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G21 : une sixième édition en quête de sens

"Le problème principal de notre société: l'ignorance de la nature", Tulku Lobsang Rinpoché

La sixième édition du G21 Swisstainability Forum a débuté ce mardi 28 juin 2016 au SwissTech Convention Center de l’EPFL. Le rendez-vous – désormais annuel – proposé par l’association NiceFuture a de nouveau transcendé un public averti mais en quête de sens.

Le Swiss Tech Convention Center est le théâtre du sixième rendez-vous de l'économie et de la durabilité en Suisse. Source: richterdahlrocha.com

« Quête de sens » ; une expression aussi large qu’appropriée. Le sixième rassemblement des défenseurs de la durabilité a marqué l’apparition de nombreux activistes, spécialistes et spiritualistes de la circularité économique, de la décroissance et de l’humanitaire. C’est ce qui amène Barbara Steudler, directrice de l’association mère de l’événement, à affirmer que l’humanité se trouve au « carrefour dans tous les domaines de la société », car en effet « de nouvelles impulsions émergent » dans tous les secteurs de la solidarité écologique et durable. Et à ce titre, NiceFuture n’a de nouveau pas manqué d’inviter les acteurs qui sont au plus près de la nature comme Tulku Lobsang Rinpoché, moine tibétain et vénérable maître bouddhiste et Almir Narayamoga Surui, environnementaliste et chef de tribu indigène surui d’Amazonie (ce dernier déjà présent en 2015 à l’IMD pour sensibiliser sur les projets de reforestation de la forêt amazonienne, véritable poumon de la Terre). Ainsi, en compagnie de ces éminents intervenants, nourrissant leurs connexions avec la nature, le G21 nous amène indéniablement lors de ces deux jours de conférence dans le monde de demain ; un monde dans lequel les dimensions du cœur et de la sagesse sont restaurées et où la lutte contre la résignation est ranimée, à l’aune des paroles de Benoît Frund, vice-recteur Durabilité et Campus de l’Université de Lausanne. Car sans aucun doute, les solutions et les consciences en matière de durabilité existent, survivent, audacieuses et persuadées de leur réussite et de leur inculcation progressive dans les mentalités de la jeunesse de demain : « Que faisons-nous des cadeaux qui nous tombent du ciel ou qui sont cultivées par la terre ? », questionne à juste titre Lucile Cornet-Vernet, spécialiste qualifiée en orthopédie dento-faciale et cofondatrice de « More For Less », lors de la session Lab de l’après-midi. À la fois beaucoup et peu de choses. Car si la terre peut être régénératrice, encore faut-il en tirer profit de ses bienfaits. Mieux : encore faut-il le savoir, aussi parce que les enjeux sont rudement importants, pour que les déchets puissent servir dans une économie parfaitement circulaire. C’est alors tout notre mode de production, de fonctionnement (ou plutôt de dysfonctionnement), notre manière de vivre (sans sagesse) qui est à (ré)étudier. La croissance – en général – est-elle compatible avec un principe de circularité ? Si pour Christian Arnsperger, la négative l’emporte, la question reste encore et toujours ouverte.

