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Malvin & Renaud: « Notre grand héritage théâtral »

Les deux jeunes prodiges révélés par le Swiss Comedy Club étaient à l'honneur au Lido Comedy & Club

Le duo suisse Malvin & Renaud a présenté ce jeudi soir son "two men show" pluridisciplinaire au Lido Comedy Club. Quiproquos, imitations, opéra, vidéo, beat-box et théâtre: tels sont les divers actes qui composent leur véritable et hilarante pièce à jouer, à mille lieux d'un stand-up traditionnel. leMultimedia.info a rencontré les deux étoiles montantes de l'humour (et du théâtre) romand au sortir de scène. Rire, dérision et interview.

Malvin, à gauche et Renaud en spectacle au Lido Comedy & Club de Lausanne. © Oreste Di Cristino

Vous nous fatiguez sur scène mais au bon sens du terme.

Renaud: On me l’a déjà dit et je n’ai jamais réussi à le prendre bien. Mais c’est vrai qu’on se donne comme des malades sur scène parce qu’on remet tout ce dont nous sommes dans nos personnages. On a pour objectif que le public s’ennuie le moins possible. On a vraiment peur des non-réactions ou des malaises que pourraient engendrer certaines répliques. C’est pour cela qu’on s’investit à chaque fois à 200% et c’est pour cela que je n’ai bientôt plus de voix.

Malvin: Si on fatigue, c’est avant tout parce qu’on fatigue nos proches à longueur de journée, non-stop. On reste nous-mêmes.

Y’a-t-il un risque sur scène de surjouer vos personnages ? Vous faites toujours attention à ne pas trop extrapoler les situations dans lesquelles vous les enfermez ?

Renaud: Il y a toujours des accentuations plus marquées dans les personnages que l’on présente, certes. On pourrait même les jouer de manière plus banale, peut-être que ça passerait aussi. Mais c’est plus intéressant de nous présenter ainsi parce que, comme vient de le dire Malvin, toutes nos scènes sont nées de séquences de notre quotidien.

Malvin: Il faut savoir que la vidéo que l’on passe au milieu du spectacle a été inspirée et mise en scène de ce qu’il se passe à chaque fois quand on répète notre « deux hommes show », à savoir un plat de pâtes et « Friends » (ndlr, sitcom américaine).

Renaud: On a peu répété notre spectacle pour le jouer ce soir au Lido Comedy & Club – ce sont des choses qui ne se disent pas normalement – mais il faut savoir également qu’à chaque fois qu’on se retrouve devant des pâtes et « Friends », c’est l’occasion d’innover et inventer de nouvelles séquences. Toutefois, c’est un spectacle qui est rôdé car il s’agit quand même de notre sixième représentation. Et il a quelque peu évolué au fil du temps; il durait 1h06 l’année dernière et il a duré 1h15 aujourd’hui. Donc je ne veux pas dire non plus qu’on est arrivés à la one again ce soir même s’il est vrai qu’on est arrivés légèrement moins préparés ce soir au Lido. Mais ce n’est pas plus mal car, même si on en a oublié quelques répliques, on est deux et on arrive toujours à se reprendre l’un pour l’autre, même si selon les scènes, on n’a parfois qu’une fraction de seconde pour le faire.

C’est plus simple d’être en « Two men show » ?

Malvin: Je ne dirais pas que c’est plus simple. C’est tout simplement une autre dynamique.

Renaud: Il y a des avantages comme des inconvénients. Pour les personnes qui se produisent en duo, c’est parfois plus compliqué lors des répétitions – la preuve, on a répété qu’aujourd’hui – mais cela peut être aussi plus simple si l’un des deux est dans le doute, comme moi. Dans ces cas-là, il est toujours d’une grande aide quand le partenaire est plus serein comme Malvin qui se veut être très rassurant.

Le duo immortalisé d'entrée de scène. Ils changeront trois fois de tenue vestimentaire. © Oreste Di Cristino

Le duo immortalisé d’entrée de scène. Ils changeront trois fois de tenue vestimentaire. © Oreste Di Cristino

Ce que vous me dites est d’autant plus incroyable car vous nous livrez une très large palette de personnages et de situations. Si nous ne prenons que les accents (entre l’italien, l’allemand, le portugais, le vaudois, le sédunois, le jurassien, le chinois,…), votre prestation témoigne d’une très grande diversité !

