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La Suisse s’en va vers son destin à Lisbonne

Dominant la Hongrie 5-2 au Parc Saint-Jacques, l'Équipe de Suisse a parcouru (jusqu'ici) un parfait marathon au travers de l'Europe

L'Équipe de Suisse tient sa “finalissima” à Lisbonne mardi prochain. Après avoir étrillé la Hongrie au Parc Saint-Jacques de Bâle (5-2), les hommes de Vladimir Petkovic voyageront le cœur léger jusqu'au Portugal, dans l'antre de l'Estádio Da Luz, où Haris Seferovic a pris ses marques depuis son transfert de l'intersaison au SL Benfica. Forts d'une prestation (presque) sans fausse note, les Suisses maintiennent un cap fixé depuis les tout débuts d'une campagne assurément nourrie en émotions. Dans l'autre match de la soirée, le Portugal a battu Andorre 2-0 à La Vella grâce notamment à un but révélateur de Cristiano Ronaldo, entré à la 46e minute de jeu.

Belle victoire de collectif. L'Équipe de Suisse salue la Suisse avec le plein de confiance. © leMultimedia.info / Oreste Di Cristino

La tenue fut parfaite. Droite et solide dans ses jambe, l’Équipe de Suisse a donné envie et (surtout) de très grands espoirs à la veille d’un voyage capital à Lisbonne dimanche après-midi, après une dernière séance d’entraînement au Joggeli le matin. Il y a du talent, il y a de la volonté et surtout, il y a de la passion dans le jeu proposé par la Suisse face à la Hongrie. Appliqués d’entrée de jeu, la Suisse a tenté dès les premières minutes auprès d’une défense hongroise bien mal disposée. La première tentative lobée et vissée de Xherdan Shaqiri à la 4e minute passe d’ailleurs juste au-dessus de la barre transversale, avant qu’une deuxième conclusion quelques secondes plus tard se voie bien captée par le portier hongrois Péter Gulácsi. Mais peu importe au final, l’ambiance est montée, l’envie y est et l’enjeu n’est qu’autrement plus significatif. La situation comptable étant figée au demeurant, c’est le soutien incompressible que le public du Parc Saint-Jacques porte à cette nationale qui compte alors que celle-ci s’apprête à vivre sans doute l’étape la plus dure de sa campagne de qualification. Dans un crépuscule rougeoyant, marquant le presque terme d’une expérience riche et fructueuse jusqu’ici, le public a afflué et chanté, bien que pantelant d’une angoisse positive mais bien enflammé par une passion inextinguible. Les hommes de Vladimir Petkovic, drapés dans leur rôle de leader depuis la première journée – il y a de cela maintenant plus d’un an, suite à une victoire méritée et peut-être décisive face au Portugal dans cette même enceinte bâloise – ont bien sûr écarté les dangers les plus visibles face aux Magyars; Ricardo Rodriguez, Admir Mehmedi et Blerim Dzemaili furent ménagés en raison de leur menace de suspension à la veille du déplacement à Lisbonne. Rien de bien étonnant, mais tout laisse présager que la Suisse comptera sur bien plus que onze titulaires à l’heure de descendre sur la pelouse de l’Estádio Da Luz mardi soir prochain. Elle se reposera sur ses cadres, dans tous les registres, mais aussi sur ses plus jeunes pousses à l’image de Denis Zakaria, Remo Freuler, Manuel Akanji ou encore Breel Embolo qui eut fait une apparition appréciée dans son ancien stade, à l’époque où il fut joueur du FC Bâle.

« Tel est le niveau actuel de notre équipe nationale et nous ne pouvons le cacher »

Bernd Storck, sélectionneur de l’Équipe de Hongrie

Dans leur route pour le Mondial 2018, la Suisse aura au moins eu le bonheur de se faire plaisir jusqu’à cette avant-dernière rencontre – aux allures d’un pré-match test – face à une Hongrie à la façade technique et tactique mièvre, privée de trois de ses meilleurs joueurs à l’image de Zoltán Gera, Balázs Dzsudzsák ou encore l’ancien Real Madrid espoir Ádám Szalai. Aussi, dans un pays où le championnat national est peu exaltant, l’équipe nationale relève volontiers d’un parfait exutoire. Mais la détermination – preuve à l’appui d’une lourde défaite 5-2 – ne suffit parfois pas quand tout le reste manque. Éliminée de la compétition par ses nombreux faux pas – à commencer par le match aller à Budapest face à la Suisse (2-3) où les Magyars tenaient fermement le point du match nul – la Hongrie n’aura fait figure que de simple figurante dans ces éliminatoires, au regret d’un sélectionneur ambitieux mais qui mesure parfaitement la marge d’amélioration que sa jeune équipe pourra accomplir dans le futur. « Nous avons des joueurs frais et de très jeunes individualités qui doivent encore trouver leur place et prendre leurs marques au sein de la nationale. Mais avez-vous vu les premier, deuxième et troisième buts ? Nous avons succombé par le fait que nous sommes restés trop bas sur le terrain. Néanmoins tel est le niveau actuel de notre équipe nationale et nous ne pouvons le cacher », concède Bernd Storck en conférence de presse au sortir du stade. Il maintient néanmoins un bon point; le jeune avant-centre de Diósgyőri VTK (24 ans), en première division hongroise, Roland Ugrai est resté à l’image d’une nouvelle vague montante du côté de Budapest. Il se fut même l’auteur du dernier but de la soirée au terme de la rencontre (89e). « Je suis resté très impressionné de lui – complète le sélectionneur allemand de la Hongrie – Je ne regrette pas sa titularisation. Il a eu un engagement très clair et il fait partie de ces jeunes forces qui nous porteront loin dans le futur. »

