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Derrière Mike Paterson, Thibaud Agoston a connu son premier Jokers!

« Je n'aime pas l'humour communautaire. » Découverte d'un talent neuf de l'humour romand

Thibaud Agoston a connu son premier Jokers! Comedy Club mercredi 4 avril au CPO d'Ouchy. Pour une soirée particulière, qui aura également vu passer l'illustre humoriste canadien, venu droit de Montréal, Mike Paterson, la représentation aura fait salle comble. L'occasion de découvrir à la fois les futurs importés de la scène canadienne, tout autant que les jeunes talents locaux. Parmi ceux-ci, le Genevois de 21 ans, Thibaud Agoston.

Dégaine de poète, de chanteur à texte, Thibaud Agoston a connu son premier Jokers mercredi soir, 4 avril. Le Genevois trouve sa place dans la relève de l'humour romand. © leMultimedia.info / Yves Di Cristino

C’est une sorte de candidature un peu particulière qu’a reçue il y a peu Sébastien Corthésy, producteur de Jokers!. Un personnage un peu particulier se présente ces temps en Europe après avoir tourné, et écumé les plus grandes scènes et hauts plateaux télévisés parmi les plus connus du Canada. Apparu quelque six fois au festival “Just for Laugh” (Juste pour Rire) de Montréal – quatre fois en anglais, et à deux reprises en français –, et souvent entrevu aux côtés de Mike Ward dans son late show, Mike Paterson veut goûter d’un autre public. L’humoriste « à l’accent extraterrestre » – plaisante-t-il même, accoudé au bar du CPO – souhaite découvrir la Francophonie, s’inspirer d’un humour français (et pas que francilien). En effet, avant Paris, c’est la Suisse et Ouchy qui ont eu l’honneur de l’accueillir ce mercredi soir, lors de la représentation du Jokers! Comedy Club, permettant ainsi un joyeux chamboulement dans la programmation. Il faut dire que plusieurs pensionnaires de la troupe ont veillé la Pâque à Brooklyn; alors que Thomas Wiesel, Yann Marguet et autres Blaise Bersinger ont pris congé quelques jours – entre autre de “Mauvaise Langue” – en traversant l’Océan, un autre a décidé de faire le chemin inverse. Mike Paterson, alors surprise de dernière minute, a connu les planches d’un comble CPO. Pendant un bon quart d’heure, le Canadien a joué du public lausannois et d’un sketch bien rôdé qu’il teste depuis quelques semaines maintenant en français. « J’ai envie, toute l’année prochaine, de découvrir l’Europe », explique-t-il au terme de la représentation, au plus près de sa famille venue spécialement d’Allemagne l’applaudir. L’Europe de l’humour, aussi, ne s’appréhende-t-il pas en grande partie par le bercail parisien (et plus généralement de l’Hexagone) ? Très certainement. Mais voilà que Mike Paterson y arrivera quelque peu entraîné, d’une langue apprivoisée aussi bien aux côtés de l’autre Mike (Ward) que par les diverses scènes qu’il accepte désormais de découvrir avec un texte entièrement français, aussi bien à Montréal, qu’outre-Atlantique. De plus, le Canadien ne s’en cachant nullement, sa touche française a en bonne partie été inspirée par un humoriste pas très éloigné de chez lui. « Quand j’ai commencé en français, j’ai suivi la voie et le style de Sugar Sammy », aiguillonne-t-il. Sugar Sammy est en effet aussi Canadien, fait connaître sur des scènes locales puis présent sur les manchettes québecoises après son apparition à Just for Laugh en 2009 et un premier spectacle en français, primé d’un Olivier en 2013. Une success story éclatante qui n’aura amené l’humoriste de 42 ans à découvrir la France pour la première fois en 2016, soit un peu moins d’une dizaine d’années après avoir connu ses premières gloires dans l’humour à Montréal. Mike Paterson en est au même point; à (très) peu près.

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Voir également: L'interview de Mike Ward, en marge du 27e Montreux Comedy Festival 

La semaine post-pascale aura donc aussi permis de (re)découvrir la relève de l’humour romand. Si Alexandre Kominek et Yoann Provenzano prennent le poids des valeurs sûres, les trois autres jeunes qui ont partagé la scène de Mike Paterson furent encore à l’heure d’un sketch de mesure. « C’est la première fois que je jouais ce sketch-ci. J’ai par ailleurs fini de l’écrire hier soir », confie même Renaud de Vargas, passé en premier mercredi soir au CPO. Ont aussi suivi Cinzia Cattaneo, alias Cin et Thibaud Agoston, venu expressément de Paris pour la représentation, grève de la SNCF permettant. Les jeunes locaux furent alors bien à l’honneur de cette soirée Jokers!.

