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Le Blues Rules Crissier Festival « prêche le blues » depuis 2010, selon Vincent Delsupexhe

Blues et gospel, une dualité fraternelle au programme de la septième édition du Blues Rules Crissier Festival

Le troisième plus grand festival de blues en Suisse rouvrira ses portes le 20 et 21 mai prochain aux abords du château de Crissier. Sous le thème "Preachin' the blues", Thomas Lecuyer et Vincent Delsupexhe, les deux coorganisateurs de l'évènement auront à cœur de présenter une facette aussi mystique que culturelle du blues américain, le gospel et ses nombreuses variantes. Légion à l'affiche de la septième éditions, de nombreux "Révérends" de tout horizon feront leur apparition sur la scène désormais fameuse du Blues Rules Crissier Festival. La saison estivale des festivals est sur le point de débuter. Le point sur la programmation à Crissier avec Vincent Delsupexhe. Retrouvez également notre dossier de l'édition 2015 !

Vincent Delsupexhe, coorganisateur du Blues Rules Crissier Festival.

Cette année marque la 7e édition du Blues Rules Crissier Festival, le troisième plus grand rendez-vous de blues en Suisse. Quelle est votre marge d’amélioration avec Thomas Lecuyer ? Qu’attendez-vous de ce nouveau rendez-vous ?

C’est amusant de voir que cela fait déjà sept ans que nous travaillons sur ce festival avec Thomas (Lecuyer, ndlr) et on ne s’en lasse pas. C’est déjà une très bonne chose ! L’amélioration se fait chaque année car nous sommes très à l’écoute des retours du public, des artistes et des 80 bénévoles et de leurs sentiment à l’égard du festival. Nous cherchons sans cesse d’avoir une meilleure qualité de vie sur le festival ou concernant la programmation. Le public nous conseille toujours des noms d’artistes et parfois le public-même se compose d’artistes qui se proposent de participer à ce festival. Cela a déjà été le cas avec Floyd Beaumont (& the Arkadelphians, à l’affiche du BRCF 2011 puis 2013 et de retour le 21 mai à 18 heures, ndlr) et avec bien d’autres qui étaient présents lors des dernières éditions dans le public, qui sont montés sur scène et sont redescendus dans le public ensuite. Nous ne voulons absolument pas perdre cette proximité avec le public et j’espère que l’on répond convenablement à ses attentes. Nous nourrissons toutefois l’espoir de faire le plein lors des prochaines saisons. Nous sommes dans un espace qui ne peut pas s’étendre à l’infini mais le festival peut tout à fait accueillir 200 personnes supplémentaires par jour en rapport à la moyenne journalière. Ce serait merveilleux d’y parvenir ne serait-ce que pour les artistes qui ne viennent parfois que pour une date unique en Europe. En outre, sur le plan artistique, il y a un tel vivier et la liste d’artistes que l’on a sous le coude avec Thomas est encore bien garnie que l’on pourrait réaliser sans problème encore une cinquantaine de Blues Rules. D’autant plus que chaque année, il y a de nouveaux noms qui entrent. Je ne vais pas les nommer pour éviter de donner des idées à certains (rires) car nous aimons être les premiers à faire venir certains artistes en Europe, c’est même une volonté du festival. C’était d’ailleurs le cas pour Leo ‘Bud’ Welch (ndlr, présent lors du BRCF 2014 et de retour samedi 21 mai à 21 heures), que nous avions contacté avant la sortie de son premier album à 81 ans, mais nous avions aussi été les premiers à faire venir Molly Gene en 2012 (ndlr, de retour samedi 21 mai à 20 heures) et le Révérend John Wilkins (ndlr, BRCF 2012) entre autres. Pour la petite histoire, John Wilkins avait besoin d’une opération de la hanche que nous lui avons payée en contrepartie de sa venue en Suisse. Ainsi, de manière générale, l’évolution n’a de loin pas atteint ses limites. Nous avons des têtes d’affiche toujours plus grandes chaque année, aussi parce que les moyens sont plus grands. Voilà comment l’amélioration se fait édition après édition au Blues Rules.

