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Noël et son histoire: du paganisme à la fête chrétienne

Alors que Père Noël, sapins et cadeaux occupent la quasi totalité des espaces publics, le débat pré-festif sur la crèche laisse entrevoir une tentative de désacralisation de cette "festivité de fin d’année". Mais peut-on réellement fêter Noël sans son référent sacré ? Retour sur une histoire particulière.

Noël n’est plus une fête laïque. Elle l’était autrefois. Plus que laïque, païenne. Alors, Noël, en quelque sorte, n’est plus une fête laïque ou païenne. C’est une erreur assez commune que d’associer l’origine de Noël avec la naissance de Jésus-Christ. Une erreur facile et compréhensible mais, on le verra, une erreur à relativiser.

Nombreux seraient complètement surpris d’apprendre que Noël n’est originairement pas une festivité chrétienne. Rituellement, nous nous retrouvons dans la nuit du 25 décembre, après un repas copieux et arrosé, autour d’un sapin à s’échanger des cadeaux. Eh bien de telles pratiques existaient déjà autour de la seconde moitié de décembre, avant même la naissance de Jésus-Christ, dans des civilisations orientales, païennes ou pré-chrétiennes. Parallèlement, tout commerce, hostilité ou rapport de domination était interrompu pendant cette période. Des pratiques qui rappellent étonnamment les nôtres (ou du moins en principe). L’enfant Jésus n’est donc pas le noyau et le premier « fêté » de cette célébration de fin d’année. D’ailleurs aucune référence biblique, ni dans l’Ancien Testament, ni dans le Nouveau ne mentionne une fête de la naissance de Jésus-Christ. Les Actes des Apôtres non plus ne témoignent pas d’une telle festivité. Noël ne s’est donc constitué que plus tard, autour du IIIe siècle, comme fête de la naissance du Sauveur, sur des bases et des célébrations préexistantes. Mais alors que fêtaient ces dernières ? Et qui ?

Le 22 décembre de cette année marque le jour du solstice d’hiver, c’est-à-dire la date à partir de laquelle les jours se prolongent et la lumière dure plus longtemps. Le solstice d’hiver était déjà associé pour les civilisations païennes à un certain nombre de croyances mais c’est la lumière qui se constitue comme noyau premier de ces célébrations. Le culte de Mithra (ou culte mithraïque) avait pour principale festivité le Mithragan apparu probablement autour du IIe siècle avant J.-C. et qui célébrait la victoire de la lumière sur les ténèbres. Il fut très pratiqué sous l’Empire romain avant d’être déclaré illégal en 391 et supplanté par le culte chrétien. Dans le culte mithraïque, le 25 décembre correspondait alors à la célébration du Natalis invictis soit la naissance du « soleil invaincu ». Plus précisément la célébration était celle du dies natalis solis invicti qui signifie « jour de la naissance du soleil invaincu » et qui a donné le mot « Noël ». Bien avant, une autre célébration s’inspirant du culte d’Apollon et du plus tardif culte de Mithra, toujours pendant le solstice d’hiver célébrait le Sol invictus, le soleil invaincu. Étymologiquement, le mot « Noël » se reconstruit donc à partir du latin dans un contexte païen. Mais enfin, nous pouvons encore fouiller dans les siècles précédant la venue de Jésus, nous projeter en Égypte ou en Babylone pour retracer des formes de célébrations autour du solstice d’hiver jusqu’aux Saturnales romaines.

Réticente voire opposée, à ses début, à l’idée de célébrer la venue au monde du Fils de Dieu, l’Église n’a institutionnalisé une commémoration festive de la naissance de Jésus-Christ que plus tard autour du IIIe siècle. Après une longue réflexion sur la date à attribuer à la naissance du Christ, les autorités chrétiennes conviennent de la situer au 25 décembre (première mention dans le Chronographe en l’an 354 après-J.-C.). L’Église catholique s’est donc arrangée afin de faire coïncider des festivités païennes avec cette nouvelle célébration chrétienne dans une perspective évangélisatrice, celle de christianiser les célébrations païennes. Et c’est bien ce qui s’est passé si l’on veut croire cette hypothèse. Peu à peu les pratiques païennes et chrétiennes se sont brassées. De nombreuses références comme la grotte, le troupeau, les bergers, le culte de la mère et de l’enfant ont été reprises et intégrées par le christianisme des premiers siècles. Des statues païennes ont été transformées en statues chrétiennes. Des églises ont été bâties sur des lieux de cultes païens et des dieux païens mêmes sont devenus des saints ou des personnages chrétiens. Les bougies et les illuminations que nous faisons briller en cette période tirent leur origine de cette fête de la lumière et ainsi Jésus devint ce soleil triomphant sur les ténèbres que célébraient les peuples païens. Diem natalem Christi, « jour de la naissance du Christ », s’est peu à peu constitué comme origine étymologique « christianisée » du mot « Noël ».