Malvin: Disons que l’on a tendance à imiter tout ce que l’on voit. Dans ce cas aussi, il y a du vécu personnel: Je suis italien, Renaud a des origines espagnoles et il y a tout ce qu’il nous intéresse dans ce spectacle de manière large. On a misé sur des scènes très cosmopolites, mais non seulement dans les imitations des nationalités et des langues – cela est très répandu et ce sont en quelques sortes des blagues faciles – mais il y a aussi toute un panel de relations sociales et de comportements sociaux bien divers et qui sont, bien évidemment, plus compliqués à retranscrire sur scène.

Renaud: On a toujours été fascinés par les accents et les idées nous viennent souvent dans les situations les plus banales de notre vie. Par exemple, les enchaînements de l’accent albanais me sont venus quand j’étais en train de mettre mes chaussettes au sortir de la douche. Donc tout ce qui est présenté peut-être fait sans être répété, tant ce que nous disons sur les planches nous ressemble. Les scènes ne sont même pas pensées, ni même réfléchies. Il nous suffit de reprendre certaines séquences de notre quotidien – en les creusant toujours un peu plus – pour décrocher le rire du public. Et c’est le cas pour toutes les situations de scène que l’on a présentées ce soir.

Il y a un très grand héritage théâtral dans ce que vous faites.

Malvin: Oui, la vidéo ne ment pas, on s’est réellement rencontré il y a 10 ans à l’école de théâtre, en 2005 ou 2006.

Renaud: Le coup d’œil est relevable. On a presque commencé ensemble le théâtre (Malvin a commencé un peu avant moi) même si je suis désormais plus fort que lui (rires). Au début, nous avons commencé par jouer un pièce mais qui n’avait aucun rapport avec ce que l’on a présenté. Et puis nous avons travaillé l’improvisation qui nous a donné un véritable atout pour nous produire comme nous l’avons fait ce soir.

Malvin: Mais il faut savoir que toutes les épreuves théâtrales que nous avons passées nous ont apporté quelque chose comme par exemple l’expression corporelle. Donc nous étions dans la même troupe, avec Thomas Wiesel aussi et cette expérience nous a vraiment tous propulsés sur les planches.

Renaud: À préciser que Thomas, avec nos parents, a fait partie du cercle proche qui nous a poussé à nous produire sur scène. Et on reste très proches, on se conseille et on a la chance de pouvoir travailler avec lui et d’être très bien entourés.

Vous donnez l’impression sur scène d’avoir fait ce métier toute votre vie; vous parvenez parfois, avec quelques banalités, à décrocher l’hilarité du public. C’est bien le signe que vous avez engrangé une certaine expérience.

Malvin: Le plus important sur scène, c’est regarder le public, de créer un lien avec. C’est très simple de monter sur scène, de répéter notre spectacle bien rôdé et repartir comme on est venus. Le but est aussi de prendre le temps de communiquer avec les spectateurs.

Renaud: Et c’est le risque, en duo, de négliger la présence du public. Or, nous faisons toujours bien attention à prendre à partie le public, il est important d’interagir.

Malvin: Et si Renaud a une vanne à faire en pure improvisation, on ne va surtout pas se bloquer. Sans en faire une énormité non plus, bien évidemment. C’est un équilibre à gagner avec le temps aussi.

Renaud: Ce sont des éléments que l’on expérimente chaque soir de représentation. Quand une personne a un rire un peu particulier ou réagit de manière imprévue, ce sont des perches qu’il ne faut absolument pas nier, bien au contraire. Il faut les scruter pour créer une synergie entre le public et nous. Et il faut oser à un moment donné. Il ne faut pas avoir peur car si la répartie n’a pas l’effet escompté, on poursuit le cours normal du spectacle et si elle fonctionne, ce n’est que du bonus. La prise de bouteille, dans ce cadre-ci, elle s’acquiert avec le temps. Cela fait quatre ans qu’on joue les deux sur scène et on a plus que des liens amicaux, on est des frères de scènes. Quand les représentations se passent bien comme ce soir, on en ressort grandis car le public nous apporte énormément. C’est une thérapie de groupe et on est tous ensemble finalement et on partage tout avec tout le monde, c’est très important !

