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Pierre Croce: « La PowerPoint Comedy nécessite beaucoup de coordination »

Technologique et innovant, Pierre Croce aura décidément marqué de son PowerPoint la scène du Lido Comedy & Club ce week-end. Misant sur l'aspect interactif de sa "présentation-show", le lorrain n'a lésiné sur aucune de ses diapositives pour amener le public à rigoler et à partager les insanités de la vie de tous les jours. Rencontre.

Pierre, tu es une sorte de pionnier dans ce style de stand-up…

Oui, ce genre de spectacle n’existe pas en France ou en Europe. Je pense être un des seuls à le faire, même s’il existe une variante du spectacle aux États-Unis qui est très axé « geek » [ndlr, jargon informatique très technique]. Je l’ai vu en DVD et il n’est franchement pas très accessible selon les personnes. Moi, j’ai essayé de le reproduire mais de manière à ce qu’il apparaisse accessible pour tous. J’utilise les techniques du stand-up, dans le fait de s’adresser personnellement au public, mais en y ajoutant ma marque de fabrique qui est le PowerPoint.

C’est une manière également très interactive qui consent au public de pouvoir s’exprimer aussi…

Oui, exactement. J’innove. Maintenant, j’ai une base du spectacle qui est solide, je pense. Et ce que j’aimerais bien est d’avoir un peu plus d’interactions comme lors de mon entrée sur scène où j’aborde [de manière humoristique] le code du bon public. C’est bien l’aspect du spectacle que je tends à améliorer avec l’expérience de la scène. Au début, quand j’ai commencé à créer, je n’avais pas encore l’expérience du public donc je faisais les vannes qui me paraissaient bonnes mais l’expérience que m’apporte chaque nouveau public me permet d’améliorer la qualité de mon spectacle.

En parlant d’accessibilité à propos du PowerPoint, tu as une attention en plus à porter [par rapport aux autres humoristes] qui est celle d’avoir des diapositives facilement abordables pour toutes les classes d’âge présente dans le public.

Oui. Après, c’est possible que ce ne soit pas toujours accessible. Une personne un peu âgée, qui n’est jamais allée sur Facebook, peut ne pas avoir compris certains passages du sketch, notamment celui de deux minutes où j’explique comment un homme peut traquer une fille sur le réseau. Mais dans la majeure partie des cas, j’essaie d’être le plus possible accessible. Je n’ai pas envie que ce soit compliqué. J’ai vraiment envie que les gens qui sortent de la salle pensant que ce travail soit simple. C’est comme quand tu vois certains stand-up qui présentent de bonnes vannes, qui voient l’humoriste à l’aise sur scène… Tu as l’impression que c’est relativement facile. En bref, j’essaie de ne pas impressionner techniquement mon public.

Dans l’émission « On n’demanque qu’à en rire », la comédienne et membre du jury, Stéphanie Bataille n’avait pas compris l’utilité de l’écran. Penses-tu que certaines personnes dans le public puissent avoir déjà eu la même réflexion ?

C’est tout bête en fait. Il y a des soirées où ma télécommande ne fonctionne pas bien et l’effet de la transition d’une « slide » à une autre tombe à l’eau, emmenant avec lui toute la construction de la blague. Car chaque transition à un moment précis est la condition-même de la réussite de la vanne. D’où, tout le côté atypique de mon spectacle. C’est une nouvelle forme d’humour et une manière particulière de réfléchir à des thèmes que l’on connaît tous. C’est juste le format du récit qui varie.

J’imagine qu’il y a justement beaucoup de travail pour pouvoir gérer et jouer cette simultanéité…

Et bien, je pense que le fait d’avoir fait l’école de commerce et d’avoir pratiqué cela durant mes études m’aide beaucoup. Après, j’ai déjà donné ma télécommande à un autre humoriste qui voulait faire un sketch en utilisant un support informatique pour diffuser des photos et il a eu du mal à le faire fluidement, donc à effectuer cette synchronisation qu’implique l’utilisation du PowerPoint et la maîtrise du langage. Et cela m’a alors prouvé, qu’effectivement, ce modèle nécessite beaucoup de coordination. Après, il y a en plus le travail avec des vidéos [qui ne peuvent pas être mises sur pause] et qui donc nécessite une plus grande coordination. Je l’avais d’ailleurs expérimenté dans mon troisième passage à « On n’demande qu’à en rire » sur le casque à réalité virtuelle, où pendant trois minutes, je ne pouvais rien lâcher. J’avais d’ailleurs même demandé au chauffeur de salle que le public n’applaudisse pas dans ce laps de temps. Bien évidemment, dans le spectacle, je ne le dis pas mais quand les gens applaudissent durant les vidéos, j’essaie de recouvrir leurs applaudissements sans m’arrêter dans ma lancée. C’est important pour ne pas perdre le fil du sketch.

Cela fait combien de temps que tu joues ce spectacle tel que tu l’as présenté ce soir au Lido ?

Alors, ce spectacle évolue sans cesse mais ça fait un peu moins d’un an qu’il commence à être plus « fixe ». Je le considère comme étant mon premier spectacle (même s’il y avait une première version que je jouais il y a maintenant deux ans et deux mois) et depuis la rentrée de septembre, j’essaie de ne plus trop y toucher. Je rajoute quelques petits détails de temps en temps. Je teste même quelques petites choses comme le « test de l’alcoolémie » ce soir mais il ne s’agit ici que de petites retouches anodines.

Donc la phase de rodage est terminée selon toi ?

Oui. Je pense que le spectacle a trouvé son rythme. Des fois, quand tu commences, tu présentes tes idées à un public à qui ça ne prend pas forcément et tu commences alors à galérer parce que ton début est raté. Or, maintenant, j’ai essayé de créer des liens dès le début avec le public pour être sûr de l’avoir « en poche » et de ne pas m’arrêter tant que je le tiens en haleine. Et tant que c’est le cas, je peux l’amener un peu dans mon monde, celui des « slides ».

Le suivant déjà en vue ?

Non, pas du tout. Mon but est de tenir ce spectacle encore quelques années. Deux ou Trois. Il faut qu’il devienne le plus parfait possible et ça va prendre encore un peu de temps.

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About Yves Di Cristino (358 Articles)
Rédacteur en chef, membre actif de l'Association Suisse des Journalistes Indépendants (CH-Media) et de l'Association vaudoise de la presse sportive (AVPS). Étudiant en Master de Sciences Politiques à l'Université de Lausanne. Prépare un mémoire en histoire internationale focalisé sur les relations de Guerre Froide et de post-Guerre Froide.

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