« Preachin’ the blues », tel est le thème de cette nouvelle édition. Vous ne priez que par le blues ?

Oui, c’est vrai que chaque année nous essayons de mettre en avant une des nombreuses valeurs du festival. L’an dernier était intitulé « Quand le fleuve du Mississippi se jette dans le lac Léman ». Nous avions fait venir de grands acteurs du North Mississippi Hill Country PicNic qui sont un peu nos parrains. Et chaque saison, nous arrivons à nous mettre d’accord avec Thomas pour apporter de nouveaux thèmes au festival; cela fait d’ailleurs depuis 2010 que nous prêchons le blues. Nous continuons à le faire et c’est comme tel que nous avons eu l’idée de programmer beaucoup de révérends et de musique gospel pour renforcer cette notion de prière. Le festival, en ce sens, est un vrai culte à la musique que ce soit le Blues Rules ou n’importe quel autre festival comme le Paléo Festival ou le Montreux Jazz. Et à l’aune de ces deux grands rendez-vous, nous grandissons; nous étions 500 au premier festival alors que nous étions 1200 au dernier. Nous faisons de nouveau adeptes chaque année à notre messe bleue et cette année est un peu la célébration de notre passion. Au-delà du clin d’œil, c’est aussi artistiquement valable.

La première journée sera beaucoup marquée par le gospel, avec notamment la venue de Mighty Mo Rodgers (en remplacement de Naomi Shelton), et des « Révérend » K.M. Williams, DeadEye, le Suisse Beat-Man ou encore Brother Mississippi Gabe Carter. L’heure de la messe a sonné !

Il y a une petite phrase amusante qui dit que le blues raconte les problème et le gospel apporte les solutions. C’est tout à fait cela ! Au-delà des croyances que l’on peut porter dans les diverses églises, l’on va s’apercevoir qu’il y aura des moments un peu plus traditionnels avec Gabe Carter (ndlr, présent le 20 mai à 19 heures) qui est prêcheur (il n’aime pas le terme de « révérend »), Leo Welch qui fait du gospel depuis plus de 60 ans, Mighty Mo Rodgers (ndlr, présent le 20 mai à 23 heures) qui a notamment écrit toute une thèse sur le pourquoi du blues, ou encore K.M Williams (ndlr, présent le 20 mai à 21 heures) qui est Texan et est le révérend qui a marié Gabe Carter lors de son mariage. Le monde est tout petit. On est donc vraiment dans du blues, prêcheur très traditionnel et à côté d’eux, beaucoup de musiciens créent leur propre « église » comme DeadEye (ndlr, 20 mai 22 heures), qui a grandi dans une réserve indienne et qui s’est inspiré du côté chamanique et prêcheur de ses parents. James Leg (ndlr, 21 mai à minuit) jouait de l’orgue dans la chapelle dans laquelle son père exerçait en tant que pasteur et a donc été influencé par ce fort courant religieux tout en créant un rock n’ roll sur la base de sa foi. Ou encore le Suisse Beat-Man (ndlr, 20 mai à 1 heure du matin), laquelle croyance est la « musique pour tous ». Chacun à sa manière va prêcher pour sa propre « paroisse » mais avec cette racine bleue commune. Nous somme vraiment dans la fusion d’une église traditionnelle avec une tradition plus contemporaine et plus personnelle.

D’ailleurs, le dimanche matin, au temple de Crissier, seront invités Gabe Carter, Leo Welch et K.M. Williams pour réaliser une prestation blues-gospel. Cela avait d’ailleurs déjà été réalisé en 2012 avec le Révérend Wilkins.