« Dès le début, nous avons accompli ce que nous voulions et nous avons été très concrets »

Vladimir Petkovic, sélectionneur de l’Équipe de Suisse

Aussi, est-il vrai que les Suisses eurent énormément de liberté dans les vingt derniers mètres adverses dans une entame de match à sens unique. Les hommes de Vladimir Petkovic – par deux fois du pied d’Haris Seferovic pincé en situation de hors-jeu (8e et 16e) – ont d’abord manqué d’ouvrir les feux d’un blitz subit. Puis, un déclic passionnant; Granit Xhaka (18e) peut d’abord profiter d’une glissade fabuleuse de Gulácsi pour débloquer le résultat avant que le revenant Fabian Frei ne le fige dans la foulée (20e), parfaitement servi sur la gauche par Steven Zuber, auteur d’un début de rencontre très prometteur. La plasticité technique de l’effectif suisse est séduisante et palpitante sans même que n’interviennent de quelconques injonctions du commissaire technique; Petkovic garde son calme, loin de tonnantes colères qui ne l’ont, en réalité, jamais dépeint. À Bâle, ainsi, tout roulait sur les rails convenus et espérés. « Dès le début, nous avons accompli ce que nous voulions et nous avons été très concrets – débute Vladimir Petkovic face à la presse avant de poursuivre – Nous prenons les points comme ils arrivent. Ce sont neuf matches très significatifs pour notre équipe; ils nous ont à chaque fois apporté trois points et nous permettent d’appréhender le dernier match face au Portugal avec deux variantes possibles. Nous devrons néanmoins toujours nous améliorer afin d’enfin valider notre billet pour la Coupe du Monde 2018 en Russie. »

Tant de confiance parfaitement ressentie

La belle image du soir – contrastant la sortie sur blessure du Hongrois Barbabás Bese à la demi-heure (29e) – est certainement l’œuvre du doublé inscrit par Steven Zuber, titularisé en lieu et place d’Admir Mehmedi. L’ailier gauche du TSG Hoffenheim a eu de nombreuses opportunités à son actif. Une première passe au-dessus de la transversale, et de très peu (26e). Puis, c’est lui qui sert dans la profondeur Xherdan Shaqiri à la demi-heure de jeu (31e), barré par Gulácsi d’une parade réflexe. Et c’est encore lui qui creusera l’écart à quelques minutes de la mi-temps (43e) d’une frappe raz-terre croisée qui trompera généreusement son vis-à-vis, ceci même avant de signer le seul doublé de la rencontre d’une frappe à l’orée des seize mètres dès la reprise du jeu (49e), déviée légèrement d’une main labile de Gulácsi, bien mal servi dans cette rencontre. Il y a certes le généreux et providentiel Zuber mais il appartient de ces réserves qui entrent quand l’on a besoin de lui; et qui marque quand l’on s’en attend pas moins de lui. Il parfait, en tête de gondole de ces heureux descendants d’une génération fortunée, de la totale confiance que leur sélectionneur porte en eux: « Je veux parler avant tout – et presque exclusivement – de confiance. Rien de plus. J’ai donné toute ma confiance ce soir à mes joueurs. Dans cette campagne, lors de ces neuf victoires, j’ai vu que cette confiance m’est revenue intacte de la part des joueurs. Je suis fier d’eux, de leur résultats, pour leur bonté et pour leur réciprocité sans faille », exprime ravi Vladimir Petkovic.

« Nous nous comprenons parfaitement avec mes joueurs et aujourd’hui, leur performance a été une parfaite confirmation »

