Nouveauté

Stand-up Comedy : des États-Unis à Montreux

« J’ai invité quatre filles mais une seule a pu venir et le but n’était pas de faire des quotas. C’est mon grand regret », Thomas Wiesel

Stand-up, késako ? Tous les humoristes ne le définissent pas de la même manière, mais peu importe car ils ont tous envie de rire avec le public du Montreux Comedy Festival. Vendredi en français et dimanche en anglais, les stand-up comedians du monde entier étaient réunis à Montreux. Récit d’un genre humoristique renouvelable après la clôture du festival hier soir.

Poussé par l'équipe dirigeante du festival, Thomas Wiesel a présenté son premier gala au festival de Montreux. © Montreux Comedy / Laura Gilli

« I am an American who performs stand-up comedy in French and it sucks » disait Sebastian Marx, New-Yorkais installé à Paris depuis douze ans, lors du gala anglophone. Derrière la blague, le stand-up comedian sous-entend que le genre humoristique vient droit des États-Unis où il a fleuri au cours du XXe siècle. Selon l’encyclopédie Britannica, les racines du stand-up apparaissent dès le XIXe dans le théâtre de Vaudeville et grâce à Mark Twain, orateur comique. Sa popularisation survient pendant la Seconde Guerre mondiale quand Bob Hope en pratique face aux troupes militaires américaines pour les divertir. Depuis, le stand-up comedy est un mélange de confessions et de tribune philosophico-politique qui n’a pas de limite tant que les humoristes auront une personnalité forte, qui se démarque. Aux États-Unis, pays de l’entertainment (« divertissement » en français, ndlr), faire de l’humour est typique dans tous les discours que ce soit ceux d’hommes politiques, des présentateurs de shows TV ou même des pasteurs. Tout le long de son mandat, Obama n’a cessé de faire recours à la dérision car c’est un atout pour gagner en capital sympathie. Il s’est prêté au jeu maintes fois, même en slamant dans le Tonight Show with Jimmy Fallon. Que ce soit par la télévision, la radio, les YouTubers ou le stand-up, le milieu de l’entertainment est aux États-Unis et son voisin canadien une véritable industrie, loin de celle que l’on connaît en Suisse. Cependant, de nombreux humoristes Français et Romands d’aujourd’hui se sont lancés dans le stand-up en s’inspirant des Américains ou autres anglo-saxons qu’ils ont découvert sur internet. Vendredi soir, ils étaient dix francophones programmés lors du gala « Génération Stand-up ».

Une nouvelle génération accompagnée de vieux briscards

Pour tenir la promesse « On va rire de tout », le Président-fondateur Grégoire Furrer et son directeur artistique Jean-Luc Barbezat ont proposé à Thomas Wiesel, humoriste réputé pour son impertinence, de présenter un gala en invitant ses collègues et amis humoristes. Ont compté avec lui certains de la vieille génération comme Nathanaël Rochat, le premier stand-up comedian romand qui lui avait prouvé qu’exercer le métier en Suisse était possible, mais aussi Kyan Khojandi, le co-créateur des micro-séries de Canal+ Bref et Bloqués et Mike Ward, star outre-Atlantique, et désigné meilleur humoriste de l’année 2016 au Québec par le public. Très applaudi par une salle complète, Wiesel a introduit le gala en parlant de sa folle année 2016, celle de tous ses records. Il raconte sa nouvelle vie comme lorsqu’un passant lui aurait demandé un peu bêtement « Ton histoire de stérilité (car il l’est véritablement, ndlr), c’est héréditaire ? ». Bien qu’il soit le plus médiatique des Suisses de sa génération, beaucoup ont un bon niveau. Les Français Adrien Arnoux, Shirley Souagnon, Navo, Jason Brokerss étaient là ainsi que les Romands Charles Nouveau et Yoann Provenzano, ses collègues qui luttent avec lui pour développer le stand-up en Suisse. Le carton de la soirée vient de Mike Ward. Il craignait que le public ne le comprenne pas parfaitement faute de son accent québécois, mais comme souvent c’est sa personnalité qui a été déterminante lors de son passage bien en dessous de la ceinture. Le temps d’une soirée, Romands et Français sont sortis de l’ombre de collègues parisiens, maîtres du jeu d’acteur dans leurs sketches et ont défendu le genre du stand-up. Or, il y a parfois confusion car tous ne sont pas d’accord sur une définition. Jérémy Ferrari, de passage au festival pour son spectacle « Vends 2 pièces à Beyrouth » (lire et écouter Jérémy Ferrari sur nos colonnes) disait: « Je ne sais pas ce qu’est le stand-up ni si j’en fais. L’important c’est d’être drôle. » Or pour son gala, Wiesel ne voulait « que des humoristes du stand-up, sans créer une histoire en fil conducteur de la soirée ». Que le public découvre mieux le genre. Wiesel est ouvertement féministe, mais seule une femme, Shirley Souagnon, a répondu présent pour son gala. « J’ai invité quatre filles mais une seule a pu venir et le but n’était pas de faire des quotas. C’est mon grand regret », déclare-t-il. À sa décharge, les humoristes romandes sont peu nombreuses puisque dans la génération de Wiesel, il n’y en a qu’une… Marina Rollman. Une situation impensable aux pays anglo-saxons, où le stand-up est à l’humour ce que le vin est à la France : un mythe de l’histoire nationale.

