Nouveauté

Nox Orae, le plus grand des petits festivals romands

« L’idée, c’est d’offrir de la musique actuelle qui soit hors des autoroutes de la musique commerciale »

C’est un week-end placé sous le signe du rock qui s’annonce à la Tour-de-Peilz. Pour sa huitième édition, le Nox Orae continue sur sa lancée en proposant une programmation pointue pour des oreilles exigeantes. Cadre bucolique et pieds dans l’eau, le festival joue les prolongations des vacances. À la veille de l’ouverture de ce petit coin de paradis, Hélène Brunet, présidente du comité d'organisation, répond à nos questions par téléphone.

L'affiche du festival Nox Orae 2017 à Vevey. © Oreste Di Cristino / leMultimedia.info

C’est la dernière ligne droite avant le début du Festival. Comment appréhendes-tu cette huitième édition ?

On se réjouit, comme chaque année. Presque une année de travail ! Mine de rien, on commence toujours assez tôt dès que l’édition précédente est terminée. C’est toujours le petit moment où tout se concrétise. On a commencé le montage en début de semaine, la scène est en train de se monter. Je suis d’ailleurs devant elle, la bâche vient d’être posée. C’est des petits moments comme celui-ci où on se dit : ça y est ! C’est là ! Et nous sommes contents. (rire)

Le pass deux jours étant sold-out depuis pas mal de temps, comment analyses-tu le succès de ce festival qui se démarque par son orientation plutôt rock ? Tu comptes d’avantage sur la fidélisation des habitués ou sur le renouvellement du public ?

C’est difficile à dire. On n’a pas beaucoup de recul, de chiffres. On a quand même fait un sondage il y a deux ans sur notre public. Nous nous sommes rendus compte qu’on a pas mal de gens qui viennent au delà de la région du lac. Nous étions assez étonnés parce que l’on a pas du tout un public qui se limite à la région. On a clairement un public de mélomane, de gens avertis qui se déplacent d’assez loin, de Suisse alémanique ou de France pour venir chez nous. C’est toujours chouette de voir que l’on touche des gens qui se déplacent et font l’effort de venir jusqu’à nous. Le pass deux jours a été, ces deux dernières années, écoulé presque le jour de la sortie de la programmation. Nous avons sorti un nom en avant première en même temps que le pass deux jours, du coup nous en avons vendu pas mal. Et le jour de la sortie complète, nous avons tout écoulé. Ce pass deux jours a toujours été là aussi pour encourager le public qui nous est fidèle et qui donne le signe à l’avance qu’il viendra. Nous sommes très contents de voir que notre festival a de plus en plus de succès. C’était notre première soirée sold out l’année dernière. Là, nous avons un petit peu augmenté la capacité du site et puis l’idée c’est aussi de pouvoir garantir au public une expérience qui soit confortable et agréable. On tient vraiment aussi au confort de nos festivaliers et au plaisir d’être sur place.

Cette année, la programmation s’oriente vers le rock psyché mais ce n’est pas forcément le cas de chaque édition. Est-ce qu’il est essentiel pour vous d’avoir une orientation spécifique lorsque vous finalisez la programmation ?

Je ne m’occupe pas spécifiquement de la prog’ mais nous avons deux programmateurs qui sont aussi les co-fondateurs du festival, Maude Paley et Joël Bovy. La ligne artistique est très vaste. L’idée, c’est d’offrir de la musique actuelle qui soit hors des autoroutes de la musique commerciale. Je crois que c’est quelque chose à laquelle nous tenons beaucoup. Maude et Joël travaillent beaucoup au coup de cœur, ils ont une wishlist de groupes depuis très longtemps, avec des noms qui reviennent chaque année. Parfois nous arrivons à les avoir… et souvent pas ! (Rires) Mais nous les retrouvons dans la liste les années suivantes. Souvent, la liste établie au début n’est pas la même que celle que nous avons au final. Maude et Joël travaillent beaucoup au coup de cœur, en essayant d’être d’accord les deux sur le programme. Il faut vraiment que les deux soient convaincus. Ils mettent aussi beaucoup l’accent sur le live, sur des groupes qui proposent des bonnes expériences sur scène et pas des groupes studio. Il peut y avoir des groupes qu’ils aiment beaucoup mais qu’ils ne programmeront jamais parce qu’ils trouvent que cela ne correspond pas au cadre que l’on offre. C’est un peu cela, la ligne de la programmation. Mais du coup, c’est vrai que cela ouvre à d’autres styles que le rock psychédélique. Nous avons eu des soirées beaucoup plus métissées avec Bombino par exemple [ndlr, guitariste touareg]. Parfois, c’est aussi le hasard des calendriers qui fait qu’un style se distingue des autres.