« Go in to out », les prédications de Tulku Lobsang Rinpoché

Car la véritable transition part de l’intérieur. Le plus important pour ce vénérable moine tibétain est avant tout de changer « soi-même », mais ne surtout pas (tenter de) changer les autres. Voilà qui est incongru dans une société toujours plus occidentalisée, et par là même toujours plus portée sur la compétition économique et politique. Rien de tout cela ne résiste à la sagesse du maître bouddhiste pour qui le 21e siècle est celui de la crise de la nature, ou mère-nature, fondatrice du Tout. Tulku Lobsang Rinpoché a mis le doigt (ou plutôt son esprit) sur « le problème principal de notre société ; à savoir l’ignorance de la nature ». Or, cette nature, faut-il en comprendre ses fonctions et surtout notre relation avec elle. « Go in to out » en changeant nous-mêmes se veut alors être la méthode utile pour connaître notre origine car nous sommes, selon Tulku, « le résultat du passé et la cause du futur ». Un futur dans cette nature toujours plus conditionnée et conditionnelle, ce qui la rend par là facilement cassable : « La nature n’est pas solide. Fragile, elle est beaucoup plus importante que la religion ou la politique », affirmait-il dans l’auditorium C du SwissTech Convention Center. Aussi car l’amour domine la vérité, comme le disait plus tôt Marianne Sébastien, fondatrice-présidente de l’association « Voix Libres International », nommée 58e meilleure ONG au monde. Néanmoins, au-delà de l’amour, c’est définitivement la raison qui l’emporte dans la culture tibétaine, même si elle déroge aux interdictions : « Nous devons aller au-delà de ce qui n’est pas permis, si tant est que la raison y est ». À mille lieues de « l’esprit des lois » de Montesquieu, Tulku Lobsang Rinpoché sait quelles sont les priorités de l’humain et quelles doivent être ses valeurs : la sagesse, la méditation et la compassion. Car, dit-il, « en occident, la connaissance prime parfois sur la sagesse, or c’est une route erronée ». Mais pour atteindre la sagesse encore faut-il méditer sur nous-mêmes, de sorte à ne constituer, ensemble, qu’un océan paisible où l’humain baignera heureux. Encore lui : « En occident, le fait d’avoir le choix est plus important qu’être heureux ». Autre réalité déconcertante, mais bien ancrée dans nos démocraties pluralistes. C’est un paradoxe insurmontable loin de l’harmonie prônée par le maître bouddhiste. Encore faut-il avoir la force pour déconstruire ces paradoxes ; chez Tulku, celle-ci ne peut que provenir de notre compassion, véritable « muscle de puissance qui nous guide vers le chemin juste. Dans ce monde, nous ne devons pas regarder les réponses mais les questions ». Nous voilà donc engagés dans cette épreuve mystique et spirituelle comme le disait Philippe Roch, consultant indépendant et ancien directeur de l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) et secrétaire d’État à l’Environnement. Face à toute ses richesses (extérieure, intérieure et secrète), l’humain doit lutter contre ses pulsions égocentriques et égoïstes le menant dans l’impasse de la désolidarisation et s’engager maintenant dans sa transition. Seulement ensuite, il sera en mesure d’opérer en faveur d’une meilleure durabilité.

L’humanitaire écartelé

La vision de Christian Arnsperger est limpide. L’humanitaire à deux vitesses subsiste, c’est ce qui amène le professeur en faculté des géosciences et de l’environnement à l’UNIL à en conclure à un écartèlement de l’humanitaire lors du débat du matin: « Nous aimons nos forêts en Suisse et faisons tout pour les préserver. Entre temps, au Brésil, des lois sont engagées pour démanteler l’Amazonie dans l’unique but de satisfaire nos propre besoins, à nous qui aimons nos arbres ». Tout ceci ne relève que d’un pur et simple paradoxe. Un paradoxe qui ne peut être que relevé par un des nombreux fils que compte la forêt amazonienne, le chef de tribu indigène Almir Narayamoga Surui. Ainsi est-il plus que nécessaire de réagir à une telle dystopie. Et pour Christian Arnsperger, il devient plus qu’urgent de s’engager dans une politique de décroissance car « la perma-circularité et la durabilité n’ont pas d’avenir dans une politique de croissance », dit-il en plénière. Voilà que l’humanité se voit donc investie d’un devoir qui demande autant de courage que de spiritualité, aussi parce que cette dernière est indissociable du politique selon le professeur à l’université de Lausanne. Et sur cette affirmation, force est de constater que de nombreux exemples concordent en ce sens, comme le travail indigne (mais légal) de jeunes enfants de dix ans dans des mines boliviennes. Si notre interview menée auprès de la start-up beyondBeanie témoigne d’un premier geste de réaction envers la pauvreté ambiante en Bolivie, l’exemple rapporté par Marianne Sébastien de ce même pays lors de son intervention en ce premier matin du G21 porte la réalité à la pure dénonciation au travers de son organisation non gouvernementale, Voix Libres International (lire notre interview). L’objectif est désormais de faire transiter l’information à la société civile. Et la participation au G21 constitue un très bon point d’ancrage médiatique et sensibilisateur.

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About Yves Di Cristino (300 Articles)
Rédacteur en chef, membre actif de l'Association Suisse des Journalistes Indépendants (CH-Media) et de l'Association vaudoise de la presse sportive (AVPS). Étudiant en sciences sociales et politiques à l'Université de Lausanne.

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  1. Marianne Sébastien, Voix Libres International: « Les jeunes ont les solutions pour engager la transition » – leMultimedia.info

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