« Qui fume du cannabis ? Et qui a un ami qui en prend ? » Sebastian Marx

Dimanche, ils étaient tous anglophones, même la japonaise Yuriko Kotani. Depuis 2015, la marque Montreux Comedy résonne à l’international grâce aux efforts de Grégoire Furrer qui lutte de front en voyageant à Edimbourg, Montréal, New-York et même Johannesburg où il a lancé un autre festival d’humoristes (lire l’interview de Grégoire Furrer à ce sujet). C’est Jason Goliath, génial dans le rôle de présentateur, qui a conquis le public avant que ne performent Ronny Chieng, qui travaille pour la chaîne de l’entertainment Comedy Central, Rachid Badouri ou encore les francophones parfaitement bilingues comme Thomas Wiesel et Adrien Arnoux.  Une fois n’est pas coutume, Sebastian Marx a également posé la question du cannabis, en référence à sa légalisation dans certains États américains. Constatant la consommation très répandue, il a interrogé la salle : « Qui fume du cannabis ? Et qui a un ami qui en prend ? », or elle a répondu, amusée, positivement à la deuxième question. Mike Ward était à nouveau là, c’est un humoriste star mais controversé depuis des blagues sur Jérémy Gabriel, un enfant handicapé de douze ans. Poussé au tribunal par sa famille et une Commission défendant les droits des individus, Ward a été condamné au Québec pour « discrimination contre un handicapé », ce qu’il conteste car à ses yeux la blague portait sur autre chose. Les autres humoristes ont fait voyager le public en Afrique, au Japon, ce que souhaitait la directrice exécutive Chloée Coqterre qui disait de Mamane, invité par le passé, « avec lui, nous apprenons quelque chose sur l’Afrique » (lire son interview complète). Depuis 2015, le festival organise chaque année un gala en anglais. Pour que les humoristes du monde entier viennent jusqu’à Montreux, M. Furrer déploie de grands efforts pour obtenir des subventions de la commune. Pour remercier les élus montreusiens, il les accueillait quelques heures avant le show avec le syndic Laurent Wehrli pour les inviter au spectacle et leur expliquer que l’argent récolté sert notamment à exporter la marque « Montreux Comedy ». Vendredi et dimanche, le stand-up a marqué un coup de projecteur de plus au public suisse et ses expatriés. Le festival a rappelé plus habilement que Johann Schneider-Ammann que « rire, c’est bon pour la santé ».

Voir plus sur le 27e Montreux Comedy Festival sur notre chaîne YouTube:
Voir l’interview avec Adrien Arnoux
Voir l'interview exclusive à Jérémy Ferrari
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About Patrick Aimé (69 Articles)
Journaliste passionné, spécialisé dans le rugby et l'humour.

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