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Nature et auto-biographie, ce que contiennent en surface les œuvres de Solam

Dans une suite de performances artistiques, en plus du disque et du livre, “Les Voix” a définitivement une portée multidimensionnelle. À découvrir !

L'auteure, compositrice et interprète Solam Riondel est en pleine création artistique. Après avoir publié un recueil de nouvelles, puis sorti un disque au nom commun “Les Voix” qui donne vie aux personnages muets du livre, l'artiste a même relâché dernièrement, en novembre 2017, un nouvel opus en anglais nommé “Half-Human” qui se veut être la suite logique de ses précédentes œuvres. Mais que contiennent-elles ? L'on vous propose une immersion dans son univers, partie 2.

La couverture des albums de Solam Riondel, “Half-Human” (novembre 2017) et “Les Voix” (juillet 2017).

Les œuvres de Solam, à défaut de n’avoir une chute bien définie, ont de toute évidence un point de départ. Ce point de départ est indéniablement défini par un quelque chose qui reste de l’ordre de l’immatériel. Une certaine harmonie vécue, des sentiments, un matériau émotionnel qui dépeint sans concession l’intensité contenue dans sa plume. Au cours de son recueil de nouvelles et de son disque aux treize titres, l’auteure a mis en place les jalons de l’Histoire, ou d’une Histoire, ou bien encore – à quelques égards – de son histoire. De ces jalons, le spectateur n’en perçoit que les lueurs. Pourtant, rien qu’à l’écoute du disque “Les Voix”, l’auditeur traverse toute une suite de choses, d’épreuves, de perceptions ressenties. En effet, avec le premier titre “La traversée”, l’on – un personnage imaginé – est, dans un premier temps, amené à vivre une expérience particulière dont les contours reste un secret parfaitement gardé par l’artiste. Puis, cette expérience évolue au fil des titres jusqu’à ce que l’on découvre, entrevoit le commencement d’un autre moment de cette Histoire. Cet autre moment est dessiné, composé par le cinquième titre de l’album “L’orée”. Encore, le voyageur décolle vers d’autres expériences jusqu’au bout des plages musicales avant d’atterrir dans un espace à nouveau altéré, modifié avec “Le passage”. C’est cette traversée – parfois sombre, parfois lumineuse – entre différentes sensations qu’offre en substance “Les Voix”. Pourtant, avant “Les Voix”, Solam avait parfaitement imaginé le personnage de son histoire; un homme encapuchonné traversant, défiant les lignes du temps. Il apparaît par ailleurs dans le clip vidéo “Ta Muse” et retrouve une place dans un nouvel opus de Solam sorti le 30 novembre 2017, “Half-Human”, un EP à quatre titres en anglais. Sans nul doute, à l’écoute des compositions de l’artiste, l’on entre dans un tunnel multi-dimensionnel où ne prévalent que les émotions, les sentiments dans une valse acoustique douce et berçante.

“I know” est “Les Voix”

Le nom “Les Voix” ne provient pas de nulle part; la première nouvelle du livre est par ailleurs intitulée comme tel. Et loin d’être anecdotique, cette nouvelle parle en longueur, de qui est Solam mais surtout où commence son histoire. Elle est en quelque sorte autobiographique, elle aborde des sentiments – parfois échancrés – et des ressentis qui sont ceux de l’artiste, reposée dans le calme de la montagne où la pensée s’envole et vit véritablement. « La première nouvelle, multi-dimensionnelle – qui a donné son nom au livre et à tout le projet “Les Voix” – parle d’une rencontre avec une personne aux États-Unis. C’est une histoire réelle, un passage auto-biographique, qui aborde des choses que l’on ne devrait pas dire, des choses que l’on ne s’avoue pas, que l’on sait sans le savoir. C’est un condensé d’émotions puissantes. » Pourtant, le récit de cette première nouvelle n’est pas exclusive. Elle est transversale en ce qu’elle appelle à des sentiments qui trouvent berceau dans l’histoire personnelle de tout un chacun. Aussi, cette nouvelle aussi personnelle que commune, en ce qu’elle renvoie à des sentiment universellement partagés, des pensées qui dépassent l’unique, le privé mais qui appellent immanquablement aux souvenirs du commun des mortels. Les ressentis que transmettent “Les Voix” sont accessibles à la sensibilité du lecteur (et de l’auditeur).

