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La redevance finance 86% du sport à la télévision, selon Massimo Lorenzi

Pour le rédacteur en chef des sports de la RTS, Massimo Lorenzi, la charge ne pourra pas être maintenue pour des investisseurs privés

Une année 2018 riche en évènements sportifs nous attend sur la RTS. Des Jeux Olympiques de Pyeongchang à la Coupe du Monde de football en Russie, le rédacteur en chef des sports Massimo Lorenzi s’annonce confiant. 2017 ayant été particulièrement récompensée par les audiences, il s’agira de faire encore mieux cette année.

Massimo Lorenzi assure l'assistance, au studio 15 de la RTS à Lausanne, que l'initiative “No Billag” met sérieusement en danger le sport à la télévision. © leMultimedia.info / Yves Di Cristino

Alors que la Radio Télévision Suisse nous présentait ce jeudi ses audiences de l’année écoulée, un point conséquent sur le sport nous a été présenté par Massimo Lorenzi. Nous le savons, la SSR a d’ores et déjà perdu les droits de retransmission de la Ligue des Champions pour la saison à venir, face à l’offre colossale de Swisscom. Le service public conservera tout de même un match par semaine en direct : « Vous ne pouvez pas concurrencer quelqu’un qui a mis une somme énorme d’argent, donc on ne concurrencera pas. On continuera à faire des émissions de fin de soirée et on aura un match en direct le mercredi soir, mais si quelqu’un a l’exclusivité des droits ou presque, il n’y a pas moyen de le concurrencer. Si quelqu’un achète tout et nous laisse les miettes, on doit faire avec les miettes », nous dit le rédacteur en chef des sports. Ce n’est par contre pas le cas pour la prochaine Coupe du Monde de football, qui aura lieu en juin en Russie. Le service public suisse ne change pas ses habitudes et proposera beaucoup de contenu autour de la manifestation : « Nous aurons l’intégralité de tous les matches. Nous les aurons tous en direct, tous les matches avec un entourage. Mais tout sera fait depuis nos studios, car pour des raisons financières, il n’y aura pas de plateforme mobile installée à Lausanne ou à Genève ». Le sport garde donc une place importante, notamment sur RTS Deux. Notons d’ailleurs que la finale de l’Open d’Australie de tennis a réalisé le deuxième meilleur score de 2017, avec 396’000 spectateurs, soit 75,2% de parts de marché le 29 janvier. Le documentaire d’RTSinfo “À la veille du match décisif contre le Portugal” du 9 octobre est la quatrième vidéo la plus vue de la RTS sur Facebook. Le sport observe donc un changement égal à celui du reste de la télévision, en devenant de plus en plus transmédiatique.

Une place énorme accordée à Pyeongchang 2018

Les Jeux Olympiques d’hiver qui commencent ce vendredi 9 février en Corée du Sud seront diffusés près de 22 heures sur 24 chaque jour sur RTS Deux, ainsi que sur six canaux différents sur le site RTSsport.ch et l’application RTS Sport. Toujours selon M. Lorenzi, il s’agit là d’un nouveau défi pour la SSR, qui devra faire face au décalage horaire, et ainsi transmettre beaucoup d’évènements en différé et en rediffusion en journée et en début de soirée, la majorité des épreuves en direct ayant lieu entre 1h du matin et 14h. La Ligue des Champions qui reprend la semaine prochaine sera cependant maintenue : « Dans notre philosophie, il y a une priorité absolue au direct. Donc la nuit, les insomniaques se lèveront pour regarder les Jeux. La Champions League, c’est très important aussi pour nous, d’autant plus qu’il y a une équipe suisse. Donc le mardi et le mercredi on gardera les directs de la Champions League sur RTS Deux ». La raison qui pousse la RTS à diffuser 22 heures d’émissions quotidiennes concernant ces olympiades est simple : « Les Jeux Olympiques sont plus qu’une manifestation sportive, c’est un évènement culturel. 85% des romands regardent les Jeux, même s’ils ne sont pas passionnés de sport à la base. Il est important pour nous de continuer à pouvoir offrir cette couverture à notre public. » En outre, la compétition pourra bénéficier du « prime time » de la radio tôt le matin, avec une couverture pendant les informations. Difficile donc de passer à côté de l’évènement, puisque l’on pourra regarder toutes les épreuves quand on le veut, et où l’on veut, et ce jusqu’au 25 février, terme de la manifestation.

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Une soixantaine d’employés sont mobilisés du côté romand pour assurer une bonne couverture. Environ trente personnes sur place, en Corée du Sud, entre journalistes et techniciens, et une trentaine également à la rédaction en Suisse. De plus, le CIO a spécialement mandaté la SSR pour produire les images qui seront diffusées en ski alpin, comme à Sotchi il y a quatre ans. Une production made in Switzerland qui ne peut que nous encourager à vivre ces Jeux Olympiques pleinement.

« Le sport sur le service public est une nécessité »

Le sport est l’une des catégories la plus concernée par l’initiative « No Billag », qui sera soumise au vote du peuple le 4 mars prochain. Il faut savoir que 14 centimes par jour issus de la redevance radio et télévision vont au sport. À la question: « Est-ce que le sport doit être diffusé sur le service public ? » qui lui a été posée par notre rédaction, Massimo Lorenzi répond qu’il suffit de regarder les audiences de la RTS pendant les Jeux. De plus, selon lui, les chaînes privées ne s’intéresseront pas au sport en cas de « oui » à l’initiative. Le marché suisse étant particulièrement petit et ayant une problématique majeure (les quatre langues nationales), les coûts de production seraient trop élevés par rapport aux bénéfices que les privés pourraient en tirer. « Les investisseurs privés étrangers n’auraient que peu d’intérêt à venir s’installer en Suisse pour le sport, ce sera prioritairement Swisscom, mais ils ne s’intéresseront qu’aux sports qui peuvent proposer des abonnements réguliers, comme le football et le hockey. »

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Massimo Lorenzi reste particulièrement optimiste pour le moyen terme, car les contrats sont négociés sur trois à six ans. 86% de l’offre sportive de la SSR est financée par le redevance, soit 14% par la pub, très difficile à tenir pour un investisseur privé. Pour répondre à l’appel, il faut que le sport soit feuilletonné, comme avec le football ou le hockey sur glace, ce qui n’est pas du tout le cas des Jeux Olympiques par exemple. Le rédacteur en chef des sports de la RTS ajoute que le CIO a tout intérêt à ce qu’un maximum de public voie sa marque de fabrique, et sait pertinemment que dès qu’un sport est privatisé, il perd très vite beaucoup d’audience.

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Si « No Billag » passe le 4 mars prochain, « le sport sera privatisé, il n’y aura plus aucune image sportive qui ne soit pas payante en Suisse, et bien plus chère qu’aujourd’hui. Il n’y aura très probablement que du football ou du hockey. Les autres sports – même le ski je pense – disparaîtront du paysage médiatique suisse, et je n’ose pas imaginer ça ». Nous verrons donc beaucoup de sport à la RTS cette année, en télévision, en radio et même sur internet. Reste à savoir s’il s’agira de la dernière année où nous aurons ce privilège.

About Gabriel Nista (5 Articles)
Rédacteur actif. Responsable communication et animateur radio à Fréquence Banane, rédacteur sur le site Cesololaroma.org

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