Aujourd’hui, les définitions courantes allant du dictionnaire à l’encyclopédie, mais surtout celle de la quasi-totalité des individus (soit la représentation mentale de cette célébration) est constamment associée à la naissance du Christ. D’ailleurs, ce n’est qu’en 1112 que la forme « Noel » ou « Nael » est mentionnée pour la premières fois. Soit à une période où le motif spirituel chrétien s’était complètement approprié le sens des célébrations du 25 décembre. Ainsi, si la fête se réfère et s’inspire effectivement à des pratiques antérieures à la naissance du Christ, il n’en reste pas moins que Noël, dans son sens actuel, est presque exclusivement une fête chrétienne. Ainsi, historiquement Noël est à retracer dans des pratiques païennes antiques, mais sémantiquement il s’agit d’une fête chrétienne et son sens ne se tient en très grande partie plus qu’à cela.

Aujourd’hui le paganisme, entendu comme religion polythéiste, est dépassé. Le monde ne célèbre pas la « fête de la lumière », ni les Saturnales, mais bien Noël. Voilà pourquoi Noël, tel que nous l’entendons aujourd’hui, n’est ni un fête païenne ni une fête laïque. Parce qu’il a été vidé de la référence païenne au dieu de la lumière. La curiosité veut bien sûr que des pratiques remontant à des origines païennes et pré-chrétiennes aient survécu, subsistent toujours et accompagnent, heureusement, cette festivité chrétienne. Heureusement, car cela démontre que le christianisme n’a pas une vision du monde ancrée dans l’exclusion. Le message biblique ne cherche pas à supprimer les cultures voisines mais cultive une philosophie du « vivre dans le monde », du « vivre dans la culture » et à les imprégner de son message. Voilà pourquoi de telles pratiques anciennes ont subsisté. Pensons au traditionnel échange de cadeaux ou au sapin de Noël ou encore au fait que tant chrétiens que non chrétiens célèbrent cette fête. L’échange d’un « Joyeux Noël » fait effectivement sens pour des non chrétiens, mais ce serait plutôt à attribuer à la culture et à la profonde identité chrétienne des sociétés occidentales plutôt qu’à la subsistance d’un culte païen à proprement parler. Le tout se comprend bien sûr par le fait que cette fête de fin d’année, christianisée, a presque traditionnellement conservé la célébration folklorique et populaire de tous les individus. Mais au final, ces « fêtes de fins d’années » que célébraient les païens polythéistes ont donc été transformées, christianisées, convertie et comme telles doivent être comprises. Des pratiques brassées, mais un référent principal: la naissance de Jésus-Christ.

Bien sûr, aujourd’hui d’autres « invités » se sont joints à la fête et c’est un heureux mélange entre folklore populaire et dimension sacrée qui voit le jour. Il suffit d’écouter un recueil de chansons de Noël pour s’en apercevoir. On y chante le Père Noël, on se réfère au sapin, au nouveau-né, à la sainte nuit, au bonhomme de neige ou à la Vierge Marie. Enfin, si une forme de célébration profane accompagne et célèbre Noël, lui donnant sont caractère universel et un aspect bien plus jovial et magique, cette festivité reste sémantiquement et principalement aujourd’hui, une fête chrétienne et sa célébration ne ferait plus beaucoup de sens sans son référent sacré.

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About Matteo Gorgoni (23 Articles)
Rédacteur en chef adjoint. Membre du Conseil des jeunes de Lausanne et de la Fédération Suisse des Parlements des Jeunes. Délégué à l'Assemblée de la Fédération des Associations d'Étudiants. Journaliste-rédacteur (non RP). Étudiant en Lettres à l'Université de Lausanne.

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