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Stéphanie Blanchoud : « Avec Marcello Giuliani, nous avons voulu rester très acoustiques »

"La voix est quelque chose de particulier; elle devient plus juste avec les années"

Actrice, comédienne et musicienne, Stéphanie Blanchoud a une carrière très atypique. Invitée au 41e Paléo Festival de Nyon, la Suissesse a séduit le public du Club Tent avec ses compositions empreintes de sensibilité. Interview.

Stéphanie Blanchoud sur la scène du Club Tent dimanche au 41e Paléo Festival de Nyon. © Oreste Di Cristino

Vous avez un « palmarès » incroyable sur les planches, au théâtre et au cinéma. Comment s’est calquée la musique dans tout cela ?

J’ai une formation d’actrice et dans ce cadre-ci, j’ai eu des cours de chant. J’ai alors commencé à explorer cette voie-ci et elle m’a beaucoup plus. J’ai suivi la vague et plusieurs festivals m’ont tendu la main en Belgique comme aux Francofolies de Spa. Donc, les choses se sont facilement mises en place au début. Puis la vie – elle est bien faite – m’a ramenée en Suisse grâce à des rencontres, d’abord par Ursula Meier avec qui j’ai collaboré dans un clip puis avec Marcello Giuliani qui a réalisé mon dernier album qui a reçu un très bel accueil en Suisse. Par ailleurs, même au théâtre, la Suisse m’ouvre ses portes. J’ai commencé ma carrière artistique en Belgique mais je sens qu’elle se déplace de plus en plus vers la France ou vers la Suisse. Et cela me va très bien.

Vous avez enregistré un premier album en 2009, somme toute plus discret, puis un second en 2015, « Les Beaux Jours ». Dans ce dernier, on ressent tout de même plus la patte de Stéphanie Blanchoud…

Tout-à-fait parce qu’il s’agit du premier album que je compose et que j’écris dans son intégralité. Avant, j’écrivais les textes mais pas les musiques et puis, petit à petit, sont venues l’expérience et les rencontres. Et, à partir de là, tout devient une histoire d’alchimie. Avec Marcello Giuliani, ça a très bien fonctionné. Je lui ai fait confiance et c’est un grand musicien qui a mis en valeur ce second album d’une fort belle manière. C’est d’ailleurs lui qui a adapté certains de mes morceaux pour les rendre meilleurs. C’est, ainsi, sans aucun doute l’album le plus abouti et j’en suis fière. Un romancier ne dira pas toujours que son dernier roman est le plus abouti ou un acteur dire que son dernier rôle est le plus réussi. Mais en musique, c’est différent. La voix est quelque chose de particulier. Elle est sans artifice et elle se met en place au fur et à mesure que la vie avance. Et cette voix doit aussi trouver sa voie. Elle devient plus juste avec les années.

Ce second album est composé de quelques chansons en français mais aussi de deux en anglais. Pourquoi ?

C’est une particularité qui n’a pas fait l’objet d’une réflexion au moment de la composition. Ensuite, je me suis vraiment posée la question de savoir si on devait mettre ces deux titres en anglais. Aussi, je n’ai pas trouvé les mots justes en français qui allaient bien avec ces musiques-ci. Mais je me suis aussi fait plaisir, car l’anglais est la langue qui sonne le mieux au monde, selon moi. Un jour peut-être je ferai un album entièrement en anglais mais ce serait entrer dans un monde où beaucoup de musiciens sont déjà très talentueux dans la création de musiques folk. Je rentrerais dans une sphère dans laquelle je n’ai pas forcément envie de me confronter avec d’autres qui sont d’ores et déjà de grands artistes. C’est pourquoi, je veux toutefois défendre cette langue française. En Belgique, le français est un peu ringard. C’est pas grave, ça passera. En Suisse, par contre, c’est bien accueilli et cela est formidable. Aussi car il est plus simple pour moi d’écrire un texte en français qu’en anglais. Après, mon plaisir d’interprète est tout aussi grand, ce qui me permet de temps en temps de reprendre des titres en anglais, qui est une langue tout de même plus chantante.

C’est la cas de « Oops… I Did It Again » de Britney Spears que vous avez réinterprétée sur scène ?

Totalement. À chaque fois, j’aime bien reprendre des morceaux comme celui-ci, de le triturer et d’en faire autre chose. C’est sympathique pour les gens de redécouvrir un morceau d’une autre manière. La reprise fonctionne très bien.

Votre musique revêt un vraie valeur sentimentale, aussi car un titre de votre album s’appelle « sentimentale ». Cette sensibilité a été acquise tout au long de votre carrière sur les planches, autant bien au théâtre qu’au cinéma ?

Je ne l’ai pas vraiment choisie, cette valeur sentimentale. Je suis partie un mois et demi seule en voyage avec une guitare et j’ai bien vu ce qui en résultait. Et la plupart du temps, ce qui en ressortait était un son mélancolique et aéré. Mais ce que j’écoute se rapproche souvent de cela. En anglais, cela ne pose jamais de problème alors qu’en français, cette mélancolie apparaît plus dans les paroles. Aussi, j’ai tendance à prendre ma guitare quand je suis plus mélancolique, je n’ai pas l’habitude de la prendre quand je m’éclates ou quand tout va bien. Donc ce qui en ressort est toujours un peu plus soft, plus adouci bien que je ne le choisisse nullement. Peut-être que tout d’un coup, je vais vouloir ressortir quelque chose de très (ou plus) rythmé. Mais la tendance est plutôt autre. Quand le mood est plus nostalgique, je suis plus inspirée.

Votre album est très intimiste (guitare, voix, batterie) et sur scène, l’instrumentation est tout autant réfléchie, notamment avec le violoncelle qui joue le rôle de la basse. Tout cela correspond à votre style ?

Absolument ! C’est quelque chose que l’on voulait avec Marcello. C’est une volonté sur cet album, de rester dans une musique très acoustique. On s’est imprégnés et influencés par beaucoup de productions, notamment par celles de T Bone Burnett ou de Ray LaMontagne qui sont des chanteurs très acoustiques ; c’est quelque chose qui se fait beaucoup en Angleterre et aux États-Unis. En français, ça a tendance à paraître ringard, mais cela ne m’importe que peu au final. D’ailleurs la richesse de ces arrangements le dévoile. Quand on écoute des albums de T Bone Burnett, ou celui de Robert Plant avec Alison Krauss, ou celui de Ray LaMontagne ou bien encore d’artistes comme Patrick Watson, c’est toujours des univers acoustiques. Et même si en français, ce n’est pas ce qui est le plus à la mode, ce n’est pas grave. C’est ce que nous avons voulu réhabiliter et c’est ce que j’ai aimé dans les arrangements de Marcello. Effectivement, il laisse beaucoup de place à la voix et il laisse de la place pour tout. Aucun arrangement ne vient empiéter sur le reste. Et cela est très calqué des États-Unis, quelque chose que l’on ne retrouve absolument pas dans des productions françaises classiques, de variété où tout est rempli en permanence. On ne respire plus.

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About Yves Di Cristino (293 Articles)
Rédacteur en chef, membre actif de l'Association Suisse des Journalistes Indépendants (CH-Media) et de l'Association vaudoise de la presse sportive (AVPS). Étudiant en sciences sociales et politiques à l'Université de Lausanne.

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