Nouveauté

La femme reste dévaluée au Salon de l’Auto

Le 86e Salon de l'Auto de Genève (3-13 mars) touche à sa fin ce week-end. L'événement romand présente chaque année des modèles de voiture futuristes comme standard, des espaces VIP et leurs animations... dont les femmes ! Au salon, les hôtesses et mannequins sont aussi importantes que les voitures qu'elles mettent en valeur pour le plus grand amusement des visiteurs. Une petite virée au salon entre copains pour voir la voiture et la femme de ses rêves n'est-elle pas bien sympathique ? Après notre visite au salon, voici nos impressions et les réponses des responsables des stands.

Patrick Aimé, rédacteur en chef adjoint de leMultimedia.info. © Oreste Di Cristino

Au salon de l’auto, hôtesses et mannequins sont disponibles à chaque stand pour servir les visiteurs. La première a été formée et répond aux questions avec l’appui de sa tablette et la seconde pose à côté des voitures pour laisser les messieurs prendre des photos. Le service est bien entendu luxueux pour cet événement associé aux sensations et émotions visuelles par taille des moteurs exposés et des espaces VIP. On ne vient plus au salon pour acheter une voiture mais pour se divertir et chercher la voiture de ses rêves.

La gente masculine est de loin la clientèle la plus visée par le salon. De nombreuses voitures de courses sont exposées, des « concept cars » (opération des départements marketing et Recherche & Développement pour élaborer des voitures futuristes qui seront commercialisées dans plusieurs années) ainsi que des simulateurs de jeu de course. Selon le concessionnaire en ligne Car4You, 76% des visiteurs au salon de 2014 étaient des hommes. De plus, la féminisation du service n’est pas caricaturale car les hôtesses sont élégantes et disent ne pas se sentir dévalorisées. En contrepartie, elles travaillent dix heures par jour pour une rémunération extrêmement attrayante.

Cependant, l’attitude reste à bien des égards sexiste de façon latente et ambiante. En effet, pour parler aux amoureux de la voiture, objet-symbole de richesse et de réussite, rien n’est plus efficace qu’une jeune mannequin pour renforcer le désir d’en acheter une. Les visiteurs ne sont pas pour autant sexistes au quotidien, mais viennent à un événement qui en reproduit les codes et fait reculer la cause féministe. Vendredi matin, l’humoriste Thomas Wiesel, chroniqueur chez One FM, est revenu sur le salon en déclarant avec ironie « si c’était vraiment des passionnés d’automobiles il y aurait des garagistes à côté des bagnoles, pas des étudiantes en talons-aiguilles ».

Le salon de l’auto est basé à Palexpo, où « il y a 100’000 m2 de surface dont 80’000 sont occupés par des constructeurs » d’après le directeur du salon André Hefti. Ici, le constructeur Citroën met en valeur son stand par un aménagement original et notamment une salle de séjour et une boutique (à l’arrière-plan). Photo libre de droits.

En revanche, c’est une heureuse surprise de voir que le rôle des hôtesses a beaucoup évolué. Suite à une formation de trois jours et à un profil adapté au service de luxe par la maîtrise de plusieurs langues pour répondre aux touristes et leur parcours d’étudiantes en communication pour une partie d’entre elles, elles occupent un rôle très similaire à celui des vendeurs qui les encadrent. Quant aux mannequins, elles ne sont présentes qu’en tenue descente à la demande de quelques marques sportives. « Des hôtesses en maillot de bain ou complètement nues, c’est exclu. Nous avons une image mondiale à défendre. » affirmait André Hefti, directeur du salon, au Courrier. Sur Twitter et Instagram, les #GVAMotorshow et #salondelauto se multiplient mais la gente masculine ne s’est pas beaucoup affichée et le respect de la gente féminine a été de rigueur.

Le sexisme n’est donc plus une banalité assumée par tous mais un système latent, ancré dans nos mœurs à tel point qu’il subsiste au Salon de l’Auto. De plus, les salaires restent trop attractifs pour les jeunes femmes et la tentation pour les constructeurs trop grande d’associer l’univers automobile à une événement masculin pourtant bien éloigné de la réalité du marché. Aujourd’hui, toutes les marques conçoivent des modèles destinés aux femmes indépendantes (Fiat 500 ou Seat Mii par exemple) ou mères (ou bien entendu pères) de famille revendiquant une voiture à l’image de leur fierté (Lexus RX405 ou Volkswagen Tiguan). Selon une étude de Toyota avec le site aufeminin.com de 2012, 82% des Européennes possèdent une voiture et 74% d’entre elles l’utilisent chaque jour. Alors à l’avenir, le salon ne renforcerait-il pas son image en proposant des stands moins machistes ?

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About Patrick Aimé (82 Articles)
Journaliste passionné, spécialisé dans le rugby et l'humour.

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