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De Nancy à La Havane, le monument musical composite de Son Del Salón

« Le troisième album, “Estados”, représente les premiers vrais risques que l'on a pris sur la construction de notre identité »

Au Village du Monde du Paléo Festival, Son Del Salón est un groupe dont l'écoute est une initiation à une culture du partage. Toutes les sonorités échangées avec le groupe cubano-français figurent dans les profondeurs des faubourgs de La Havane, bien qu'elles soient désormais teintées d'une modernité inévitable dans les compositions du collectif qui se laisse, avec son troisième album Estados, la possibilité d'explorer plus loin, vers des horizons nouveaux au bénéfice d'un souffle plus électroniquement et électriquement traditionnel. Julio David López Pérez, chanteur à la guitare, maracas et güiro, nous a ouvert les portes de leur passion commune, située autour de la sacro-sainte musique cubaine.

Julio David López Pérez à la guitare sur la scène du Dôme dimanche après-midi au 42e Paléo Festival de Nyon. © Oreste Di Cristino / leMultimedia.info

Trois albums, 500 concerts à travers l’Europe et un première au Paléo Festival. Quel ressenti en avez-vous retiré de votre passage sur la scène du Dôme dimanche (16h45) ?

Nous avons vraiment passé un super moment avec un public présent et très tourné vers le partage. Nous avons eu beaucoup d’échanges, tant par la danse, par le chant et par le rythme qu’il marquaient avec nous. Ce fut un moment de joie constant, sans qu’il n’y ait de moment de relâche. C’est quelque chose qui nous a vraiment marqués. Une heure après, l’on est encore bien remontés.

Vous venez de Nancy mais êtes adeptes à la musique cubaine. En réalité, vous êtes plus de France que de Cuba…

Tout-à-fait. Le seul Cubain natif du groupe, c’est moi-même. Les autres membres sont Lorrains. Nous nous sommes effectivement tous rencontrés à Nancy, même si aujourd’hui, nous sommes un peu tous éparpillés entre Paris et Nancy mais nous partageons tous une affection pour la région de Lorraine. Et ce, depuis huit ans que nous travaillons ensemble, par la création de ce groupe autour de la musique cubaine, au début traditionnelle. Aujourd’hui, l’on se permet toutefois beaucoup plus de libertés envers cette tradition, même si cet ADN de la musique cubaine reste ancrée en nous. Chacune de nos chansons garde une couleur traditionnelle de Cuba mais nous avons souhaité aller vers d’autres horizons. Nous ne nous sommes plus fermés à l’extension vers d’autres styles.

On va parler de ce troisième album qui est un peu différent des deux premiers. Mais avant, vous rappelez bien que la musique de tradition sur l’île des Caraïbes est le point fondateur de votre groupe, sur lequel vous vous êtes tous mis d’accord depuis le départ…

C’est juste même si nous ne nous sommes pas mis d’accord, en réalité. Nous nous sommes simplement réunis autour de la musique cubaine. Nous étions tous des musiciens qui l’aimaient ou en étaient curieux et nous avons tous souhaité apprendre à la jouer du mieux possible. Nous avons dans un premier temps cherché à en faire notre musique – en apprendre les bases – avant de dépasser le versant scolaire de la reproduction pure et simple de ce que font les Cubains depuis plus d’un siècle, tout en dessinant notre propre personnalité musicale sur les fruits de ces racines cubaines qui sont devenues notre source. Nous y gardons toujours des instruments typiques de Cuba comme le tres [ndlr, joué par Anthony Hocquard], qui est une guitare atypique du lieu, le güiro, les percussions et les congas, auxquels s’ajoutent désormais une guitare électrique, du piano et une batterie. L’on intègre d’autres sonorités, d’autres rythmes, toujours mélangés avec une ombre, une saveur – notre âme – de cette Cuba traditionnelle.

Cette exploration nouvelle vers d’autres horizons est justement le propre de votre troisième album Estados. C’est une nécessité, ou un désir, une pulsion d’être dans l’ère du nouveau temps ?

Parlons plutôt d’une nécessité pour le groupe. Nous aimons beaucoup la musique cubaine mais tous n’avions pas envie de ne faire que ça. C’était une nécessité d’authenticité, de rechercher une touche qui nous soit propre. Que ce ne soit pas juste une bonne ou une mauvaise copie d’un style particulièrement répandu sur l’île. Nous souhaitons créer humblement quelque chose qui nous ressemble, sans chercher plus loin. C’est ce que l’on a essayé de faire dans ce troisième album qui est un premier pas pour sortir d’un univers clos. C’est ce que nous allons essayer de renforcer, avec l’enregistrement en septembre de notre quatrième album dont nous avons joué certains morceaux en prémisse ici, au Paléo. L’objectif étant d’aller encore plus loin dans l’épure de notre univers – sans pour autant s’éloigner de la musique cubaine.

Vous vous approchez de l’album de maturité ?

Le troisième album représente les premiers vrais risques que l’on a pris sur la construction de notre identité. Le quatrième sera, sans doute – je l’espère comme tous les autres membres du groupe – un aboutissement de cette envie commune que nous partageons depuis le début [ndlr, en 2009]. Bien sûr, s’il y en a d’autres, nous ne manquerons pas d’aller beaucoup plus loin [rires]. On verra bien; l’on ne s’interdit rien tant que l’on puisse tous se reconnaître dans nos productions.

