Mirabaud et c’en est définitivement une. Nous accueillerons donc les TF35 à bras ouverts comme toute autre évolution qui a émaillé la régate tout au long de ses 80 dernières années.

About Yves Di Cristino (454 Articles)
Rédacteur en chef, membre actif de l'Association Suisse des Journalistes Indépendants (CH-Media) et de l'Association vaudoise de la presse sportive (AVPS). Titulaire de la carte AIPS. Étudiant en Master de Sciences Politiques à l'Université de Lausanne. Prépare un mémoire en histoire internationale focalisé sur les relations de Guerre Froide et de post-Guerre Froide.

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