Thibaud Agoston, à la fois poète et punchliner

« Je ne connaissais pas du tout Mike Paterson mais je suis heureux d’avoir partagé la scène avec un professionnel de l’humour. » Au terme de la représentation, le Genevois Thibaud Agoston ne lorgnait pas sur les performeurs du soir, son humour a séduit mercredi soir et son bonheur est aussi de l’avoir proposé à un parterre averti, loin des cafés-bar parisiens. Le jeune de 21 ans est bien du coin (du lac) mais il s’établit actuellement en capitale française où il y suit son école de théâtre, mais pas pour s’y produire, à l’image de Marina Rollman à l’affiche dans plusieurs salles de Paris. « J’ai commencé [mes études de théâtre] à Paris en septembre dernier mais il y est très difficile d’y démarcher pour jouer », explique-t-il alors, lui qui s’est toutefois déjà produit dans plusieurs lieux en ville de Lille, au nord du pays.

« J’ai de la peine à parler de ma vie sur scène, comme le font la majorité des stand-uper »

Thibaud commence – ou du moins entrevoit un début de parcours – dans l’humour à 16 ans. Mais son chemin s’arrête assez vite, peu à l’aise dans son univers. « Je n’étais pas content de ce que je produisais, je ne me retrouvais pas dans ce que je faisais alors », confie-t-il. Il décide alors de dessiner son profil et composer son texte, dans une veine différente. Dégaine de poète, de chanteur à texte, un cantautore de l’humour, à sa manière, Thibaud Agoston vante son style de “maraudeur”. Sous sa bonne veste, son bel habit, Thibaud ne se veut pas moins être décrit tel un punchliner. Un critique, le poing serré. « Je ne sais pas parler de ma vie sur scène, comme le font la majorité des stand-uper », aiguillonne-t-il. « Je ne suis pas le genre à traiter des sujets génériques. J’ai plus un humour à punchlines et mes inspirations ne se puisent pas nécessairement au sein de la scène humoristique. » D’un trait cadencé, jouant avec les rythmes et les mots, le Genevois paraît être sensiblement d’une autre trempe. Musicalement parlant, son texte est un pur (un vrai ?) rap. « Mes influences peuvent se regrouper dans les textes et les musiques du Klub des Loosers [ndlr, un groupe de hip-hop français, formé en 2000], Alkpote [ndlr, un rappeur français] ou encore Orelsan. » Et s’il respecte énormément les talents du cru, les cités Wiesel, Provenzano et Rollman, il puise aussi dans un humour aussi jeune que classique, de Haroun à Pierre Desproges. « Je l’ai écouté dernièrement, j’ai pris la claque de ma vie. »

Lire également: La chronique sur le spectacle de Haroun à Paris

Toujours est-il que freiné sur sa route à 16 ans, Thibaud Agoston retrouve de l’inspiration et des idées à son retour sur scène quelque deux ans plus tard. « J’ai repris l’humour à 18-19 ans. En réalité, ça ne fait que deux ou trois ans que j’ai recommencé sur cette voie », précise-t-il. Connaissant sa première scène lors du tremplin universitaire de l’humour, au Banane Comedy Club en 2015 – qu’il n’a pas gagné – et en 2016 (éliminé en demi-finales après « une mièvre prestation »), puis remportant le Swiss Comedy Talent en 2016, le jeune talent local retrouve la voie – et les joies – de la scène. « Le Banane Comedy Club m’a relancé », explique-t-il, alors qu’il a dernièrement décroché une place fixe, de pensionnaire, au Swiss Comedy Club. Entre autres, rajouterons-nous désormais son premier “Joker” ce mercredi 4 avril au CPO. Aussi, de manière générale, le jeune de 21 ans n’est plus un parfait inconnu dans les parages. Il développe son style et son nom, malgré sa présence pérenne à Paris. « La Suisse est un petit milieu. Quand on y commence, on rejoint assez vite les petites scènes connues – affirme-t-il avant de poursuivre – Je commence personnellement à me faire un nom en Suisse, ce qui est plus difficile en France. » Pourtant, est-il parmi les humoristes suisses cherchant à tout prix le négoce de son talent dans l’Hexagone ? « C’est bien une question que je me pose », répond-t-il alors. « Je ne suis pour l’instant en France que pour mon école de théâtre. Je reviens très régulièrement en Suisse. Je trouve par ailleurs qu’il y a un banc de qualité ici. Les scènes y sont assez plaisantes et je ne le dis pas par pur patriotisme », plaisantera-t-il même. Parmi les scènes de qualité, sied alors – dans le mille – Jokers!, vagabondant entre le Caustic Comedy Club de Carouge, le Théâtre de la Grenette à Vevey et le CPO d’Ouchy dans le sud de Lausanne. « Je suis heureux de mon premier Jokers! – avouera-t-il encore avant de conclure sur une touche d’humour – Mais cela me plairait bien de tester un grand match (d’improvisation). Encore faut-il que Seb [Corthésy] m’invite [Rires]. »

About Yves Di Cristino (442 Articles)
Rédacteur en chef, membre actif de l'Association Suisse des Journalistes Indépendants (CH-Media) et de l'Association vaudoise de la presse sportive (AVPS). Titulaire de la carte AIPS. Étudiant en Master de Sciences Politiques à l'Université de Lausanne. Prépare un mémoire en histoire internationale focalisé sur les relations de Guerre Froide et de post-Guerre Froide.

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