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Athletissima: Triple saut de compétition avec Christian Taylor et Pablo Pichardo

« Passer les 18 mètres, c’est très épuisant sur le plan émotionnel même si la satisfaction est présente », Christian Taylor

Lors du 42e Athletissima, le détenteur de la meilleure performance mondiale de l'année, double champion olympique et champion du monde en titre, Christian Taylor affrontera sur le sautoir du Stade de la Pontaise son rival cubain Pedro Pablo Pichardo, double vice-champion du monde pour une course aux allures folles. Qui des deux s'approchera du record du monde de Jonathan Edwards (18,29 mètres), détenu par le Britannique depuis 1995 ?

Christian Taylor, détenteur de la meilleure performance mondiale de l'année, tentera de passer la distance des 18 mètres à nouveau sur le sautoir de Lausanne. © Oreste Di Cristino / leMultimedia.info

S’il est une discipline qui puisse promettre compétition et suspense lors de la 42e édition d’Athletissima, nul ne devrait rivaliser face au concours du triple saut. Une raison simple, c’est la discipline où le record du monde est à portée de main, où la compétition est telle qu’elle ne laisse place à aucune hésitation. Surprenant depuis le début de la saison, le double champion olympique (2012 et 2016) et champion du monde en titre (2015) de la discipline Christian Taylor se réserve encore l’énergie suffisante pour sans doute parvenir à dépasser d’ici la fin de la saison régulière la distance symbolique des 18 mètres. Parvenu à se projeter plus loin que tout le monde à Eugène, le 27 mai dernier, établissant le World Lead à 18,11 mètres, l’Américain est sans doute parvenu à rappeler que l’ancien record de Jonathan Edwards (18,29 mètres), établi en 1995, tenait tout juste bon face à la croissante rigueur des compétiteurs actuels. Et cela promet du spectacle à 24 heures du meeting de Lausanne. « Je m’entraîne pour les 18m depuis toute l’année. Cette année, je les ai atteints dès le mois de mai et c’est grâce à mon tempérament. J’aime que l’on me pousse à dépasser mes limites. J’ai hâte de repasser au-delà des 18m, même demain à Lausanne où j’avais déjà fait 18,06 mètres en 2015, avant de passer les 18,21 plus tard dans la saison [ndlr, au championnat du monde de Pékin] », explique Christian Taylor en conférence de presse au Mövenpick Hotel d’Ouchy. Pourtant la différence est telle de porter la marque au-delà du seuil mondial lors de championnats du monde que lors d’un meeting de l’IAAF Diamond League. Des expériences différentes : « Les 18,21 mètres étaient en plein championnat [du monde à Pékin]. Ce fut un résultat et une course complètement fous et le fait que Pedro Pablo Pichardo sautait après moi, cela m’a poussé au résultat. À Eugène [soit, les 18,11 mètres], c’était différent. C’était un meeting et je ne m’attendais pas à faire aussi bien aussi tôt. Néanmoins, la concurrence demain devrait me permettre de dépasser à nouveau mes limites », lâche l’athlète confiant de ses chances d’établir de meilleures performances sur le sautoir de la Pontaise. Ceci, même si la concentration nécessaire pour parvenir à réitérer un tel résultat s’avère lourde : « Les émotions sont importantes, même un mois après. Après ce type de saut, je suis épuisé pendant plus d’un mois parce que je mets beaucoup d’énergie, beaucoup de moi-même dans ce genre de saut. C’est très épuisant sur le plan émotionnel même si la satisfaction est présente. »

À la chasse de la meilleure performance mondiale de l’année

Comme à chaque rendez-vous, la volonté première s’arrête à l’établissement de la meilleure performance mondiale de l’année que détient donc, en 2017, Christian Taylor depuis le meeting d’Eugène, le 27 mai dernier. L’amélioration de la marque semble possible sur la piste cendrée des Plaines-du-Loup, aussi car les conditions météorologiques s’annoncent optimales, et où le vent de devrait pas dépasser les 2,0 m/s, seuil limite pour la validation des performances. En 2015, la compétition avait réservé un duel passionnant entre Christian Taylor et Pablo Pichardo, où l’épreuve fut dominée lors des deux derniers sauts par l’Étasunien, d’abord par une réussite à 18,02 mètres à la cinquième tentative, puis 18,06 à la sixième (record du stade), dominant définitivement les 17,99 mètres du Cubain.

