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« Il y a comme un quelque chose de négatif qui enveloppe la Pontaise »

Fabio Celestini a prononcé un discours aux allures de harangues face à la presse samedi soir

En 36 minutes de jeu, Simone Rapp avait, à lui seul, déjà atterré le FC Lausanne-Sport au sein de sa creuse Pontaise (3'135 spectateurs samedi soir). Auteur d'un coup du chapeau magistral (6e, 30e et 36e) – « le premier de ma carrière, pas seulement en Super League ! », avouait-il en zone mixte – le joueur formé au Tessin (à Locarno) a dûment permis à son FC Thoune d'abandonner une irritante neuvième place au classement de la Super League. Pour le LS – malgré une réduction temporaire du score par Joël Geissmann (32e) – le tableau est toutefois moins réjouissant, les hommes de Fabio Celestini stagnant au sixième rang du championnat. Mais l'heure semble grave...

Fabio Celestini regrette le piètre visage montré par son Lausanne-Sport face à Thoune ce samedi soir. © leMultimedia.info / Oreste Di Cristino

Une prestation frustrante et décevante du FC Lausanne-Sport ce soir face au FC Thoune…

Nous n’avons pas joué la première mi-temps, malgré une ou deux occasions de but. Mais tout le monde sait que ce n’est pas ce que l’on attend de ce Lausanne-Sport. Nous n’avons pas aperçu l’équipe que nous avons vu ces dernières semaines. Nous avons littéralement offert une mi-temps à nos adversaires qui en ont profité. Le FC Thoune a fait le match qu’il devait faire; marquer en première période et maintenir le résultat en seconde. Nous avons essayé de réagir mais bizarrement la réussite nous a fui. C’est bien la conséquence que chaque match doit être joué à 110%, ce que nous n’avons pas fait ce soir.

Il y a eu une longue discussion après le match – plus de 45 minutes de débrief avec les joueurs. Il y avait des choses à mettre directement au point ?

C’était comme d’habitude. Au lieu de fêter, nous avons fait autre chose.

Comment expliquer ces différents visages d’un Lausanne-Sport aussi brillant que fugace ?

Je n’arrive pas à les expliquer. Si je pouvais offrir une explication, nous en serions certainement pas là. Ce que je sais, c’est que dos au mur, nous arrivons toujours à trouver la force, la solidarité et l’énergie nécessaires pour gagner et nous sortir de situations très compliquées. Quand l’on a l’impression d’être dans une zone de classement qui soit un tantinet plus confortable – disons une bonne situation –, force est de constater, à chaque fois, que nous retombons instantanément à reproduire les mêmes erreurs. Et ce n’est pas une simple question de gagner ou perdre… car perdre contre Thoune n’a, en soi, rien de honteux et tous les matches se décident pour un rien. Mais nous ne pouvons tolérer de présenter une copie aussi regrettable que celle que nous avons produite en première période.

« Nous ne sommes pas tenus de faire des cadeaux à nos adversaires »

Lausanne meilleur dos au mur ? Y a-t-il alors un plafond de verre qui empêche le LS de dépasser le milieu de classement ?

Je ne peux pas y répondre. Mais les faits parlent; nous avons remarqué être meilleurs quand nous sommes neuvièmes – voire derniers – que quand nous planons à une cinquième ou sixième place. C’est très préoccupant car cela signifie que nous ne sommes pas capables de nous concentrer – et de réaliser de très belles performances – quand tout va bien. Quand l’on est joueur de football professionnel et que l’on entre sur le terrain, c’est généralement pour donner le meilleur et jouer au ballon. Nous avions perdu la saison passée 7-2 [ndlr, contre Young Boys à Berne], et il ne me semble pas avoir tenu un discours similairement négatif que celui que je prononce aujourd’hui. Alors, je pensais véritablement que l’équipe avait offert un visage conquérant et ambitieux malgré les quelques erreurs, ce qui n’a pas du tout été le cas ce soir face à Thoune. C’est incompréhensible; Lausanne devrait avoir une équipe qui – au vue des très mauvais moments qu’elle a subis – a envie de s’ouvrir et de casser le monde avec un plein de confiance. Nous ne sommes pas tenus de faire des cadeaux à nos adversaires.

Nous vous avons vu très remontés contre le public d’entrée de jeu ce soir. Pourquoi ?

Cela fait déjà plusieurs semaines que certaines réactions dans les tribunes m’agacent. Je me retiens un petit peu mais c’est très désobligeant à l’égard de nos joueurs. Déjà, nous ne sommes pas beaucoup [ndlr, 3’135 spectateurs samedi soir] et de ce que j’entends gronder derrière moi dans le stade, après seulement quatre minutes de jeu, est effarant, incroyable. Je ne crois pas que la non-réussite du LS à domicile soit une simple fatalité et cela dépasse de loin mon mandat car, déjà avant, l’équipe prenait entre 40 et 45% de ses points à domicile et entre 55 et 60% à l’extérieur. Cela n’est pas très normal; généralement, le petit poucet de la ligue, néo-promu qui plus est, est davantage fort chez lui qu’en déplacement. Chez nous, c’est l’inverse. Et j’ai la sensation que cela n’est pas dû au hasard. Il y a un je-ne-sais-quoi de négatif qui enveloppe la Pontaise et qui nous entoure en permanence. Ce n’est pas possible qu’après sept matches, seize points – étant sixièmes du classement de Super League – nous livrons pareille prestation. Si nous avions pris la peine de jouer, nous aurions pu – en cas de victoire – accrocher la quatrième place, à quelques points du palier nécessaire pour la Ligue des Champions. Et ce, avec le plus petit budget du championnat !

