Nouveauté

L’Association “Stop Suicide” poursuit allègrement sa campagne de prévention dans le quartier de Chailly

Face à des statistiques revues à la baisse depuis quinze ans, la réalité sur le suicide n'en est pas moins allarmante

Inviter la population à agir, partager et soutenir la prévention contre le suicide, c'est la finalité de l'Association romande “Stop Suicide” qui a organisé une soirée dans le cadre de sa campagne 2016 à la Maison de Quartier de Chailly sur les hauts de Lausanne. En bref, sourire et émotions pour être « là pour toi ».

David Payot à l'interview après son discours à la Maison de Quartier de Chailly à Lausanne. © Oreste Di Cristino

La situation est plus préoccupante qu’on ne veuille bien le croire. Aussi, le sujet apparaît étouffé, au rythme d’un tabou qui n’en finit plus de gonfler. La réalité du suicide est pourtant bien présente en Suisse, où le taux dépasse de bien plus celui de l’Italie, de l’Albanie ou encore de la Macédoine. Mais par-delà les chiffres (11,1 suicides pour 100’000 habitants), c’est une souffrance commune que partage l’ensemble d’une génération malaisée. Et pourtant, logés tous au même sort du vieillissement, ces jeunes – engoncés dans un silence dirimant, la honte et la peur – empruntent souvent un chemin erroné et sinistre, vagabondant dans le sillage d’un tragique destin. Et pourtant, invité par l’association Stop Suicide à la soirée de prévention à la Maison de Quartier de Chailly jeudi 15 septembre, le conseiller municipal en charge de l’enfance, de la jeunesse et des quartiers pour la ville de Lausanne, David Payot (POP) a su trouver les mots justes pour réconforter les âmes sensibilisées au apparents défis d’un futur qui se dévoile toujours plus intraitable. Au cœur d’un discours réfléchi, se lisent les nombreux bonheurs de vieillir et de mûrir: « Vieillir, n’est pas rapportable au pire – déclare-t-il avant de poursuivre – Nous pouvons avoir des difficultés, en tant que jeune, cela peut arriver. L’adolescence est certes un très bel âge mais les choses ne seront pas moins belles en vieillissant. Et pour avoir travaillé avec des retraités pendant plusieurs années, je dois dire que je vois également beaucoup d’avantages à vieillir. L’identité est formée avec plus d’expérience et nous parvenons à percevoir avec plus de recul nos problèmes. Il faut le mettre en valeur ». Retraçant ses vagues souvenirs d’adolescence – « Il y a 20 ans » – le jeune municipal lausannois traite immanquablement de ces identités malmenées, de ces valeurs oubliées par une jeunesse ébranlée, de cet avenir à construire sans même en avoir nécessairement les moyens, bref, d’un phénomène sociétal important qui traverse les âges et qui mérite, à juste titre, d’être traité. Car le suicide doit être débattu. Sortir du silence pour prendre parole, voilà tout l’objectif de “Stop Suicide”. À la base genevoise, avant d’évoluer dans l’ensemble de la région suisse romande, c’est à la fois un groupe de jeunes solidaires mais aussi une communauté entière à lever le poids de l’omertà qui agit inéluctablement sur le phénomène du suicide en Suisse: « Il est important d’être là pour les autres », avance Frédéric Ruch, chargé de projet à l’association.