« Concourir pour un championnat et concourir pour établir un record sont deux choses différentes »

Christian Taylor

L’occasion est belle de faire encore mieux en 2017, peut-être même, pourquoi pas, avec l’établissement d’un nouveau record du monde pour Christian Taylor, lui qui a déjà tout gagné. Sensible et possible dans un meeting de l’envergure de Lausanne ? « Je n’ai personnellement jamais établi de record du monde donc j’espère pouvoir y répondre quand j’aurai également de l’expérience dans le domaine », plaisante l’athlète avant de poursuivre : « Néanmoins, l’état d’esprit entre un championnat du monde et un meeting change radicalement. Quand le public porte en nombre dans les championnats du monde, il n’y a pas de place pour les mauvais jours et les performances au rabais. Tous les sauts ont une importance et le résultat en devient précieux. » De même, il semble que plusieurs prédispositions rigoureuses sont requises à l’approche d’une meilleure performance mondiale de tous les temps comme le rappelle Christian Taylor : « Concourir pour un championnat et concourir pour établir un record sont deux choses différentes. Je sais comment me préparer pour un championnat ou un meeting mais je n’ai pas la recette pour les records. Quand je vois qu’à Paris, avec de bonnes conditions, j’atterris à quelqu’un mètre du record, c’est qu’il y a encore du travail à accomplir. Mais ma manière de préparation est acharnée. Je donne vraiment tout pour parvenir à ce record que j’attends avec beaucoup d’ardeur et d’excitation. » Un accomplissement auquel sont également préparés le Cubain Pedro Pablo Pichardo et le compatriote Will Claye. De quoi hausser le niveau de la discipline lors des prochaines sorties, et à Lausanne en premier lieu.

Christian Taylor, 24 heures avant la 42e édition d’Athletissima. © Oreste Di Cristino / leMultimedia.info

Un besoin de compétition

Nombreux sont les athlètes concourrant face à eux-même et face à leur limites. Tous, en revanche, concourrent immanquablement pour la compétition, et lorsque celle-ci perd en intensité, l’exercice en devient subitement moins absorbant. Nul doute que Christian Taylor a l’énergie suffisante pour aller chercher son Personal Best, mais son énergie seule sera canalisée par la concurrence, lourde et immuable jeudi soir à la Pontaise et cela, il ne le cache pas : « Je suis en super forme. Il me faut avoir cette concurrence et ce combat qui me porte. Le concours avec Pichardo était dans un contexte où il dépassait les 18m chaque semaine. Il m’est nécessaire de concourir dans un cadre compétitif », lâche-t-il face à l’assistance en conférence de presse avant de continuer : « Je crois vraiment que la concurrence est à chaque fois très bien garnie. Tout le monde est capable de sauter très loin grâce à la concurrence. Et avec le talent de Pichardo, l’on ne peut pas dire qu’il manque de niveau. Chacun s’aide mutuellement afin d’offrir un spectacle grandissant sur le sautoir. »

« Pablo Pichardo m’a redonné goût à la compétition »

Christian Taylor

En réalité, la rivalité quasi fraternelle entre Christian Taylor et Pablo Pichardo remonte à quelques années, du temps où les deux se retrouvaient en compétition aux États-Unis : « Avant, nous étions souvent en compétition en Floride ensemble. Nous cherchions d’ailleurs à concourir ensemble. Quand nous sommes tous les deux sur le concours, nous avons besoin de cette rivalité, pour être meilleur à chaque fois. » Longtemps, pourtant Taylor a concouru sans le Cubain sur les sautoirs mondiaux. Une période que Christian Taylor sait révolue et s’en rassure presque : « Je suis très heureux du retour de Pablo Pichardo. J’aurais bien aimé que l’on puisse échanger davantage car c’est lui qui a ravivé la flamme de l’athlétisme pour moi. Il m’a poussé à dépasser mes limites. Je souhaitais un temps – et encore maintenant – à chaque fois le retrouver pour parvenir à concourir avec lui, de manière à ce que l’on parvienne à se pousser mutuellement. Nos confrontations passées sont nécessaires et je me réjouis qu’elles reviennent maintenant. » Une rivalité si puissante, si éternelle et si productrice que les résultats chiffrés ne suffisent parfois même plus à contenter l’athlète. Prêtant sa hargne de la défaite, même un saut au-delà des 18 mètres ne suffit alors pas à assouvir ses désirs de performance, l’Américain jugeant une seconde place en concours négligeable et inféconde. « Je n’aime vraiment pas perdre – explique Taylor avant de poursuivre – Ma dernière grande défaite était à Doha face à Pichardo [ndlr, en Diamond League 2015]. J’ai vraiment eu beaucoup de peine à m’endormir et malgré mes 18,04 mètres, je n’arrivais pas à me contenter du résultat, derrière Pichardo [18,06]. » Un véritable compétiteur.