Lire également: Solam élève « les Voix » dans son œuvre littéraire-musicale

N’empêche, Solam confie, cette première nouvelles reste une marque de sa propre histoire. Cet Américain, elle l’a vraiment rencontré. Et chaque objet de son œuvre sert, en définitive, à lui adresser une lettre, un quelque chose avec le “passer” du temps. Elle se révèle à un passé avec les yeux tournés vers le futur. Curieuse expérience que celle que tente de transmettre ici l’artiste. Elle joue avec le souvenir, le triture, lui découvre une suite imaginaire sans que celle-ci puisse véritablement aboutir dans la réalité; elle rêve dans l’absolu. Comme tout un chacun. C’est bien cela qui se dégage de “Les Voix”. De plus, ce futur, elle ne l’écrit plus. Elle le chante, au travers d’un titre bien précis du disque: “I know”, parmi les bonus du treize pistes. Ce n’est par ailleurs pas un hasard si celui-ci est écrit et titré en anglais. « Après avoir écrit cette nouvelle, j’ai écrit cette chanson et je l’ai appelée “I know” parce que c’est ce que je dis souvent. Cette chanson parle à ce personnage avec la connaissance du temps qui a passé depuis notre rencontre, avec la connaissance que le contact s’est perdu. Elle ressasse aussi beaucoup de souvenirs par-dessus l’Atlantique. C’est une chanson que je pourrais lui chanter aujourd’hui et c’était absurde de la chanter en français. Par ailleurs, j’avais hésité à faire une lettre », confie-t-elle. “I know” chante justement cette dernière lettre non écrite de la toute première nouvelle. Elle trace un parallèle flagrant – tout autant qu’émouvant – entre les deux objets. Le premier situe, le second donne vie à l’histoire. Mais la ligne de parcours de cette histoire ne s’arrête pourtant pas à “Les Voix”, puisque l’EP “Half-Human”, lui aussi 100% anglophone, va encore plus loin qu’“I know”; le nouvel opus – avec notamment son premier titre “Home” – relâché en novembre dernier parcourt encore plus ce voyage vers l’outre-Atlantique.

Découvrir chez Solam: le nouvel EP “Half-Human” (novembre 2017)

Sans nul doute, depuis “Les Voix” à “Half-Human”, c’est la voix de Solam que l’on entend au travers d’un monologue, à tous égards multidimensionnel. C’est par ailleurs quelque chose que l’artiste, compositrice et interprète, convient parfaitement: « J’avais envie de faire apparaître ce monologue dans la chanson. » Voilà, en substance, une nouvelle preuve du lien très fort qui lie le livre, le disque et toutes les autres formes artistiques créées par Solam. « Le livre aide à comprendre où l’histoire se passe, il permet au lecteur d’habiter l’espace que je présente. Mais cela ne veut pas dire que l’histoire est pour autant très claire. Elle ouvre un champs de possible qui permet de s’imaginer une suite personnelle. » À ne pas oublier, de plus, qu’une création scénique est en pleine fondation, censée regrouper toutes les étapes d’une histoire qui, visiblement, est encore toute à écrire (ou à conclure).

