Nouveauté

La Suisse gagne mais risque gros à Andorre (2-1)

« Une faiblesse de ne pas avoir été en mesure de créer le jeu face à Andorre », Vladimir Petkovic

De l'Estadi Nacional, Andorre-La-Vieille (Andorre)

L'Équipe de Suisse a déçu pour son déplacement à Andorre-La-Vieille. Les hommes de Vladimir Petkovic n'ont pas donné crédit à leur supériorité technique et physique sur le synthétique de la Principauté, risquant même de se faire rejoindre dans les arrêts de jeu. Service minimum assuré, la Suisse reste encore invaincue dans sa campagne de qualification pour la Coupe du Monde 2018 en Russie.

Les Suisses avec Breel Embolo et Fabian Schär célèbrent le deuxième but d'Admir Mehmedi à Andorre. © Oreste Di Cristino

En 1994, Roy Hodgson portait la Suisse au plus haut stade jamais atteint dans l’histoire de la sélection. Fête d’envergure nationale au soutien d’une Nati qui allait parcourir les États-Unis de long en large pour disputer sa première Coupe du Monde des nations. Mais au-delà du jeu que Stéphane Chappuisat et son équipe démontrait sur le terrain, apparaissait toujours avant tout l’auguste état d’esprit combattif de Hodgson, basé également sur l’hypocondrie de ses choix de joueurs. Un profil étonnement parallèle au charisme que dispose l’actuel sélectionneur suisse, Vladimir Petkovic. Une ressemblance par la méthode, les choix et un parler pragmatique. Aussi, le 9 mars 1994, au matin d’un match amical décisif en Hongrie, le Journal de Genève retranscrivait ligne par ligne la posture et l’approche de l’entraîneur helvétique d’alors. Au delà de s’écrier que « le temps des essais [était] terminé » – Hodgson devait décider de ses 22 sélectionnés qui disputeraient le “rêve” américain – le Britannique était au premier chef soucieux de ses décisions; dilemmes qui paraissaient tantôt logiques mais aussi délicats. Alors il se laissait souvent surprendre par les habitudes; « Conservateur par essence, Hodgson n’aime guère introduire d’élément nouveau dans son groupe sans l’avoir longuement testé auparavant. D’où la confiance qu’il accorde souvent à des joueurs d’apparence hors de forme, mais dont il sait que le potentiel existe et qu’ils vont renforcer l’équipe nationale » (JDG, 9 mars 1994). Le journaliste d’alors Jean-François Develey pointait alors une caractéristique bien particulière de cet entraîneur aguerri. Et l’on pourrait réserver cette même verve à Vladimir Petkovic; lui qui n’aime guère déranger son organisation de jeu, ni par n’importe quel essai inédit et encore moins par quelque substitution qui se révèlerait irréfléchie. Et ce lundi soir face à Andorre, le sélectionneur a démontré à nouveau son envie de ne pas tout chambarder d’un seul coup. Car même dans sa volonté d’opérer à un certain turnover, comme il l’annonçait dimanche après-midi en conférence de presse, “Vlado” n’a pas touché à son quatuor offensif de base, à l’aune des titulaires alignés à Budapest, en Hongrie, vendredi soir (victoire 2-3). Et que dire; avec Admir Mehmedi, Breel Embolo et Xherdan Shaqiri au soutien de Haris Seferovic, la Suisse a maintenu son identité en attaque. Mais à vrai dire, cela ne signifiait pas pour autant que Petkovic a lésiné sur ses opportunité de test face à une sélection voulue nettement plus faible, dans les faits. Aussi car, comme le décrivait tout autant Develey sur son personnage d’étude, Hodgson « se [devait] à la fois de maintenir la pression parmi ses joueurs, installer la concurrence pour éviter une brutale chute de tension, tout en ménageant les susceptibilités et en protégeant les joueurs qui mérit[aient] de l’être » (JDG). En toute vérité, apparaît ici la pensée renouvelée de l’actuel entraîneur; il positionne Gelson Fernandes en remplacement de Valon Behrami, suspendu, et se laisse porter par des choix qui se dévoilent somme toute raisonnables. Il donne sa chance à Timm Klose en défense centrale, expérimente Michael Lang en latéral droit à la place de Stephan Lichtsteiner et se hasarde – son choix le plus osé de la soirée – au remplacement de Yann Sommer par Roman Bürki sous les montants. Et avec tout cela, on regarde ce que ça donne. Disons, pas terrible.