Une campagne de prévention 2016 qui démarre

Face à des statistiques revues à la baisse depuis quelque quinze ans – 50% de suicides en moins depuis 2000 – la situation n’en est pas moins alarmante. Avec 106 jeunes morts dans l’ensemble de l’année 2014 – en faisant du suicide la deuxième cause de mortalité chez les 15-29 ans – c’est bel et bien une moyenne effroyable d’un jeune qui meurt tous les trois jours. C’est face à telle évidence que l’association Stop Suicide a démarré sa onzième campagne de prévention le premier septembre dernier avec une pensée de soutien claire et concise: « Là pour toi ». Slogan de leurs quinze ans d’existence lors de l’année 2015, le comité n’a pas hésité à le réutiliser pour le renouveau de leur campagne 2016: « Nous invitons tout le monde à montrer qu’ils sont “là” pour leur entourage. Et cette campagne est également particulière car elle a été préparée par des jeunes pour des jeunes ». Une campagne qui a fait escale à la Maison de Quartier de Chailly à Lausanne ce jeudi soir avec un message de fête et de convivialité. Le tout pour sortir de l’obscurité et pour éviter, surtout, de se voiler plus longtemps la face sur les dangers abrités dans le for intérieur d’une jeunesse au teint harassé: « Grâce à nos campagnes de prévention, nous tentons réellement de briser le tabou ». Aussi, le but était de sourire à Chailly dans un cadre de vie très festif. « Cette soirée à Lausanne s’est très bien passée. J’ai vu beaucoup de personnes heureuses. Nous avions organisé une première soirée au bateau “Genève” le 10 septembre dans le cadre de la journée mondiale de prévention du suicide et nous en organisons une autre le 6 octobre à Neuchâtel. Mais ce soir, tout s’est bien passé; nous avons pu échanger sur l’association et sur le problème du suicide dans une ambiance un peu plus festive ». Et comme le déclarait Mélanie Arditi, présidente de « Stop Suicide » jeudi soir, « il est possible de faire reculer le suicide chez les jeunes. La prévention a déjà prouvé toute son efficacité. Mais il faut sortir du tabou pour atteindre nos objectifs ». Au final, une soirée de réjouissances – par les jeunes pour les jeunes – qui s’est terminée avec la joie de vivre et l’enthousiasme d’un groupe genevois bien singulier. Invités à clôturer le festin vers les hauts de Lausanne, “Les Soul Pleureurs” n’ont nullement manqué de chanter en l’honneur de jouvenceaux résistants et persévérants.

« Nous percevons souvent les jeunes au chapitre de la délinquance et de l’incivilité mais il est également important de tourner notre regard sur cette autre réalité qu’est le suicide »
David Payot, élu à la Municipalité de Lausanne

Toujours pourtant, le panégyrique de David Payot à l’association Stop Suicide est joint d’une considération bien politique. Dans la juste interprétation d’un phénomène, important soit-il, faut-il s’aviser à ne pas surmédiatiser une cause plus qu’une autre. Aussi, pour David Payot, la problématique de la délinquance prédomine sur celle du suicide, rétrogradée au plan de l’invisible et du lugubrement défendu: « Aujourd’hui, il est plus facile de parler et de théoriser la délinquance que le suicide. Nous percevons souvent les jeunes au chapitre de la délinquance et de l’incivilité mais il est également important de tourner notre regard sur cette autre réalité qu’est le suicide. Les jeunes sont avant tout menacés par eux-mêmes, avant d’être en danger pour les autres. Le suicide est un sujet qui doit être évoqué. L’on pense souvent que l’on va empirer les choses en abordant le sujet, voire même que l’on n’y pourra rien changer. Or, les chiffres en démontrent le contraire ». Néanmoins laissons-nous prendre au boniment du politicien car, à en convenir, la ville de Lausanne s’engage intelligemment à la faveur d’une jeunesse ambitieuse et intégrée à la société. Il est présent du cas du conseil des jeunes de Lausanne favorisant aussi bien l’identification que la participation à une culture commune. Et de son respect assurément: « La ville a une action relativement globale en mettant avant tout à disposition des lieux où les jeunes peuvent partager, se rencontrer et obtenir également des soutiens pour les personnes ayant des difficultés plus spécifiques. Cela vaut donc la peine que des citoyens s’y impliquent et c’est surtout indispensable pour parvenir à relayer des messages. Cela contribuera à une politique qui puisse renforcer le lien social ».

Publicités
About Yves Di Cristino (341 Articles)
Rédacteur en chef, membre actif de l'Association Suisse des Journalistes Indépendants (CH-Media) et de l'Association vaudoise de la presse sportive (AVPS). Étudiant en Master de Sciences Sociales et Politiques à l'Université de Lausanne.

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s