Nouveauté

Label ECOPOL, une expérimentation en marche

Mardi 24 mars 2015, la première pierre du premier écovillage de Suisse romande a été posée Rue de la Gare 17 à Grandvaux. Apparue il y a maintenant 20 ans, l'association La Smala et sa présidente Mariette Glauser se sont engagées à donner une nouvelle vie à l'écologie. Le label ECOPOL, baptisé en même temps que la pose de la première pierre, a été créé à ce louable effet. leMultimedia.info s'est alors infiltré dans un écohabitat et s'en est allé à la rencontre des divers habitants qui le composent depuis quelques mois. Enquête sur la vie en cohabitation.

Myriam, une habitante d'un écohabitat à Grandvaux aide à la pose de la première pierre du label ECOPOL Photo: Yves Di Cristino

Théo Bondolfi, le visage éclairé de joie, prit dans ses bras la première pierre de sa nouvelle construction et la posa avec conviction et fierté. Telle était l’image de ce mardi après-midi où les travaux de la première maison écologique durable – sous le label ECOPOL – de Suisse Romande ont débuté. Diffusant les valeurs du vivre ensemble, de la solidarité, de la créativité, du bien-être durable, de la coopération et du respect de l’environnement, ce nouveau label a obtenu un succès certain auprès des habitants de la petite localité de Grandvaux. En passe de construire leur premier logement basé sur une écologie communautaire, les fondateurs de l’association La Smala ont pour but de favoriser plusieurs logements intergénérationnels – 5 à 50 foyers indépendant – agrémentés d’espaces de partage et de jeux, en plus du bon vivre des habitants qui les composent. Plus encore qu’un écoquartier de façade, les écovillages ECOPOL fournissent une entraide familiale et des services performants pour les divers locataires engagés dans une « nouvelle vie ». Accessibles et adaptés aux seniors, le label, signe de la qualité du bien-être, promeut une véritable écologie sociale qui se veut révolutionnaire.

L’expérience vue de l’intérieur

« C’est différent de ce que j’ai vécu auparavant. C’est intéressant et difficile. Mais ça revêt beaucoup de belles valeurs » s’exprime Tatjana, d’origine russe et habitante d’un écohabitat situé Rue de la Gare 5 à Grandvaux, à quelques pas du n°17 dont la première pierre a été posée. Arrivée en décembre 2014 au n°5, la vie en cohabitation reste à ce jour une expérience unique pour elle, sinon juvénile, à laquelle il a été convenu de s’adapter rapidement: « Il y a beaucoup de personnes avec leur caractère et leurs habitudes et il faut respecter le mode de vie de tout le monde. » Mais le véritable avantage, rigoureusement étudié par les promoteurs du projet, reste néanmoins l’accessibilité aux services et à la métropole. Situé à seulement une dizaine de minutes en train du centre-ville de Lausanne, l’emplacement de cet écohabitat favorise considérablement le bien-être des colocataires, notamment pour ceux qui, d’un âge avancé, nécessitent un traitement plus attentif de leur condition de vie. « C’est très pratique et c’est le grand avantage de ce lieu situé près de la gare et où la possibilité de parking est assurée » continue Tatjana. Ancienne habitante de Cugy (VD) – une localité, elle aussi, excentrée du centre lausannois – la locataire d’origine russe perçoit toutefois une différence substantielle de son mode de vie depuis son arrivée à Grandvaux, même si l’expérience entière semble lui faire rappeler ses jeunes années: « J’ai beaucoup voyagé étant jeune. J’ai fait du camping, j’ai résidé parfois avec trois personnes dans une petite pièce, j’étais un peu une hippie. Mais je dois dire que je n’avais jamais vécu en cohabitation comme c’est le cas actuellement. Mais ça fait du bien de retrouver ce genre d’émotions et cette ambiance de jeunesse. » Entourée de professionnels travaillant dans le soin et travaillant, elle-même dans ce même domaine, Tatjana a alors l’occasion, tous les jours, de partager son expérience avec ses pairs.

Toutefois, même si le vivre ensemble est partie intégrante de l’esprit de cet écohabitat, cela n’empiète cependant pas sur la vie privée et personnelle de chaque habitant: « Ici on a quand même notre espace. Quand on veut être seul un moment, on peut toujours aller dans notre chambre – ou studio suivant les locataires – et méditer dans son coin » entame Lou, femme de Théo Bondolfi coordinateur du projet. Et même si un temps d’adaptation a semble-t-il été nécessaire pour cette jeune femme, habitante au n°5 depuis déjà cinq ans, rien ne la ferait quitter cette nouvelle vie qu’elle a adoptée avec un grand plaisir: « Aujourd’hui, je ne m’imagine plus vivre seule, explique-t-elle avant de reprendre, c’est la vie que je voulais. » Pour Lou, ancienne habitante solitaire d’un appartement et qui n’avait jamais vraiment connu la vie en commun dans une habitation, a su apprivoiser le changement et a, sans souci, adhéré à l’une des normes les plus centrales du projet ECOPOL: la vie « familiale »: « Ce que j’aime le plus dans cette expérience, c’est notre tendance à tous à s’entraider. Tout le monde est prêt à aider son colocataire et à partager des moments de notre vie ensemble. Peu sont les conflits même si chacun peut avoir ses propres besoins et son caractère personnels ». Une vision que partage, à sa manière, Myriam, autre colocataire du n°5 – depuis un an – qui, quant à elle, a toujours vécu à Grandvaux. Néanmoins, même si l’entraide intergénérationnelle peut revêtir une forme dite « familiale », Myriam sait néanmoins faire la différence entre une cohabitation familiale et une cohabitation en famille: « Ce qu’il y a de bien, c’est que, quand on rentre, il y a toujours une personne pour boire un café. Mais il n’y a pas d’attentes comme il peut y en avoir dans une vie en famille. Quand on habite avec nos parents, ils attendent quelque chose de nous ou encore, quand on est marié, nos proches attendent quelque chose également… Donc là, on vit vraiment une vie en communauté, tout en gardant quelques libertés.« 