Une Suisse atonique qui assure le nécessaire

Le match débute au ralenti; la Suisse se propose mais ne tente rien et c’est l’immobilisme qui prévaut. Aussi, les hommes de Vladimir Petkovic construisent bien leur jeu mais, paradoxalement, ce ne sont que sur balles arrêtées qu’apparaissent les actions les plus menaçantes. Car, nonobstant l’ouverture du score, grâce à un pénalty transformé par Fabian Schär (19e), c’est bien – seulement – à la 35e minute que se présente la première contribution construite et dangereuse du côté de Josep Gomes. Et c’est encore Schär qui se propose en reprenant de la tête un coup-franc de Shaqiri, mais le ballon sort des limites de la cage adverse. La Suisse se reproposera trois minutes plus tard sur coup-franc, de Rodriguez cette fois-ci, qui sera par contre bloqué par le valeureux gardien de la formation de la Principauté. Faut-il dire, balle au sol, le jeu suisse est trop alambiqué, manquant souvent de précision et de fermeté. Mais la Suisse s’illustre aussi dans sa relative lenteur: avec quatre hors-jeu dans l’ensemble de la première période, dont deux dans les dix premières minutes, la Nati manque d’organisation bien qu’elle n’investisse l’ensemble de la moitié de terrain d’Andorre. « Nous avons eu de grandes difficultés sur un terrain sur lequel nous ne sommes pas habitués à jouer. Mais nous pouvions et devions démontrer plus mais ce n’est pas évident quand on se retrouve face à une équipe qui défend avec huit ou neuf joueurs en aire de réparation. Andorre a défendu et l’a très bien fait. Félicitations pour leur sacrifice mais de notre côté, il apparaît telle une faiblesse de ne pas avoir été en mesure de créer le jeu face à cet adversaire », ajoute le sélectionneur suisse. En seconde mi-temps, la donne ne s’améliore guère pour autant. Seferovic s’illustrera à son tour en tirant haut un centre raz-terre de Mehmedi (47e) auquel s’ensuivront également un tir de distance de Schär (53e) et une contribution de Mehmedi (57e) qui ne parviendront toutefois pas à tromper les adversaires. La Suisse accuse alors toujours autant de maladresse dans son jeu, se relevant peu percutant et apathique. La liaison se détend entre défense et attaque et les sursauts offensifs – pour peu qu’ils soient – manquent cruellement d’intensité. De plus, les apports nouveaux de Denis Zakaria et Valentin Stocker n’y peuvent rien. Ne se relève qu’une défense – au sein de laquelle Nico Elvedi a remplacé Timm Klose (blessé à la cheville droite) à la pause – qui a toutefois le mérite d’avoir servi le nécessaire. Il ne faudra attendre que le deuxième but de Mehmedi sur un centre de Shaqiri (77e), pour voir naître de nouvelles occasions par Schär (78e) et Xhaka (83e). Toutefois, vraiment bien peu à se réjouir, d’autant plus que la sélection andorrane a su s’illustrer par ses propres talents et même failli décrocher un nul historique dans les arrêts de jeu.

