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Dans les coulisses d’Ebola, la mise en scène de la peur

Le virus Ebola nous tombe sur la tête ! Quelles histoires ! Mais une intrigue s’empare de plus en plus des spectateurs du scénario sanitaire en Afrique de l’Ouest. Au moment où les médias internationaux dressent un tableau catastrophique de cette épidémie, un alarmisme évident semble s'implanter dans la conscience commune. Une peur rationnelle? Le point sur la question.

Ebola est une histoire qui remonte au mois de septembre 1976, dans l’actuelle République démocratique du Congo, lorsque le premier cas de fièvre hémorragique fut diagnostiqué. Par la suite une première épidémie éclata dans la région, tuant 280 personnes. Depuis, des phénomènes épidémiques explosèrent sporadiquement dans divers États africains. Les Philippines et les États-Unis y eurent droit en 1989-1990 et l’Italie en 1992, sans décès à déplorer. Généralement ces foyers d’infection furent régulièrement neutralisés et le virus maintenu sous contrôle.

Mais une nouvelle épidémie éclate en décembre 2013 au sud-ouest de la Guinée, atteignant successivement le Liberia et la Sierra Leone. Puis des cas de maladie sont déclarés au Nigeria et au Sénégal. Enfin, l’histoire est connue. Ce qui est particulier en revanche est le fait que, à eux tous seuls, ces quelques mois ont été plus meurtriers que 38 ans d’épidémies épisodiques. A ce jour, l’OMS recense quelques 4’447 victimes et un total de 8’914 cas, confirmés. Cette épidémie se caractérise donc par son caractère atypique, à savoir non maîtrisé. Mais jusqu’à quelques semaines en arrière, Ebola n’était qu’un problème confiné. Le risque pandémique a alors éclos.

L’importation de la peur

Par la suite, des occidentaux ont contracté le virus sur place. Puis des cas suspects ont été répertoriés dans les états occidentaux. Enfin des individus positifs à la maladie ont été identifiés aux États-Unis et en Espagne. Les premiers cas de décès en territoire extra-africain y sont enregistrés. Au tour de l’Allemagne, France, Royaume-Uni et Norvège d’accueillir leur très mince, mais avéré, lot de malades. Avec eux c’est la sonnette d’alarme qui est tirée, des failles accusées et une insécurité accrue.

Aux dernières nouvelles, il n’est pas anodin de lire sur quelque quotidien la marche à suivre pour s’auto-diagnostiquer Ebola. Comme si cette maladie allait sous peu devenir la réalité des occidentaux. De quoi rassurer les populations. Surtout lorsqu’on prend connaissance du scénario cauchemardesque qui attend les victimes du virus. Ainsi donc, après une période d’incubation allant de 2 à 21 jours la maladie commence, à l’instar de n’importe quelle infection. Une montée de fièvre sera accusée avec de la fatigue physique, des maux de gorge ou des douleurs musculaires. Enfin l’apparition d’infections gastro-intestinales, respiratoires ou neurologiques. Ces symptômes, une fois déclarés, s’aggraveront éventuellement et dégénéreront jusqu’à laisser place à des hémorragies multiples en divers endroits du corps, accompagnées par des vomissements sanglants, des diarrhées sanglantes jusqu’à une crise aigüe suivie par la mort du malade. Ajouter à cela le taux de mortalité élevé et le fait qu’il n’existe actuellement à portée de public aucun remède efficace pour contrer la maladie.

Très rassurant n’est-ce pas ? A ce point, ce qui ne fait aucun doute est qu’un danger a été « transportée » dans les états occidentaux, à savoir en Europe et aux États-Unis. Non, pas la maladie en soi, car dans les faits, outre quelques cas exceptionnels, pris en charge et isolés, on ne saurait même pas parler d’un risque de contagion. En revanche, de véritables « foyers de la peur » ont surgi dans ces pays.

