Nouveauté

Les Chevaliers du Fiel: « Arriver à tout faire avec rien, c’est fort » !

Sur scène, il est nécessaire d'être "Otaké" !

Au Théâtre du Léman, Éric Carrière et Francis Ginibre, dits les Chevaliers du Fiel ont assuré une représentation des plus complètes et abouties de leur nouveau spectacle "Otaké". Marquant les retrouvailles de nombreux personnages auparavant dissimulés derrière la présence des "Municipaux", les deux acteurs de comédie ont enflammé de leur maestria la scène genevoise. Rencontre avec les deux grands artistes.

© Oreste Di Cristino

Vous présentez un nouveau spectacle ce soir nommé « Otaké ». C’est parce qu’il faut être au taquet pour monter sur les planches ?

Éric Carrière : C’est exactement cela. C’est parce qu’on y va toujours « à fond ». De plus, nous l’avons écrit comme tel pour faire paraître un langage plus « sms ».

Francis Ginibre : Il y a un côté japonais aussi (rires).

Éric Carrière : Le côté japonais est vraiment pour déconner et pour donner un graphisme différent à notre spectacle, un peu décalé.

Ce nouveau spectacle vous permet également de déterrer de votre coffre à personnages, d’anciennes figures de vos anciens et précédents spectacles ?

E.C. : Il y en a en effet ! Il y a, de plus, d’anciens tubes que l’on va reproposer ce soir car ce sont des sketches qui sont très connus et qui sont incontournables dans notre besace. Mais il y a également du nouveau contenu, des figures toutes nouvelles qui feront leur apparition grâce à cette tournée.

F.G. : Disons qu’il y a 60% de nouveau et 40% d’ancien contenu. On avoisine presque les 70-30 ; les Municipaux font un passage, il y a le retour de Jean-Paul André qui chante la Simca mille et on leur fait faire d’autres choses… Il y a plein d’univers différents et tout un tas de personnages plus fous les uns que les autres qui défilent du début jusqu’à la fin. Il y en a vraiment pour tous les styles.

J’aimerais m’arrêter quelques minutes sur la figure des Municipaux. Vous avez rendu célèbre ce corps de métier. Comment vous est venue l’idée de mettre en avant ces personnages-ci ?

E.C. : J’avais eu cette idée car je trouvais qu’elle avait eu un écho positif sur le public suite à un premier sketch que l’on avait présenté auparavant. Mais surtout, ce sont des personnes que tout le monde connaît mais dont personne ne parle jamais. Ils n’ont jamais été les héros de quoi que ce soit. On plébiscite aujourd’hui des rôles sur les policiers, les professeurs, les dentistes, les médecins mais jamais sur les employés municipaux. De plus, ce sont des personnages qui sont très polyvalents car ce métier regroupe des personnes fort diverses ; il y a les sympas, les cons, les cultivés, les vulgaires… donc finalement c’est du pain béni pour nous.

F.G. : C’est une vraie représentation de la société et des Français. C’est très ouvert.

Vous avez fait des études de terrain pour les imiter aussi bien ?

E.C. : (Rires) Tout le monde en voit tous les jours devant chez soi. Aujourd’hui, beaucoup les critiquent mais de leur côté, ils nous adorent parce qu’on parle d’eux, tout simplement.

© Oreste Di Cristino

© Oreste Di Cristino

Vous jouez beaucoup sur les préjugés, ledit sens commun sur lequel beaucoup de personnes fondent leur pensée…

F.G. : Tout à fait ! Cela nous permet de rester universels, d’attirer rapidement l’attention des gens. Dans le fond, cela nous permet de faire passer plusieurs messages au travers de ces personnages dont tout le monde connaît.

E.C : C’est justement ce qui nous intéresse dans l’exercice : parler de la vraie vie des gens. Les chefs d’entreprise, les banquiers et autre corps de métier similaires ont déjà été longuement explorés et ne sont pas intéressants à la narration puisqu’ils ne sont pas représentatifs de la population. Nous n’avions d’ailleurs pas les moyens de creuser majoritairement sous l’identité de ces personnes. Or, les bouchers, les professeurs de gymnastiques, les chanteurs ratés tout comme les municipaux forment une catégorie à part qui peuvent regrouper une multitude de personnes et auxquelles, sans le vouloir, le public s’identifie plus.