Malvin, toujours à gauche et Renaud, toujours à droite, se partagent et occupent toute la scène du Lido Comedy & Club. © Oreste Di Cristino

Malvin, toujours à gauche et Renaud, toujours à droite, se partagent et occupent toute la scène du Lido Comedy & Club. © Oreste Di Cristino

Vous fonctionnez avec beaucoup de quiproquos dans vos diverses répliques, c’est travaillé aussi ?

Renaud: On adore les quiproquos, c’est un domaine qui nous passionne, aussi parce que nous avons beaucoup de références qui en ont beaucoup tiré parti comme les Inconnus. Ils nous ont vraiment influencés, ce qui fait que nous les copions un peu dans la construction du spectacle. On essaie d’élargir notre panel le plus possible car il est important, en une heure de scène, de diversifier le plus possible nos figures. Les ressources et les idées sont d’ailleurs inépuisables de ce point de vue-ci. Nous avons la chance « involontaire » d’être deux et ainsi pouvoir explorer des domaines que des stand-uper solistes ne pourraient pas visiter. Donc varions les plaisirs et transmettons-les au public !

Le Swiss Comedy Club vous a apporté toute l’assurance démontrée ce soir ?

Malvin: Bien sûr, cela nous a donné de très belles opportunités.

Renaud: Nous avons foulé nos premières scène au « SCC » et cela nous a beaucoup aidé à écrire nos premiers sketches. Mais il est vrai également qu’il y a une popularisation de l’humour en Suisse Romande et les scènes ouvertes se font de plus en plus nombreuses et nous avons pu nous constituer un beau cercle d’amis dans lesquels font partie aussi bien Thomas Wiesel que Yoann Provenzano, Edem Labah et autres jeunes pousses. Et c’est cela qui nous a plus fait grandir dans le domaine car on se parle beaucoup et on s’organise ensemble pour constituer nos agendas; on a joué à Fribourg, à Etoy et on sera également au Valais le mois prochain. Donc il n’y a de loin pas que le Swiss Comedy Club.

Malvin: Il est vrai que le Swiss Comedy Club n’a jamais été une priorité absolue pour nous, on s’est toujours sentis un peu différents des autres humoristes, plus tournés vers le stand-up. Nous étions le seul duo et parfois nos sketches s’adaptaient moins à certains types de soirée. Et pour le dire en toute sincérité, le stand-up pur ne nous attire pas beaucoup. C’est un milieu si popularisé qu’il ne nous passionne pas autant que d’autres.

Et il y a donc aussi le Lido Comedy & Club…

Malvin: Exactement, mais on ne pourra se réjouir que jusqu’au 25 juin.

Renaud: Voilà, le 25 juin qui sera la dernière grande date qui aura lieu ici avec tous ceux qui ont participé au large et étoffé menu de la salle lors de ces cinq dernières années en compagnie de nos amis. Cette salle est vraiment incroyable et c’est vraiment dommage qu’elle soit mise de côté dès cet été car elle va manquer à nous tous qui avons eu la chance d’y jouer.

Paris vous tente ? (Patrick Aimé)

Renaud: C’est là que nos avis commencent à diverger. Nous sommes tous les deux d’accord pour dire que Paris représente un peu le Graal à atteindre un jour ou l’autre. Et pour ma part, je pense que ce serait une belle opportunité de se confronter au contexte parisien sans bien sûr réciter nos blagues encore très localisées, à l’exemple du carrousel d’Ouchy. Quoi qu’il en soit, l’aventure nous tenterait et je pense que l’on doit l’assouvir tôt ou tard. Je ne pense pas que l’on grillerait toutes nos cartouches en tentant l’expérience à Paris.

Malvin: Je ne sais pas si l’on « doit » véritablement y aller. Ce serait une belle étape mais pas maintenant. Je gratifie bien plus d’avoir une ampleur locale au début, comme l’a fait Thomas Wiesel même s’il est déjà monté à Paris. Le côté très industriel de l’humour à Paris ne m’attire pas pleinement pour le dire ainsi. On y ira peut-être dans d’autres conditions et avec plus de bagages personnels. En attendant, plein d’autres projets nous attendent…

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About Yves Di Cristino (300 Articles)
Rédacteur en chef, membre actif de l'Association Suisse des Journalistes Indépendants (CH-Media) et de l'Association vaudoise de la presse sportive (AVPS). Étudiant en sciences sociales et politiques à l'Université de Lausanne.

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