« Après quatre minutes de jeu, ce soir, j’ai entendu des personnes huer nos joueurs »

Nous devrions avoir un public – même s’il ne sont que 500 – enthousiaste. Nous sortons de deux victoires primordiales contre YB [ndlr, 2-1 le 14 octobre] et à Saint-Gall [ndlr, 4-0 le 22 octobre] et, de ce fait, nous devrions ressentir en nous-même une force cosmique qui nous amène vers le droit chemin. Or, il n’en est rien ! Après quatre minutes de jeu, ce soir, j’ai entendu des personnes huer nos joueurs. Après deux passes manquées – oui – de [Leandro] Marin, le public s’est déchaîné contre lui. Le public est souverain mais, ainsi, il ne nous aide pas. Et loin de moi, de vouloir mettre la faute sur le public car cela n’est en rien l’ombre d’une excuse. Mais toujours est-il que nous avons besoin de tout le monde. Nous avons besoin de notre public, encourageant à défaut d’être nombreux.

« Ce qui s’est dit dans les vestiaires reste dans les vestiaires »

Au terme de la rencontre, la zone mixte est parue bien vide au Stade de la Pontaise. En effet, pas moins de 45 minutes de patience ont été requises aux journalistes désireux de s’entretenir avec les joueurs au terme de la rencontre. Un temps d’attente inhabituel qui témoigne d’une réalité peu réjouissante – grave, empesée, presque alarmante – qui compose actuellement le quotidien des Lausannois, qui sortaient pourtant de sept matches sans défaite, matches de Coupe de Suisse exclus. « Nous avons essayé de faire notre jeu comme d’habitude mais Thoune nous a attendus au tournant. Prendre un but aussi rapidement [ndlr, 6e] nous a certainement déstabilisés. Nous n’avons pas été assez rigoureux en défense en première mi-temps pour parvenir à contenir nos adversaires. Et avec deux buts de retard, tout devient très compliqué », avoue le capitaine Alain Rochat avant de poursuivre: « Quand on prépare un match comme celui-ci, nous ne nous imaginons absolument pas un scénario catastrophe comme celui-ci. Malheureusement, le premier but a précipité notre défaite. Les trois buts de Simone Rapp, nous le lui avons pratiquement donnés. Nous ne pouvons nous y prendre qu’à nous-mêmes. »

« Comme après chaque match, il y a des discussions et une analyse du match à chaud »

Mais que s’est-il passé dans les vestiaires au terme de la rencontre ? Secret défense. « Comme après chaque match, il y a des discussions et une analyse du match à chaud », balaie Rochat. Pas même les grandes lignes de la discussion ? « Non, tout cela reste dans les vestiaires », rétorque-t-il d’une voix plus grave avant de commenter à nouveau la situation du Lausanne-Sport: « Notre série a pris fin aujourd’hui. Rien n’est jamais acquis, il faut sans cesse remettre l’ouvrage sur le métier. Nous avions une belle possibilité ce soir de grimper au classement mais nous n’allons pas refaire le match. » Mêmes considérations pour Francesco Margiotta: « Nous avons très mal joué aujourd’hui et nous avons attiré la malchance. Cela nous servira de leçon. Nous pouvons mieux faire et nous devons mieux faire. Nous devrons chacun faire un examen de conscience et penser aux prochains matches. » « Nous allons devoir travailler avec humilité et retrousser les manches pour pouvoir aller de l’avant. Nous devons retrouver les ingrédients qui ont fait notre force lors des derniers matches. Le coach peut être déçu de nous », conclut pour sa part le défenseur emblématique du LS, Jérémy Manière.

Les faits de match:
FC Lausanne-Sport v FC Thoune, 1-3 (1-3)

Composition du FC Lausanne-Sport:
Thomas Castella, Jérémy Manière, Alain Rochat ©, Elton Monteiro, Leandro Marin (69e Gonzalo Zarate), Joël Geissmann, Andrea Maccoppi (69e Gabriel Torres), Mersim Asllani (60e Nicolas Getaz), Yeltsin Tejeda, Samuele Campo et Francesco Margiotta. Entraîneur: Fabio Celestini.

Composition du FC Thoune:
Francesco Ruberto, Mickael Facchinetti, Dejan Sorgic, Roy Gelmi, Dennis Hediger ©, Nuno Da Silva (81e Chris Kablan), Sandro Lauper, Stefan Glarner, Marvin Spielmann (46e Nelson Ferreira), Nicolas Sutter et Simone Rapp (69e Nicolas Hunziker). Entraîneur: Marc Schneider.

Buts: 6e et 30e Rapp (0-2); 32e Geissmann (1-2); 36e Rapp (1-3).
Notes: Stade de la Pontaise, Lausanne. 3'135 spectateurs.
Lausanne sans Benjamin Kololli (blessé), Ali Kabacalman, Marco Delley et Diego Berchtold (non convoqués). Thoune sans Miguel Rodrigues, Nicolas Bürgy, Matteo Tosetti, Silvano Schäppi, Kévin Bigler, Elia Alessandrini (blessés) et Felix Ornung (M21).
Arbitre: Lukas Fähndrich.
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About Yves Di Cristino (371 Articles)
Rédacteur en chef, membre actif de l'Association Suisse des Journalistes Indépendants (CH-Media) et de l'Association vaudoise de la presse sportive (AVPS). Étudiant en Master de Sciences Politiques à l'Université de Lausanne. Prépare un mémoire en histoire internationale focalisé sur les relations de Guerre Froide et de post-Guerre Froide.

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