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Faada Freddy: « J’ai une lumière qui m’accompagne partout »

Paléo ? Que des belles rencontres !

Jeudi soir, Faada Freddy est venu présenter, au Paléo, son nouvel album "Gospel Journey", entièrement enregistré avec le son de la voix. Libéré des instruments matériels, le Sénégalais de 40 ans a uniquement fait parler (ou chanter) son corps sur scène. Rencontre avec l'artiste autour d'une table ronde.

Faada Freddy lors de son show, jeudi, sur la scène du Détour au Paléo Festival. © Oreste Di Cristino

C’est culturel en Afrique de n’utiliser que le son de la voix et du corps pour produire de la musique sous une touche plus acoustique ?

Oui, effectivement c’est culturel chez nous au Sénégal parce que les enfants qui n’ont pas les moyens d’acheter des instruments n’ont que leur corps ou le sol pour faire de la musique. Taper sur la poitrine ou sur le pied, c’est toujours un jeu que l’on pratique à la sortie de l’école et il s’agit de la base de percussion corporelle que j’ai reçue là-bas. Quand on fait de la percussion corporelle étant enfant, on n’essaie pas de se rapprocher des instruments. Donc tout ce qui nous importe, c’est de produire un son, sans trop savoir qu’il y a des fréquences différentes. Ensuite, à force de jouer de la batterie ou autres instruments, on parvient à observer les différentes tessitures qu’ils émettent et on se rend compte qu’il y a des fréquences biens diverses: les grosses caisses, les caisses claires, etc… Alors, on essaie de développer quelques techniques différentes et d’adapter notre percussion corporelle à celle de l’instrument: les grosses caisses par la poitrine, les caisses claires par les cuisses, les claps ou les charlestons par les mains ou encore les percussions par des jeux de bouches… Chaque jour, on découvre de nouveaux sons, ils sont partout… C’est comme en jeu d’enfant parce que la musique doit garder son côté naturel. C’est vrai qu’il y a eu la révolution industrielle; on a créé les guitares, les synthétiseurs et c’est magnifique mais il ne faut pas oublier la musique organique qui est, selon certains, primaire mais qui garde toute sa beauté parce qu’elle est naturelle. Pour moi, c’est un peu comme une musique bio.

Sur scène, tu es toujours accompagné par une équipe de vocalistes. Qui sont réellement ces acolytes ?

J’ai la chance de travailler avec des grands musiciens et d’excellents vocalistes. Certains avaient travaillé pour Pascal Obispo, d’autres pour Camille ou encore pour les Sans-Voix et c’est vraiment les personnes qu’il faut pour soutenir un tel projet. Je suis très heureux de travailler avec de tels professionnels. Il y a Philippe Aglaé que j’appelle le Maestro, Micheal Désir, le body-percussionniste, Gisela Razanajatovo, la reine de la voix et Manu Vince, la Golden Voice. Mais il y a aussi Jean-Marie Marier qui m’avait bercé durant mon enfance parce qu’il avait composé le générique de Tortues Ninja et qui est excellent à la basse vocale. Il a une tessiture de voix dans les basses qui est magnifique et je pense que c’est exactement l’équipe dont j’avais besoin pour aborder ce projet confortablement.

Tu es né dans une famille de comptables, banquiers ou instituteurs… Comment se fait-il que tu sois entré dans l’art de la musique ?

Oui, je suis le seul « rebelle » de la famille parce que je suis le seul, en deuxième année de comptabilité, à avoir osé demander à mon père sa bénédiction pour faire de la musique. Du coup, j’ai toujours été considéré comme étant « le fou » de la famille, d’où mon nom (de scène); Faada signifie d’une part, « fou » mais d’autre part, il se rapproche également de mon vrai nom Fatha (prononcé en jamaïquain, Faada). J’aime bien ce nom car je pense qu’il faut quand même un brin de folie pour vivre heureux. L’être humain a tendance à s’emprisonner seul et sa liberté est quelque peu vendue par la société de consommation qui lui est proposée. L’homme s’oublie et perd de vue son objectif fondamental. Si être fou, c’est revenir à la simplicité et oublier l’aspect matériel de la vie, alors je dis oui à la folie et je n’ai pas envie de guérir. Mais il ne faut non plus pas oublier que la famille, c’est la racine. Chacun est né avec sa personnalité mais celle-ci n’apparaît que lorsque l’on se donne une chance d’être soi-même. Chacun doit rester comme il est.