Vous n’êtes absolument pas dans le stand-up classique. Quand on vous regarde, on a vraiment l’impression d’être au théâtre – vous entrez dans des rôles que vous ne quittez plus tout au long de la représentation…

F.G. : Tout à fait ! D’ailleurs, notre premier spectacle était très rock’n’roll et assez fou. Il était très théâtralisé ; on mettait des personnages en situation du début jusqu’à la fin et on basait notre spectacle sur ces quelques rôles que l’on jouait. De temps en temps, on adore revenir sur ce genre-ci parce qu’on a fait « Vacances d’enfer », « Croisière d’enfer » qui sont carrément des pièces de théâtre de boulevard.

E.C. : On en a d’ailleurs fait pleins d’autres sur ce même style. On vient d’ailleurs de faire « Noël d’enfer » qui est tout neuf pour la télévision française et qui va se transformer en spectacle car il fonctionne très bien. Ces travaux mettent également en scène des gens normaux qui vont au ski, ou en croisière et qui se retrouvent confrontés à des péripéties tantôt absurdes, tantôt hilarantes. Notre intérêt réside ici. Nous ne faisons pas de stand-up parce que c’est un peu dépassé à notre goût. Raconter sa vie en permanence demande d’avoir une très haute opinion de soi-même et sa vie pour passer son temps à la dévoiler sur scène (sourire). Je ne m’imagine pas passionner les foules en racontant comment et dans quelles circonstances j’ai eu ma première mobylette, ma première copine, etc… (rires). Il y a des gens qui font cela très bien mais ce n’est pas (ou plus) pour nous.

Vous faites du théâtre avec très peu de moyens ; c’est un peu un théâtre pauvre que vous présentez du point de vue du décor et des objets… ?

F.G. : Quand on avait débuté notre carrière, on avait pris comme principe que tout rentre dans notre voiture. On avait rien. On partait tous les deux en tournée avec très peu de matériel. Donc on a très rapidement appris à faire des sketches et à jouer des personnages sans perruques et sans grands déguisements.

E.C. : On en a pris l’habitude. Ensuite, c’est devenu un genre que l’on a créé ; jouer avec rien. Au début, c’était par manque de moyens ; après, c’était devenu un style, une technique. Et certainement la plus belle car arriver à tout faire sans rien, c’est fort.

F.G. : Ça oblige le public à rentrer encore plus dans notre univers et nos personnages car il faut tout imaginer.

Vous jouez ce soir (ndlr, dimanche 6 décembre 2015, 20h30) au Théâtre du Léman. Connaissez-vous bien le public suisse ?

E.C : Nous le connaissons assez bien. Nous sommes allés jouer à Morges, à Montreux, à Lausanne, à Sion et à Genève plusieurs fois. Depuis longtemps, voire très longtemps, quand on était débutants – les gens ne le savent peut-être pas – on venait rôder nos premiers spectacles à Lausanne, au Forney qui était un cabaret très réputé à l’époque. On y est restés longtemps et c’est un public qu’on aime bien. Les Suisses ne sont pas forcément – et spécialement – faciles mais ils sont très connaisseurs. On voit bien qu’ils ont la culture de l’humour et du spectacle et qu’ils se déplacent beaucoup dans les salles. On a la chance qu’ils nous aiment et on les remercie.

F.G. : Ils sont fidèles et on les aime bien.

Comment pressentez-vous cette nouvelle représentation à Genève ?

E.C. : Il y a beaucoup de chansons dans ce nouveau spectacle donc on espère que ça va mettre le feu dans le théâtre ce soir (ndlr, dimanche).

F.G. : De toute façon, notre ambition n’a jamais changé : on veut vraiment déconner en compagnie de notre public pendant deux heures. C’est comme cela tous les soirs en tournée et j’espère que ça va marcher ce soir également. Mais il n’y a aucune raison pour que ce ne soit pas le cas.

E.C. : Nous n’avons pas d’angoisses particulières même si rien n’est acquis à l’avance. Nous sommes au ralenti toute la journée, mais le soir, à l’heure de jouer, on met le paquet. On est Otaké !

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About Yves Di Cristino (293 Articles)
Rédacteur en chef, membre actif de l'Association Suisse des Journalistes Indépendants (CH-Media) et de l'Association vaudoise de la presse sportive (AVPS). Étudiant en sciences sociales et politiques à l'Université de Lausanne.

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