Andorre, un petit pays qui veut créer la surprise à chaque rencontre

Même si la sélection pyrénéenne ne tire pas beaucoup au but, quand elle y parvient, elle crée immanquablement l’émoi au sein de son public, restreint mais fidèle. Aussi, dans ce petit stade de 3’300 personnes – loin d’afficher complet ce lundi soir – l’émotion est toujours au rendez-vous, qu’elle valorise les jeunes talents ou bien qu’elle prime en liesse la réalisation, toujours inattendue, d’une de leur individualité. Et face à la Suisse, il y a eu un peu de tout cela. La nationale andorrane s’est pourtant surtout illustrée dans la vaillance; défendant leurs droits avec panache et tempérance. Et dans le domaine, s’est notamment illustré Chus Rubio, jeune mais forte personnalité composant l’arrière-garde de la Principauté. Le joueur de 22 ans qui joue au pays, à l’UE Santa Coloma, attaque sans relâche le ballon, devance les Rodriguez et Mehmedi et déparasite tout particulièrement et efficacement la sérénité défensive d’Andorre. Il anéantit, parfois à lui tout seul, la construction et le système de jeu suisse dans les couloirs. Et pourtant Chus, n’a rien d’un joueur de longue expérience. Il a fait partie, pour sa première sélection avec sa nation, dans les 23 sélectionnés pour les dernières rencontres de qualifications à l’Euro 2016. Et, à alors 21 ans, il offrait déjà garantie de solidité en défense au sélectionneur Koldo Alvarez, qui a toujours voulu miser sur la jeunesse. Aussi, au même moment, en août 2015, apparaissait également dans la présélection andorrane, Max Llovera (classe 1997) – rapide et réactif, lui qui a sauvé sur la ligne de but une reprise de volée insidieuse d’Admir Mehmedi à la 57e minute. Il faut le dire; du beau monde joue à Andorre, avec simplicité et réalisme. Mais parmi cette jeunesse se glisse également l’expérimenté Ildefons Lima, capitaine et deuxième joueur le plus capé de la sélection andorrane avec près de 100 présences dans l’équipe de la Principauté. Une véritable leçon d’humilité qui fait sens et qui a du sens, favorisant toujours un beau moment de communion avec un public et une audience nationale qui se veut pourtant fort peu attirée par le ballon rond. Mais parfois il n’est besoin de pas grand chose, comme de cette reprise de volée de Ludovic Clemente au-dessus de la barre transversale (55e) qui a vivement fait réagir les supporters andorrans pour ce qui s’apparentait comme le premier tir d’Andorre dans le match. Puis, le but. Entré vingt minutes plus tôt, Alexandre Martinez prend sa chance de longue distance et surprend Roman Burki, impuissant (91e). À 2-1, c’est sous l’euphorie locale que l’ambiance s’échauffe finalement en faveur d’une équipe qui, incroyablement, se reprend à croire en ses chances de débloquer son compteur au classement de ces éliminatoires du groupe B. Parfois, il en faut peu et, en effet, il s’en est fallu de peu. Sur une faute ingénue de Michael Lang à la 92e minute, le coup-franc en faveur des hommes de Koldo Alvarez a fait très peur. Cristian Martínez décale en faveur du capitaine Ildefons Lima qui adresse un tir cadré – le seul de la rencontre pour Andorre hormis le but – bloqué par Bürki, resté très attentif à l’action. Et à en considérer les sueurs froides apportées aux quelques spectateurs helvétiques ayant fait le déplacement dans les Pyrénées, l’on peut en conclure que la Suisse a eu… très chaud. « Ma plus grande préoccupation, n’était pas celle de perdre ou de faire match nul. Ce qui me dérange surtout, c’est notre mauvaise performance. C’était trop peu pour convaincre quiconque », conclut Petkovic.

Breel Embolo: « Être fiers de nos neuf points »

C’était très dur et on ne s’attendait pas à une résistance aussi extrême. Nous avions la qualité nécessaire au sein de l’équipe pour nous imposer avec plus de buts et c’est vraiment dommage d’en encaisser un à la dernière minute. On leur a laissé la place pour espérer et nous devons travailler sur cet aspect. Mais le plus important, c’était de gagner les trois points. La différence de but avec le Portugal ? (ndlr, vainqueur 6-0 aux Îles Féroé) Il n’y a pas à s’en faire. Si nous gagnons tous les matches, nous resterons devant le Portugal quoi qu’il arrive. Et c’est notre volonté de vouloir mettre en difficulté chaque équipe du groupe. Que l’on gagne 1-0 ou 4-0, au final, cela ne changera pas grand chose. Nous avons neuf points et nous confirmons notre potentiel. C’est à nous de le démontrer à chaque fois sur le terrain. Nous pouvons être contents de nos six points gagnés à l’extérieur et maintenant, nous pouvons rentrer à la maison. 

LES FAITS DE MATCH

Composition de l'équipe de Suisse:
Roman Bürki, Timm Klose (45e Nico Elvedi), Fabian Schär, Michael Lang, Ricardo Rodriguez, Granit Xhaka, Gelson Fernandes (66e Denis Zakaria), Xherdan Shaqiri (78e Valentin Stocker), Breel Embolo, Admir Mehmedi et Haris Seferovic.

Composition de l'équipe d'Andorre:
Josep Gomes, Ildefons Lima, Emili Garcia, Max Llovera, Moisés San Nicolás, Chus Rubio, Ludovic Clemente (73e Alexandre Martinez), Marc Vales, Victor Rodriguez, Marc Pujol (84e Gabriel Riera) et Marcio Vieira (78e Cristian Martínez).

Buts: 19e Schär (P) (0-1); 77e Mehmedi (0-2); 91e A. Martinez (1-2).
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About Yves Di Cristino (310 Articles)
Rédacteur en chef, membre actif de l'Association Suisse des Journalistes Indépendants (CH-Media) et de l'Association vaudoise de la presse sportive (AVPS). Étudiant en sciences sociales et politiques à l'Université de Lausanne.

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