Une opposition a souvent été faite entre le blues (musique diabolique) et le gospel (musique pour la danse). Or l’un n’empêche pas l’autre. Leo Welch le fait depuis l’âge de six ans. À 84 ans, il est toujours là. Dans les deux cas, les tenants de chacune de ces croyances ont besoin de se rattacher à un dieu, une force spirituelle pour résister aux temps de l’esclavage en Amérique. Ainsi, il y avait cette église forte qui soudait les hommes et les femmes jusqu’à leur libération, même si lors de la loi Jim Crow, la vie n’était pas si belle que cela pour ces personnes qui, bien que libérés n’étaient pas forcément sortis de la mainmise de la politique imposée par les blancs. Et à côté de cela – on en parlait l’année dernière – dans le nord du Mississippi, il y avait ces collines du Nord où la majeure partie des fermes étaient de propriété des noirs à une époque où c’était totalement inenvisageable. Il y avait alors vraiment ce mélange de musique dans le culte du dimanche et lors des fêtes du samedi. C’étaient les mêmes qui jouaient aussi bien dans les bars pour se détendre qu’à l’église. Alors, que ce soit du blues ou du gospel, c’était une musique de rassemblement et de rendez-vous. On peut donc vraiment parler de culte; des personnes qui se réunissent autour d’une même foi, d’une même passion et d’une même envie. Le blues est alors un culte, mais pas dans un sens religieux même si dans certains cas, on se rend compte que la frontière est mince.

Lors de la première journée, on retrouvera également les bandes françaises Jynx (20 heures) et The Chainsaw Blues Cowboys (minuit, influencés notamment par Scott H. Biram). Entre leur tendance cajun et chamane – évoquant les esprits – pour les uns et le gospel enflammé des seconds, leur venue se fonde parfaitement bien dans le thème du festival cette année.

Nous avons volontairement choisi de diversifier la programmation et ne pas sélectionner 16 révérends. Il fallait quand même avoir une certaine diversité dans les genres. Toutefois, nous devons rester un festival de blues sans trop nous perdre dans la variété de la musique. Cela peut paraître être risqué car il peut paraître inaccessible, réservé à des puristes mais quand on y est, on se rend compte que le blues s’ouvre à tout le monde. Chacun peut trouver son bonheur sur un artiste. Il y en a vraiment pour tous les goûts. La programmation de cette année reste dans la même optique. C’est sûr, Jinx est moins prêcheur que K.M Williams mais il en est pas moins envoûtant dans sa musique. D’ailleurs Jinx jouait les inter-sets au Blues Rules en 2014 donc il connaît bien le festival et son public. Il a bien travaillé son répertoire et sa musique pour mériter sa place sur scène. Il a atteint une certaine maturité et on est là aussi pour le faire remarquer et lui servir de tremplin en le projetant devant 800 personnes. Quant aux Chainsaw Blues Cowboys, cela fait depuis 2010 qu’ils apparaissent sur notre liste de groupes à surveiller. Tout comme Jinx, c’est aussi leur année de maturité et se revendiquent être prêcheurs d’un blues-rock n’ roll et de messe un peu sombre. Ils correspondent parfaitement dans le « preachin’ the blues » de cette année. Depuis 2015, le groupe a vraiment progressé et ils ont démontré un véritable talent. Ne pas les recevoir au Blues Rules cette année aurait été une erreur.

La deuxième journée semble être le jour des retrouvailles avec bon nombre d’artistes qui avaient déjà fait leur apparition dans les précédentes éditions du BRCF, tels que Reverand James Leg (2010), Floyd Beaumont & The Arkandelphians (2011), Leo Bud Welch (2014) ou encore Molly Gene qui avait effectué sa première européenne au Blues Rules de 2012…

Molly Gene clame partout que le Blues Rules est le meilleur festival auquel elle a participé. Il ne faut donc surtout pas la décevoir cette année que ce soit de notre part ou de la part du public. Surtout que ce sera sa seule date en Europe. C’est triste à dire compte tenu que c’est une artiste très talentueuse qui a fait une tournée de deux mois en Europe l’année passée. Elle mérite et elle a un vrai public en Europe, malheureusement la frilosité des programmateurs ne leur permet pas de prendre des risques avec des personnes un peu moins connues et qui ne vendent pas beaucoup de disques dans les grands réseaux de distribution. C’est un pari à faire que l’on a totalement assumé en 2012 en sachant pertinemment que ça allait être une réussite. Elle avait véritablement enchanté le public. Donc la faire revenir était une belle occasion car c’est toujours plaisant de revoir des artistes de ce calibre, tout comme James Leg, qu’on ne voit d’ailleurs pas assez. James était venu avec son groupe ‘Black Diamond Heavies’ et depuis, il tourne avec des batteurs différents. Il a vraiment progressé depuis 2010 et le faire revenir n’est pas du tout incongru. C’est même logique de montrer l’évolution des artistes que l’on a fait venir. On a vraiment lié des amitiés avec des artistes, surtout américains mais aussi européens. On est d’ailleurs pour certains, le meilleur moyen de venir en Europe et comme ils sont talentueux, généreux et accessibles, cela nous fait énormément plaisir de les accueillir. À ce rythme-là, il faudra organiser le Blues Rules sur trois jours, tellement on a d’amis (rires).