Cette année, l’on note pas moins de cinq exclusivités en Suisse: Slowdive, Foxygen, Ty Segal, The Jesus and Mary Chain et Faire. L’exclusivité est-elle un de vos critères afin d’attirer d’avantage de monde ?

Évidemment, c’est un plus d’avoir un groupe qui vient en exclu chez nous. Le marché des festivals est concurrentiel et c’est toujours un bonus. Maintenant, si c’est un élément constitutif de la programmation, je n’en suis pas sûre. C’est une plus-value et c’est génial de pouvoir offrir à notre public des groupes que l’on n’a pas vu ailleurs cet été. C’est vrai que du coup, cela participe aussi à l’idée de ne pas être sur les autoroutes. L’idée, ce n’est pas d’offrir le troisième concert de l’été qu’on aurait déjà vu à tel ou tel endroit dans les semaines qui précédent.

L’étendue d’herbe bordant l’unique scène du festival. © Oreste Di Cristino / leMultimedia.info

Parmi les artistes qui se produiront, on compte deux groupes bien de chez nous : Service fun et The Cats Never Sleep qui ouvriront les deux soirées. Est-ce qu’il est fondamental pour vous de laisser une présence suisse dans la programmation ?

Oui, c’est récurrent sur toutes les éditions. On a toujours eu un groupe local ou en tout cas suisse parce que c’est très important de représenter cette scène. La scène suisse est une scène extrêmement qualitative avec des projets musicaux géniaux et cela nous tient à cœur de garder une place pour ces groupes et de leur offrir aussi la possibilité de jouer sur une scène qui a de la gueule. C’est quelque chose auquel on tient et qui est récurrent. On a toujours eu un groupe suisse pour ouvrir les feux de la soirée.

Ty Segall, déjà présent en 2015 avec Fuzz est carrément venu vous chercher en demandant s’il était possible de revenir jouer au Nox cette année. Est-ce qu’il s’agit pour vous d’une preuve que le festival gagne ses galons d’années en années ?

Ce qui est sûr, c’est que nous essayons d’offrir au public et aux artistes une expérience et un petit plus, une identité du festival, les pieds dans l’eau et dans l’herbe. Les artistes, on les emmène faire un tour en bateau avec des bénévoles par exemple. L’idée c’est aussi de leur offrir une expérience, de leur donner envie d’en parler autour d’eux. Globalement, ils sont toujours contents, on a des bons retour et j’imagine que nous gagnons nos galons. En tout cas, nous faisons le maximum pour que ce soit le cas ! (Rires)

Alors qu’au Montreux Jazz Festival, la “Rock Cave” a été remplacée par le “Lisztomania”, ouvert à des styles assez éclectiques et que le For Noise a fêté sa dernière édition l’année dernière, qu’est-ce qui fait selon toi que l’engouement pour le Nox Orae ne faiblit pas?

C’est la grande question ! Je ne prétendrais pas pouvoir donner de réponse définitive ! (Rires) Je crois que si l’on avait une formule magique pour les festivals, on l’appliquerait tous. Nous sommes un petit festival, nous existons depuis pas si longtemps. Nous sommes plutôt en train de vivre l’ascendant : chaque année, nous sommes un peu plus pleins, nous sommes plutôt en train de vivre la montée de la popularité de notre festival ce qui est toujours très agréable. Après, pourquoi ? Je ne peux pas le dire. Nous avons très envie de rester comme nous sommes, c’est-à-dire d’avoir cette identité de petit festival qui n’a pas envie de devenir grand. On a envie de rester proche de notre public et des artistes, de continuer à offrir une qualité musicale mais aussi une qualité d’accueil et d’ambiance. Nous tenons beaucoup à notre petit côté bucolique dans notre jardin. Je ne peux pas dire si c’est la seule solution mais le pari que nous faisons, c’est d’essayer de rester proches de nos valeurs, d’être cohérents avec ce que nous avons toujours voulu faire et de ne pas grandir plus que ce que nous voudrions. En tout cas, c’est notre stratégie pour rester le plus cohérent et faire au possible avec la ligne que nous nous sommes fixée. Pour le moment, le public nous suit et nous en sommes vraiment très contents.

👉 La revue de concerts de vendredi !
Publicités
About Fanny Agostino (15 Articles)
Étudiante en bachelor à l’université de Lausanne en français moderne et en histoire et esthétique du cinéma, je m’intéresse aux diverses manifestations culturelles dans la région. Rédactrice “Culture” pour leMultimedia.info.

1 Trackback / Pingback

  1. Vendredi saint au Nox Orae – leMultimedia.info

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s