La 44e maison en route

Corine Mermillod, architecte à La Smala depuis un an et demi, a rejoint Théo Bondolfi dans son projet et a été chargée de la tenue de la dernière des 44 maisons que l’association a mises sur pied en un peu plus de deux décennies. Une expérience passionnante même pour une professionnelle du bâtiment qui partage souvent l’expérience des écolieux avec ses habitants et habitantes. Interrogée au bureau de La Smala, Mme Mermillod nous éclaire sur l’avancement des travaux de l’écohabitat de la Rue de la Gare 17: « Le terrassement a déjà été fait et des travaux de soutènement de la montagne ont déjà été réalisés. Maintenant, il s’agit de débuter les travaux et c’est pour cette occasion, qu’aujourd’hui (ndlr, mardi 24 mars 2015) nous allons poser la première pierre de cette nouvelle maison, la 44e en tout ! C’est un écolieu constitué de villas mitoyennes qui vont être habitées par diverses familles avec différents endroits de partage. » Parallèlement à Grandvaux, c’est à Cheiry (FR), Founex (VD) ou encore à Bex (VD) que des écolieux sont sur le point de voir le jour d’ici 2016-2017. « À Cheiry, les travaux débuteront dans quelques semaines alors qu’à Founex, le projet est encore en cours d’étude. [Ce dernier] sera toutefois plus grand que celui de Grandvaux, il sera composé d’une vingtaine de logements », nous confirme l’architecte. De plus, l’architecture de ces lieux accompagne l’esprit de ces mêmes lieux et celui du label ECOPOL. C’est-à-dire que, comme l’explique Corine Mermillod, « on ne fait pas d’écolieu sans prendre en compte les besoins des personnes avec beaucoup de finesse et d’attention. Il y a des contraintes très spécifiques à l’intergénérationnel. Il faut faciliter l’intégration des seniors, des familles avec jeunes enfants, les étudiants qui vont intégrer les lieux. Par exemple, les seniors ont particulièrement besoin de sérénité et de lieux un peu méditatifs. On va leur attribuer des espaces qui sont favorables à leur bien-être. » Tout cela en tenant compte de l’écologie qui garde une place prépondérante dans l’exercice, notamment dans la gestion de jardins et d’espaces extérieurs à l’habitation.

Mariette Glauser, une présidente d’honneur

Mariette Glauser a créé La Smala en 1984 à l’instant où avec quelques amis, elle donne naissance au MAD qui, actuellement, est une discothèque basée au Flon et qui est mondialement reconnue. C’est d’ailleurs au MAD, dont elle en était à juste titre présidente de 1984 à 1990 avant que le bâtiment devienne une discothèque, qu’elle rencontre Théo Bondolfi. Et le courant passe tout de suite: « J’étais ouverte aux idées de Théo et je les trouvais très intéressantes. C’est ainsi que je l’ai soutenu dans ses projets. » Une collaboration de longue date qui a fait émerger jusqu’au jour d’aujourd’hui 43 écohabitats et qui les a amenés à la pose exceptionnelle de la première pierre de leur nouveau label ECOPOL. « Ça évolue très bien. Ça se répand. On est bien sûr pas des pionniers mais ce mode d’habitation a vraiment de l’avenir, notamment à cause de la raréfaction des matières premières. On devra tous, un jour, se mettre ensemble pour moins consommer. C’est l’évolution » avoue Mme Glauser avant d’espérer que la construction de la Rue de la Gare 17  produise le fameux effet « boule de neige »: « Ce sera comme une maison témoin. Une maison qu’on pourra montrer en guise d’exemple. » Aujourd’hui, la mise est entièrement faite sur l’expérience que le Président de la coopérative Bâtir Groupé, Théo Bondolfi partage avec sa collaboratrice et désormais amie, Mariette. De plus, comme l’affirme cette dernière, seule l’expérience fait le chemin: « Au fil des années, l’expérience produit certaines règles. Et ce sont celles-ci qui font foi. C’est la beauté de notre coopération. Nous ne sommes pas partis des règles mais bien de l’expérience. » Le signe de la volonté extraordinaire de Mme Glauser réside en la croyance de ses idées et de ses convictions. Elle, qui s’en ira bientôt habiter au n°17 – la maison actuellement en construction – fera, pour son âge avancé, une nouvelle expérience; celle de la cohabitation, chose qu’elle n’avait jamais connue auparavant: « Pour mon certain âge, ce sera une sorte de décroissance, de dépouillement. Je vais me détacher de tous ces biens qui nous entravent pour plus de simplicité. Le thème est d’ailleurs la simplicité volontaire. » Toutes les conditions sont ainsi réunies pour faire de ce premier écovillage de Suisse Romande, un lieu pérenne.

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About Yves Di Cristino (329 Articles)
Rédacteur en chef, membre actif de l'Association Suisse des Journalistes Indépendants (CH-Media) et de l'Association vaudoise de la presse sportive (AVPS). Étudiant en Master de Sciences Sociales et Politiques à l'Université de Lausanne.

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