Très vite, vous êtes sortis d’un répertoire – comme c’est le cas au début de chaque formation de groupes – de reprises. Vous avez très vite débuté avec vos compositions et vos chansons personnelles, sans pour autant qu’il n’y aie un quelconque temps d’adaptation.

Le groupe s’est créé par nos compositions, donc en effet, le répertoire de reprises n’a jamais vraiment vu le jour. Certes, nous avons beaucoup joué des classiques de la musique cubaine, tels que les grands morceaux de Buena Vista Social Club, Compay Segundo, Ibrahim Ferrer, Guillermo Portabales, Benny Moré et tous les grands noms de la musique cubaine de l’époque. Mais ce répertoire est toujours resté dans l’ordre de l’informel et n’a duré que très peu de temps, même pas une année. Très rapidement, une partie du groupe est partie pour une tournée de plaisir – qui ressemblait surtout à des vacances – et quelque chose s’est alors réveillé – une espèce d’osmose – à l’intérieur des trois membres fondateurs, entre nous. Nous y avions beaucoup fait les terrasses des bars et en rentrant, nous nous sommes véritablement mis à composer et de là, est né le premier album et donc, le groupe. Ce fut la vraie naissance du collectif, à ce moment précis.

Pour beaucoup de groupes qui étaient présents tout au long de la semaine au Village du Monde de Paléo, la musique est partie de la cumbia pour ensuite la déformer, la re-moderniser dans des proportions très créatives. Chez vous, l’on a l’impression, au contraire, que vous finissez par y arriver, dans une empreinte cubaine très prégnante. Est-ce juste de voir votre musique dans ce sens-ci ?

Il est vrai que nos chansons contiennent beaucoup de cumbia. Ce n’est pourtant pas un style qui est arrivé volontairement. L’on est plusieurs à composer dans le groupe, et par moments, à l’heure de composer ou créer une chanson – dépendant du feeling des uns et des autres mais aussi de nos écoutes qui varient suivant les temps – nous tirons le fruit de nos idées et de nos inspirations diverses. Il n’y a pas une volonté d’aboutir vers un genre précis, comme celui de la cumbia. La seule ligne directrice que nous nous fixons est le maintien des racines cubaines dans l’esprit du groupe, avant de nous laisser emporter par le vent de nos pulsions qui nous paraîtront cohérentes ou adaptées. Il y a, en fait, très peu d’interdit dans nos chansons et la cumbia fait partie des styles que nous aimons beaucoup donc naturellement nous la retrouvons dans nos compositions.

Vous allez jouer sur la scène de l’Escale (20h45), une expérience différente que la scène du Dôme que vous avez foulée il y a peu (16h45) et qui se rapproche des concerts de rue que vous avez peut-être pu connaître à vos débuts…

Nous serons dans un rapport plus intimiste aussi parce que notre formule sera plus petite. Le batteur, percussionniste [ndlr, Thibaut Chipot] n’aura pas de batterie mais juste un cajón et des bongos. Nous serons dans une version nettement plus acoustique et du coup, plus traditionnelle. Nous y aurons l’occasion de revenir sur ce que nous faisions avant, dans la plus pure tradition cubaine. Nous avons commencé dans la rue en France; nous sommes partis d’une tournée qui s’est montée presque par accident. Un des membres du groupe avait un souci de santé et du coup, les trois autres sont partis à l’aventure, dont Thibaut et Anthony. Et ce fut une tournée complètement ressentie et sans grande envergure formelle. Nous nous arrêtions dans une ville et cherchions aussitôt un lieu pour chanter et je pense que Thibaut [ndlr, qui vient d’arriver près du lieu d’interview dans les backstages du Dôme] peut en parler aussi bien que moi.

Thibaut Chipot: Mais de quelle tournée parle-t-on ? de l’officielle ou de l’officieuse ? Celle où l’on avait de vrais concerts ou celle où l’on en avait pas ? [rires] Je ne peux que confirmer ce que vient de dire Julio, je vérifie l’information [rires]. Je m’occupe personnellement du set de percussions qui ressemble de plus en plus à une batterie.

Vous restez en réalité dans des tonalités très acoustiques et vous ne touchez pas encore à l’élévation électronique du genre ?

Thibaut: Nous réfléchissons, en réalité, à inclure des séquences, ou seulement quelques touches, d’électro mais pour l’instant, l’on ne s’y est pas encore jetés dedans. Nous ne nous fermons pas la porte mais ça restera, quoi qu’il arrive, très acoustique. Le but n’est pas de faire le “Gotan Project” [ndlr, un groupe franco-suisse et argentin, mélangeant l’électro au tango] de la musique cubaine. Nous souhaitons rester dans de la musique jouée, même s’il y a déjà un peu de guitare électrique. Pour l’instant, l’on est bien là où l’on est même si l’on ne sait pas ce que l’avenir nous réserve, dans cinq ou quinze ans.

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About Yves Di Cristino (341 Articles)
Rédacteur en chef, membre actif de l'Association Suisse des Journalistes Indépendants (CH-Media) et de l'Association vaudoise de la presse sportive (AVPS). Étudiant en Master de Sciences Sociales et Politiques à l'Université de Lausanne.

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