Ebola, une peur à relativiser

Ebola ne nous tombera pas sur la tête. L’avènement d’une épidémie mondiale n’est qu’une fantaisie des réalisateurs de films. Mais revenons à la réalité. Ebola est un virus qui a surgi en Afrique occidentale où les conditions culturelles, politiques, économiques et sanitaires sont largement inférieures à celle de nos états développés. Conditions d’hygiène et sanitaires pour ne pas dire « inexistantes » si l’on considère les régions africaines durement touchés par l’épidémie.

La peur que le virus traverse nos frontières, s’implante et vienne menacer notre quotidien n’est que le résultat d’un alarmisme irrationnel. Et avec cet alarmisme infondé, ce sont nos peurs qui sont devenues infondées. Bien sûr, le danger que représente Ebola n’est pas à prendre à la légère, mais nos craintes ont besoin d’être sévèrement relativisées. Car s’il est vrai qu’une infirmière espagnole ou américaine a réussi à contracter la maladie dans le pays respectif ou que des cas confirmés ont réussi à pénétrer l’espace européen, ce n’est pas pour autant que l’épidémie elle-même soit parvenue à infiltrer nos espaces nationaux. Il ne s’agit pas d’un début d’épidémie. Tout au plus peut-on parler d’un début de psychose pour les habitants alentours. En effet, ces cas exceptionnels représentent uniquement des « importations ». Individus isolés, mis en quarantaine, cloîtrés dans l’enceinte d’un système sanitaire efficace mais qui ne représentent pas un danger lorsque la compétence est le mot d’ordre.

Dès lors le cas du SIDA, apparu en Afrique et devenu la réalité du monde entier, peut éventuellement semer le trouble parmi les non-spécialistes. Or, semble-t-il, Ebola et SIDA ne sont absolument pas comparables. Le premier étant un virus et le second avant tout une pathologie immunitaire. Mais encore faut-il comparer les 4’447 victimes d’Ebola en 2014 contre les 1’300’000 de morts pour cause de SIDA en 2013 (36’000’000 depuis 1983), ou encore les 1’300’000 de morts par tuberculose en 2012, comme pour les 627’000 décès, la même année, des suites de paludisme (90% en Afrique). Une peur à relativiser et des contextes différents à considérer.

Ebola a donc besoin d’un contexte particulier pour se développer, à savoir le manque d’hygiène ou de compétences médicales, allant de pair avec une crise culturelle, économique et politique. Pour qu’une épidémie éclate dans nos états, il faudrait un rassemblement massif de malades, et donc du virus, en un même point. Concentration que les systèmes sanitaires ne sauraient contenir efficacement si mal préparés aux événements. Hors, tout ce qui pourrait traverser nos frontières ne saurait en perturber le quotidien. Cela seulement si les contrôles aux terminaux aéroportuaires ou autres moyens de transports longue distance sont efficacement poursuivis. Quand bien même quelque malade passerait, ce serait entre les mains d’un système médical développé et préparé à ces éventualités qu’il serait remis. Dès lors, pour ne pas parler de fantaisie, il est clair que celui d’une pandémie mondiale est un scénario hautement improbable. Dès lors, le risque qu’une épidémie d’Ebola sévisse dans nos états et parmi nos populations est, sinon nul, du moins considérablement minime. Les épidémies accompagnent l’homme depuis 10’000 av. J-C. Ne laissons pas la place à des peurs aussi vieilles que l’humanité.

Dès lors, pourquoi le monde médiatique et les institutions s’efforcent-ils d’injecter la dose de psychose et de peur parmi les populations éloignées de la réalité d’Ebola ? Des hypothèses les plus probables aux théories du complot. Une question à suivre prochainement sur leMultimedia.info.

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About Matteo Gorgoni (23 Articles)
Rédacteur en chef adjoint. Membre du Conseil des jeunes de Lausanne et de la Fédération Suisse des Parlements des Jeunes. Délégué à l'Assemblée de la Fédération des Associations d'Étudiants. Journaliste-rédacteur (non RP). Étudiant en Lettres à l'Université de Lausanne.

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