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Portrait – Nathanaël Rochat, l’humoriste qui vise juste

« Sur la RIE 3, j’ai tapé sur la gauche comme la droite et je n’ai pas donné mon avis. »

Ce n’est pas vraiment un humoriste surexcité mais il trouve les mots justes pour marquer les esprits. Avec un langage populaire, très précis et clair dans ses vannes, Nathanaël Rochat est un homme du terroir helvétique que l’on entend sur La Première ou sur scène. Jamais il ne s’est senti obligé de partir pour réussir. « Moi qui vient de la Vallée de Joux, fréquenter et jouer pour la « jet-set » vaudoise, c’est déjà une forme de réussite », commente-t-il avec amusement.

Nathanaël Rochat n’est jamais parti à Paris. Il est resté là où il se sent mieux. © Yves Di Cristino / leMultimedia.info

Quand on parle de Nathanaël Rochat, c’est souvent sa nonchalance que l’on souligne. Peut-être que plus que cela, c’est sa tenue vestimentaire décontractée, son langage populaire, très simple et clair pour le public, qui en fait une figure bienveillante. Pour mieux comprendre, il faut interroger son entourage. « C’est un mec extraordinaire, il parle aux gens du coin », pour Pierre Naftule, son manager ; « l’un des hommes le plus drôle de Suisse, qui a essuyé seul les premiers plâtres du stand-up pendant longtemps » pour Wiesel, qui en fait régulièrement l’éloge lors de ses propres interviews. Au fond, ce n’est pas surprenant que des collègues de longue date apprécient son style. Il est parfois un peu bourru et avoue ne pas toujours savoir faire des bons choix de carrière, mais au fond, c’est un homme attachant et d’une grande simplicité.

« C’est important d’être accessible pour tout le monde »

Lui, assume sa personnalité : « Je crois, comme on me le dit, que je revendique un côté régional et il clair que je ne vais pas parler comme un parisien. On a évoqué le « bon sens paysan » à mon sujet. Au fond, c’est ma nature qui ressort. D’ailleurs, comme dit le proverbe « chasse le naturel et il revient au galop. » Mon langage est aussi un poil recherché. En fait, j’ai beaucoup écrit avant l’humour, notamment un livre qui est resté dans un tiroir. Cela me vient probablement de là. Sur mon style d’humour, Ernest Hemingway disait « Poor Faulkner. Does he really think big emotions come from big words ? » et justement, je trouve que c’est important d’être accessible pour tout le monde dans ce métier. » Tout comme les humoristes qu’il admire finalement.

Car il apprécie les Britanniques Ricky Gervais, Micky Flanagan et l’Australien Steve Hughes dont il parle avec passion. « Ricky Gervais, je l’ai découvert par mon ex-femme, qui est anglaise, explique Rochat. J’ai vécu deux ans en Angleterre et j’ai vu que là-bas c’est une industrie. Micky Flanagan, lui, va jouer en banlieue, voir les prolos du coin et fait des blagues qui leur parlent. » Il trouve sympa de parler aux populations locales et le fait à son tour, comme lors de spectacles privés pour des clubs de football romands. « Y en a qui disent qu’ils auraient préféré Yann Lambiel au lieu de moi alors je leurs réponds que j’aurais préféré Manchester United. », raconte-t-il dans son spectacle Live Unplugged. Un show à la première personne, du genre du stand-up, où l’humoriste vient raconter ses blagues inspirées de sa vie entre la Vallée de Joux et le reste de la Romandie.

Nathanaël joue son va-tout humoristique mais connait ses limites à la dérision politique. © Yves Di Cristino / leMultimedia.info

Avec Rochat, l’humour politique peut aussi fédérer

Plutôt que de partir, Nathanaël Rochat joue dans toutes les villes romandes. Lausanne, Vevey, Genève mais aussi Genthod, Romont, Onex, Fribourg, etc. car humoriste est un métier où l’on voyage aussi dans la campagne. La radio le propulse et ses spectacles solos ou Rochat-Wiesel (ils jouent en alternance 30 minutes chacun et chacun attire un public qui découvre l’autre acolyte) le font tourner. De 2015 à 2016, il a même prêté sa plume pour Le Temps à travers une chronique sur le sport. Son travail paie aujourd’hui, mais il a mis dix ans pour devenir humoriste pro à plein-temps. « Jusqu’à il y a cinq ans, je bossais chez des avocats lausannois à 60%. Mais j’écrivais à côté car ce que je faisais ne me plaisait pas. », révèle-t-il.

Pas moins politique, il a débuté à la radio sur La Soupe, une vieille émission qui marchait bien, mais pas toujours pour lui : « Je me donnais parfois une mission de dénonciation, mais c’était des échecs. En fait, il faut avant tout vouloir faire rire. Et ces échecs m’ont fait comprendre qu’il faut que je reste à ma place. » Depuis, il voit quelles limites ne pas franchir après les polémiques des chroniques de Wiesel (ou d’autres) sur les réseaux sociaux : « Après sa chronique critique d’Erdogan, je n’oserais jamais traiter comme ça ce sujet. J’ai deux enfants et avec toutes les menaces que Thomas a reçues, si ça avait été moi ça ne n’aurait pas du tout plu. Je fais avant tout ce métier pour me marrer. Je crois que Thomas a porté le fardeau des menaces un peu seul. » On constate là, que l’humour politique peut vite déraper et inquiéter les humoristes eux-mêmes. « Il faut aussi utiliser le conditionnel, on me l’avait un peu conseillé. » Ce qui sonne un peu comme une excuse facile. « Et se moquer de tout le monde, ajoute-t-il. Sur la RIE 3, j’ai tapé sur la gauche comme la droite et je n’ai pas donné mon avis. » De cette manière, l’humour politique n’est pas condamné à diviser mais bien à faire rire.

Réussir sans partir

Né et élevé jusqu’à l’âge de 16 ans à la Vallée de Joux, il s’installe ensuite à Lausanne. Contrairement à tous ses collègues romands, il n’est jamais parti à Paris. « À la télévision, tout le monde tente sa chance au Jamel Comedy Club, mais je ne voulais pas y aller car cinq minutes de temps seulement, c’est pas suffisant pour que le public s’adapte à mon style. Sept ou huit, j’aurais été d’accord. Du coup je voulais une affiche de spectacle où c’était écrit « Le seul mec qui n’est pas allé au Jamel Comedy Club » (rires).

De toute façon, le marché de la capitale française est assez bouché selon lui. « Je suis plus à l’aise en Suisse qu’en France car je connais bien ma région alors que si je vais à Paris, il y a 10’000 humoristes qui connaissent mieux le pays que moi. Et les producteurs que l’on peut rencontrer là-bas, il y en a pleins qui se sont autoproclamés ce titre mais on ne sait pas qui ils sont. Quand ils me donnent leur carte de visite je leur dit « ok, je vous rappelle » mais je ne les rappelle pas car je ne sais pas si ce sont des gens sérieux ou des guignols. Mais la raison numéro une ce sont mes deux enfants pour qui je ne veux pas quitter la Suisse. En revanche, quand on m’invite à l’étranger je ne dis pas non. J’ai été aux festivals Juste pour Rire à Montréal en 2015 et ComediHa! à Québec ainsi qu’au Marrakech du Rire en 2012. » Comme Wiesel, Lambiel ou Marie-Thérèse Porchet pour ne citer qu’eux, il réussit aussi bien sans s’expatrier. C’est bon à savoir.

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About Patrick Aimé (81 Articles)
Journaliste passionné, spécialisé dans le rugby et l'humour.

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