Un mot sur le Français Johnny Montreuil. Sa venue lors de cette édition 2016 sera particulière puisqu’il illustre à merveille à quel point le BRCF peut être un lieu de culte mais aussi un lieu de rencontre. Influencé par Johnny Cash entre autres, de qui il tire son inspiration blues, son passage risque d’être électrique puisqu’il est un peu touche-à-tout…

Johnny Montreuil joue la musique contestataire de son époque. Si Muddy Waters (ndlr, père de Mud Morganfield, présent au BRCF 2015) avait 20 ans aujourd’hui, il ferait du rap. S’il avait 40 ans, il ferait de la musique populaire réaliste comme Johnny Montreuil. Et semble-t-il le blues était la musique contestataire de l’époque de Muddy Waters. Toujours est-il que la culture musicale de Johnny est garnie, d’où le clin d’œil à Johnny Cash qui est une belle figure de musique populaire et contestataire. Mais on peut également retrouver le style de Hank Williams qui est une grande figure du passage entre le blues et le country. Chez Johnny Montreuil, il y a une grosse part de blues qui est présente que ce soit avec Kick, le meilleur joueur d’harmonica de tout Paris qui joue aussi bien avec des bluesman que des formations cajun ou avec Manolo du groupe de Sarah Savoy avec qui il joue de la contrebasse. Voilà toute la particularité de Johnny Montreuil: il est contrebassiste, chanteur. Ce n’est pas anodin. C’est quelqu’un qui vit pour le rythme et la chanson et on retrouve vraiment du blues dans sa musique.

Un groupe roumain, Blue Monday Ministers (21 mai à 19 heures) dans la programmation, une touche toujours plus universelle du BRCF ?

La moitié (huit artistes) de la programmation est certes américaine. Je ne conçois pas un Blues Rules sans artistes américains car le blues provient d’Amérique. Premier constat. Ensuite, comme nous sommes en Suisse, quatre groupes proviennent du terroir car la dimension culturelle qui y est présente fait qu’il y a également un beau vivier. Du coup, il reste quatre places. C’est, d’une part, facile de faire venir des Français car je vis à Paris mais si on regarde les programmations du Blues Rules depuis 2010, on a reçu tout de même des Hongrois, des Slovaques, des Tchèques, des Écossais et des Finlandais. On a donc aussi laissé la part ouverte à l’ensemble de l’Europe. Le blues est une musique universelle et ne met aucune nationalité hors-jeu. D’ailleurs, sur notre liste d’artistes à surveiller, nous avons également des chanteurs provenant de Mongolie. De plus, les Blue Monday Ministers (serviteurs du blues du lundi matin) s’inscrivent vraiment dans le thème « preachin’ the blues ». Le groupe est vraiment là pour parler du blues et pour le guérir. Ce sont de vrais prêcheurs de blues. Cătălin (Tzetze Rădulescu) est un harmoniciste qui est un grand travailleur, influencé notamment par Skip James, Big Bill Broonzy et Mississippi John Hurt. Tout leur blues est donc nourri depuis 30 ans et si l’on n’insistait pas sur la nationalité du groupe, on ne saurait pas qu’ils sont roumains.

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About Yves Di Cristino (371 Articles)
Rédacteur en chef, membre actif de l'Association Suisse des Journalistes Indépendants (CH-Media) et de l'Association vaudoise de la presse sportive (AVPS). Étudiant en Master de Sciences Politiques à l'Université de Lausanne. Prépare un mémoire en histoire internationale focalisé sur les relations de Guerre Froide et de post-Guerre Froide.

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