Un rapprochement vers la nature

Il est des titres dans les œuvres de Solam qui retracent parfaitement son besoin de se retrouver, se ressourcer au plus près de la nature. À commencer par la troisième nouvelle du livre “Par l’eau”: « Je vis et je ressens des choses que je sens la nécessité de redévelopper par la musique. Je suis musicienne. La possibilité que j’ai vue de faire un disque avec ça part de la nouvelle « Par l’eau » qui a fait l’objet d’un spectacle que j’ai créé en 2014. J’y avais créé quelques chansons qui donnaient la parole à des personnages qui ne parlaient pas. C’est une nouvelle – la plus courte du bouquin – mais qui a généré trois chansons. Ces performances, dans le CD, ont quelque chose d’intime mais aussi d’universellement partagée. Les sons de la nature qui ont donné une impulsion certaine », confie Solam. Il faut ainsi rappeler d’où est parti l’entier projet; loin de la ville, loin de l’urbain. Plus proche du rural, en montagne, en hauteur. On va chercher l’air pur au contraire total des ayatollah de la musique urbaine, ambiancés par le brouhaha de la ville et du centre urbain. “Les Voix” de Solam – elles ne le sont pas volontairement – mais marquent un sentiment de contre-urbanisme très fort, où le calme montagnard, rural, agricole silence la confusion, l’épilepsie, l’effréné de la ville. « Je ne suis pas dans une perspective qui tendrait à me positionner en contre de cet autre univers. Le passage par ce calme est plus, selon moi, une étape dans le processus de création. Premièrement, je dois dire que j’ai grandi au Valais avant de vivre à Lausanne pendant 20 ans. J’ai bourlingué aussi. J’ai vu grandir Lausanne, j’ai vu la construction de cette ville cosmopolite. Des choses ont changé et cela est devenu trop intense pour moi, cela brouillait ma vision créative. J’ai alors voulu bouger. J’ai calmé un certain nombre d’agitations intérieures, des flux inutiles en me déplaçant au plus proches des sommets de 4000 [mètres d’altitude]. Peu à peu, j’y ai alors remis les compteurs à zéro. »

« Tout naît de cet endroit, dans mon chalet du Val d’Anniviers »

Puis, il faut comprendre les atouts que comporte l’album “Les Voix”. Ce sont 55 minutes de murmures, de mise en abîme de la voix – en tant qu’organe – une musique étudiée, au rythme assoupi et à l’harmonie certaine. Sous couvert d’acoustique, une nécessité. « Tout naît de cet endroit, dans mon chalet du Val d’Anniviers. Au début, là-haut, je n’arrivais pas à créer parce que la nature était si forte, que je n’y trouvais rien à dire. Tout était minuscule à côté de tout ce qui m’entourait. J’écrivais ces choses, sans but, sans projet. Cela part de quelque chose de très ténu, des frissons, des ressentis qui ne sont pas traduites par des voix portées très fortes. » C’est donc cette connexion avec la nature que l’on retrouve aussi en grande partie dans les œuvres de l’artiste, qui n’hésite pas à sortir la musique de son carcan urbain. Et sur cela, elle tire son inspiration du pianiste (classique) nomade Marc Vella. « Cet homme a voulu sortir la musique de ses lieux privilégiés. Il a mis un piano dans une semi-remorque et est allé en jouer dans des favelas au Brésil, au bord des falaises en Roumanie. Il a réussi à se rapprocher des gens pour jouer mais aussi pour les inviter à jouer. Tout le monde a finalement improvisé sur son piano, pas du Chopin bien évidemment, mais c’était bien la preuve que tout le monde pouvait s’improviser dans la musique des autres. » Pour cela, le pianiste français a même gagné plusieurs prix de composition. Un artiste par lequel Solam a voulu tirer aussi son inspiration: « Il a un rapport à la musique et à la scène fort; tous les écrivains pour écrire doivent se lancer, disait-il. Une écoute du silence pour que quelque chose naisse. Je l’ai expérimenté à mon tour, au Val D’Anniviers. Nous n’y sommes pas dans le flux de la rentabilité », conclut-elle. Voilà qui permet de trouver un regard novateur sur la musique de l’artiste, Solam Riondel.

About Yves Di Cristino (452 Articles)
Rédacteur en chef, membre actif de l'Association Suisse des Journalistes Indépendants (CH-Media) et de l'Association vaudoise de la presse sportive (AVPS). Titulaire de la carte AIPS. Étudiant en Master de Sciences Politiques à l'Université de Lausanne. Prépare un mémoire en histoire internationale focalisé sur les relations de Guerre Froide et de post-Guerre Froide.

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