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Pat Burgener: « J’ai autant rêvé des X Games que du Montreux Jazz Festival »

Pat Burgener a trouvé son équilibre entre l'art et le sport

Entre compétition et divertissement, la frontière est mince. Elle ne l'a jamais autant été pour Pat Burgener, alliant son habilité sur planche et sa fougue sur planches, soit entre le snowboard et la scène. Travaillant sur la sortie attendue de son EP en octobre, Pat a fait escale sur le scène du Parc de Vernex, invité du 50e Montreux Jazz Festival. Interview.

Pat Burgener sur la scène du "Music in the Park" au 50e Montreux Jazz Festival. © Oreste Di Cristino

Premier Montreux Jazz Festival, premières sensations ?

C’était un concert incroyable. 15 minutes avant, il s’est mis a pleuvoir et il faut dire que c’était à quatre heures l’après-midi. On est passés quelques jours plus tôt et à cette heure-ci, d’habitude, il n’y a pas beaucoup de monde. Donc, sincèrement, nous ne savions pas à quoi nous attendre. Nous avons donc tous eu un peu de peur – il y avait un stress énorme auprès de l’équipe – d’autant plus que c’est le Montreux Jazz Festival. Mais notre passion fait que, quoi qu’il arrive – qu’il vente, pleuve ou neige – nous serons toujours présents et nous donnerons à chaque fois notre meilleur. Et nous avons raison parce qu’au final, tout s’est très bien déroulé, des premiers essais aux premières notes sur scène. Il faut dire que Montreux est très bien organisé et les régisseurs du son sont très compétents – un soundcheck en 20 minutes et un des meilleurs sons que nous n’avions encore jamais rencontré ailleurs auparavant. Les premiers rayons de soleil sont tombés et les spectateurs ont offert leur présence – malgré qu’ils aient bravé pluie et froid au début du set. Ils étaient d’autant plus heureux qu’à 16h, ils se sont mis à danser avec fougue et décontraction. Ce n’est pas forcément donné à une telle heure de la journée. Donc, au final, une très bonne expérience.

Deux fois champion suisse en Half-Pipe (2011 et 2015), divers podium en Coupe du Monde en Half-Pipe et Big-Air à Anvers (2012), Arosa (2011), Stockholm et Kreischberg (2010): au snowboard, tu as atteint une belle maturité. Et, en musique, en deux ans d’activité, le Montreux Jazz Festival se veut être un très bel accomplissement. Est-ce comparable ?

Je dirais, à titre de comparaison, que le Montreux Jazz Festival ressemble à ma première participation en X Games (ndlr, compétition annuelle de sports extrêmes). C’est la compétition que je regardais dès l’âge de 10 ans – Est-ce qu’un jour j’irai là-bas ? Et tout se passe assez rapidement; à 15 ans, je me suis retrouvé sur place, dans ce big monde surmédiatisé avec toutes les surprises que cela comportait. Et c’est exactement les mêmes sensations ressenties pour notre première participation au festival de jazz de Montreux. Il y a tellement d’entourage, tout le monde s’occupe des athlètes là-bas, comme des artistes ici. J’ai autant rêvé des X Games que du Montreux Jazz Festival depuis que je suis petit. Depuis trois ans que l’on a créé ce groupe et que l’on s’est lancés véritablement dans la musique, on regarde les scènes du festival et il nous prenait d’espérer de les fouler un jour. Cette année, nous ne nous attendions absolument pas à y être invités. On a récemment fait un concert au Funky Claude’s Bar (ndlr, bar affilié au Fairmont Le Montreux Palace) et c’est seulement une semaine plus tard qu’un mail nous apprenait que nous étions conviés à la fête de ce 50e anniversaire. Et preuve que tout va toujours très vite, avant Montreux, nous étions invités à nous produire dans divers lieux de la Suisse comme à Züri-Fäscht (Zürich-Fest) cette année. Une réalité qui s’accélère et qui se calque, selon moi, aux années de mes débuts professionnels sur la planche. Ces moments dans lesquels de nombreuses portes s’ouvrent et s’entrouvrent en même temps. Rapidement mais pas facilement. Nous avons tellement travaillé pour que cela soit rendu possible; nous étions tous sûrs de nous-mêmes. Nous faisons ce que nous avons tous voulu faire un jour; réaliser nos envies sans ne jamais rien lâcher.

Sur la scène du Parc de Vernex, tu as démontré une belle palette de tes capacités aussi bien en compositeur qu’en performeur avec beaucoup de clins d’œil à des artistes historiques de ce Montreux Jazz Festival. En conséquence, ton EP, qui sortira en octobre, sera un album de compositions ou aussi d’interprétation et de reprises ?