Tu fais beaucoup de musiques et des reprises anglais, pourquoi ne pas chanter également des chansons en français (langue officielle du Sénégal) ?

J’écris en anglais de manière très naturelle. Dès mon enfance, aux alentours de mes six ans, j’ai commencé à chanter et à reprendre des textes de Millie Jackson et James Brown. Plus tard, j’ai même élargi mon répertoire à ceux de Billie Holiday, Aretha Franklin. Je ne parlais pas anglais, je connaissais juste les mimiques et la résonance des mots et ça m’a permis non seulement d’apprendre l’anglais mais aussi de m’approprier la langue. Aujourd’hui, quand j’ai envie d’écrire, j’ai des assonances anglophones qui me viennent. Ces influences-ci se reflètent donc dans mes écritures. D’un autre côté, le fait que je sois resté assez longtemps à Maryland (États-Unis) ou à Las Vegas ont eu un impact sur mon écriture. Mais j’écris aussi en français pour moi et d’autres artistes.

Que t’inspires le Paléo Festival ?

J’ai accepté de venir au Paléo parce que c’est un Festival que j’aime. La dernière fois que j’y suis venu, j’ai rencontré un groupe qui s’appelle Morgan Heritage et on s’est retrouvé en Jamaïque, au Tuff Gong, le Studio de Bob Marley pour enregistrer. C’est pour et grâce à des merveilles comme telles que j’ai envie de revenir au Paléo. Récemment aux FrancoFolies, j’ai eu l’occasion de rencontrer Johnny Hallyday et Yannick Noah pour partager une scène et aujourd’hui (ndlr, 23 juillet 2015), il y a Ben Harper et beaucoup d’autres. Il y a souvent de très belles rencontres et je suis preneur du partage et de l’enrichissement dans la culture.

Tu as fait la première partie de beaucoup d’artistes. Quel a été ton sentiment d’avoir enfin pu faire ta propre tournée et ton propre album ?

C’est une joie immense. Un rêve qui se réalise parce que dans toutes les salles où je vais pour des premières parties de concerts, j’ai toujours la joie et la conviction que je vais revenir pour mon propre compte. Par exemple, j’ai fait récemment la première partie de Lenny Kravitz à l’Olympia alors que j’y retourne le 5 octobre pour présenter mon album. La vie est merveilleuse. On ne peut pas être dans la négativité parce que la vie nous offre tellement de choses, c’est un grand trésor. Tant qu’on dit oui à la vie et qu’on continue, tout est possible. On peut naître dans un pays peu développé, certes, mais si on veut parcourir le monde, partager l’amour et ressembler les gens, tout ceci peut se réaliser. C’est mon bonheur, il se trouve principalement ici. C’est une vague de plaisir qui m’envoûte tous les jours, dans chaque ville et sur toutes les scènes. Rencontrer des gens, des cultures, des univers permet de se rendre compte que tout le monde peut se confondre et oublier sa nationalité, sa carte d’identité ou sa religion. Ça veut tout dire pour moi.

As-tu un rituel ou un porte bonheur sur toi avant de monter sur scène ?

Oh oui ! J’ai toujours une grosse lumière qui m’accompagne partout où je vais et c’est la vie. Cette vie, elle est partout. Elle est présente quand on a l’impression que les choses ne vont pas bien. On l’a toujours pour autant qu’on soit en vie. Rien n’est perdu. Nous avons toujours la divinité avec nous, nous pouvons avoir tous les lucky charms de la vie et pour moi, le trésor de la vie, c’est nous. Je ne comprends pas, à titre d’illustration, que l’on puisse se plaindre quand il fait froid et quand il fait chaud. Que l’on puisse se plaindre de la pluie alors que celle-ci aide à faire grandir les plantes. On ne peut pas se plaindre quand la nature nous nourrit. Sinon, cela veut dire que l’on se plaindra toujours et que nous avons un problème. Et je pense que ce n’est pas le temps qui a un problème, mais c’est l’homme. Il faut juste être en paix avec soi-même et tant que ce n’est pas le cas, le temps sera toujours gris et pluvieux. La kiffologie est toujours active et elle ne s’arrêtera pas.

Merci beaucoup Faada !

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About Yves Di Cristino (310 Articles)
Rédacteur en chef, membre actif de l'Association Suisse des Journalistes Indépendants (CH-Media) et de l'Association vaudoise de la presse sportive (AVPS). Étudiant en sciences sociales et politiques à l'Université de Lausanne.

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