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Johnny Montreuil: « Délivrer nos rancœurs avec le blues »

À 39 ans, Johnny Montreuil déploie toute son âme à l'aide de sa contrebasse

À Crissier, Johnny Montreuil, en compagnie de sa contrebasse et de ses fidèles musiciens Jacques "Tatou" Navaux à la batterie, Rön Droogish à la guitare et l'atypique Kik Liard à l'harmonica, ont littéralement enfiévré le public du Blues Rules Crissier Festival, lors de la seconde journée de cette septième édition. Fort de son caractère et de son style bien trempés, Johnny est revenu sur les "fondements" de sa musique contestataire. Interview.

Johnny Montreuil sur scène. © Yves Di Cristino

Être chanteur-contrebassiste n’est pas très une posture très fréquente. C’est bien là votre particularité ?

Bien sûr, c’est vraiment un plaisir de jouer de cet instrument avec son côté charnel et qui tient au corps. C’est une autre personne sur scène. C’est une vraie chance de chanter avec ma contrebasse et surtout avec de très bons musiciens comme Renaud, Kik et Tatou qui composent le fantastique groupe que l’on a monté tous les quatre. De plus, se retrouver ici à Crissier avec tous les plus grands noms du blues, c’est une réelle chance.

Kik a été jugé, selon Vincent Delsupexhe, comme le meilleur joueur d’harmonica de Paris. C’est le cas ?

Je pense que Kik ne s’intéresse pas à savoir s’il est le meilleur ou non. Ce que l’on peut voir en tous cas, c’est qu’il est heureux de jouer de son harmonica, de chanter et de se produire avec des amis sur scène. Avec un groupe de tsiganes, de manouche, de rock’n’roll, il joue toujours de son harmonica et il s’investit dans les coulisses de la musique également; il crée et dessine lui-même les T-Shirts car il est sérigraphiste… et aussi anarchiste. Kik, c’est tout cela à la fois. Nous sommes tous issus de la banlieue montreuilloise et dès notre rencontre, nous avons eu envie de jouer ensemble sans réfléchir et sans tenir de ligne de conduite précise. Pour ma part, j’écris les textes et j’essaie de mener la barque pour éviter de finir dans les rochers mais c’est tout.

Cette édition du Blues Rules tente de regrouper les différentes branches du blues, des fondamentalistes aux tenants d’une école plus contemporaine. Autant dire que la musique contestataire que vous défendez apparaît dans la deuxième catégorie.

Je pense qu’il y avait une appréhension de départ à l’égard des puristes du blues que je redécouvre actuellement. Je viens aussi de ce courant puisque j’ai toujours écouté John Lee Hooker et Lightnin’ Hopkins, qui apparaissaient dans ma collection de vinyles que j’avais dans ma chambre. Il est clair que je ne fais produis pas un blues « pur » mais le blues – et c’est ce que défend ce festival – c’est une âme et un style de vie. Dans notre musique, avec l’harmonica de Kik et la rage de Rön à la guitare, on peut ressentir le blues qui sommeille en nous et qui est à la base de tout. Tant mieux que la programmation mette également en avant tous ces groupes avec, pour seul dénominateur commun, le blues. On se perd un peu mais on revient toujours à l’essentiel. On est vraiment fiers d’avoir pu participer à cet événement magnifique ce soir.

Ce n’est pas un secret: vous avez vraiment été influencé par Johnny Cash. Vous évoluez vraiment dans son sillage et son parcours musical ?

C’est une réelle passion. J’étais en perdition à Montréal, j’ai appris la musique vraiment très tard avec les instruments que j’avais à portée de main et les artistes de l’époque: une guitare, du Brassens, du Brel, … comme beaucoup de jeunes dans leur chambre qui commencent avec des accords, des musiques faciles à refaire et des textes qui parlent. J’aime bien écrire et chanter mais le blues, c’est une dimension supérieure. Johnny Cash m’a fait découvrir la pureté musicale avec sa simplicité dans ses textes qui était aussi sa force et sa voix bien sûr. J’ai été percuté de plein fouet par son authenticité. Je me suis donc amusé à adapter les morceaux de Johnny Cash en français des banlieues, version Montreuil, d’où mon nom de scène: Johnny Montreuil, c’est cela. Mais dans ma musique entre aussi l’influence d’Elvis (Presley). À chaque fois que je découvrais une chanson, je remontais à sa source et aujourd’hui, ma carrière est imprégnée de découvertes. Encore ce soir, j’ai eu le plaisir de découvrir la force de l’âge avec Leo Bud Welch (ndlr, 84 ans) qui s’est mis à chanter sur scène avec sa guitare (ndlr, 21 mai à 21 heures). Encore une fois, c’est unique de pouvoir partager la scène avec ces artistes. C’est la même sueur qui coule sur ces planches, peu importe le style de musique.

Le blues est-il populaire en banlieue parisienne ?

Je serais tenté de répondre par l’affirmative, il y a toujours des personnes qui s’épanouissent dans le blues sans en être professionnels mais qui sont tombés dedans un jour et ne l’ont plus oublié. C’est une musique simple à apprivoiser au départ car l’on peut se limiter à un enchaînement de deux accords et son contraire pour déjà retrouver un rythme typiquement blues. Il n’en reste pas moins qu’il faille y introduire son âme à l’intérieur. Toujours est-il qu’il est à la portée de tous: le hip-hop en témoigne puisqu’il fonctionne selon la même logique. Le hip-hop, c’est le blues avec des instruments qui s’endiablent en compagnie d’un texte travaillé et une émotion ressentie et sincère: on raconte ce qu’il ne fonctionne pas dans la vie et on délivre nos désaccords et nos rancœurs. Avant, les jeunes s’exprimaient avec une guitare, aujourd’hui, les instruments sont différents mais pas l’âme déployée. Il y a de très bons mix hip-hop-blues qui sortent et c’est normal car les deux genres sont issus de la même veine: c’est le cri du cœur. Il n’est pas toujours nécessaire d’apprendre la musique au conservatoire, certains l’apprennent dans la rue, dans les bars au moyen d’une guitare inconnue pour s’exprimer. Ces personnes ont découvert le plaisir de pouvoir s’ouvrir et surtout de faire leur thérapie grâce à cet instrument. C’est cela le blues; le blues que l’on retrouve dans diverses musiques aujourd’hui.

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About Yves Di Cristino (371 Articles)
Rédacteur en chef, membre actif de l'Association Suisse des Journalistes Indépendants (CH-Media) et de l'Association vaudoise de la presse sportive (AVPS). Étudiant en Master de Sciences Politiques à l'Université de Lausanne. Prépare un mémoire en histoire internationale focalisé sur les relations de Guerre Froide et de post-Guerre Froide.

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