Vladimir Petkovic, sélectionneur de l’Équipe de Suisse

Autre bel éclair dans la soirée; l’entrée sous ovation de Breel Embolo à l’heure de jeu (63e) – pour un Seferovic peu inspiré qui a manqué sa seule véritable occasion à bout portant à la 40e minute de jeu. Le retour de l’enfant du pays, qui n’eut plus joué depuis presque un an avec l’équipe de Suisse, depuis la victoire laborieuse en Andorre (1-2), fut un énième bon présage pour une nationale aux ambitions avérées et en vue d’échéances futures déterminantes. Aussi, Vladimir Petkovic a primé l’envie de cette fougueuse jeunesse avec l’introduction successive de Denis Zakaria pour Fabian Frei. La structure globale est alléchante, quoi qu’encore quelque peu fragile dans la finition. Pourtant, certes, avec un avantage au score certain – cinq buts marqués – le discours s’en veut être anecdotique. Faut-il plutôt parler d’une entente cordiale, plastique entre les joueurs et leur sélectionneur: « Nous nous comprenons parfaitement avec mes joueurs et aujourd’hui, leur performance a été une parfaite confirmation – affirme Petkovic avant de continuer – La première mi-temps, nous l’avons complètement dominée et la seule note négative a été les deux buts encaissés [ndlr, de Richárd Guzmics, 59e et du jeune Roland Ugrai, 89e] car selon moi, couverts par deux erreurs de notre part. Puis, il en est simplement résulté un match parfaitement maîtrisé. » De pied en cap.

Xhaka, Lichtsteiner et Shaqiri parés pour la distance ?

La question fut mise à plat en conférence de presse. « Pourquoi je n’ai pas ménagé [Granit] Xhaka, [Stephan] Lichtsteiner et [Xherdan] Shaqiri ? Ils sont en pleine forme et leur force a été porteuse, tout autant que parfaitement gérée par eux-mêmes. Aujourd’hui, nous avons assouvi notre neuvième réussite. Et face au Portugal mardi, cela devra être un très beau match et nous devrons en profiter tout autant que la remporter. Je suis convaincu qu’en ces situations, nous pourrons véritablement devenir les premiers du groupe », balaie Vladimir Petkovic. Certes, si le latéral droit de la Juventus a également apposé son nom sur le tableau des scores ce samedi soir (83e), fort d’une endurance incontestable, reste à savoir si elle perdurera même à Lisbonne, où il sera confronté à ni plus ni moins que Cristiano Ronaldo. Mais pour le sélectionneur national, là n’est pas le nœud de la discussion. « Ce qui importe, c’est que nous fassions notre jeu et que nous dominions l’adversaire [ndlr, le Portugal] avec l’intelligence et la précaution qui s’imposent. Dans ce genre de rencontres, il nous faut absolument rester concentrés et solides 95 minutes durant. Cela ne signifie pas pour autant que nous devons nous rester groupés à l’arrière mais bien de savoir gérer nos instants défensifs, aussi bien qu’offensifs », conclut Vladimir Petkovic.

« La Suisse et le Portugal sont deux équipes concrètes dans ce qu’elles entreprennent. Ce sera un match très indécis mais surtout très intense »

Bernd Storck, sélectionneur de l’Équipe de Hongrie

Mais sur le sujet qu’en pense l’Allemand Bernd Storck ? « Les Suisses ont joué de manière très flexible et il y eut beaucoup de changements techniques tout au long du match – commente-t-il dans un premier temps avant de donner son avis sur la “finalissima” qui opposera la Suisse au Portugal – La Suisse dispose d’un jeu très ouvert et le Portugal également. Les deux équipes sont concrètes dans ce qu’elles entreprennent. Ce sera un match très indécis mais surtout très intense. » Le rêve peut continuer… à partir de là.

Les faits de match:
Suisse v Hongrie, 5-2 (3-0)

Composition de l'équipe de Suisse:
Yann Sommer, Stephan Lichtsteiner ©, Johan Djourou, Fabian Schär, Jean-François Moubandjé, Granit Xhaka, Fabian Frei (72e Denis Zakaria), Remo Freuler (84e Eren Derdiyok), Steven Zuber, Xherdan Shaqiri, Haris Seferovic (63e Breel Embolo).

Composition de l'équipe de Hongrie:
Péter Gulácsi, Mihály Korhut, Tamás Kádár ©, Ákos Elek (56e Dávid Márkvárt), Ádám Nagy, Roland Ugrai, Gergö Lovrencsics, Máté Pátkai, Roland Varga (69e Roland Sallai), Richárd Guzmics et Barnabás Bese (29e Ádám Lang).

Buts: 18e Xhaka (1-0); 20e Frei (2-0); 43e et 49e Zuber (4-0); 59e Guzmics (4-1); 83e Lichtsteiner (5-1); 89e Ugrai (5-2).
Notes: Parc Saint-Jacques, Bâle. 32'018 spectateurs.
Suisse sans Valon Behrami, Gelson Fernandes et Edimilson Fernandes (blessés). Hongrie sans Balázs Dzsudzsák (suspendu), Zoltán Gera et Ádám Szalai (blessés).
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About Yves Di Cristino (358 Articles)
Rédacteur en chef, membre actif de l'Association Suisse des Journalistes Indépendants (CH-Media) et de l'Association vaudoise de la presse sportive (AVPS). Étudiant en Master de Sciences Politiques à l'Université de Lausanne. Prépare un mémoire en histoire internationale focalisé sur les relations de Guerre Froide et de post-Guerre Froide.

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