Il ne sera constitué que de cinq compositions – nous avons commencé à travailler sur la cinquième chanson. On repartira dans un style plus inédit. Jusqu’à maintenant, nous avons beaucoup joué des musiques que j’ai écrites en voyageant; c’étaient les premières musiques qui m’étaient passées par la tête. Et depuis, nous nous sommes plus concentrés ensemble, avec la band, en tant que groupe et les musiques seront plus étoffées; seules quelques-unes resteront en acoustique. C’est pour cette raison que j’ai aussi appris à jouer du piano lors de ma blessure, il y a deux ans. Nous sommes, ainsi, très impatients de voir ce que les gens en pensent de notre travail. Mais nous avons également les capacités et les moyens pour enrichir nos solos avec des morceaux très connus du grand public; rien qu’aujourd’hui (ndlr, 13 juillet 2016), nous avons joué notre titre « A Piece of Stone » et nous y avons également mixé quelques notes de « Stairway to Heaven » des Led Zeppelin. C’est un exemple de clins d’œil que nous aimons faire à notre public, autant par le plaisir certain que nous ressentons à les faire, autant par les accords techniques que nous sommes en mesure de démontrer. Car les deux « Max » (le premier, guitariste et frère de Pat, le second, bassiste de la bande) font des études dans ce domaine, nous avons les moyens de transposer au niveau musical tous les grands titres que le monde de la musique connaît à ce jour (Led Zeppelin, les Beatles ou encore Bob Dylan). Nous ne pensons pas qu’à faire un tube international, nous savons aussi en adapter.

Cela témoigne donc de deux ans d’aventure en musique, depuis que tu t’étais blessé en 2014, ce qui t’avais empêché de prendre part aux Jeux Olympiques de 2014 à Sotchi. Comment s’est opéré ce transfert du freestyle au pop-rock ?

J’ai commencé la musique à l’âge de cinq ans. Mes parents nous ont obligé, aux trois frères, de choisir, tout jeune, un sport et un instrument. Seulement, à 12 ans, j’ai été contraint de mettre en pause la musique – mes classes de guitare et de solfège – à cause des voyages et des occupations nombreuses avec le snowboard. Et puis, petit à petit, grâce à un ami du circuit professionnel – qui a remporté les JO de Sotchi par ailleurs – j’ai commencé à ne voyager qu’en compagnie de ma guitare. Tant est que j’ai eu une première blessure à 15 ans – forfait au JO de 2010, rêve brisé – puis une nouvelle en 2014 – avant et après les JO auxquels je n’ai pas participé – qui m’ont considérablement éloigné de la planche des mois durant. Alors j’ai œuvré dans cette deuxième discipline, non inconnue, qui est la musique. J’ai caché la Play Station pour ne pas être tenté, nous avons créé un studio chez nous – au début, juste pour nous amuser, comme ce fut le cas pour le snowboard également – et nous avons vécu notre expérience qui, selon nous, valait la peine. Nos parents nous ont toujours inculqué le besoin de faire les choses bien, peu importe quoi. C’est pourquoi, nous nous sommes investis pour la création de cette bande avec mon frère qui souhaitait faire plus de guitare et Christian – ancien camarade de classe – batteur. Ensemble, nous avons fait quelques concerts à l’EJMA (ndlr, École de Jazz et de Musique Actuelle) avant que le vent nous porte jusqu’à aujourd’hui sur la scène du Montreux Jazz Festival. Et on se réjouit de la suite. Dès le début, nous n’avons eu peur de rien – beaucoup de personnes de nos jours abandonnent leur projet par peur car tout paraît impossible. Il suffit d’oser le pas et d’en profiter.

Stressé avant le concert, déchaîné sur scène : c’est la foule qui te porte ?

Exactement. Je l’avais par ailleurs dit une fois en concert. J’étais sorti, une semaine avant, d’une finale de X Games avant de me retrouver – dans un état d’esprit similaire, euphorique et angoissé – au Bleu Lézard, salle dans laquelle je souhaitais absolument me produire à Lausanne. Et seul face au public, je leur ai avoué avoir autant d’appréhension sur scène que des hauts d’un pipe. Mais ce qui différenciait le concert de la compétition de snowboard, c’était bel et bien la proximité avec le public. Sur le snowboard, à cinq mètres de hauteur, l’athlète est seul et se risque seul à son exploit. Or sur scène, nous sommes tous ensemble – l’artiste et son public – et une très belle synergie se crée entre les deux, ce qui permet de transiter facilement entre l’état de stress et de soulèvement. La musique offre des connexions qui sont plus rares sur une planche; on en apprend à chaque concert. Le snowboard est plus qu’un show; il témoigne de cette recherche avide de la performance et du résultat personnel. Or, lors d’un concert, l’on tente d’offrir le meilleur de sa personne, non pas pour soi-même mais pour les spectateurs; nous le faisons pour les gens. Mais faut-il dire que la musique m’offre également, de ce point de vue-ci, un meilleur équilibre dans le milieu sportif. Si j’ai réalisé l’une de mes meilleures saisons sportives cette année, cela est en partie dû à l’activité artistique que je maintiens à côté. Et désormais, tous les membres de l’équipe sont invités à chercher une activité excentrée du monde du sport. Aussi car, il devient primordial de se changer les idées entre deux entraînements et deux compétitions; les athlètes ne peuvent plus se concentrer uniquement sur leurs performances sportives, c’est devenu très difficile. De mon côté,  j’ai trouvé mon chemin et j’espère pouvoir inspirer d’autres personnes des bienfaits de l’équilibre entre l’art et le sport.

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About Yves Di Cristino (341 Articles)
Rédacteur en chef, membre actif de l'Association Suisse des Journalistes Indépendants (CH-Media) et de l'Association vaudoise de la presse sportive (AVPS). Étudiant en Master de Sciences Sociales et Politiques à l'Université de Lausanne.

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