Même engouement compétitif au saut à la perche

Il a été le 21e athlète de l’histoire à avoir franchi la barre symbolique des six mètres à la perche à Sacramento le 25 juin dernier; Sam Kendricks a été tout sourire en conférence de presse, 24 heures avant le meeting de Lausanne. Détenteur également du record du stade à la Pontaise, enregistré l’année dernière à 5,92 mètres [Lire le compte-rendu], l’Américain tentera de préserver son avance sur Renaud Lavillenie sur le sautoir des Plaines-du-Loup, la meilleure performance mondiale de l’année s’y jouant très probablement entre les deux rivaux. Une occasion certaine, également, pour le Charentais de battre sa meilleure marque de l’année, bloquée à 5,83 mètres à Shanghai le 13 mai dernier. Quoi qu’il en soit, le concours promet de grandes émotions avec la présence de l’entier podium du dernier championnat du monde de Pékin en 2015. « Une très belle occasion de montrer que nous sommes de retour tous au très haut niveau. Le niveau est sans doute plus élevé qu’en 1980 car c’est rare de voir cinq sauteurs passer la barre des 6,00 mètres en 15 mois », rappelle le recordman du monde Renaud Lavillenie.

Un plateau auquel s’ajoute également le nouveau phénomène suédois de la discipline, Armand Duplantis qui concourra pour son deuxième grand meeting de sa carrière en élite à Athletissima jeudi soir. Une présence qui n’est pas sans rappeler les trois participations de son père Greg au meeting de Lausanne, dont le meilleur résultat remonte en 1992 avec une quatrième place perchée à 5,60 mètres, face à un certain… Sergueï Bubka. Armand concourra néanmoins pour améliorer sa meilleure marque en carrière, les 5,90 mètres sautés à Austin en avril dernier, à seulement 17 ans. Une nouvelle grande compétition pour l’Américano-Suédois après sa quatrième place au meeting d’Eugène le 27 mai dernier: « Ma dernière compétition du mois de mai en élite était très différente des compétitions de lycée aux États-Unis, une nouvelle barre d’entrée, une nouvelle concurrence et une nouvelle pression pour moi, une très bonne expérience pour moi et j’espère pouvoir continuer l’aventure demain avec de la concurrence aussi élevée », lâche-t-il pour sa première apparition en conférence de presse. « Je suis un grand fan d’Armand, il va sans doute faire monter le niveau de la discipline. Je ne pense pas que nous aurons une si grande différence comme par le passé, nous aurons une certaine continuité et Armand va contribuer fortement à cela », lâche le World Leader Sam Kendricks à l’encontre de son compatriote, malgré qu’Armand ne représente la Suède en compétition officielle.

À Lausanne, donc, un rendez-vous incontournable en présence des meilleurs éléments de la discipline, en répétition générale des Mondiaux de Londres du 5 au 13 août prochains. Un meeting qui se voudra sans doute mémorable pour la sélection mondiale de l’épreuve. « London is my place ! La pression est sur le champion du monde [ndlr, Shawn Barber], le champion olympique [Thiago Braz Da Silva] et éventuellement sur le World Leading [Sam Kendricks]. Donc tout le monde sauf moi », plaisante Renaud Lavillenie, détendu à l’Hôtel Mövenpick d’Ouchy.

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About Yves Di Cristino (341 Articles)
Rédacteur en chef, membre actif de l'Association Suisse des Journalistes Indépendants (CH-Media) et de l'Association vaudoise de la presse sportive (AVPS). Étudiant en Master de Sciences Sociales et Politiques à l'Université de Lausanne.

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